Thématique citations : L'amour

482 Citations

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Le balcon


Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses,
O toi, tous mes plaisirs! O toi, tous mes devoirs!
Tu te rappelleras la beauté des caresses,
La douceur du foyer et le charme des soirs,
Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses!

Les soirs illuminés par l'ardeur du charbon,
Et les soirs au balcon, voilés de vapeurs roses.
Que ton sein m'était doux! Que ton coeur m'était bon!
Nous avons dit souvent d'impérissables choses
Les soirs illuminés par l'ardeur du charbon.

Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées!
Que l'espace est profond! Que le cœur est puissant!
En me penchant vers toi, reine des adorées,
Je croyais respirer le parfum de ton sang.
Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées!


Par: Charles Baudelaire

Ajoutée par Savinien le 13/03/2020

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Le jet d'eau


Tes beaux yeux sont las, pauvre amante!
Reste longtemps sans les rouvrir,
Dans cette pose nonchalante
Où t'a surprise le plaisir.
Dans la cour le jet d'eau qui jase
Et ne se tait ni nuit ni jour,
Entretient doucement l'extase
Où ce soir m'a plongé l'amour.


Par: Charles Baudelaire

Ajoutée par Savinien le 13/03/2020

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Acte II, Scène 2


Et vous le haïssez! Avouez-le, Madame,
L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une âme;
Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux,
Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux.


Par: Jean Racine

Extrait de: Andromaque (1667)

Ajoutée par Savinien le 13/03/2020

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Acte I, Scène 2


Eh bien, Antiochus, es-tu toujours le même?
Pourrai-je, sans trembler, lui dire : « Je vous aime? »
Mais quoi ? Déjà je tremble, et mon coeur agité
Craint autant ce moment que je l'ai souhaité.
Bérénice autrefois m'ôta toute espérance;
Elle m'imposa même un éternel silence.
Je me suis tu cinq ans, et jusques à ce jour,
D'un voile d'amitié j'ai couvert mon amour.


Par: Jean Racine

Extrait de: Bérénice (1670)

Ajoutée par Savinien le 13/03/2020

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Je te l'avoue, Usbek, une passion encore plus vive que l'ambition me fit souhaiter de te plaire. Je me vis insensiblement devenir la maîtresse de ton cœur; tu me pris, tu me quittas; tu revins à moi, et je sus te retenir; le triomphe fut tout pour moi, et le désespoir pour mes rivales: il nous sembla que nous fussions seuls dans le monde; tout ce qui nous entourait ne fut plus digne de nous occuper. Plût au ciel que mes rivales eussent eu le courage de rester témoins de toutes les marques d'amour que je reçus de toi ! Si elles avaient vu mes transports, elles auraient senti la différence qu'il y a de mon amour au leur; elles auraient vu que, si elles pouvaient disputer avec moi de charmes, elles ne pouvaient pas disputer de sensibilité... Mais où suis-je ? Où m'emmène ce vain récit ? C'est un malheur de n'être point aimée; mais c'est un affront de ne l'être plus.


Par: Charles-Louis de Secondat (Montesquieu)

Ajoutée par Savinien le 13/03/2020

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Mais, quoique ces invincibles ennemis du travail fassent parade d'une tranquillité philosophique, ils ne l'ont pourtant pas dans le cœur; car ils sont toujours amoureux. Ils sont les premiers hommes du monde pour mourir de langueur sous la fenêtre de leurs maîtresses; et tout Espagnol qui n'est pas enrhumé ne saurait passer pour galant.


Par: Charles-Louis de Secondat (Montesquieu)

Ajoutée par Savinien le 13/03/2020

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Mais va, crois-moi, ces cavaliers frivoles
N'ont pas d'amour si grand qu'il ne s'use en paroles.
Qu'une fille aime et croie un de ces jouvenceaux,
Elle en meurt, il en rit. Tous ces jeunes oiseaux,
A l'aile vive et peinte, au langoureux ramage,
Ont un amour qui mue ainsi que leur plumage.
Les vieux, dont l'âge éteint la voix et les couleurs,
Ont l'aile plus fidèle, et, moins beaux, sont meilleurs.
Nous aimons bien. Nos pas sont lourds? Nos yeux arides?
Nos fronts ridés? Au coeur on n'a jamais de rides.
Hélas! Quand un vieillard aime, il faut l'épargner.
Le coeur est toujours jeune et peut toujours saigner.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 13/03/2020

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Je ne t'ai point aimé, cruel? Qu'ai-je donc fait?
J'ai dédaigné pour toi les vœux de tous nos princes;
Je t'ai cherché moi-même au fond de tes provinces;
J'y suis encore, malgré tes infidélités,
Et malgré tous mes grecs honteux de mes bontés.
Je leur ai commandé de cacher mon injure;
J'attendais en secret le retour d'un parjure;
J'ai cru que tôt ou tard, à ton devoir rendu,
Tu me rapporterais un cœur qui m'était dû.
Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait fidèle?
Et même en ce moment où ta bouche cruelle
Vient si tranquillement m'annoncer le trépas,
Ingrat, je doute encore si je ne t'aime pas.


