Thématique citations : L'amour
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Fleurs d'Avril
Le bouvreuil a sifflé dans l'aubépine blanche;
Les ramiers, deux à deux, ont au loin roucoulé,
Et les petits muguets, qui sous bois ont perlé,
Embaument les ravins où bleuit la pervenche.
Sous les vieux hêtres verts, dans un frais demi-jour,
Les heureux de vingt ans, les mains entrelacées,
Echangent, tout rêveurs, des trésors de pensées
Dans un mystérieux et long baiser d'amour.
Les beaux enfants naïfs, trop ingénus encore
Pour comprendre la vie et ses enchantements,
Sont émus en plein coeur de chauds pressentiments,
Comme aux rayons d'avril les fleurs avant d'éclore.
Et l'homme ancien qui songe aux printemps d'autrefois,
Oubliant pour un jour le nombre des années,
Ecoute la voix d'or des heures fortunées
Et va silencieux en pleurant sous les bois.
Par: André Lemoyne
Extrait de: Les charmeuses (1867)
Ajoutée par Savinien le 27/03/2014
La mort des étoiles
Oh! Laisse-moi les voir, tes yeux bleus, dans la nuit.
On dit qu'il est des cieux où l'on ne saurait dire
Si l'azur qui commence est l'azur qui finit,
Mais je n'ai jamais vu, quand je les vois sourire,
Ni rien de plus profond, ni rien de plus lointain
Que l'azur de tes yeux, ni rien de plus intense,
Et lorsqu'on croit qu'il va finir, il recommence!
Les larmes de tes yeux s'en viennent de bien loin.
Oh! Laisse... Je voudrais les boire une par une,
Tes larmes, doucement, sous ces rayons de lune...
Viens... Viens... Ne veux-tu pas, dans le bois frissonnant
Où se perd la chanson que murmure le vent,
Nous promener tous deux auprès de l'étang pâle
Que reflète, songeur, le triste peuplier?
Par cette nuit si bleue, où toute fleur exhale
Son parfum le plus doux qu'elle sait le dernier,
Ne sens-tu pas neiger, en ton coeur, des étoiles?
La nuit n'a pas voulu vêtir ses sombres voiles,
Elle a voulu, ce soir, se vêtir de rayons...
C'est une nuit d'amour... Partons. La lune claire
Doit rêver des baisers qu'elle a vus sur la terre,
Viens... le rossignol chante en la forêt... Partons...
Par: Jules Supervielle
Ajoutée par Savinien le 23/01/2014
A Vesper
O quel que soit ton nom, soit Vesper, soit Phosphore,
Messager de la nuit, messager de l'aurore,
Cruel astre au matin, le soir astre si doux!
Phosphore, le matin, loin de nos bras jaloux,
Tu fais fuir nos amours tremblantes, incertaines,
Mais le soir, en secret, Vesper, tu les ramènes,
La vierge qu'à l'hymen la nuit doit présenter
Redoute que Vesper se hâte d'arriver.
Puis, au bras d'un époux, elle accuse Phosphore
De rallumer trop tôt les flambeaux de l'aurore,
Brillante étoile, adieu, le jour s'avance, cours,
Ramène-moi bientôt la nuit et mes amours.
Par: André Marie de Chénier (André Chénier)
Extrait de: Poésies choisies
Ajoutée par Savinien le 23/01/2014
Le malade
Oh! Que tes yeux sont doux! Que ton visage est beau!
Viendras-tu point aussi pleurer sur mon tombeau?
Viendras-tu point aussi, la plus belle des belles,
Dire sur mon tombeau: Les Parques sont cruelles!
- Ah! mon fils, c'est l'amour, c'est l'amour insensé
Qui t'a jusqu'à ce point cruellement blessé?
Ah! Mon malheureux fils! Oui, faibles que nous sommes,
C'est toujours cet amour qui tourmente les hommes.
S'ils pleurent en secret, qui lira dans leur coeur
Verra que c'est toujours cet amour en fureur.
Par: André Marie de Chénier (André Chénier)
Extrait de: Poésies choisies
Ajoutée par Savinien le 21/01/2014
Pourquoi, grands dieux! Pourquoi la fîtes-vous si belle?
