Thématique citations : Les alexandrins

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Le genre

Il semble que l'alexandrin soit apparu, en littérature française, au moyen age: la traduction des légendes du "Roman d'Alexandre" vit l'apparition des premiers poèmes sous forme de vers à douze syllabes, et prit le terme d'alexandrin.

L'alexandrin est articulé en deux parties (appelées hémistiches) séparées par la césure (l'endroit qui délimite ces deux parties), chaque partie faisant six syllabes chacune.

Rappelez-vous à ce sujet la formulation de Ragueneau, le pâtissier, dans Cyrano:

Vous avez mal placé la fente de ces miches:
Au milieu la césure, - entre les hémistiches!

Cette rythmique apporte à l'alexandrin une régularité rendant sa lecture presque chantante. Elle apporte également une contrainte à l'auteur, lui demandant d'articuler sa pensée autour de cette rythmique.

Variations

L'alexandrin peut être rythmé de façon différente, les principales étant:

  •     La forme binaire: chaque hémistiche fait deux fois trois syllabes. Exemple: "Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine (Arthur Rimbaud)"
  •     La forme tertiaire: l'alexandrin fait trois fois quatre syllabes. Exemple: "Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir (Corneille)".

On n'observe pas dans la forme tertiaire ce repos entre les deux hémistiches qu'on peut sentir dans la forme binaire, elle semble donc moins gracieuse à l'oreille, et c'est à juste titre que la forme la plus répandue est la forme binaire, autrement nommée forme classique.

Les tricheries

L'alexandrin étant un art difficile, on notera parfois de-ci de-là dans certains ouvrages des facilités ou raccourcis pris par les auteurs pour cadrer aux douzes syllabes par phrase. Dans certains cas, le décompte des syllabes joue allègrement sur la prise en compte ou non de syllabes muettes - c'est le jeu.

De même, et c'est surtout vrai dans le domaine du théâtre, où il est parfois particulièrement difficile de rendre un dialogue naturel sous forme d'alexandrins, l'auteur pourra jouer avec des alexandrins sur plusieurs lignes: l'alexandrin commençant dans les paroles d'un personnage et se terminant dans les paroles d'un autre, à la ligne suivante, comme par exemple, dans Cyrano de Bergerac:

- Un poète est un luxe, aujourd'hui, qu'on se donne.
 Voulez-vous être à moi ?
- Non, Monsieur, à personne.

En recomptant bien, on s'apercevra parfois qu'une syllabe ou deux peuvent même être adroitement oubliées pour satisfaire à la fluidité des dialogues.

Les champions de l'alexandrin

Même si le style est largement présent dans la littérature classique, on notera quelques champions toutes catégories de l'alexandrin:

Parmi ceux-ci, bien sûr, tous les dramaturges: Racine, Corneille, bien sûr
Ainsi que les auteurs de comédie: Molière en tête
Mais également nos poètes romantiques: Hugo, Lamartine, Musset, Vigny

Et bien d'autres encore, ceux-ci  n'étant que les plus connus (à juste titre, on peut même dire les plus adroits dans cet art).

En conclusion

A notre époque moderne, on suppose souvent que la poésie est un art en désuétude. C'est faux, on pourrait plus justement dire que peu de gens lisent encore de la poésie. Nos poètes modernes produisent toujours de la poésie (toutefois, il n'est plus vraiment de mise de produire de grandes pièces en alexandrins), même s'ils ont tendance à explorer des formes différentes de celles de l'alexandrin.

La poésie a également pris des formes plus populaires et des fois moins visibles:  tendez l'oreille, et vous retrouverez parfois dans les paroles de nos chansons modernes des alexandrins du plus bel effet, voire des reprises de poèmes classiques (Julien Clerc a ainsi déjà chanté du Marceline Desbordes-Valmore quasiment mot pour mot).

Iris, vos yeux malins ne disent pas toujours
Ce que votre pensée à votre coeur confie ;
Iris, pourquoi faut-il que je passe ma vie
A plus aimer vos yeux qui m'ont joué ces tours?


