Thématique citations : La solitude
138 Citations
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Si nos habitudes naissent de nos propres sentiments dans la retraite, elles naissent de l'opinion d'autrui dans la société. Quand on ne vit pas en soi mais dans les autres, ce sont leurs jugements qui règlent tout; rien ne paraît bon ni désirable aux particuliers que ce que le public a jugé tel, et le seul bonheur que la plupart des hommes connaissent est d'être estimés heureux.
Extrait de: Lettre à d'Alembert sur les spectacles (1758)
Ajoutée par Savinien le 29/04/2014
La solitude calme l'âme et apaise les passions que le désordre du monde a fait naître. Loin des vices qui nous irritent, on en parle avec moins d'indignation; loin des maux qui nous touchent, le coeur en est moins ému. Depuis que je ne vois plus les hommes, j'ai presque cessé de haïr les méchants. D'ailleurs le mal qu'ils m'ont fait à moi-même m'ôte le droit d'en dire d'eux. Il faut désormais que je leur pardonne, pour ne pas leur ressembler. Sans y songer, je substituerais l'amour de la vengeance à celui de la justice: il vaut mieux tout oublier.
Extrait de: Lettre à d'Alembert sur les spectacles (1758)
Ajoutée par Savinien le 28/04/2014
Vieux rêves
Il est de noirs îlots, battus par la tempête,
Qui n'ont pas d'arbre vert, qui n'ont pas une fleur.
Sur des pics désolés souffle un vent de malheur.
Là, pour faire son nid, pas d'oiseau qui s'arrête.
La mer, rien que la mer, et sa grande rumeur...
Le froid soleil du Nord qui regarde ces plages
Y retrouve parfois à l'heure des jusants,
Dans le sable engravés pêle-mêle gisants,
Des tronçons de vieux mâts, restes d'anciens naufrages,
De longs clous de vaisseau tout rongés par les âges,
Des crânes de marins morts depuis cinq cents ans.
Il est de pauvres coeurs, dans le désert du monde,
Condamnés à vieillir sans jamais être aimés.
Le monde n'y voit rien: ces coeurs-là sont fermés.
Dieu seul peut les connaître; et quand son oeil les sonde,
Il n'aperçoit au fond que stériles débris:
Et les rêves déçus... et les espoirs flétris.
Par: André Lemoyne
Extrait de: Les roses d'antan (1864)
Ajoutée par Savinien le 27/03/2014
Le poète et l'hirondelle
Voici venir l'automne, hirondelle frileuse.
Bientôt s'effeuilleront mes rosiers défleuris.
Un ciel brumeux et noir s'étendra sur Paris,
Et tu me quitteras, petite voyageuse.
Hirondelle, où vas-tu quand tu me dis adieu?
Je passe tous les ans la Méditerranée.
J'habite, sur un fleuve, une île fortunée
Où la pervenche est rose et le nymphaea bleu.
Ah! Quand s'achèvera ton voyage tranquille,
Dans mon triste Paris, moi, j'aurai froid au coeur;
Et je souffrirai seul dans cette grande ville
Où je n'ai plus de mère et n'ai pas une soeur.
Poëte, pour t'aimer, n'est-il pas une femme?
Souvenir d'autrefois... la femme que j'aimais
Dort sous les gazons verts qu'ombragent les cyprès.
Jamais un autre amour n'éclôra dans ton âme?
Aux branches des rosiers quand une rose meurt.
Parfois j'ai vu renaître une rose nouvelle
Qui sur la même branche épanouit sa fleur.
Bénis soient tes amours, bienheureuse hirondelle!
Moi, j'ai connu, dans l'ombre et la fraîcheur des bois,
Des plantes qui jamais n'ont fleuri qu'une fois.
Par: André Lemoyne
Extrait de: Les roses d'antan (1864)
Ajoutée par Savinien le 27/03/2014
Le poète
Pour lui
L'ombre du cabinet en délices abonde.
S'il fuit les graves riens, noble ennui du beau monde,
Ou si, chez la beauté qui l'admit en secret,
Las de parler, enfin il demeure muet,
Il regagne à grands pas son asile et l'étude:
Il y trouve la paix, la douce solitude,
Ses livres, et sa plume au bec noir et malin,
Et la sage folie, et le rire à l'oeil fin.