Par: Jean Racine

Extrait de: Andromaque (1667)

Ajoutée par Savinien le 13/03/2020

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Quoi qu'il en soit, - malgré l'interruption ou à cause de l'interruption, jamais volupté pareille n'a passé sur ma tête: Je me sentais réellement un autre. L'âme de Rosette était entrée toute entière dans mon corps. - Mon âme m'avait quitté et remplissait son coeur comme son âme à elle remplissait le mien. - Sans doute, elles s'étaient rencontrées au passage dans ce long baiser équestre, comme Rosette l'a appelé depuis (ce qui m'a fâché par parenthèse), et s'étaient traversées et confondues aussi intimement que le peuvent faire les âmes de deux créatures mortelles sur un grain de boue périssable.


Par: Théophile Gautier

Ajoutée par Savinien le 12/03/2020

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A celle que je ne peux pas nommer


Pour moi l'Amour n'a plus d'aile;
Il a trop su m'enflammer:
Je serai toujours fidèle.
Qui pourrai-je encore aimer,
Après avoir aimé celle
Que je ne veux pas nommer?

Pour toucher cette cruelle,
Mon seul art fut de l'aimer:
Présent, je ne vois rien qu'elle,
Absent, tout vient m'en parler;
Tout vient me rappeler celle
Que je ne veux pas nommer.

Que l'Amour la rendit belle,
Le jour qu'il sut l'animer!
Psyché qu'il fit immortelle,
N'eût jamais pu l'enflammer,
S'il eût alors connu celle
Que je ne veux pas nommer.

Sans égale et sans modèle,
Qu'elle doit vous alarmer,
O vous qu'un amant fidèle
Jure de toujours aimer!
Tremblez, s'il voit jamais celle
Que je ne veux pas nommer.

Sa grâce est toujours nouvelle,
Son esprit sait tout charmer,
Si Vénus est aussi belle,
Vénus sait moins bien aimer:
Voilà le portrait de celle
Que je ne veux pas nommer.

Mais j'écoute trop mon zèle;
Je commence à m'alarmer:
Vous la dépeindre si belle,
Si propre à tout enflammer,
N'est ce pas vous nommer celle
Que je ne veux pas nommer?


Par: Louis-Philippe de Segur

Ajoutée par Savinien le 11/03/2020

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Aimer est un bonheur, haïr est un tourment. L'amour est la loi du ciel, la haine est celle de l'enfer.


Par: Louis-Philippe de Segur

Ajoutée par Savinien le 11/03/2020

Catégories:

Les maux d'amour sont sans remède,
Ses biens ne font que décevoir;
On souffre tout pour les avoir,
On craint tout lorsqu'on les possède.


Par: Antoine de Rambouillet

Ajoutée par Savinien le 10/03/2020

Catégories:

J'ai tant prié, j'ai tant pressé,
Que je viens d'obtenir un baiser de Clarice;
Plus vite qu'un éclair ce plaisir a passé.
Si l'amour m'eût rendu justice,
Il devait tout au moins durer
Autant qu'il s'est fait désirer.


Par: Antoine de Rambouillet

Ajoutée par Savinien le 10/03/2020

Catégories:

On plaît avec un joli visage, on inspire ou de l'amour ou des désirs. Est-ce de l'amour? Fût-on de l'humeur la plus austère, il est le bienvenu: le plaisir d'être aimée trouve toujours sa place ou dans notre coeur ou dans notre vanité. Ne fait-on que nous désirer? Il n'y a encore rien de perdu: il est vrai que la vertu s'en scandalise; mais la vertueuse n'est pas fâchée du scandale.


Par: Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (Marivaux)

Ajoutée par Savinien le 23/02/2020

Catégories:

Il n'était pas amoureux, il était tendre, façon d'être épris qui, au commencement d'une passion, rend le coeur honnête, qui lui donne des moeurs, et l'attache au plaisir délicat d'aimer et de respecter timidement ce qu'il aime.