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 06/04/2021

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La fête chez Thérèse


La nuit vint; tout se tut; les flambeaux s'éteignirent;
Dans les bois assombris les sources se plaignirent;
Le rossignol, caché dans son nid ténébreux,
Chanta comme un poète et comme un amoureux.
Chacun se dispersa sous les profonds feuillages;
Les folles en riant entraînèrent les sages;
L'amante s'en alla dans l'ombre avec l'amant;
Et, troublés comme on l'est en songe, vaguement,
Ils sentaient par degrés se mêler à leur âme,
A leurs discours secrets, à leurs regards de flamme,
A leur coeur, à leurs sens, à leur molle raison,
Le clair de lune bleu qui baignait l'horizon.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 22/03/2021

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Vere novo


Comme le matin rit sur les roses en pleurs!
Oh! Les charmants petits amoureux qu'ont les fleurs!
Ce n'est dans les jasmins, ce n'est dans les pervenches
Qu'un éblouissement de folles ailes blanches
Qui vont, viennent, s'en vont, reviennent, se fermant,
Se rouvrant, dans un vaste et doux frémissement.
O printemps! Quand on songe à toutes les missives
Qui des amants rêveurs vont aux belles pensives,
A ces coeurs confiés au papier, à ce tas
De lettres que le feutre écrit au taffetas,
Aux messages d'amour, d'ivresse et de délire
Qu'on reçoit en avril et qu'en mai l'on déchire,
On croit voir s'envoler, au gré du vent joyeux,
Dans les prés, dans les bois, sur les eaux, dans les cieux,
Et rôder en tous lieux, cherchant partout une âme,
Et courir à la fleur en sortant de la femme,
Les petits morceaux blancs, chassés en tourbillons,
De tous les billets doux, devenus papillons.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 22/03/2021

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A un poète aveugle


Merci, poète ! - Au seuil de mes lares pieux,
Comme un hôte divin, tu viens et te dévoiles;
Et l'auréole d'or de tes vers radieux
Brille autour de mon nom comme un cercle d'étoiles.

Chante! Milton chantait; chante! Homère a chanté.
Le poète des sens perce la triste brume;
L'aveugle voit dans l'ombre un monde de clarté.
Quand l'oeil du corps s'éteint, l'oeil de l'esprit s'allume.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 22/03/2021

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Acte V, Scène 5


Frère! Allons d'un pas ferme au-devant de leurs coups.
Que ce soit l'échafaud qui tremble et non pas nous.
On veut notre tête! Eh! Pour n'être pas en faute,
Au bourreau qui l'attend il faut la porter haute.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 08/03/2021

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Acte IV, Scène 8


Attendez, sire! - Un jour, un mois, l'an révolu,
Lorsque nous aurons bien, durant le temps voulu,
Fait tous trois, moi le fou, vous le roi, lui le maître,
Nous nous endormirons, et, si fier qu'on puisse être,
Si grand que soit un homme au compte de l'orgueil,
Nul n'a plus de six pieds de haut dans le cercueil!


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 08/03/2021

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Acte III, Scène 6


Mais je dois t'avertir, oui, mon astre est mauvais:
J'ignore d'où je viens et j'ignore où je vais.
Mon ciel est noir. - Marie, écoute une prière: -
Il en est temps encore, toi, retourne en arrière;
Laisse-moi suivre seul ma sombre route; hélas!
Après ce dur voyage, et quand je serai las,
La couche qui m'attend, froide d'un froid de glace,
Est étroite, et pour deux n'a pas assez de place.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 08/03/2021

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Acte III, Scène 6


Ah! Quoique à chaque instant mon mauvais sort renaisse,
Tu me donnes ton coeur, ton bonheur, ta jeunesse!
D'où vient que tous ces dons sont prodigués pour moi,
Qui seraient peu payés du royaume d'un roi?
Je ne t'offre en retour que misère et folie.
Le ciel te donne à moi, l'enfer à moi te lie.
Pour mériter tous deux ce partage inégal,
Qu'ai-je donc fait de bien et qu'as-tu fait de mal?