Par: André Marie de Chénier (André Chénier)
Extrait de: Poésies choisies
Ajoutée par Savinien le 22/01/2014
Quand les hommes tuent le temps d'une façon trop aisée et trop agréable, ils s'en dégoûtent. On a dit cent fois l'espèce de malaise qui s'empare de l'homme quand il se trouve arrivé à un stand-point, dans un état d'équilibre où il n'y a plus en lui de désirs: cette sorte de malaise rappelle celui qu'on éprouve dans un canot à pétrole, si le moteur s'arrête par accident, sur une mer étale. De là vient que la conscience du bonheur donne une si grande sensation de solitude. Cela est méconnu souvent.
Par: Henry de Montherlant
Extrait de: Les jeunes filles (1972)
Ajoutée par Savinien le 08/09/2013
Préface
La crainte de la séparation est toujours un désir de séparation. Ce paradoxe fait de la solitude un état psychiquement complexe, qui peut parfois sembler inatteignable à l'adolescent. Entre la nostalgie mélancolique d'un objet toujours déjà perdu et l'inquiétante étrangeté d'un objet omniprésent dans son absence même, le processus de séparation se tient sur une ligne de crête bien glissante.
Par: Isée Bernateau
Ajoutée par christian le 08/09/2013
J'aime la nuit. A cette heure, l'homme qui veille possède à lui seul tout ce que, le jour, il lui faut partager avec tout le monde.
La lune est à lui avec ses bleuâtres clartés.
C'est pour lui seul que les acacias ouvrent leurs petites cassolettes blanches pleines de parfums.
A lui tout seul est cette belle voûte bleue du ciel avec ses étoiles d'or.
Et les chants mélancoliques du rossignol dans les chèvrefeuilles en fleurs.
Et, comme si ce n'était pas assez encore d'hériter ainsi, pendant plusieurs heures, de tous les gens qui dorment, le poète qui veille voit pour lui la nature se remplir de créations nouvelles.
Les peupliers deviennent une longue file de grands fantômes noirs.
Le vent, dans les feuilles, lui dit des choses plus belles que la poésie et la musique n'en peuvent exprimer.
Les ombres de ses journées lui apparaissent, et ses amours morts se réveillent et viennent peupler avec lui cette terre dont il est le roi - jusqu'au jour.
Les vers luisants s'allument dans l'herbe comme les étoiles dans le ciel.
Tout se pare et s'embellit.
La nature, qui se trouvait suffisante le jour pour tous les hommes réunis, revêt pour le poète seul de plus magnifiques atours. C'est que le monde entier, c'est la foule; le poète, c'est l'amant...
Par: Alphonse Karr
Extrait de: Clotilde (1839)
Ajoutée par Savinien le 08/07/2013
Fuyons, mon âme
Fuyons, mon âme, au fond des solitudes,
Fuyons ce monde infidèle ou pervers,
Et secouons, au seuil de ces déserts,
Espoir, amour, désirs, inquiétudes,
Poussière, hélas! Dont nos pieds sont couverts!
Voici des bois, des rochers et des plages
Que la nature a formés de ses mains!
Les seuls torrents ont creusé ces chemins!
L'écume seule aborde ces rivages
Que n'ont jamais foulés des pieds humains!
Là, cherche enfin ton repos en toi-même!
De ton bonheur les songes furent courts!
Loin de ces bords chasse-les pour toujours!
N'aime plus rien que ce doux ciel qui t'aime!
Au soleil seul demande tes beaux jours!
Au coeur blessé la nature est si douce!
La solitude est le port du malheur!
Déjà le calme est rentré dans mon coeur,
Déjà ma vie a repris sans secousse
Son cours qu'avait suspendu la douleur!
