Citations
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Que j'aime les ponts de bois! Ils ont le charme de la marine. Ce sont des bateaux à l'ancre. Ah, soudain, s'ils pouvaient larguer l'amarre.
Par: Isaac Félix Suarès (André Suarès)
Extrait de: Le voyage du Condottière (1932)
Ajoutée par Savinien le 23/06/2021
Un homme voyage pour sentir et pour vivre. A mesure qu'il voit du pays, c'est lui-même qui vaut mieux la peine d'être vu. Il se fait chaque jour plus riche de tout ce qu'il découvre. Voilà pourquoi le voyage est si beau, quand on l'a derrière soi: il n'est plus, et l'on demeure! C'est le moment où il se dépouille. Le souvenir le décante de toute médiocrité.
Par: Isaac Félix Suarès (André Suarès)
Extrait de: Le voyage du Condottière (1932)
Ajoutée par Savinien le 23/06/2021
Voir n'est point commun. La vision est la conquête de la vie. On voit toujours, plus ou moins, comme on est. Le monde est plein d'aveugles aux yeux ouverts sous une taie; en tout spectacle, c'est leur cornée qu'ils contemplent, et leur taie grise qu'ils saisissent.
Par: Isaac Félix Suarès (André Suarès)
Extrait de: Le voyage du Condottière (1932)
Ajoutée par Savinien le 23/06/2021
L'horloge
Horloge! Dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: Souviens-toi!
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;
Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.
Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote: Souviens-toi! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit: Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 23/06/2021
Le guignon
Pour soulever un poids si lourd,
Sisyphe, il faudrait ton courage!
Bien qu'on ait du coeur à l'ouvrage,
L'Art est long et le Temps est court.
Loin des sépultures célèbres,
Vers un cimetière isolé,
Mon coeur, comme un tambour voilé,
Va battant des marches funèbres.
- Maint joyau dort enseveli
Dans les ténèbres et l'oubli,
Bien loin des pioches et des sondes;
Mainte fleur épanche à regret
Son parfum doux comme un secret
Dans les solitudes profondes.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 23/06/2021
J'ai pris les souliers de satin
Que chaussent ses petits pieds roses...
Ils sont devenus mon butin,
Car je lui vole mille choses,
Et dans sa chambre, portes closes,
J'ai fait plus d'un vol clandestin...
J'ai pris les souliers de satin
Que chaussent ses petits pieds roses.
Avec un amour enfantin
Je les garnis de fleurs écloses...
Sur ma table, chaque matin,
Je remets des nouvelles roses
Dans chaque soulier de satin.
Par: Edmond Rostand
Extrait de: Les musardises (1890)
Ajoutée par Savinien le 19/05/2021
Lettre
Je suis très loin de vous, très loin, ma chère Aimée.
Comme la vie est dure aux pauvres amoureux!...
Trouvez-vous pas qu'ensemble on était bien heureux?
Ah! La chambre bien close, et tiède, et parfumée!
Écrivez-moi souvent. Dites-moi s'il fait beau,
Si vous m'aimez toujours, si nul ne me dérobe
Votre coeur?... Contez-moi votre nouvelle robe
Et si vous avez mis votre joli chapeau.
C'est affreux de songer le soir, petite amie,
Que loin, si loin de moi, vous êtes endormie.
Et je pense aux frisons serrés de votre cou,
A votre bouche, à vos yeux clairs, à votre rire...
Adieu, mon cher trésor. Je voulais vous écrire
Ceci, tout simplement: je vous aime beaucoup.
Par: Edmond Rostand
Extrait de: Les musardises (1890)
Ajoutée par Savinien le 19/05/2021
Dessous sa grande ombrelle rose
Elle est toute rose. On dirait
Un peu d'une très pâle rose
Qu'un soleil couchant rosirait.
Un rayon qui descend tout rose
A travers le rose satin
Avive joliment son teint...
Et sa main blanche qui se pose
Sur le long manche de bambou,
Les petits cheveux de son cou,
Sa nuque blonde, tout est rose,
Mais d'un rose, d'un rose fou!...
Par: Edmond Rostand
Extrait de: Les musardises (1890)
Ajoutée par Savinien le 19/05/2021
Les glycines
Mon balcon s'orne de glycines
Dont les grappes couleur lilas
Retombent d'un air doux et las
Avec des grâces féminines.
Elles ont des airs de langueur,
Mes glycines, de nonchalance, -
Et quand la brise les balance
Dans le jour qui traîne en longueur,
Et tarde à mourir, et recule
Tant qu'il peut l'heure de sa fin, -
Elles ont un parfum très fin...
Comme l'odeur du crépuscule.
Par: Edmond Rostand
Extrait de: Les musardises (1890)
Ajoutée par Savinien le 19/05/2021
La première
Or, c'est Dieu qui fit la première,
Qui façonna son corps si cher
Lui-même, dans de la lumière,
Et pétrit son exquise chair...
Il mit sur sa peau de l'aurore
Et des soirs d'été dans ses yeux, -
Puis il tissa pour elle encore
Le soleil en rayons soyeux...
De ses adroites mains divines,
Le bon Dieu sculptait, il dorait...
Et déjà le souffle odorait
Entre les lèvres purpurines.
Déjà l'oeil charmant s'entr'ouvrait
Comme s'entr'ouvre une pervenche, -
Et du talon fin à la hanche
La ligne onduleuse courait.
Embaumante comme une rose
Que bercent les vents attiédis,
Émerveillant le paradis
Dans un rayon de soleil rose,
Ève s'épanouit, semblant
Sous les branches, nue et pudique,
Quelque grand lys doux et tremblant,
Une floraison magnifique!...
Alors Dieu, souriant, lui dit:
« Tu feras le bonheur de l'homme. »
Or, c'est elle qui le perdit
En lui faisant croquer la pomme.
Des autres femmes cependant,
Hélas! Que faut-il qu'on espère?...
La première perdit Adam:
Et c'est Dieu qui fit la première!...
Par: Edmond Rostand
Extrait de: Les musardises (1890)
Ajoutée par Savinien le 19/05/2021
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