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 08/03/2021

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Acte III, Scène 6


Quand tout me frappe ici, me repousse et m'exile,
N'es-tu pas mon sauveur, mon espoir, mon asile?
Qui trompa le geôlier? Qui vint limer mes fers?
Qui descendit du ciel pour me suivre aux enfers?
Avec le prisonnier qui donc se fit captive?
Avec le fugitif qui se fit fugitive?
Quelle autre eût eu ce coeur, plein de ruse et d'amour,
Qui délivre, soutient, console tour à tour?
Moi, fatal et méchant, m'as-tu pas, faible femme,
Sauvé de mon destin, hélas! Et de mon âme?
N'as-tu pas eu pitié de ce pauvre opprimé?
Moi, que tout haïssait, ne m'as-tu pas aimé?


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 08/03/2021

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Acte II, Scène 3


Que t'importe?
Je ne suis qu'un enfant trouvé sur une porte,
Et je n'ai pas de nom; mais, cela suffit bien,
J'ai du sang à répandre en échange du tien!


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 08/03/2021

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Acte I, Scène 3


Comprends-tu bien, Marie?
Nous être l'un à l'autre un monde, une patrie,
Un ciel!... Vivre ignorés dans un lieu de ton choix,
Y cacher un bonheur à faire envie aux rois!...


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 08/03/2021

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Acte I, Scène 3


Maintenant, disposez de mon coeur, de ma vie.
A quoi puis-je être bon dont vous ayez envie?
Quel est l'homme ou l'objet qui vous est importun?
Voulez-vous quelque chose, et vous faut-il quelqu'un
Qui meure pour cela? Qui meure sans rien dire
Et trouve tout son sang trop payé d'un sourire?


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 08/03/2021

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Acte I, Scène 3


Je voyageai. Je vis les hommes; et j'en pris
En haine quelques-uns, et le reste en mépris;
Car je ne vis qu'orgueil, que misère et que peine
Sur ce miroir terni qu'on nomme face humaine,
Si bien que me voici, jeune encore, et pourtant
Vieux, et du monde las comme on l'est en sortant;
Ne me heurtant à rien où je ne me déchire;
Trouvant le monde mal, mais trouvant l'homme pire.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 08/03/2021

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Acte I, Scène 3


Là-haut, dans sa vertu, dans sa beauté première,
Veille, sans tache encore, un ange de lumière,
Un être chaste et doux, à qui sur les chemins,
Les passants, à genoux, devraient joindre les mains.
Et moi, qui suis-je, hélas, qui rampe avec la foule?
Pourquoi troubler cette eau si belle qui s'écoule?
Pourquoi cueillir ce lys ? Pourquoi d'un souffle impur
De cette âme sereine aller ternir l'azur?
Puisqu'à ma loyauté, candide, elle se fie,
Elle que l'innocence à mes yeux sanctifie,
Ai-je droit d'accepter ce don de son amour,
Et de mêler ma brume et ma nuit à son jour?


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 08/03/2021

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Invocation


Car l'amour vrai, tardif, qui mûrit en son temps,
Vois-tu, n'est pas semblable à celui de vingt ans,
Que jette la jeunesse en sa première sève,
Au blond duvet, vermeil, et doré comme un rêve;
C'est un amour profond, amer, désespéré,
C'est le dernier, l'unique; on dit moins, j'en mourrai;
On en meurt; - un amour armé de jalousie,
Consumant tout, honneur et gloire et poésie;
Sans douceurs et sans miel, capable de poison ,
Et pour toute la vie égarant la raison.


Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve

Ajoutée par Savinien le 17/02/2021

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Invocation


Amour, où donc es-tu? Descends, vautour sublime;
J'étalerai mon coeur pour qu'il soit ta victime;
Je t'ouvrirai ma veine et mon flanc tout fumant;
Docile à ton essor, comme un crédule amant,
J'irai, j'irai partout où montera ton aile;
Je chérirai sans fin ta morsure éternelle.
Tu me seras léger et doux, maître adoré!
Jamais gazon flétri, jamais sable altéré,
Jamais guerriers mourants dont la plaine est jonchée
N'ont plus avidement bu la pluie épanchée
Que moi, rôdant, la nuit, aux lieux les plus déserts,
Je ne boirai mes pleurs cuisants, mes pleurs amers.


Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve

Ajoutée par Savinien le 17/02/2021

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L'enfance d'Adèle


Elle est là, mon Adèle, oh! Je me la figure,
Elle est là, je la vois, dans la vague posture
D'une femme qui rêve, étendue à demi;
Le sombre époux l'enferme, elle rêve à l'Ami;
Elle se dit qu'il l'aime et qu'il n'aime rien qu'elle,
Qu'il veille obstinément sur l'amante fidèle,
Qu'il l'avertit de vivre et de tout espérer,
De ne plus obscurcir ses doux yeux à pleurer,
Mais de s'ouvrir d'avance à la saison heureuse
Que l'amour patient, à petit bruit, se creuse
Mille détours certains par où va son ennui,
Qu'obstacles et soupçons, tout s'use devant lui,
Et qu'en un coeur désert tarit la jalousie
Plus vite qu'en deux coeurs ses torrents d'ambroisie.
Le regard du jaloux s'aveugle en quelques jours;
Les amants se font signe et s'entendent toujours.


Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve

Ajoutée par Savinien le 17/02/2021

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Que vient-elle me dire, aux plus tendres instants,
En réponse aux soupirs d'une âme consumée,
Que vient-elle conter, ma folle Bien-aimée,
De charmes défleuris, de ravages du temps,

De bandeaux de cheveux déjà moins éclatants?
Qu'a-t-elle à me montrer sur sa tête embaumée,
Comme un peu de jasmin dans l'épaisse ramée,
Quelques rares endroits pâlis dés le printemps?

Qu'a-t-elle? Dites-moi; fut-on jamais plus belle?
Le désir la revêt d'une flamme nouvelle;
Sa taille est de quinze ans, ses yeux gagnent aux pleurs;

Et, pour mieux couronner ma jeune Fiancée,
Amour qui fait tout bien, docile à ma pensée,
Mêle à ses noirs cheveux quelque neige de fleurs.


Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve

Ajoutée par Savinien le 17/02/2021

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Par un ciel étoilé, sur ce beau pont des Arts,
Revenant tard et seul de la cité qui gronde,
J'ai mille fois songé que l'Éden en ce monde
Serait de mener là mon Ange aux doux regards;

De fuir boue et passants, les cris, le vice épars;
De lui montrer le ciel, la lune éclairant l'onde,
Les constellations dans leur courbe profonde
Planant sur ce vain bruit des hommes et des chars.

J'ai rêvé lui donner un bouquet au passage;
A la rampe accoudé, ne voir que son visage,
Ou l'asseoir sur ces bancs d'un mol éclat blanchis;

Et, quand son âme est pleine et sa voix oppressée,
L'entendre désirer de gagner le logis,
Suspendant à mon bras sa marche un peu lassée.


Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve

Ajoutée par Savinien le 17/02/2021

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Acte III, Scène 9


Tout est vrai, je le vois, tout s'explique pour nous.
Yago, regarde-moi? - C'est ainsi que s'exhale
De cet amour d'enfant la démence fatale;
Il est bien loin de moi. - Levez-vous à présent,
Haine, vengeance, horreur d'un amour malfaisant;
Dédain juste et profond, légitimes colères,
Venez gonfler mon coeur du poison des vipères.


Par: Alfred de Vigny

Ajoutée par Savinien le 13/02/2021

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Acte III, Scène 3


Ah! Gardez-vous, seigneur, d'un énorme défaut;
La jalousie. Hélas! C'est un monstre qui ronge
Le coeur infortuné dans lequel il se plonge.
Tel mari sans amour, bien certain de son sort,
Près de son infidèle en souriant s'endort;
Mais quel tourment d'enfer! Quel chagrin empoisonne
Celui dont l'âme ardente idolâtre et soupçonne!


Par: Alfred de Vigny

Ajoutée par Savinien le 13/02/2021

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Acte II, scène 5


Ma femme! Ô ma jeune beauté!
O délice et repos de mon coeur tourmenté!
Que le son de ta voix est doux à mon oreille!
Aux sifflements des airs que la mort se réveille,
Que ma barque se livre encore aux flots puissants,
Si mon jour doit venir, qu'il vienne, j'y consens;
Car jamais, quel que soit ton cours, Ô destinée!
Une telle heure encor ne me sera donnée.