Par: Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (Marivaux)

Ajoutée par Savinien le 21/02/2020

Catégories:

Ce n'est point par manque d'amour que Don Juan va de femme en femme. Il est ridicule de le représenter comme un illuminé en quête de l'amour total. Mais c'est bien parce qu'il les aime avec un égal emportement et chaque fois avec tout lui-même, qu'il lui faut répéter ce don et cet approfondissement. De là que chacune espère lui apporter ce que personne ne lui a jamais donné. Chaque fois, elles se trompent profondément et réussissent seulement à lui faire sentir le besoin de cette répétition. « Enfin, s'écrie l'une d'elles, je t'ai donné l'amour. » S'étonnera-t-on que Don Juan en rie: « Enfin? Non, dit-il, mais une fois de plus. » Pourquoi faudrait-il aimer rarement pour aimer beaucoup?


Par: Albert Camus

Ajoutée par Savinien le 06/01/2020

Catégories:

Il en est ainsi, au reste, de tout amour profond et réel; présent, l'être qui en est l'objet apparaît, aux yeux de celui ou de celle qui croit avoir à s'en plaindre, avec toutes les aspérités de la présence. A cette courte distance qu'il est de nous, tous les reproches qu'on croit avoir à lui faire semblent fondés; défauts de caractère, bizarreries d'esprit, oublis de coeur, tout apparaît comme à travers un verre grossissant; on ne comprend pas qu'on ait été si longtemps sans voir toutes ces défectuosités amoureuses, et que si longtemps on les ait supportées.
Mais l'objet de cette fatale investigation s'éloigne-t-il, de sa propre volonté ou par force, à peine éloigné, ces aspérités, qui, de près, blessaient comme des épines, disparaissent; ces contours trop arrêtés s'effacent; le réalisme trop rigoureux tombe sous le souffle poétique de la distance et au regard caressant du souvenir; on ne juge plus, on compare, on revient sur soi-même avec une rigueur mesurée à l'indulgence qu'on ressent pour cet autre, que l'on reconnaît avoir mal apprécié, et le résultat de tout ce travail du coeur, c'est qu'après cette absence de huit ou dix jours, la personne absente nous semble plus chère et plus nécessaire que jamais.


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2019

Catégories:

Je sais que l'amour a été donné à l'homme, répondit la jeune femme, pour qu'il ait la mesure de ce qu'il peut souffrir.


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2019

Catégories:

Et maintenant si rieur sur tout, si amèrement persuadé du grotesque de l'existence, je sens encore que l'amour, cet amour comme je l'ai rêvé au collège sans l'avoir, et que j'ai ressenti plus tard, qui m'a tant fait pleurer et dont j'ai tant ri, combien je crois encore que ce serait tout à la fois la plus sublime des choses, ou la plus bouffonne des bêtises! Deux êtres jetés sur la terre par un hasard, quelque chose, et qui se rencontrent, s'aiment, parce que l'un est femme et l'autre homme! Les voilà haletants l'un pour l'autre, se promenant ensemble la nuit et se mouillant à la rosée, regardant le clair de lune et le trouvant diaphane, admirant les étoiles et disant sur tous les tons: je t'aime, tu m'aimes, il m'aime, nous nous aimons, et répétant cela avec des soupirs, des baisers; et puis ils rentrent, poussés tous les deux par une ardeur sans pareille car ces deux âmes ont leurs organes violemment échauffés, et les voilà bientôt grotesquement accouplés, avec des rugissements et des soupirs, soucieux l'un et l'autre pour reproduire un imbécile de plus sur la terre, un malheureux qui les imitera! Contemplez-les, plus bêtes en ce moment que les chiens et les mouches, s'évanouissant, et cachant soigneusement aux yeux des hommes leur jouissance solitaire, pensant peut-être que le bonheur est un crime et la volupté une honte.


Par: Gustave Flaubert

Ajoutée par Savinien le 06/01/2019

Catégories:

Rappelez-vous l'Inde, cette mère majestueuse et grave de notre Occident disputeur, elle va vous raconter comment la poésie a été révélée à son premier poète: il voyait, coeur pensif, âme préoccupée, voltiger deux colombes; il admirait la grâce de leur vol et la rapidité de leur poursuite amoureuse. Tout à coup, une flèche part d'une main cachée, traverse l'air en sifflant, et va frapper un des deux oiseaux. Alors il verse des larmes de pitié, ses gémissements, se mesurant aux battements de votre coeur, prennent un mouvement rythmique. La poésie naît, et, depuis ce jour, les vers, mélodieuses colombes, volent deux par deux par toute la terre.