Mais ne me parlez plus, amis, de l'infidèle:
Que m'importe qu'un autre adore ses attraits,
Qu'un autre soit le roi de ses festins secrets;
Que tous deux en riant ils me nomment peut-être;
De ses cheveux épars qu'un autre soit le maître;
Qu'un autre ait ses baisers, son coeur; qu'une autre main
Poursuive lentement des bouquets sur son sein?
Un autre! Ah! Je ne puis en souffrir la pensée!
Riez, amis; nommez ma fureur insensée.
Vous n'aimez pas, et j'aime, et je brûle, et je pars
Me coucher sur sa porte, implorer ses regards;
Elle entendra mes pleurs, elle verra mes larmes;
Et dans ses yeux divins, pleins de grâces, de charmes,
Le sourire ou la haine, arbitres de mon sort,
Vont ou me pardonner, ou prononcer ma mort.
Par: André Marie de Chénier (André Chénier)
Extrait de: Poésies choisies
Ajoutée par Savinien le 21/01/2014
Et toi, dors-tu quand la nuit est si belle,
Quand l'eau me cherche et me fuit comme toi!
Quand je te donne un coeur longtemps rebelle?
Dors-tu, ma vie! Ou rêves-tu de moi?
Démêles-tu, dans mon âme confuse,
Les doux secrets qui brûlent entre nous?
Ces longs secrets dont l'amour nous accuse,
Viens-tu les rompre en songe à mes genoux?
As-tu livré ta voix tendre et hardie
Aux fraîches voix qui font trembler les fleurs?
Non! C'est du soir la vague mélodie:
Ton souffle encor n'a pas séché mes pleurs!
Garde toujours ce douloureux empire
Sur notre amour qui cherche à nous trahir;
Mais garde aussi son mal dont je soupire;
Ce mal est doux, bien qu'il fasse mourir!
Par: Marceline Desbordes-Valmore
Extrait de: Les pleurs (1833)
Ajoutée par Savinien le 12/12/2013
La lune des fleurs
Douce lune des fleurs, j'ai perdu ma couronne!
Je ne sais quel orage a passé sur ces bords.
Des chants de l'espérance il éteint les accords,
Et dans la nuit qui m'environne,
Douce lune des fleurs, j'ai perdu ma couronne.
Jette-moi tes présents, lune mystérieuse,
De mon front qui pâlit ranime les couleurs;
J'ai perdu ma couronne et j'ai trouvé des pleurs;
Loin de la foule curieuse,
Jette-moi tes présents, lune mystérieuse.
Entrouvre d'un rayon les noires violettes,
Douces comme les yeux du séduisant amour.
Tes humides baisers hâteront leur retour.
Pour cacher mes larmes muettes,
Entrouvre d'un rayon les noires violettes!
Par: Marceline Desbordes-Valmore
Ajoutée par Savinien le 12/12/2013
Le mauvais soir
La nuit se fait sereine et douce
Et tendre comme mon serment;
Mes larmes tombent lentement
Sur cette main qui me repousse;
La nuit se fait douce et sereine...
Une étoile est au fond des cieux;
Puisses-tu lire dans mes yeux
L'amour que ta froideur refrène;
La nuit se fait douce et sereine
Et ma voix t'implore tout bas,
Par pitié, ne m'écarte pas
De ton geste orgueilleux de reine.
La nuit se fait sereine et douce,
La lune luit sur le chemin,
Mes larmes tombent sur la main,
La main chère qui me repousse.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Premiers poèmes (1899)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2013
Le trophée
Au fond d'un val lunaire, en des sites agrestes
Où glissent des rayons de féeriques clartés.
Les amoureux perdus en tendres apartés
Cherchent l'endroit propice à la langueur des siestes.
Avec l'inquiétude errante de leurs gestes,
Des lutins épiant les amants abrités
Font craquer doucement les rameaux écartés
D'où pleuvent la rosée et les baumes célestes.