Ajoutée par Savinien le 27/05/2013
Je vous dois de connaître l'amour, l'amour malheureux, il est vrai; mais il y a à aimer sans être aimé un charme mélancolique et profond, et il est beau de se ressouvenir de ceux qui nous oublient. - C'est déjà un bonheur que de pouvoir aimer même quand on est seul à aimer, et beaucoup meurent sans l'avoir eu, et souvent les plus à plaindre ne sont pas ceux qui aiment.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Mademoiselle de Maupin (1835)
Ajoutée par Savinien le 24/01/2013
Voyager est, quoi qu'on en puisse dire, un des plus tristes plaisirs de la vie. Lorsque vous vous trouvez bien dans quelque ville étrangère, c'est que vous commencez à vous y faire une patrie; mais traverser des pays inconnus, entendre parler un langage que vous comprenez à peine, voir des visages humains sans relation avec votre passé ni avec votre avenir, c'est de la solitude et de l'isolement sans repos et sans dignité, car cet empressement, cette hâte pour arriver là où personne ne vous attend, cette agitation dont la curiosité est la seule cause, vous inspirent peu d'estime pour vous-même, jusqu'au moment où les objets nouveaux deviennent un peu anciens, et créent autour de vous quelques doux liens de sentiment et d'habitude.
Par: Anne-Louise Germaine Necker (Madame de Stael)
Extrait de: Corinne ou l'Italie (1807)
Ajoutée par Savinien le 16/01/2013
La solitude, et surtout une solitude de notre choix, est un soulagement dans nos regrets; on dirait même que, malgré l'absence, elle nous rapproche de ceux que nous aimons, en nous éloignant d'une société qui cherche toujours des distractions parce que rien ne l'attache.
Par: Etienne Pivert de Senancour
Extrait de: Isabelle (1833)
Ajoutée par Savinien le 20/12/2012
Heureux celui qui ne vit pas seul, et qui n'a pas à gémir de ne point vivre seul.
Par: Etienne Pivert de Senancour
Extrait de: Obermann (1804)
Ajoutée par Savinien le 19/12/2012
Quand les hommes cherchent la solitude, quand on les voit se rejeter au sein quitté de la Nature, on les juge d'abord malheureux. Peut-être ce jugement n'est-il pas trop stupide pour le monde; car jamais la Nature n'est plus belle que quand nous avons le coeur brisé. Mais le mystère, l'éternel mystère, c'est la Douleur, cet ange à l'épée flamboyante, qui nous pousse du monde au désert et de la vie à la Nature, et qui s'assied à l'entrée de notre âme pour nous empêcher d'y rentrer si nous ne voulons périr!
Extrait de: Amaïdée (1889)
Ajoutée par Savinien le 04/12/2012
Nul ne se choisit lui-même. Nul n'a choisi non plus ses parents; mais la sagesse commune dit bien qu'il faut aimer ses parents. Par le même chemin je dirais bien qu'il faut s'aimer soi-même, chose difficile et belle. En ceux que l'on dit égoïstes je n'ai jamais remarqué qu'ils fussent contents d'eux-mêmes; mais plutôt ils font sommation aux autres de les rendre contents d'eux-mêmes. Faites attention que, sous le gouvernement égoïste, ce sont toujours les passions tristes qui gouvernent. Pensez ici à un grand qui s'ennuie. Mais quelle vertu, en revanche, en ceux qui se plaisent avec eux-mêmes! Ils réchauffent le monde humain autour d'eux. Comme le beau feu; il brûlerait aussi bien seul, mais on s'y chauffe.
Par: Emile Auguste Chartier (Alain)
Extrait de: Les idées et les âges (1927)
Ajoutée par Savinien le 25/02/2013
Heureuse solitude,
Seule béatitude,
Que votre charme est doux!
De tous les biens du monde,
Dans ma grotte profonde,
Je ne veux plus que vous.
Qu'un vaste empire tombe,
Qu'est-ce au loin pour ma tombe,
Qu'un vain bruit qui se perd?
Et les rois qui s'assemblent,
Et leurs sceptres qui tremblent,
Que les joncs du désert?