Par: Alfred de Vigny

Ajoutée par Savinien le 13/02/2021

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Acte II, Scène 4


Il lui prend les mains. Bon! Et lui parle bas! Bien,
Le papillon s'attrape au plus faible lien;
Dans celui-ci, Cassio, je te prends avec elle!
C'est cela. Parle-lui, souris bien à ta belle.
Tu seras dégradé pour ces fadaises-là.
Un baiser sur tes doigts, bien, bravo! C'est cela!
Pour que ta main le rende à sa main qu'elle touche,
Puissent tous ces baisers empoisonner ta bouche!


Par: Alfred de Vigny

Ajoutée par Savinien le 13/02/2021

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Acte I, scène 9


Les orages du sort que j'ai couru chercher
Ont bien assez prouvé qu'Othello m'était cher.
Mais qu'ai-je aimé dans lui? Sa grandeur valeureuse,
Sa gloire; aussi, seigneurs, je serai moins heureuse
Si l'on doit me ravir l'aspect victorieux
Des honneurs dont l'éclat est l'amour de mes yeux;
Etant vouée à lui, je le suis à la guerre;
Je me sens courageuse autant qu'il me rend fière,
Et rester c'est languir dans un pesant ennui;
Seigneurs, permettez-moi de partir avec lui.


Par: Alfred de Vigny

Ajoutée par Savinien le 13/02/2021

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Acte I, Scène 6


Tout beau, messieurs, rentrez vos brillantes épées;
Du brouillard de la nuit elles seront trempées,
Cela peut les ternir. - Seigneur, vos cheveux blancs
Commandent mieux ici que ces moyens sanglants.


Par: Alfred de Vigny

Ajoutée par Savinien le 13/02/2021

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Acte I, Scène 2


Mais je quitte ce lieu. L'air me devient malsain;
Car s'il me voit ici, je manque à mon dessein.
L'heure n'est pas venue; et mon rôle est encore
De paraître en tout point créature du More.
Paraître seulement; car, ma foi! Je le hais
Dix fois plus que l'enfer, où peut être je vais.


Par: Alfred de Vigny

Ajoutée par Savinien le 13/02/2021

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Acte V, Scène 3


Oui, ton sang trop prompt t'entraîna vers l'abîme,
Laërte, et le Seigneur t'a puni par ton crime.
Mais tu le trouveras, car il sonde les coeurs,
Moins sévère là-haut. Laërte, - prie et meurs!


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte V, Scène 3


La reine a bu la mort, rien ne peut la sauver!
Hamlet! Je ne dois pas, non plus, me relever,
Tout secours serait vain, ma vie est condamnée!
Et l'arme - est dans tes mains, regarde, empoisonnée!
Et le bourreau - se meurt à tes genoux, c'est moi!
Mais le double assassin, - le voilà! C'est le roi!


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte V, Scène 2


Non! Je suis prêt pour tout, - et même pour la tombe!
Il faut l'arrêt de Dieu pour qu'un passereau tombe.
Il viendra tôt ou tard mon grand jour inconnu,
Et, s'il n'est à venir, c'est donc qu'il est venu!
Demain, ce soir, que fait l'heure où l'on abandonne
L'avenir - qu'on n'a pas, que jamais Dieu ne donne?
Etre prêt! Tout est là! Marchons notre chemin.


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte IV (deuxième partie), Scène 3


Soit! Je confie alors, dans ce suprême adieu,
Son beau corps à la terre et sa belle âme à Dieu,
Pour qu'ils fassent, cléments en leurs métamorphoses,
Avec cette âme un ange, avec ce corps des roses!


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte IV (deuxième partie), Scène 2


Eh! Quoi! Pas un lazzi pour railler maintenant
Votre affreuse grimace? Eh! Quoi? Lèvres ni joue,
Plus rien! - Pauvre Yorick! Va faire ainsi la moue
Au miroir d'une belle, et, là, dis-lui tout bas,
Tandis qu'elle s'occupe à doubler ses appâts,
Dis-lui, pauvre Yorick! Dis-lui qu'elle a beau faire,
Que le corps, ici bas, appartient à la terre,
Qu'hélas! Nous sommes tous les jouets du hasard,
Et qu'elle cache en vain ses rides sous le fard;
Le temps au jour fixé réclamera sa dette:
Le fard cache la joue, et la joue - un squelette!
Lui révélant ainsi l'avenir inconnu,
Près de son front paré va poser ton front nu,
Et tu verras, bouffon, si cela la fait rire!