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 10/05/2018

Catégories:

Enfant, j'ai rêvé l'amour; jeune homme la gloire; homme, la tombe, ce dernier amour de ceux qui n'en ont plus.


Par: Gustave Flaubert

Ajoutée par Savinien le 25/05/2017

Catégories:

Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis: Veux-tu t'en venir dans les champs?

Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis: Veux-tu, c'est le mois où l'on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds?

Elle essuya ses pieds à l'herbe de la rive;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh! Comme les oiseaux chantaient au fond des bois!

Comme l'eau caressait doucement le rivage!
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 20/05/2017

Catégories:

L'hirondelle au printemps cherche les vieilles tours,
Débris où n'est plus l'homme, où la vie est toujours;
La fauvette en avril cherche, ô ma bien aimée,
La forêt sombre et fraîche et l'épaisse ramée,
La mousse, et, dans les noeuds des branches, les doux toits
Qu'en se superposant font les feuilles des bois.
Ainsi fait l'oiseau. Nous, nous cherchons, dans la ville,
Le coin désert, l'abri solitaire et tranquille,
Le seuil qui n'a pas d'yeux obliques et méchants,
La rue où les volets sont fermés; dans les champs,
Nous cherchons le sentier du pâtre et du poète;
Dans les bois, la clairière inconnue et muette
Où le silence éteint les bruits lointains et sourds.
L'oiseau cache son nid, nous cachons nos amours.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 19/05/2017

Catégories:

Vois-tu, quoique notre gloire
Brille en ce que nous créons,
Et dans notre grande histoire
Pleine de grands panthéons;

Quoique nous ayons des glaives,
Des temples, Chéops, Babel,
Des tours, des palais, des rêves,
Et des tombeaux jusqu'au ciel;

Il resterait peu de choses
A l'homme, qui vit un jour,
Si Dieu nous ôtait les roses,
Si Dieu nous ôtait l'amour!


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 19/05/2017

Catégories:

Il n'y a pas d'amour heureux. Il n'y a pas d'espace suffisamment étroit, suffisamment clos, pour enfermer toute une vie deux êtres à l'intérieur d'eux-mêmes. Or, dès que cet ensemble s'ouvre sur le monde, celui-ci en se refermant sur eux va, comme les bras d'une pieuvre, s'infiltrer entre leurs relations privilégiées.


Par: Henri Laborit

Ajoutée par Savinien le 03/02/2017

Catégories:

Entre la nouveauté et l'habitude, l'une attrait invincible, l'autre lien puissant, il y a à franchir un abîme dans lequel l'amour tombe et périt presque toujours.


Par: Alphonse Karr

Extrait de: Les femmes (1853)

Ajoutée par Savinien le 27/03/2016

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L'amour qu'on éprouve est tout en soi, la personne aimée n'est que le prétexte. Quelle que soit la beauté de la musique, elle laisse un sourd insensible. Boileau, après son affaire avec le dindon, fit la satire contre les femmes, et, ce qui est encore pis, une vingtaine de très mauvais vers en l'honneur de je ne sais quelle Sylvie. Je dis ce qui est encore pis, car on peut dire très bien du mal des femmes en les aimant beaucoup; mais c'est mauvais signe d'en dire si mal du bien.


Par: Alphonse Karr

Extrait de: Les femmes (1853)

Ajoutée par Savinien le 01/03/2016

Catégories:

Tu reçus du ciel cet heureux penchant à tout ce qui est bon et honnête: n'écoute que tes propres désirs, ne suis que tes inclinations naturelles; songe surtout à nos premières amours: tant que ces moments purs et délicieux reviendront à ta mémoire, il n'est pas possible que tu cesses d'aimer ce qui te les rendit si doux, que le charme du beau moral s'efface dans ton âme, ni que tu veuilles jamais obtenir ta Julie par des moyens indignes de toi. Comment jouir d'un bien dont on aurait perdu le goût? Non, pour pouvoir posséder ce qu'on aime, il faut garder le même coeur qui l'a aimé.