Par: François-René de Chateaubriand
Extrait de: Vie de Rancé (1844)
Ajoutée par Savinien le 24/11/2012
Combien peu il faut à l'homme qui veut seulement vivre: et combien il faut à celui qui veut vivre content et employer ses jours! Celui-là serait bien plus heureux qui aurait la force de renoncer au bonheur, et de voir qu'il est trop difficile: mais faut-il donc qu'il reste toujours seul? La paix elle-même est un triste bien si on n'espère point la partager.
Par: Etienne Pivert de Senancour
Extrait de: Obermann (1804)
Ajoutée par Savinien le 20/11/2012
Etre seul, c'est être soi, rien d'autre. Comment serait-on autre chose? Personne ne peut vivre à notre place, ni mourir à notre place, ni souffrir ou aimer à notre place, et c'est ce qu'on appelle la solitude: ce n'est qu'un autre nom pour l'effort d'exister.
Extrait de: L'amour la solitude (1992)
Ajoutée par Savinien le 22/04/2013
Multitude, solitude: termes égaux et convertibles pour le poète actif et fécond. Qui ne sait pas peupler sa solitude, ne sait pas non plus être seul dans une foule affairée.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Le spleen de Paris (1869)
Ajoutée par Savinien le 05/11/2013
Je me disais qu'une triste chose de notre condition misérable, était l'obligation d'être sans cesse vis-à-vis de soi-même. C'est ce qui rend si douce la société des gens aimables: ils vous font croire un instant qu'ils sont un peu vous; mais vous retombez bien vite dans votre triste unité. Quoi! L'ami le plus chéri, la femme la plus aimée et le méritant ne prendront jamais sur eux une partie du poids? Oui, quelques instants seulement. Mais ils ont le manteau de plomb à traîner.
Par: Eugène Delacroix
Extrait de: Journal (Delacroix) (1893)
Ajoutée par Savinien le 19/10/2013
Du pays des anthropophages
Dans la solitude le solitaire se ronge le coeur; dans la multitude c'est la foule qui le lui ronge. Choisis donc!
Par: Friedrich Wilhelm Nietzsche
Extrait de: Humain, trop humain (1878)
Ajoutée par Savinien le 25/06/2013
La solitude est bonne aux grands esprits et mauvaise aux petits. La solitude trouble les cerveaux qu'elle n'illumine pas.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Choses vues (1887)
Ajoutée par Savinien le 11/03/2013
Vivre dans l'embarras, c'est vivre à la hâte: le repos allonge la vie. Le monde nous dérobe à nous-mêmes, et la solitude nous y rend. Le monde n'est qu'une troupe de fugitifs d'eux-mêmes.
Par: Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles (Marquise de Lambert)
Extrait de: Traité de la vieillesse (1732)
Ajoutée par Savinien le 05/11/2013
L'homme, par nature, n'aimerait que lui, et ce serait la sauvagerie; mais les liens de société l'obligent à compter avec les autres, et à les aimer pour lui, tant qu'enfin il arrive à croire qu'il les aime pour eux. Il existe un bon nombre d'ouvrages, assez ingénieux, où l'on explique assez bien le passage de l'amour de soi à l'amour d'autrui; et j'avoue que si l'on commençait par la solitude et l'amour de soi, on arriverait bientôt à aimer ses semblables. Mais ce n'est qu'une mauvaise algèbre. Autant qu'on connaît le sauvage, il vit en cérémonie et adore la vie commune; il est aussi peu égoïste que l'on voudra. L'égoïsme est un fruit de la civilisation, non de sauvagerie; et l'altruisme aussi son correctif; mais l'un et l'autre sont plutôt des mots que des êtres.
Par: Emile Auguste Chartier (Alain)
Ajoutée par Savinien le 01/01/2013
J'avais entrevu de nouveau une clarté et j'avais marché vers elle. Me voilà au point de lumière: triste champ plus mélancolique que les forêts qui l'environnent! Ce champ est un ancien cimetière indien. Que je me repose un instant dans cette double solitude de la mort et de la nature: est-il un asile où j'aimasse mieux dormir pour toujours?
