Citations
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Dans une heure, quand on a quelque chose à dire ou à entendre, on a épuisé le sujet, et après cela on ne fait plus qu'y patauger. Je n'ai pas, moi, l'esprit assez puissant pour traiter de plusieurs matières graves successivement, et c'est peut-être pour me consoler de cette infirmité que je me persuade, en écoutant les gens qui parlent beaucoup, que personne n'est fort en paroles plus d'une heure par jour.
Par: Amantine Aurore Lucile Dupin (George Sand)
Extrait de: Histoire de ma vie (George Sand) (1855)
Ajoutée par Savinien le 19/02/2021
J'aime la rêverie, la méditation et le travail; mais, au-delà d'une certaine mesure, la tristesse arrive, parce que la réflexion tourne au noir, et si la réalité m'apparaît forcément dans ce qu'elle a de sinistre, il faut que mon âme succombe, ou que la gaieté vienne me chercher.
Par: Amantine Aurore Lucile Dupin (George Sand)
Extrait de: Histoire de ma vie (George Sand) (1855)
Ajoutée par Savinien le 19/02/2021
Jamais les machines ne remplaceront l'homme d'une manière absolue; grâce au ciel, car ce serait la fin du monde. L'homme n'est pas fait pour penser toujours. Quand il pense trop il devient fou, de même qu'il devient stupide quand il ne pense pas assez. Pascal l'a dit: « Nous ne sommes ni anges ni bêtes. »
Par: Amantine Aurore Lucile Dupin (George Sand)
Extrait de: Histoire de ma vie (George Sand) (1855)
Ajoutée par Savinien le 19/02/2021
Invocation
Car l'amour vrai, tardif, qui mûrit en son temps,
Vois-tu, n'est pas semblable à celui de vingt ans,
Que jette la jeunesse en sa première sève,
Au blond duvet, vermeil, et doré comme un rêve;
C'est un amour profond, amer, désespéré,
C'est le dernier, l'unique; on dit moins, j'en mourrai;
On en meurt; - un amour armé de jalousie,
Consumant tout, honneur et gloire et poésie;
Sans douceurs et sans miel, capable de poison ,
Et pour toute la vie égarant la raison.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Livre d'amour (1843)
Ajoutée par Savinien le 17/02/2021
Invocation
Amour, où donc es-tu? Descends, vautour sublime;
J'étalerai mon coeur pour qu'il soit ta victime;
Je t'ouvrirai ma veine et mon flanc tout fumant;
Docile à ton essor, comme un crédule amant,
J'irai, j'irai partout où montera ton aile;
Je chérirai sans fin ta morsure éternelle.
Tu me seras léger et doux, maître adoré!
Jamais gazon flétri, jamais sable altéré,
Jamais guerriers mourants dont la plaine est jonchée
N'ont plus avidement bu la pluie épanchée
Que moi, rôdant, la nuit, aux lieux les plus déserts,
Je ne boirai mes pleurs cuisants, mes pleurs amers.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Livre d'amour (1843)
Ajoutée par Savinien le 17/02/2021
L'enfance d'Adèle
Elle est là, mon Adèle, oh! Je me la figure,
Elle est là, je la vois, dans la vague posture
D'une femme qui rêve, étendue à demi;
Le sombre époux l'enferme, elle rêve à l'Ami;
Elle se dit qu'il l'aime et qu'il n'aime rien qu'elle,
Qu'il veille obstinément sur l'amante fidèle,
Qu'il l'avertit de vivre et de tout espérer,
De ne plus obscurcir ses doux yeux à pleurer,
Mais de s'ouvrir d'avance à la saison heureuse
Que l'amour patient, à petit bruit, se creuse
Mille détours certains par où va son ennui,
Qu'obstacles et soupçons, tout s'use devant lui,
Et qu'en un coeur désert tarit la jalousie
Plus vite qu'en deux coeurs ses torrents d'ambroisie.
Le regard du jaloux s'aveugle en quelques jours;
Les amants se font signe et s'entendent toujours.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Livre d'amour (1843)
Ajoutée par Savinien le 17/02/2021
Que vient-elle me dire, aux plus tendres instants,
En réponse aux soupirs d'une âme consumée,
Que vient-elle conter, ma folle Bien-aimée,
De charmes défleuris, de ravages du temps,
De bandeaux de cheveux déjà moins éclatants?
Qu'a-t-elle à me montrer sur sa tête embaumée,
Comme un peu de jasmin dans l'épaisse ramée,
Quelques rares endroits pâlis dés le printemps?
Qu'a-t-elle? Dites-moi; fut-on jamais plus belle?
Le désir la revêt d'une flamme nouvelle;
Sa taille est de quinze ans, ses yeux gagnent aux pleurs;
Et, pour mieux couronner ma jeune Fiancée,
Amour qui fait tout bien, docile à ma pensée,
Mêle à ses noirs cheveux quelque neige de fleurs.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Livre d'amour (1843)
Ajoutée par Savinien le 17/02/2021
Par un ciel étoilé, sur ce beau pont des Arts,
Revenant tard et seul de la cité qui gronde,
J'ai mille fois songé que l'Éden en ce monde
Serait de mener là mon Ange aux doux regards;
De fuir boue et passants, les cris, le vice épars;
De lui montrer le ciel, la lune éclairant l'onde,
Les constellations dans leur courbe profonde
Planant sur ce vain bruit des hommes et des chars.
J'ai rêvé lui donner un bouquet au passage;
A la rampe accoudé, ne voir que son visage,
Ou l'asseoir sur ces bancs d'un mol éclat blanchis;
Et, quand son âme est pleine et sa voix oppressée,
L'entendre désirer de gagner le logis,
Suspendant à mon bras sa marche un peu lassée.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Livre d'amour (1843)
Ajoutée par Savinien le 17/02/2021
Laissez-moi! Tout a fui. Le printemps recommence;
L'été s'anime, et le désir a loi;
Les sillons et les coeurs agitent leur semence.
Laissez-moi! Tout a fui.
Laissez-moi! Dans nos champs, les roches solitaires,
Les bois épais appellent mon ennui.
Je veux, au bord des lacs, méditer leurs mystères,
Et comment tout m'a fui.
Laissez-moi m'égarer aux foules de la ville;
J'aime ce peuple et son bruit réjoui;
Il double la tristesse à ce coeur qui s'exile,
Et pour qui tout a fui.
Laissez moi! Midi règne, et le soleil sans voiles
Fait un désert à mon oeil ébloui.
Laissez-moi! C'est le soir, et l'heure des étoiles:
Qu'espérer? Tout a fui.
Oh! Laissez-moi, sans trêve, écouter ma blessure,
Aimer mon mal et ne vouloir que lui.
Celle en qui je croyais, Celle qui m'était sûre.
Laissez-moi! Tout a fui!
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Livre d'amour (1843)
Ajoutée par Savinien le 17/02/2021
Je me souviens que je te disais une fois: « Que peut-il arriver de pire à un honnête homme? D'être forcé de mourir, voilà tout. » Aujourd'hui, je vois qu'il y a quelque chose de pis: c'est d'être forcé de vivre.
Par: Amantine Aurore Lucile Dupin (George Sand)
Extrait de: Jacques (1834)
Ajoutée par Savinien le 15/02/2021
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