Par: Jean-Jacques Rousseau

Ajoutée par Savinien le 04/01/2016

Catégories:

Ainsi le petit prince, malgré la bonne volonté de son amour, avait vite douté d'elle. Il avait pris au sérieux des mots sans importance, et était devenu très malheureux. « J'aurais dû ne pas l'écouter, me confia-t-il un jour, il ne faut jamais écouter les fleurs. Il faut les regarder et les respirer. »


Par: Antoine de Saint-Exupéry

Ajoutée par Savinien le 19/12/2015

Catégories:

Il n'y a point de passion qui nous fasse une si forte illusion que l'amour: on prend sa violence pour un signe de sa durée; le coeur surchargé d'un sentiment si doux l'étend pour ainsi dire sur l'avenir, et tant que cet amour dure on croit qu'il ne finira point. Mais, au contraire, c'est son ardeur même qui le consume; il s'use avec la jeunesse, il s'efface avec la beauté, il s'éteint sous les glaces de l'âge; et depuis que le monde existe on n'a jamais vu deux amants en cheveux blancs soupirer l'un pour l'autre.


Par: Jean-Jacques Rousseau

Ajoutée par Savinien le 10/12/2015

Catégories:

Votre amante vous fut ôtée au moment que vous n'aviez plus de sentiments nouveaux à goûter auprès d'elle; comme si le sort eût voulu garantir votre coeur d'un épuisement inévitable, et vous laisser dans le souvenir de vos plaisirs passés un plaisir plus doux que tous ceux dont vous pourriez jouir encore.
Consolez-vous donc de la perte d'un bien qui vous eût toujours échappé, et vous eût ravi de plus celui qui vous reste. Le bonheur et l'amour se seraient évanouis à la fois; vous avez au moins conservé le sentiment: on n'est point sans plaisirs quand on aime encore. L'image de l'amour éteint effraye plus un coeur tendre que celle de l'amour malheureux, et le dégoût de ce qu'on possède est un état cent fois pire que le regret de ce qu'on a perdu.


Par: Jean-Jacques Rousseau

Ajoutée par Savinien le 10/12/2015

Catégories:

Je crois que le véritable amour a cet avantage aussi bien que la vertu, qu'il dédommage de tout ce qu'on lui sacrifie, et qu'on jouit en quelque sorte des privations qu'on s'impose par le sentiment même de ce qu'il en coûte, et du motif qui nous y porte. Vous vous témoignerez que Julie a été aimée de vous comme elle méritait de l'être, et vous l'en aimerez davantage, et vous en serez plus heureux. Cet amour-propre exquis qui sait payer toutes les vertus pénibles mêlera son charme à celui de l'amour. Vous vous direz: « Je sais aimer », avec un plaisir plus durable et plus délicat que vous n'en goûteriez à dire: « Je possède ce que j'aime », car celui-ci s'use à force d'en jouir; mais l'autre demeure toujours, et vous en jouiriez encore quand même vous n'aimeriez plus.


Par: Jean-Jacques Rousseau

Ajoutée par Savinien le 09/12/2015

Catégories:

Je veux jouir, et tu veux aimer; j'ai des transports, et toi de la passion; tous mes emportements ne valent pas ta délicieuse langueur, et le sentiment dont ton coeur se nourrit est la seule félicité suprême. Ce n'est que d'hier seulement que j'ai goûté cette volupté si pure. Tu m'as laissé quelque chose de ce charme inconcevable qui est en toi, et je crois qu'avec ta douce haleine tu m'inspirais une âme nouvelle. Hâte-toi, je t'en conjure, d'achever ton ouvrage. Prends de la mienne tout ce qui m'en reste, et mets tout à fait la tienne à la place. Non, beauté d'ange, âme céleste, il n'y a que des sentiments comme les tiens qui puissent honorer tes attraits: toi seule es digne d'inspirer un parfait amour, toi seul es propre à le sentir. Ah! Donne-moi ton coeur, ma Julie, pour t'aimer comme tu le mérites.


Par: Jean-Jacques Rousseau

Ajoutée par Savinien le 24/10/2015

Catégories:

O pureté que je respecte en murmurant, que ne puis-je ou vous rabaisser ou m'élever jusqu'à vous! Mais non, je ramperai toujours sur la terre, et vous verrai toujours briller dans les cieux. Ah! Soyez heureuse aux dépens de mon repos; jouissez de toutes vos vertus; périsse le vil mortel qui tentera jamais d'en souiller une! Soyez heureuse; je tâcherai d'oublier combien je suis à plaindre, et je tirerai de votre bonheur même la consolation de mes maux. Oui, chère amante, il me semble que mon amour est aussi parfait que son adorable objet; tous les désirs enflammés par vos charmes s'éteignent dans les perfections de votre âme; je la vois si paisible, que je n'ose en troubler la tranquillité. Chaque fois que je suis tenté de vous dérober la moindre caresse, si le danger de vous offenser me retient, mon coeur me retient encore plus par la crainte d'altérer une félicité si pure; dans le prix des biens où j'aspire, je ne vois plus que ce qu'ils vous peuvent coûter; et, ne pouvant accorder mon bonheur avec le vôtre, jugez comment j'aime, c'est au mien que j'ai renoncé.