Et la forêt bleuit sous le ciel argentin,
Et dans cette paresse et ce repos des choses
Les Belles aux yeux gris dorment lèvres mi-closes;
Les couples enlacés s'éveillent le matin,
Et s'en vont, emportant dans leurs bras, pour trophées,
Des bouquets embaumés du vol divin des fées.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Premiers poèmes (1899)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2013
- Vous aimez les femmes? Dit Marie.
- Vous me plaisez beaucoup, dit Simon.
- Ah! Dit Marie, je veux dire les autres femmes, les femmes en général.
- Qu'est-ce que les hommes feraient sans elles? Dit Simon Fussgänger. Et que feraient les femmes sans les hommes? Le monde avance et survit parce qu'il y a des hommes et des femmes et parce qu'ils font des enfants. Il n'y aurait plus de monde s'il n'y avait plus d'enfants. Pour vous, qui n'êtes pas immortels, l'amour remplace l'éternité.
Par: Jean d' Ormesson
Extrait de: Histoire du juif errant (1990)
Ajoutée par Savinien le 30/09/2013
Une femme doit sans-cesse être éclairée (je veux dire: il faut qu'on soit toujours à lui expliquer quelque chose), éclairée, ménagée, consolée, dorlotée, apaisée. Je n'ai pas, à vrai dire, cette vocation de garde-malade, ou de manutentionnaire en caisses de porcelaine. J'aime que les choses du coeur se fassent un peu rondement, qu'on ne s'y étale pas, qu'on n'en remette pas, qu'il y ait autre chose dans la vie. Je crois que, plus on aime vraiment, moins on le dit.
Par: Henry de Montherlant
Extrait de: Les jeunes filles (1972)
Ajoutée par Savinien le 08/09/2013
L'amour, c'est ce que Dieu a créé le soir du septième jour, après tout le reste, pour donner le mouvement et la vie à son oeuvre.
Par: Alphonse Karr
Extrait de: Encore les femmes (1871)
Ajoutée par Savinien le 05/08/2013
S'il y a des hommes que les femmes n'aiment pas, il n'y en a guère dont elles n'aiment l'amour. - Jamais elles n'imaginent une vertu qui consiste à n'exister que pour un seul. - Non, la femme la plus héroïquement constante veut bien n'être qu'à un seul, mais elle voudrait que tous les autres en mourussent de chagrin.
Par: Alphonse Karr
Extrait de: Encore les femmes (1871)
Ajoutée par Savinien le 05/08/2013
Un jour, Mr Stoltz et elle restèrent seuls un quart d'heure, sans parler. Au bout de ce quart d'heure, tous deux comprirent la difficulté de la situation, et Mr Stoltz dit, comme s'il eût mis un quart d'heure à méditer cette pensée hardie: « Il fait bien mauvais temps aujourd'hui », qui signifie tout simplement: « Je vous aime, je vous désire, je vous adore. » On ne se dit: « Je vous aime » en propres termes, que quand on a épuisé toutes les autres manières de le dire; et il y en a tant, que l'on n'arrive quelquefois à dire le mot que lorsqu'on ne sent plus la chose et que le mot est devenu un mensonge.
Par: Alphonse Karr
Extrait de: Geneviève (1838)
Ajoutée par Savinien le 15/07/2013
M. de Chateaubriand, au commencement de 1847, était paralytique; Mme Récamier était aveugle. Tous les jours, à trois heures, on portait M. de Chateaubriand près du lit de Mme Récamier. Cela était touchant et triste. La femme qui ne voyait plus cherchait l'homme qui ne sentait plus, leurs deux mains se rencontraient. Que Dieu soit béni! On va cesser de vivre qu'on s'aime encore.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Choses vues (1887)
Ajoutée par Savinien le 23/06/2013
Il vient un âge où on ne peut plus être aimé, mais il n'en est pas où on ne puisse aimer - et c'est la moitié, plus que la moitié, du moins la meilleure moitié de l'amour que l'on conserve jusqu'à la fin.
Par: Alphonse Karr
Extrait de: La maison de l'ogre (1890)
Ajoutée par Savinien le 19/06/2013
C'est en vain que les ans et la raison morose
Vous diront qu'à l'amour il faudrait renoncer;
Les ans ni la raison ne font rien à la chose,
Et le coeur est toujours prêt à recommencer.