Par: François-René de Chateaubriand
Extrait de: Voyage en Amérique (1827)
Ajoutée par Savinien le 03/11/2012
Courez vous enfermer dans vos cités, allez vous soumettre à vos petites lois; gagnez votre pain à la sueur de votre front, ou dévorez le pain du pauvre; égorgez-vous pour un mot, pour un maître; doutez de l'existence de Dieu, ou adorez-le sous des formes superstitieuses, moi j'irai errant dans mes solitudes; pas un seul battement de mon coeur ne sera comprimé, pas une seule de mes pensées ne sera enchaînée; je serai libre comme la nature, je ne connaîtrai de souverain que celui qui alluma la flamme des soleils, et qui, d'un seul coup de sa main, fit rouler tous les mondes.
Par: François-René de Chateaubriand
Extrait de: Voyage en Amérique (1827)
Ajoutée par Savinien le 03/11/2012
Il ne faut point s'étonner du goût de JJ Rousseau pour la retraite: de pareilles âmes sont exposées à se voir seules, à vivre isolées, comme l'aigle; mais, comme lui, l'étendue de leur regard et la hauteur de leur vol sont le charme de leur solitude.
Par: Nicolas Sébastien-Roch (Chamfort)
Extrait de: Maximes et pensées
Ajoutée par Savinien le 01/11/2012
Nous ne perdrons aucune de nos inquiétudes. Leur cause est en nous, non au-dehors. Notre esprit est ainsi fait que tout l'ébranle, et ce n'est qu'en la solitude qu'il trouve un peu de quiétude. Alors c'est Dieu qui l'inquiète.
Par: André Gide
Extrait de: Journal (Gide)
Ajoutée par Savinien le 28/04/2012
La force d'un être réside dans son incapacité de savoir à quel point il est seul. Ignorance bénie, grâce à laquelle il peut s'agiter et agir. Vient-il d'avoir la révélation de son secret? Son ressort se brise aussitôt, irrémédiablement. C'est ce qui est arrivé au créateur, ou ce qui lui arrivera, peut-être.
Par: Emil Cioran
Extrait de: La chute dans le temps (1964)
Ajoutée par Savinien le 17/04/2012
L'enfer du méchant est d'être réduit à vivre seul avec lui-même, mais c'est le paradis de l'homme de bien, et il n'y a point pour lui de spectacle plus agréable que celui de sa propre conscience.
Extrait de: Fragments autobiographiques
Ajoutée par Savinien le 05/03/2012
Plus nous fréquentons les hommes, plus nos pensées noircissent; et lorsque, pour les éclaircir, nous retournons à notre solitude, nous y trouvons l'ombre qu'elles y ont répandue.
Par: Emil Cioran
Extrait de: Syllogismes de l'amertume (1952)
Ajoutée par Savinien le 24/01/2012
L'être véritablement seul n'est pas celui qui est abandonné par les hommes, mais celui qui souffre au milieu d'eux, qui traîne son désert dans les foires et déploie ses talents de lépreux souriant, de comédien de l'irréparable. Les grands solitaires d'autrefois étaient heureux, ne connaissaient pas la duplicité, n'avaient rien à cacher: ils ne s'entretenaient qu'avec leur propre solitude.
Par: Emil Cioran
Extrait de: Précis de décomposition (1949)
Ajoutée par Savinien le 08/01/2012
Alors je rentrais dans la ville; je me perdais dans les rues obscures; je regardais les lumières de toutes ces croisées, tous ces nids mystérieux des familles, les voitures passant, les hommes se heurtant. Oh! Quelle solitude! Quelle triste fumée sur ces toits! Quelle douleur dans ces rues tortueuses où tout piétine, travaille et sue, où des milliers d'inconnus vont se touchant le coude; cloaque où les corps seuls sont en société, laissant les âmes solitaires, et où il n'y a que les prostituées qui vous tendent la main au passage! « Corrompts-toi, corrompts-toi! Tu ne souffriras plus! » Voila ce que les villes crient à l'homme, ce qui est écrit sur les murs avec du charbon, sur les pavés avec de la boue, sur les visages avec du sang extravasé.