Par: Jean-Jacques Rousseau

Ajoutée par Savinien le 12/10/2015

Catégories:

Que ne pouvez-vous connaître combien cette froideur m'est cruelle! Vous me trouveriez trop puni. Avec quelle ardeur ne voudrais-je pas revenir sur le passé, et faire que vous n'eussiez point vu cette fatale lettre! Non, dans la crainte de vous offenser encore, je n'écrirais point celle-ci, si je n'eusse écrit la première, et je ne veux pas redoubler ma faute, mais la réparer. Faut-il, pour vous apaiser, dire que je m'abusais moi-même? Faut-il protester que ce n'était pas de l'amour que j'avais pour vous?... Moi, je prononcerais cet odieux parjure! Le vil mensonge est-il digne d'un coeur où vous régnez? Ah! Que je sois malheureux, s'il faut l'être ; pour avoir été téméraire, je ne serai ni menteur ni lâche, et le crime que mon coeur a commis, ma plume ne peut le désavouer.


Par: Jean-Jacques Rousseau

Ajoutée par Savinien le 09/10/2015

Catégories:

Qui ne peut se rendre heureux peut au moins mériter de l'être, et je saurai vous forcer d'estimer un homme à qui vous n'avez pas daigné faire la moindre réponse. Je suis jeune et peux mériter un jour la considération dont je ne suis pas maintenant digne. En attendant, il faut vous rendre le repos que j'ai perdu pour toujours, et que je vous ôte ici malgré moi. Il est juste que je porte seul la peine du crime dont je suis seul coupable. Adieu, trop belle Julie; vivez tranquille, et reprenez votre enjouement; dès demain vous ne me verrez plus. Mais soyez sûre que l'amour ardent et pur dont j'ai brûlé pour vous ne s'éteindra de ma vie, que mon coeur, plein d'un si digne objet, ne saurait plus s'avilir, qu'il partagera désormais ses uniques hommages entre vous et la vertu, et qu'on ne verra jamais profaner par d'autres feux l'autel où Julie fut adorée.


Par: Jean-Jacques Rousseau

Ajoutée par Savinien le 09/10/2015

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Acte I, Scène 7


L'amour... n'est que le roman du coeur: c'est le plaisir qui en est l'histoire.


Par: Pierre Augustin Caron de Beaumarchais

Ajoutée par Savinien le 19/08/2015

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Aimer l'autre, cela devrait vouloir dire que l'on admet qu'il puisse penser, sentir, agir de façon non conforme à nos désirs, à notre propre gratification, accepter qu'il vive conformément à son système de gratification personnel et non conformément au nôtre. Mais l'apprentissage culturel au cours des millénaires a tellement lié le sentiment amoureux à celui de possession, d'appropriation, de dépendance par rapport à l'image que nous nous faisons de l'autre, que celui qui se comporterait ainsi par rapport à l'autre serait en effet qualifié d'indifférent.


Par: Henri Laborit

Ajoutée par Savinien le 25/07/2015

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Dialogue avec Christian Bobin


Pour vivre, il faut avoir été regardé au moins une fois, avoir été aimé au moins une fois, avoir été porté au moins une fois. Et après, quand cette chose-là a été donnée, vous pouvez être seul. La solitude n'est plus jamais mauvaise. Même si on ne vous porte plus, même si on ne vous aime plus, même si on ne vous regarde plus, ce qui a été donné, vraiment donné, une fois, l'a été pour toujours. A ce moment là, vous pouvez aller vers la solitude comme une hirondelle peut aller vers le plein ciel.


Par: Marie de Solemne

Ajoutée par Savinien le 08/02/2015

 

Qui ne donne rien n'a rien. Le plus grand malheur n'est pas de ne pas être aimé, mais de ne pas aimer.