Par: Louise Victorine Ackermann
Extrait de: Contes et poésies (Ackermann) (1863)
Ajoutée par Savinien le 26/05/2013
L'amour, hélas! C'est la rose sauvage
Sur l'églantier s'entr'ouvrant au zéphyr;
Si la beauté la met à son corsage,
Près de son coeur, c'est pour l'y voir mourir.
Par: Louise Victorine Ackermann
Extrait de: Contes et poésies (Ackermann) (1863)
Ajoutée par Savinien le 26/05/2013
On dit qu'Adam sur la pelouse en fleur
Trouva la femme au sortir d'un long somme;
Mais sur un point ce récit fait erreur:
Pour la créer ce que Dieu prit à l'homme
Ce n'était point sa côte, mais son coeur.
Par: Louise Victorine Ackermann
Extrait de: Contes et poésies (Ackermann) (1863)
Ajoutée par Savinien le 26/05/2013
Le charme des bois
Que j'aime ces bois solitaires!
Aux bois se plaisent les amants;
Les nymphes y sont moins sévères,
Et les bergers plus éloquents.
Les gazons, l'ombre, le silence
Inspirent les tendres aveux;
L'Amour est au bois sans défense,
C'est au bois qu'il fait des heureux.
O vous, qui, pleurant sur vos chaînes,
Sans espoir servez sous ses lois!
Pour attendrir vos inhumaines,
Tâchez de les conduire aux bois.
Venez aux bois, beautés volages;
Ici les amours sont discrets:
Vos soeurs visitent les ombrages,
Les Grâces aiment les forêts.
Par: Nicolas Gilbert
Extrait de: Oeuvres complètes de Gilbert (1805)
Ajoutée par Savinien le 21/05/2013
La beauté la plus égale et la mieux soutenue ici-bas a nécessairement ses heures d'éclipse et de défaillance; elle ne nous offre pas dans un jour constant sa portion idéale, éternelle. Il est des saisons et des mois où elle devient sujette aux langueurs. Elle se lève dans un nuage qui ne la quitte pas et qui la revêt d'une tiédeur perfide. Ses yeux nagent, ses bras retombent, tout son corps s'oublie en d'incroyables postures; sa voix flatteuse va au coeur et fait mourir. Quand on approche, l'émotion gagne, le trouble est contagieux; chaque geste, chaque parole d'elle semble une faveur. On dirait que ses cheveux, négligemment amassés sur sa tête, vont se dénouer ces jours-là au moindre soupir et vous noyer le visage; une volupté odorante s'exhale de sa personne comme d'une tige en fleur. Ivresse et poison! Fuyez: toute femme en certains moments est séductrice.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Volupté (1835)
Ajoutée par Savinien le 06/02/2013
La nymphe endormie
Vous faites trop de bruits, Zéphires, taisez-vous,
Pour ne pas éveiller la belle qui repose;
Ruisseau qui murmurez, évitez les cailloux,
Et si le vent se tait, faites la même chose.
Mon coeur sans respirer, regardons à genoux
Sa bouche de corail, qui n'est qu'à demi-close,
Dont l'haleine innocente est un parfum plus doux
Que l'esprit de jasmin, de musc, d'ambre et de rose.
Ah que ces yeux fermés ont encore d'agrément!
Que ce sein demi-nu s'élève doucement!
Que ce bras négligé nous découvre de charmes!
O Dieux, elle s'éveille, et l'Amour irrité
Qui dormait auprès d'elle a déjà pris les armes
Pour punir mon audace et ma témérité.
Par: Georges de Scudéry
Ajoutée par Savinien le 06/02/2013
Aimez ou n'aimez pas
Aimez ou n'aimez pas, changez, soyez fidèle,
Tout cela pour Philis est fort indifférent;
Comme votre conquête a peu touché la belle,
Elle perd votre coeur ainsi qu'elle le prend.
L'on ne peut la nommer ni douce ni cruelle,
Son insensible esprit ne combat ni se rend;
Elle entend les soupirs que l'on pousse pour elle,
Mais ce coeur de rocher ne sait ce qu'il entend.
