Citations
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Il y a dans les premiers chagrins d'un premier amour quelque chose qui vous oppresse si doucement le coeur qu'on les accepte comme des sensations bien préférables encore à l'indifférence qui leur a fait place: ce qu'on désire avant toute chose, ce n'est pas précisément d'être heureux, on ne sait pas encore ce que c'est que le bonheur, mais c'est de ne pas rentrer dans ce désert aride d'où l'on sort; c'est de rester sous ces beaux arbres verts, au rayon de ce doux soleil, au milieu de ces fleurs aux enivrants parfums dont les épines déjà vous ont ensanglanté les doigts, mais qu'à toute force on veut cueillir, qu'à tout risque on veut respirer; ce qu'on veut, c'est la tempête plutôt que le calme, c'est la souffrance à défaut de joie.
Extrait de: Sylvandire (1844)
Ajoutée par Savinien le 16/09/2023
- Madame, madame, vous n'êtes pas digne du nom de Cornélie que vous portez!
A quoi la baronne répondait :
- Monsieur, nous ne sommes pas au temps des Gracques, et je ne suis pas une Romaine.
En effet, la pauvre femme n'était qu'une bonne, qu'une tendre, qu'une excellente mère, ce qui vaut peut-être moins aux yeux des philosophes, mais ce qui vaut certes bien autant aux regards de Dieu.
Extrait de: Sylvandire (1844)
Ajoutée par Savinien le 16/09/2023
Quand Roger-Tancrède sortait du château, soit à cheval, soit à pied, soit son fusil sur l'épaule, soit l'abbé Dubuquoi au bras, les paysans qui travaillaient dans les champs se retournaient pour le saluer, et les jeunes gentilshommes du voisinage s'arrêtaient en lui tendant la main. C'est là toute la puissance à laquelle peut aspirer un coeur simple et un esprit philosophique, ou je ne m'y connais pas.
Extrait de: Sylvandire (1844)
Ajoutée par Savinien le 16/09/2023
En effet, que lui manquait-il? Il avait un gouverneur qu'il ne détestait pas précisément, mais que cependant il regardait comme une grande superfluité. En revenant de la chasse, il trouvait toujours, grâce à la prévoyance maternelle de la baronne, un copieux dîner dont il donnait les restes à son chien. Puis, après ce repas, un lit l'attendait dans lequel il pouvait, si celui lui faisait plaisir, dormir douze heures de suite. C'était là de l'opulence, ou je me trompe fort.
Extrait de: Sylvandire (1844)
Ajoutée par Savinien le 16/09/2023
Jamais cette effusion de mon âme ne tarissait ou ne se refroidissait. Si le firmament n'eût été qu'une page, et que Dieu m'eût dit de la remplir de mon amour, cette page n'aurait pas contenu tout ce que je sentais se dire en moi! Je ne m'arrêtais qu'après que les quatre feuilles étaient remplies, et il me semblait toujours n'avoir rien dit! C'est qu'en effet je n'avais rien dit, car qu'étaient ces quatre feuilles pour contenir l'infini?
Extrait de: Raphaël (1849)
Ajoutée par Savinien le 14/04/2023
Il y a deux mémoires: la mémoire des sens, qui s'use avec les sens et qui laisse perdre les choses périssables, et la mémoire de l'âme, pour qui le temps n'existe pas, qui revoit à la fois tous les points du passé et du présent de son existence, et qui a, comme l'âme elle-même, l'ubiquité, l'universalité et l'immortalité de l'esprit. Rassurez-vous, vous qui aimez, le temps n'a de puissance que sur les heures, aucune sur les sentiments.
Extrait de: Raphaël (1849)
Ajoutée par Savinien le 14/04/2023
Il n'y a ni aujourd'hui ni demain dans les retentissements puissants de la mémoire, il n'y a que toujours. Celui qui ne sent plus n'a jamais senti!
Extrait de: Raphaël (1849)
Ajoutée par Savinien le 14/04/2023
Oh! Qui n'a pas eu ainsi dans sa vie de ces bonheurs sans sécurité et sans lendemain, où la vie se concentre dans une heure qu'on voudrait rendre éternelle et qu'on sent échapper minute à minute, en écoutant le balancier de la pendule qui bat la seconde, en regardant l'aiguille qui dévore l'heure sur le cadran, en sentant la roue de la voiture dont chaque tour abrège l'espace, ou en écoutant le bruit d'une proue qui laisse le flot en arrière et qui vous approche du bord où il faudra descendre du ciel de vos rêves sur la grève dure et froide de la réalité!
Extrait de: Raphaël (1849)
Ajoutée par Savinien le 14/04/2023
Je ne sais pas qui a écrit cette musique; mais qui que ce soit, qu'il soit béni pour avoir exprimé, par quelques notes, cet infini de la tristesse humaine, dans le gémissement mélodieux d'une voix! Depuis ce jour, il ne m'a plus été possible d'entendre les premières mesures de cet air sans m'enfuir comme un homme poursuivi par une ombre, et quand je sens le besoin d'ouvrir mon coeur par une larme, je me chante intérieurement à moi-même le refrain plaintif, et je me sens prêt à pleurer, moi qui ne pleure plus!
Extrait de: Raphaël (1849)
Ajoutée par Savinien le 14/04/2023
Je n'étais pas pressé de la revoir, d'entendre sa voix, de me rapprocher d'elle, de m'entretenir en liberté avec celle qui était déjà toute ma pensée et toute ma vie. Je l'avais vue; je l'emportais partout avec moi: de près, de loin, absente, présente, je la possédais; tout le reste m'était indifférent. L'amour complet est patient, parce qu'il est absolu et qu'il sent qu'il durera autant que la vie. Je défiais l'univers de m'arracher cette image sans m'arracher mon coeur.
Extrait de: Raphaël (1849)
Ajoutée par Savinien le 14/04/2023
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