Par: Albert Camus

Ajoutée par Savinien le 06/10/2014

 

Acte IV, Scène 5


Je vous reçus en reine, et jusques à ce jour
J'ai cru que mes serments me tiendraient lieu d'amour.
Mais cet amour l'emporte, et par un coup funeste,
Andromaque m'arrache un coeur qu'elle déteste.
L'un par l'autre entraînés, nous courons à l'autel
Nous jurer malgré nous un amour immortel.
Après cela, Madame, éclatez contre un traître,
Qui l'est avec douleur, et qui pourtant veut l'être.
Pour moi, loin de contraindre un si juste courroux,
Il me soulagera peut-être autant que vous.
Donnez-moi tous les noms destinés aux parjures:
Je crains votre silence, et non pas vos injures;
Et mon coeur, soulevant mille secrets témoins,
M'en dira d'autant plus que vous m'en direz moins.


Par: Jean Racine

Extrait de: Andromaque (1667)

Ajoutée par Savinien le 01/09/2014

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Acte II, Scène 5


Ah, cruel, tu m'as trop entendue!
Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.
Eh bien! Connais donc Phèdre et toute sa fureur:
J'aime! Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,
Innocente à mes yeux, je m'approuve moi-même;
Ni que du fol amour qui trouble ma raison
Ma lâche complaisance ait nourri le poison;
Objet infortuné des vengeances célestes,
Je m'abhorre encore plus que tu ne me détestes.


Par: Jean Racine

Extrait de: Phèdre (1677)

Ajoutée par Savinien le 12/08/2014

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Acte III, Scène 2


Et qui peut mieux que vous consoler sa disgrâce?
Sa fortune, Seigneur, va prendre une autre face.
Titus la quitte.

Hélas! De ce grand changement,
Il ne me viendra que le nouveau tourment
D'apprendre par ses pleurs à quel point elle l'aime.
Je la verrai gémir, je la plaindrai moi-même.
Pour fruit de tant d'amour, j'aurai le triste emploi
De recueillir des pleurs qui ne sont pas pour moi.


Par: Jean Racine

Extrait de: Bérénice (1670)

Ajoutée par Savinien le 07/08/2014

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Acte I, Scène 4


Mon sort est accompli. Votre gloire s'apprête.
Assez d'autres, sans moi, témoins de cette fête,
A vos heureux transports viendront joindre les leurs;
Pour moi, qui ne pourrait y mêler que des pleurs,
D'un inutile amour trop constante victime,
Heureux dans mes malheurs, d'en avoir pu, sans crime,
Conter toute l'histoire aux yeux qui les ont faits,
Je pars plus amoureux que je ne fus jamais.


Par: Jean Racine

Extrait de: Bérénice (1670)

Ajoutée par Savinien le 06/08/2014

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L'absolu est-il un rêve? Non. Le bonheur existe-t-il? Sans doute, est-ce que l'or n'existe pas? L'homme ne peut pas plus faire du bonheur qu'il ne peut faire de l'or. Voilà tout. Il trouve le bonheur, il ne le fabrique pas. Toutes vos lois et toutes vos moeurs combinées, toute la science compliquée de tout le progrès, ne peuvent rien pour ni contre le baiser qui m'a ouvert le paradis. Aucune institution sociale, aucun code, aucune bible, aucune construction politique ou religieuse ne fera qu'une femme, avec une lueur céleste dans les yeux, me dise: je t'aime! C'est là l'or; c'est là le bonheur.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 12/06/2014

 

La femme nue, c'est le ciel bleu. Nuages et vêtements font obstacle à la contemplation. La beauté et l'infini veulent être regardés sans voiles.
Au fond, c'est la même extase: l'idée de l'infini se dégage du beau comme l'idée du beau se dégage de l'infini. La beauté, ce n'est pas autre chose que l'infini contenu dans un contour.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 10/06/2014

 

Moi je lui parlais de Myriam, je lui en parlais d'autant plus que je voulais éviter de parler de mon père. Après m'avoir admis dans sa cour de prétendants, Myriam commençait à me rejeter comme un candidat non valable.
- Ca ne fait rien, disait monsieur Ibrahim. Ton amour pour elle, il est à toi. Il t'appartient. Même si elle le refuse, elle ne peut rien y changer. Elle n'en profite pas, c'est tout. Ce que tu donnes, Momo, c'est à toi pour toujours; ce que tu gardes, c'est perdu à jamais!