L'Amour, tout dieu qu'il est, avec toute sa flamme,
Ne dissoudra jamais les glaçons de son âme,
Et cette souche enfin n'aimera jamais rien.
O malheureux amant! O penser qui me tue!
Quel bizarre destin se rencontre le mien!
Comme Pygmalion j'adore ma statue.
Par: Georges de Scudéry
Ajoutée par Savinien le 06/02/2013
L'amour est comme la fortune, il n'aime pas que l'on coure après lui. Il visite de préférence ceux qui dorment au bord des puits, et souvent les baisers des reines et des dieux descendent sur des yeux fermés.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Mademoiselle de Maupin (1835)
Ajoutée par Savinien le 29/01/2013
Je vous dois de connaître l'amour, l'amour malheureux, il est vrai; mais il y a à aimer sans être aimé un charme mélancolique et profond, et il est beau de se ressouvenir de ceux qui nous oublient. - C'est déjà un bonheur que de pouvoir aimer même quand on est seul à aimer, et beaucoup meurent sans l'avoir eu, et souvent les plus à plaindre ne sont pas ceux qui aiment.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Mademoiselle de Maupin (1835)
Ajoutée par Savinien le 24/01/2013
Quelque distingué que soit un homme, peut-être ne jouit-il jamais sans mélange de la supériorité d'une femme: s'il l'aime, son coeur s'en inquiète; s'il ne l'aime pas, son amour-propre s'en offense.
Par: Anne-Louise Germaine Necker (Madame de Stael)
Extrait de: Corinne ou l'Italie (1807)
Ajoutée par Savinien le 21/01/2013
Quel enchantement que cette première lueur d'intelligence avec ce qu'on aime! Avant que le souvenir entre en partage avec l'espérance, avant que les paroles aient exprimé les sentiments, avant que l'éloquence ait su peindre ce que l'on éprouve, il y a dans ces premiers instants je ne sais quel vague, je ne sais quel mystère d'imagination, plus passager que le bonheur même, mais plus céleste encore que lui.
Par: Anne-Louise Germaine Necker (Madame de Stael)
Extrait de: Corinne ou l'Italie (1807)
Ajoutée par Savinien le 16/01/2013
Au lieu de faire un prix Monthyon pour la récompense de la vertu, j'aimerais mieux donner, comme Sardanapale, ce grand philosophe que l'on a si mal compris, une forte prime à celui qui inventerait un nouveau plaisir; - car la jouissance me paraît le but de la vie, et la seule chose utile au monde. Dieu l'a voulu ainsi, lui qui a fait les femmes, les parfums, la lumière, les belles fleurs, les bons vins, les chevaux fringants, les levrettes et les chats angoras; lui qui n'a pas dit à ses anges: ayez de la vertu, mais: ayez de l'amour...
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Mademoiselle de Maupin (1835)
Ajoutée par Savinien le 14/01/2013
Description de la fameuse Fontaine de Vaucluse
Les vents, même les vents, qu'on entend respirer,
Et parmi ces rochers, et parmi ces ombrages,
Eux qui me font aimer ces aimables rivages,
Ont appris de Pétrarque à si bien soupirer.
Les flots, même les flots, qu'on entend murmurer,
Avec tant de douceur, dans des lieux si sauvages,
Imitent une voix qui charmait les courages,
Et parlent d'un objet qu'on lui vit adorer.
Au lieu même où je suis, mille innocents oiseaux
Nous redisent encor, près de ces claires eaux,
Ce que Laure disait à son amant fidèle:
Ici tout n'est que flamme; ici tout n'est qu'amour;
Tout nous parle de lui; tout nous entretient d'elle;
Et leur ombre erre encor en ce charmant séjour.
Par: Georges de Scudéry
Ajoutée par Savinien le 13/12/2012
Celui qui est homme sait aimer l'amour sans oublier que l'amour n'est qu'un accident de la vie: et quand il aura ses illusions, il en jouira, il les possédera; mais sans oublier que les vérités les plus sévères sont encore avant les illusions les plus heureuses.