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte IV, Scène 5


Elle est folle! - O mes pleurs enflammés,
Dévorez le regard dans mes yeux consumés!
Oh! Va! Je leur ferai payer cher ta folie,
Ma soeur, rose de mai! Bonne et tendre Ophélie!
Mon Dieu! Vous laissez donc s'éteindre au même vent
Le souffle du vieillard et l'esprit de l'enfant!
L'âme qu'un amour pur exalte d'heure en heure
Laisse à l'objet aimé sa moitié la meilleure.


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte III, Scène 6


Oui. Souviens-toi. Tu vas te souvenir, j'espère!
Je viens pour réveiller ta volonté qui dort.
Mais vois ta mère, Hamlet, tremblante de remord
Oh! Mets-toi donc entre elle et sa terreur de femme!
Car l'amour de ma vie anime encor mon âme.


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte III, Scène 6


Pardonnez-moi ce meurtre, Ô Seigneur! Ô mon Dieu!
Et toi, pauvre indiscret, fou téméraire, adieu!
Je l'ai pris pour plus grand que toi. Subis ta peine.
De l'affaire d'autrui pourquoi fis-tu la tienne?


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte III, Scène 5


J'attends! C'est simple à dire, et terrible à penser!
Voici l'heure propice aux mystères magiques
Où, laissant leur sommeil et leurs lits léthargiques,
Les morts quittent la tombe et les démons l'enfer!
Et, la pitié quittant aussi mon coeur de fer,
Je pourrais maintenant, comme un spectre insensible,
Boire du sang fumant, oser quelque oeuvre horrible
A faire reculer le soleil de terreur !


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte III, Scène 3


Entre dans un couvent,
Pauvre fille! Cela vaut mieux que d'être femme,
Pour mentir au Seigneur d'une façon infâme
Et faire sans pudeur de ces serments d'amour
Que l'on jure éternels et qui durent un jour!
Que de perpétuer notre race maudite.
En donnant la lumière à quelque âme hypocrite,
Qui se détournera de la route du ciel
Pour porter une pierre à la sombre Babel
Que le noir souverain des éternels abîmes
Dans la nuit de l'enfer bâtit avec nos crimes!


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte III, Scène 3


Hamlet! Je tiens de vous tous ces présents. Hélas!
A chacun était jointe une douce parole,
Et je me crus heureuse, et je n'étais que folle!
Mon amour maintenant vous devient importun,
Et ces gages si doux ont perdu leur parfum.
Reprenez-les. Allez! Laissez la pauvre femme;
Car vous ne m'aimez plus, Hamlet, et pour mon âme
Les plus riches présents deviennent sans valeur,
Quand ce n'est que la main qui donne et non le coeur.


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte III, Scène 3


Etre ou n'être pas, voilà la question!
Que faut-il admirer? La résignation
Acceptant à genoux la fortune outrageuse,
Ou la force luttant sur la mer orageuse
Et demandant le calme aux tempêtes? - Mourir!
Dormir! Et rien de plus, et puis, ne plus souffrir!
Fuir ces mille tourments pour lesquels il faut naître!
Mourir! Dormir! - Dormir! Qui sait? Rêver peut-être!
- Peut-être?... Ah ! Tout est là! Quels rêves peupleront
Le sommeil de la mort, lorsque sous notre front
Ne s'agiteront plus la vie et la pensée?
Doute affreux qui nous courbe à l'ornière tracée!


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte II, Scène 5


L'homme est beau! L'homme est roi des choses éternelles
Son front a des rayons, et son âme a des ailes!
Quand l'idée ou l'amour l'éclairent de leur feu,
Ses actes sont d'un ange et ses pensers d'un dieu!
Mais l'homme, fût-il grand comme la terre entière,
Poussière, voilà tout, redeviendra poussière!