Par: Alfred de Musset
Extrait de: La confession d'un enfant du siècle (1836)
Ajoutée par Savinien le 06/12/2011
Si l'homme, constant dans ses affections, pouvait sans-cesse fournir à un sentiment renouvelé sans-cesse, sans doute la solitude et l'amour l'égaleraient à Dieu même, car ce sont là les deux éternels plaisirs du grand Etre. Mais l'âme de l'homme se fatigue, et jamais elle n'aime longtemps le même objet avec plénitude. Il y a toujours quelques points par où deux coeurs ne se touchent pas, et ces points suffisent à la longue pour rendre la vie insupportable.
Par: François-René de Chateaubriand
Ajoutée par Savinien le 04/12/2011
Les sons que rendent les passions dans le vide d'un coeur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d'un désert: on en jouit, mais on ne peut les peindre.
Par: François-René de Chateaubriand
Extrait de: René (1802)
Ajoutée par Savinien le 07/11/2011
Pensez-vous quelquefois à ce que fait l'archange,
L'Etre d'en bas? Il est le Méchant. Il s'en venge?
Il prend l'âme, la vie et le jour à revers;
Et de sa chute il fait celle de l'univers.
L'enfer est tout entier dans ce mot: solitude.
Avec tous les remords qui sont l'inquiétude
Et le deuil de la terre, et dont il est l'aïeul,
Dans l'effrayant cachot des nuits, Satan est seul.
Par: Victor Hugo
Extrait de: La fin de Satan (1886)
Ajoutée par Savinien le 17/10/2011
Seuls dans la vie, nous nous demandons si la solitude de l'agonie n'est pas le symbole même de l'existence humaine. Lamentable faiblesse que de vouloir vivre et mourir en société: y a-t-il une consolation possible à la dernière heure?
Par: Emil Cioran
Extrait de: Sur les cimes du désespoir (1934)
Ajoutée par Savinien le 03/10/2011
La société dans laquelle nous sommes nés repose sur l'égoïsme. Les sociologues nomment cela l'individualisme alors qu'il y a un mot plus simple: nous vivons dans la société de la solitude. Il n'y a plus de familles, plus de villages, plus de Dieu. Nos aînés nous ont délivrés de toutes ces oppressions et à la place ils ont allumé la télévision. Nous sommes abandonnés à nous-mêmes, incapables de nous intéresser à quoi que ce soit d'autre que notre nombril.
Par: Frédéric Beigbeder
Extrait de: L'amour dure trois ans (1997)
Ajoutée par Savinien le 13/08/2011
Etre seul est devenu une maladie honteuse. Pourquoi tout le monde fuit-il la solitude? Parce qu'elle oblige à penser. De nos jours, Descartes n'écrirait plus: « Je pense donc je suis. » Il dirait: « Je suis seul donc je pense. » Personne ne veut la solitude, car elle laisse trop de temps pour réfléchir. Or plus on pense, plus on est intelligent, donc plus on est triste.
Par: Frédéric Beigbeder
Extrait de: L'amour dure trois ans (1997)
Ajoutée par Savinien le 10/08/2011
Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.
Par: Blaise Pascal
Extrait de: Les Pensées de Pascal (1669)
Ajoutée par Savinien le 09/08/2011
Nous sommes plaisants de nous reposer dans la société de nos semblables: misérables comme nous, impuissants comme nous, ils ne nous aideront pas; on mourra seul.
Par: Blaise Pascal
Extrait de: Les Pensées de Pascal (1669)
Ajoutée par Savinien le 09/08/2011
Ah! que le printemps est redoutable pour les solitaires. Tous les besoins endormis se réveillent, toutes les douleurs disparues renaissent, le vieil homme terrassé et bâillonné se relève et se met à gémir. Les cicatrices redeviennent blessures saignantes et ces blessures se lamentent à qui mieux mieux. On ne songeait plus à rien, on avait réussi à s'étourdir par le travail ou la distraction, et tout d'un coup le coeur, ce prisonnier mis au secret, se plaint dans son cachot, et cette plainte fait chanceler tout le palais au fond duquel on l'avait muré.
Par: Henri-Frédéric Amiel
Extrait de: Fragments d'un journal intime (1884)
Ajoutée par Savinien le 18/07/2011
Supprimer l'ennui de son existence, quelle magnifique économie! Pour cela, dans bien des cas, il faut savoir rester seul. Mais savoir se mettre à l'écart, sans offenser les amours-propres, est un art bien malaisé.