Par: Etienne Pivert de Senancour
Extrait de: Obermann (1804)
Ajoutée par Savinien le 13/12/2012
La grâce de la nature est dans le mouvement d'un bras; l'harmonie du monde est dans l'expression d'un regard. C'est pour l'amour que la lumière du matin vient éveiller les êtres et colorer les cieux; pour lui les feux de midi font fermenter la terre humide sous la mousse des forêts; c'est à lui que le soir destine l'aimable mélancolie de ses lueurs mystérieuses. Cette fontaine est celle de Vaucluse, ces rochers ceux de Meillerie, cette avenue celle des pamplemousses. Le silence protège les rêves de l'amour; le mouvement des eaux pénètre de sa douce agitation; la fureur des vagues inspire ses efforts orageux, et tout commandera ses plaisirs quand la nuit sera douce, quand la lune embellira la nuit, quand la volupté sera dans les ombres et la lumière, dans la solitude, dans les airs et les eaux et la nuit.
Par: Etienne Pivert de Senancour
Extrait de: Obermann (1804)
Ajoutée par Savinien le 13/12/2012
Un amour de jupe, à la comtesse de P.
Si mon coeur faisait ses mémoires
Je crois que j'y mettrais ceci:
« Elle avait des dentelles noires
Avec un jupon cramoisi. »
C'était ravissant! - Les donzelles
De ce soir et de ce salon,
Se pâmaient devant ces dentelles...
Mais, moi, j'aimais mieux le jupon.
Ce jupon, c'était ma folie!
Je le trouvais délicieux...
Je n'avais rien vu, de ma vie,
Qui m'enchantât autant les yeux.
Et je m'effrayais dans mon âme
De ce charme de la couleur.
La jupe est si près de la femme,
Et les yeux sont si près du coeur!
L'avait-elle vu ?... Je l'ignore,
Je ne sais... Mais je sais aussi
Qu'hier, elle est venue encore
Avec son jupon cramoisi!
Et pour plaire à mon goût sauvage,
Elle avait, de ses doigts charmants,
Oté, point par point, l'étalage
Des dentelles de ses volants!
J'avais donc occupé son âme
(Occuper l'âme, c'est l'amour
Pour cette rêveuse, - la femme!),
Je l'avais occupée... Un jour.
Le temps d'enlever ces dentelles
Qui, pour les femmes, talisman,
Faisaient pousser aux demoiselles
De véritables cris de paon!
En les ôtant que pensait-elle?
Disait-elle, baissant les yeux:
« Pour elles, je serai moins belle,
Mais à Lui, - je lui plairai mieux! »
Mystère charmant qui m'occupe!
A-t-elle dit en son émoi:
« Si l'amour qu'il a pour ma jupe,
De ma jupe passait à moi! »
Reste impénétrable, ô mystère!
Parfois à leur esprit charmé
On est assez heureux pour plaire...
Mais pas assez pour être aimé...
Et si c'était là mon histoire!
Si je crus être aimé! Mais si,
Madame, j'eus tort de le croire?
Remettez la dentelle noire
A votre jupon cramoisi!
Extrait de: Poussières (1854)
Ajoutée par Savinien le 05/12/2012
Je vivais sans coeur
Je vivais sans coeur, tu vivais sans flamme,
Incomplets, mais faits pour un sort plus beau;
Tu pris de mes sens, je pris de ton âme,
Et tous deux ainsi nous nous partageâmes:
Mais c'est toi qui fis le meilleur cadeau!
Oui! C'est toi, merci... C'est toi, sainte femme,
Qui m'as fait sentir le profond amour...
Je mis de ma nuit dans ta blancheur d'âme,
Mais toi, dans la mienne, as mis le grand jour!
Je tombais, tombais... Cet ange fidèle
Qui suit les coeurs purs ne me suivait pas...
Pour me soutenir me manquait son aile...
Mais Dieu m'entr'ouvrit ton coeur et tes bras!
Et j'aime tes bras... Tes bras mieux qu'une aile;
Car une aile, hélas! Sert à nous quitter:
L'ange ailé s'en va, lorsque Dieu l'appelle...
Tandis que des bras servent à rester!