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte II, Scène 3


Doutez qu'au firmament l'étoile soit de flamme
Doutez que dans les cieux marche l'astre du jour,
La sainte vérité doutez-en dans votre âme!
Doutez de tout enfin, mais non de mon amour!


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

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Acte I, Scène 7


L'aurore croit au jour,
Et la fleur à la brise, et la femme à l'amour.


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

Catégories:

Acte I, Scène 3


On cache les forfaits; mais le destin moqueur,
Fussent-ils enfouis sous la terre où nous sommes,
Les traîne tout honteux aux yeux surpris des hommes,
Et nous montre, une nuit, quelque spectre sanglant,
Le poison dans la main, ou le poignard au flanc!


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

Catégories:

Acte I, Scène 3


Et vous, amis, quelque événement sombre
Qu'amène cette nuit, que paraisse ou non l'Ombre,
Qu'elle parle ou se taise, au nom de l'amitié,
Gardez-moi ce secret dont vous portez moitié.


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

Catégories:

Acte I, Scène 1


Hélas! C'est une loi de la fatalité
Que chacun de nos pas mène à l'éternité.


Par: Alexandre Dumas (père)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2021

Catégories:

Acte IV, Scène 1


Je vais donc, puisqu'il faut que je me sacrifie,
Assurer à Pyrrhus le reste de ma vie;
Je vais, en recevant sa foi sur les autels,
L'engager à mon fils par des nœuds immortels.
Mais aussitôt ma main, à moi seule funeste,
D'une infidèle vie abrégera le reste,
Et sauvant ma vertu, rendra ce que je dois
À Pyrrhus, à mon fils, à mon époux, à moi.


Par: Jean Racine

Extrait de: Andromaque (1667)

Ajoutée par Savinien le 17/01/2021

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Acte III, Scène 8


Chère épouse, dit-il en essuyant mes larmes,
J'ignore quel succès le sort garde à mes armes;
Je te laisse mon fils pour gage de ma foi:
S'il me perd, je prétends qu'il me retrouve en toi.
Si d'un heureux hymen la mémoire t'est chère,
Montre au fils à quel point tu chérissais le père.


Par: Jean Racine

Extrait de: Andromaque (1667)

Ajoutée par Savinien le 17/01/2021

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Acte IV, Scène 3


J'ai cru jusques ici que c'était l'ignorance
Qui faisait les grands sots, et non pas la science.

Vous avez cru fort mal, et je vous suis garant,
Qu'un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 15/01/2021

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Acte IV, Scène 2


Il en est, et plusieurs, que pour le bel esprit
Le mauvais goût du siècle a su mettre en crédit:
Mais Monsieur Trissotin n'a pu duper personne,
Et chacun rend justice aux écrits qu'il nous donne.
Hors céans, on le prise en tous lieux ce qu'il vaut;
Et ce qui m'a vingt fois fait tomber de mon haut,
C'est de vous voir au ciel élever des sornettes,
Que vous désavoueriez, si vous les aviez faites.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 15/01/2021

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Acte IV, Scène 2


Vos charmes ont d'abord possédé tout mon coeur.
Il a brûlé deux ans d'une constante ardeur;
Il n'est soins empressés, devoirs, respects, services,
Dont il ne vous ait fait d'amoureux sacrifices.
Tous mes feux, tous mes soins ne peuvent rien sur vous,
Je vous trouve contraire à mes voeux les plus doux;
Ce que vous refusez, je l'offre au choix d'une autre.
Voyez. Est-ce, Madame, ou ma faute, ou la vôtre?
Mon coeur court-il au change, ou si vous l'y poussez?
Est-ce moi qui vous quitte, ou vous qui me chassez?


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 15/01/2021

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Acte III, Scène 6


J'aime à vivre aisément, et dans tout ce qu'on dit
Il faut se trop peiner, pour avoir de l'esprit.
C'est une ambition que je n'ai point en tête,
Je me trouve fort bien, ma mère, d'être bête,
Et j'aime mieux n'avoir que de communs propos,
Que de me tourmenter pour dire de beaux mots.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 15/01/2021

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