Par: Henri-Frédéric Amiel
Extrait de: Fragments d'un journal intime (1884)
Ajoutée par Savinien le 16/07/2011
On est d'autant plus seul qu'on est errant. De là son déplacement perpétuel. Rester quelque part lui semblait de l'apprivoisement. Il passait sa vie à passer son chemin. La vue des villes redoublait en lui le goût des broussailles, des halliers, des épines, et des trous dans les rochers. Son chez-lui était la forêt. Il ne se sentait pas très dépaysé dans le murmure des places publiques assez pareil au brouhaha des arbres. La foule satisfait dans une certaine mesure le goût qu'on a du désert.
Par: Victor Hugo
Extrait de: L'homme qui rit (1869)
Ajoutée par Savinien le 12/07/2011
Ursus n'était d'aucune bande. Ursus vivait avec Ursus; tête-à-tête de lui-même avec lui-même dans lequel un loup fourrait gentiment son museau. L'ambition d'Ursus eût été d'être caraïbe; ne le pouvant, il était celui qui est seul. Le solitaire est un diminutif du sauvage, accepté par la civilisation.
Par: Victor Hugo
Extrait de: L'homme qui rit (1869)
Ajoutée par Savinien le 12/07/2011
Ursus était remarquable dans le soliloque. D'une complexion farouche et bavarde, ayant le désir de ne voir personne et le besoin de parler à quelqu'un, il se tirait d'affaire en se parlant à lui-même. Quiconque a vécu solitaire sait à quel point le monologue est dans la nature. La parole intérieure démange. Haranguer l'espace est un exutoire. Parler tout haut et tout seul, cela fait l'effet d'un dialogue avec le dieu qu'on a en soi.
Par: Victor Hugo
Extrait de: L'homme qui rit (1869)
Ajoutée par Savinien le 12/07/2011
Nous ne sentons le prix de nos amis qu'au moment où nous sommes menacés de les perdre. Nous sommes même assez insensés, quand tout va bien, pour croire que nous pouvons impunément nous éloigner d'eux: le ciel nous en punit; il nous les enlève, et nous sommes épouvantés de la solitude qu'ils laissent autour de nous.
Par: François-René de Chateaubriand
Extrait de: Mémoires d'outre-tombe (1848)
Ajoutée par Savinien le 29/06/2011
Dans les liaisons qui ne se forment qu'au milieu de votre carrière, il entre quelque mélancolie; Y a-t-il disproportion d'âge, les inconvénients augmentent: le plus vieux a commencé la vie avant que le plus jeune fût au monde; le plus jeune est destiné à demeurer seul à son tour: l'un a marché dans une solitude en deçà du berceau, l'autre traversera une solitude au delà d'une tombe; le passé fut un désert pour le premier, l'avenir sera un désert pour le second.
Il est difficile d'aimer avec toutes les conditions de bonheur, jeunesse, beauté, temps opportun, harmonie de coeur, de goût, de caractère, de grâces et d'années.
Par: François-René de Chateaubriand
Extrait de: Mémoires d'outre-tombe (1848)
Ajoutée par Savinien le 26/06/2011
L'épitaphe
Quand on aura fermé ma bière
Comme ma bouche et ma paupière,
Que l'on inscrive sur ma pierre:
Ci-gît le roi du mauvais sort.
Ce fou dont le cadavre dort
L'affreux sommeil de la matière,
Frémit pendant sa vie entière
Et ne songea qu'au cimetière.
Jour et nuit, par toute la terre,
Il traîna son coeur solitaire
Dans l'épouvante et le mystère,
Dans l'angoisse et le remords.
Vive la mort! Vive la mort!
Par: Maurice Rollinat
Ajoutée par Savinien le 05/05/2011
Celui qui ne sait pas trouver dans son coeur un ami, une société, qui craint de se livrer à ses réflexions, et de passer un instant avec lui-même, regarde du même oeil la solitude et la mort.
Ajoutée par Savinien le 24/02/2011
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