Par: Eric-Emmanuel Schmitt

Ajoutée par Savinien le 02/06/2014

 

- Monsieur Ibrahim, est-ce que vous trouvez que je suis beau?
- Tu es très beau, Momo.
- Non, ce n'est pas ce que je veux dire. Est-ce que vous croyez que je serai assez beau pour plaire aux filles... sans payer?
- Dans quelques années, ce seront elles qui paieront pour toi!
- Pourtant... pour le moment... le marché est calme.
- Evidemment, Momo, tu as vu comme tu t'y prends? Tu les fixes en ayant l'air de dire: « Vous avez vu comme je suis beau. » Alors, forcément, elles rigolent. Il faut que tu les regardes en ayant l'air de dire: « Je n'ai jamais vu plus belle que vous. » Pour un homme normal, je veux dire un homme comme toi et moi - pas Alain Delon ou Marlon Brando, non -, ta beauté, c'est celle que tu trouves à la femme.


Par: Eric-Emmanuel Schmitt

Ajoutée par Savinien le 02/06/2014

 

Le poète et l'hirondelle


Voici venir l'automne, hirondelle frileuse.
Bientôt s'effeuilleront mes rosiers défleuris.
Un ciel brumeux et noir s'étendra sur Paris,
Et tu me quitteras, petite voyageuse.
Hirondelle, où vas-tu quand tu me dis adieu?

Je passe tous les ans la Méditerranée.
J'habite, sur un fleuve, une île fortunée
Où la pervenche est rose et le nymphaea bleu.

Ah! Quand s'achèvera ton voyage tranquille,
Dans mon triste Paris, moi, j'aurai froid au coeur;
Et je souffrirai seul dans cette grande ville
Où je n'ai plus de mère et n'ai pas une soeur.

Poëte, pour t'aimer, n'est-il pas une femme?

Souvenir d'autrefois... la femme que j'aimais
Dort sous les gazons verts qu'ombragent les cyprès.

Jamais un autre amour n'éclôra dans ton âme?
Aux branches des rosiers quand une rose meurt.
Parfois j'ai vu renaître une rose nouvelle
Qui sur la même branche épanouit sa fleur.

Bénis soient tes amours, bienheureuse hirondelle!
Moi, j'ai connu, dans l'ombre et la fraîcheur des bois,
Des plantes qui jamais n'ont fleuri qu'une fois.


Par: André Lemoyne

Ajoutée par Savinien le 27/03/2014

 

Dormeuse


Le soleil du matin tombe en bruine d'or
A travers les rideaux de blanche mousseline:
C'est comme un fin brouillard de lumière en sourdine
Éclairant l'oreiller d'une blonde qui dort.

Les cheveux, déroulés comme un torrent de soie
Riche de tous ses flots trop longtemps contenus,
Débordent sur l'épaule et baisent les seins nus
De la femme qui rêve... et sourit dans sa joie.

Elle s'épanouit sous des regards aimés;
L'amoureux ébloui contemple sa dormeuse,
Écoutant respirer la paisible charmeuse
Qui, dans un songe bleu, sourit les yeux fermés.

A travers les grands cils de ses paupières closes,
Il voudrait voir un seul de ses rêves charmants!
Quelle image apparaît à ses beaux yeux dormants?
Cueille-t-elle des lis, des bluets ou des roses?

Le sein veiné d'azur s'agite... Elle a parlé
(La parole n'est pas un murmure d'abeille);
Un mot s'est échappé de sa bouche vermeille,
Un nom d'homme inconnu, très-bien articulé!

Nom sonore et vibrant dont toutes les syllabes
Comme un timbre d'or pur ont clairement tinté.
- Ce n'est pas lui qui rêve... Il a trop écouté. -
Il n'est pas endormi dans les contes arabes.

Muet, anéanti, devant ce frais sommeil
Qui laisse voir le fond d'une pensée intime,
Sur la femme penché comme sur un abîme,
Il retient son haleine, épiant le réveil.

Mais toute à son bonheur la dormeuse paisible,
Comme souriant d'aise à l'écho de sa voix,
Répète le nom d'homme une seconde fois,
Et voici l'amoureux qui jette un cri terrible.

La blonde ouvre ses yeux divins : « Si tu savais...
(Lui dit-elle tout bas en lui baisant l'oreille)
- Dieu voit d'en haut la femme heureuse qui sommeille
Par les sentiers fleuris du printemps je rêvais. -

Tu n'as pas vu de fleurs si richement écloses...
Avril, mai, juin, juillet... N'as-tu pas deviné?
J'ai trouvé le beau nom de notre premier-né,
Tout en cueillant des lis, des bluets et des roses! »


Par: André Lemoyne

Ajoutée par Savinien le 27/03/2014

 
Pg 5/10