Extrait de: Poussières (1854)
Ajoutée par Savinien le 05/12/2012
La femme que l'on obtient ressemble quelquefois si peu à celle qu'on a désirée, que ce serait une infidélité faite à la première que de continuer à aimer la seconde.
Par: Alphonse Karr
Extrait de: En fumant (1862)
Ajoutée par administrator le 12/11/2012
L'amour a du bon. On lui doit, dans la jeunesse, des heures d'illusion charmante, des croyances vite déçues, et des douleurs aussi, rarement fécondes. De plus il invite l'homme à des actes anormaux, les uns tragiques, les autres comiques, tous ou presque tous d'une démence significative, dont l'étude est intéressante mais trop encombrée. Enfin, il continue l'espèce, malgré lui. L'amour est à la fois délicieux, extravagant, déshonorant, abêtissant, criminel et reproducteur. Il est donc juste qu'il ait dans la littérature la place importante qu'il occupe dans la vie.
Par: Octave Mirbeau
Extrait de: Les écrivains (1925)
Ajoutée par Savinien le 01/05/2015
L'opposé de la débauche, ce n'est pas la pruderie, ce n'est pas l'austérité, ce n'est pas l'abstinence: c'est l'amour.
Par: Alphonse Karr
Extrait de: Encore les femmes (1871)
Ajoutée par Savinien le 05/08/2013
On demandait à M... pourquoi la nature avait rendu l'amour indépendant de notre raison. « C'est, dit-il, parce que la nature ne songe qu'au maintien de l'espèce, et, pour la perpétuer, elle n'a que faire de notre sottise. Qu'étant ivre, je m'adresse à une servante de cabaret ou à une fille, le but de la nature peut être aussi bien rempli que si j'eusse obtenu Clarisse après deux ans de soins; au lieu que ma raison me sauverait de la servante, de la fille, et de Clarisse même peut-être. A ne consulter que la raison, quel est l'homme qui voudrait être père et se préparer tant de soucis pour un long avenir? Quelle femme, pour une épilepsie de quelques minutes, se donnerait une maladie d'une année entière? La nature, en nous dérobant à notre raison, assure mieux son empire; et voilà pourquoi elle a mis de niveau sur ce point Zénobie et sa fille de basse-cour, Marc-Aurèle et son palefrenier. »
Par: Nicolas Sébastien-Roch (Chamfort)
Extrait de: Caractères et anecdotes
Ajoutée par Savinien le 06/01/2013
Il est du véritable amour comme de l'apparition des esprits: tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.
Par: François de La Rochefoucauld
Extrait de: Maximes et réflexions morales (1665)
Ajoutée par Savinien le 06/01/2013
A Philis
Votre mère est en grand courroux,
Et dit partout qu'avec vous
Je trame une intrigue amoureuse.
Philis, prenez le bon parti;
La chose serait bien honteuse
Que votre mère en eût menti.
Par: Jacques de Cailly
Ajoutée par Savinien le 08/11/2012
Jamais l'homme bien amoureux n'a laissé les horloges faire paisiblement leur chemin.
Extrait de: Le comte de Monte-Cristo (1844)
Ajoutée par Savinien le 07/11/2012
Reprise d'amour à une dame qu'il avait assurée de la mort de son amour
Je voulus étouffer cet amour obstiné,
Qui d'un de vos regards en mon coeur était né,
Et je crus que j'avais satisfait mon envie;
Mais, Lise, je me trompai fort:
Cet amour est encore en vie.
Le petit traître fit le mort.
Par: Jacques de Cailly
Ajoutée par Savinien le 05/11/2012
C'est un affreux malheur de n'être pas aimé quand on aime; mais c'en est un bien grand d'être aimé avec passion quand on n'aime plus.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Adolphe (1816)
Ajoutée par Savinien le 27/10/2012
Dès qu'il existe un secret entre deux coeurs qui s'aiment, dès que l'un d'eux a pu se résoudre à cacher à l'autre une seule idée, le charme est rompu, le bonheur est détruit. L'emportement, l'injustice, la distraction même, se réparent; mais la dissimulation jette dans l'amour un élément étranger qui le dénature et le flétrit à ses propres yeux.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Adolphe (1816)
Ajoutée par Savinien le 27/10/2012
L'amour supplée aux longs souvenirs, par une sorte de magie. Toutes les autres affections ont besoin du passé: l'amour crée, comme par enchantement, un passé dont il nous entoure. Il nous donne pour ainsi dire, la conscience d'avoir vécu, durant des années, avec un être qui naguère nous était presque étranger. L'amour n'est qu'un point lumineux, et néanmoins il semble s'emparer du temps. Il y a peu de jours qu'il n'existait pas, bientôt il n'existera plus; mais, tant qu'il existe, il répand sa clarté sur l'époque qui l'a précédé, comme sur celle qui doit le suivre.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Adolphe (1816)
Ajoutée par Savinien le 25/10/2012
De hochets ici-bas nous changeons tour à tour;
L'amour n'a qu'une fleur, le plaisir n'a qu'un jour;
La coupe du savoir sous nos lèvres s'épuise;
L'ambitieux conquiert un sceptre et puis le brise.
La gloire est un flambeau sur un cercueil jeté,
Et qui brûle toujours la main qui l'a porté;
Extrait de: Le dernier chant du pélerinage d'Harold
Ajoutée par Savinien le 14/10/2012
La mort de Socrate
Cependant de la mort qui peut sonder l'abîme?
Les dieux ont mis leur doigt sur sa lèvre sublime:
Qui sait si dans ces mains prêtes à la saisir
L'âme, incertaine, tombe avec peine, ou plaisir?
Pour moi, qui vis encore, je ne sais, mais je pense
Qu'il est quelque mystère au fond de ce silence;
Que des dieux indulgents la sévère bonté
A jusque dans la mort caché la volupté,
Comme, en blessant nos coeurs de ses divines armes,
L'amour cache souvent un plaisir sous des larmes!
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 02/10/2012
L'amour! Je l'ai chanté, quand, plein de son délire,
Ce nom seul murmuré faisait vibrer ma lyre,
Et que mon coeur cédait au pouvoir d'un coup d'oeil,
Comme la voile au vent qui la pousse à l'écueil.
J'aimai; je fus aimé: c'est assez pour ma tombe;
Qu'on y grave ces mots, et qu'une larme y tombe!
Extrait de: Le dernier chant du pélerinage d'Harold
Ajoutée par Savinien le 01/10/2012
Les préludes
L'onde qui baise ce rivage,
De quoi se plaint-elle à ses bords?
Pourquoi le roseau sur la plage,
Pourquoi le ruisseau sous l'ombrage
Rendent-ils de tristes accords?
De quoi gémit la tourterelle
Quand, dans le silence des bois,
Seule auprès du ramier fidèle,
L'Amour fait palpiter son aile,
Les baisers étouffent sa voix?
Et toi, qui mollement te livre
Au doux sourire du bonheur,
Et du regard dont tu m'enivre,
Me fais mourir, me fait revivre,
De quoi te plains-tu sur mon coeur!
Extrait de: Nouvelles méditations poétiques (1823)
Ajoutée par Savinien le 01/10/2012
Qui ne s'est point arrêté cent fois durant les nuits pluvieuses sous quelque fenêtre à peine éclairée? Qui n'a point passé et repassé devant une porte, erré avec délices autour d'une maison? Qui ne s'est point brusquement retourné de son chemin pour suivre, le soir, dans les détours d'une rue déserte, une robe flottante, un voile blanc tout à coup reconnu dans l'ombre? Celui qui ne connaît pas ces émotions peut dire qu'il n'a jamais aimé.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Han d'Islande (1823)
Ajoutée par Savinien le 15/09/2012
Ah! N'en doutons pas, à travers les temps et les espaces, les âmes ont quelquefois des correspondances mystérieuses. En vain le monde réel élève ses barrières entre deux êtres qui s'aiment; habitants de la vie idéale, ils s'apparaissent dans l'absence, ils s'unissent dans la mort. Que peuvent en effet les séparations corporelles, les distances physiques sur deux coeurs liés invinciblement par une même pensée et un commun désir? - Le véritable amour peut souffrir, mais non mourir.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Han d'Islande (1823)
Ajoutée par Savinien le 15/09/2012
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