Thématique citations : L'amour
482 Citations
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Il faut, pour voir et entendre la Création, autre chose que des yeux et des oreilles.
Il faut de l'amour.
Extrait de: Le docteur mystérieux (1872)
Ajoutée par Savinien le 21/04/2020
Acte I, Scène 12
A tant de perfidie aurais-je dû m'attendre?
Engager un amant, l'enflammer, l'attendrir,
Lui promettre sou coeur, sa main, et le trahir!
Le moyen qu'à ce coup l'infortuné survive?
Extrait de: Les fausses infidélités (1768)
Ajoutée par Savinien le 16/04/2020
Acte I, Scène 1
L'amour jaloux a trop l'air de la haine.
Formons d'heureux liens, et point de triste chaîne.
De l'amour, s'il se peut, n'ayons que les douceurs:
Moi, j'en ai la tendresse... et d'autres les fureurs.
Extrait de: Les fausses infidélités (1768)
Ajoutée par Savinien le 16/04/2020
L'esprit a son ordre, qui est par principes et démonstrations; le coeur en a un autre. On ne prouve pas qu'on doit être aimé, en exposant par ordre les causes de l'amour: cela serait ridicule.
Par: Blaise Pascal
Extrait de: Les Pensées de Pascal (1669)
Ajoutée par Savinien le 16/04/2020
Vers pour madame de ***
Sur l'amitié, sans toi, peut être,
Mon coeur en aurait plus appris;
En t'aimant j'ai cru la connaître,
En t'aimant mieux, j'ai vu que je m'étais mépris.
Par: Stanislas Jean de Boufflers (Chevalier de Boufflers)
Extrait de: Oeuvres de Stanislas de Boufflers (1813)
Ajoutée par Savinien le 11/04/2020
Amour et jalousie
L'amour, par ses douceurs et ses fureurs étranges,
Offre aux amants le ciel et l'enfer tour à tour:
La jalousie est la soeur de l'amour,
Comme le diable est le frère des anges.
Par: Stanislas Jean de Boufflers (Chevalier de Boufflers)
Extrait de: Oeuvres de Stanislas de Boufflers (1813)
Ajoutée par Savinien le 11/04/2020
Vers à une dame
Tu disais que l'amour même
Ne pourrait m'ôter ton coeur:
Tu trouvais le bien suprême
Dans l'excès de mon ardeur;
Tu me peignais la tendresse:
Hélas! C'est moi qui la sens;
Tu jurais d'aimer sans cesse,
Et je tiens tous tes serments.
Par: Stanislas Jean de Boufflers (Chevalier de Boufflers)
Extrait de: Oeuvres de Stanislas de Boufflers (1813)
Ajoutée par Savinien le 11/04/2020
A madame la princesse de Ratziville
Quand les beaux yeux d'Hélène échauffent cette terre,
La rose a plus d'éclat, l'oiseau de plus doux chants;
Tout rit, tout s'embellit, tout apprend d'elle à plaire;
Moi-même j'y retrouve à la fois deux printemps,
Celui de la nature et celui de mes ans.
Par: Stanislas Jean de Boufflers (Chevalier de Boufflers)
Extrait de: Oeuvres de Stanislas de Boufflers (1813)
Ajoutée par Savinien le 09/04/2020
A madame d'Aut...
L'Amour n'a point d'yeux, ne se plaît que dans l'ombre;
Il rêve tout le jour et voyage la nuit;
Précédé des désirs, le mystère le suit:
Ils assurent ses pas dans l'obscurité sombre.
Par: Bernard de Bonnard
Extrait de: Poésies diverses de M. de Bonnard (1791)
Ajoutée par Savinien le 07/04/2020
L'amour et l'amitié
Fils des sens, et tyran des coeurs,
Tendre, brillant, vif et volage,
Nourri de plaisirs et de pleurs,
L'Amour est le dieu du bel âge.
L'Amitié paisible a son tour;
Ses fruits sont les fleurs de l'automne;
Son règne dure plus d'un jour,
Et promet moins qu'il ne nous donne.
Aux premiers rayons du printemps,
On voit la rose purpurine
Flatter les yeux quelques instants,
Et se flétrir sur sa racine.
Moins orgueilleuse en sa couleur,
L'immortelle plus tard éclose,
Des hivers bravant la rigueur,
Voit cent fois l'âge de la rose.
Par: Bernard de Bonnard
Extrait de: Poésies diverses de M. de Bonnard (1791)
Ajoutée par Savinien le 07/04/2020
M. le comte me paraît tourner à la haine, lui dis-je avec assurance; qu'il prenne garde à ce sentiment-là. C'est encore de l'amour, et c'est pire, c'est de la passion.
Par: Amantine Aurore Lucile Dupin (George Sand)
Extrait de: Flamarande (1875)
Ajoutée par Savinien le 05/04/2020
Quand on se décide à mettre l'amour dans sa vie, on devrait bien se demander si on est propre à inspirer l'amour.
Par: Amantine Aurore Lucile Dupin (George Sand)
Extrait de: Flamarande (1875)
Ajoutée par Savinien le 05/04/2020
Y avait-il le moindre rapport entre leur amour et leurs différences d'opinions sur l'art, la morale, la Révolution française et le suffrage universel? Ce n'étaient que des raisonnements et l'amour était au-delà de la raison. L'amour habite les hauts sommets, bien au-dessus des froides vallées de la raison et celui qui cueille cette fleur rare ne peut plus descendre parmi les humains tant qu'elle n'est pas fanée.
Par: Jack London
Extrait de: Martin Eden
Ajoutée par Savinien le 01/04/2020
Il ne l'avait encore vue que chez elle et jamais il n'avait osé lui demander de l'accompagner nulle part. Tout à coup, tout en continuant à lui parler, il désira mourir pour elle et des rêves d'héroïques sacrifices traversèrent son cerveau bouleversé. [...] Mourir pour elle, n'était-ce pas avoir bien vécu et bien aimé? C'était la sublime abnégation de l'amour telle que peut la manifester le véritable amant. Il n'avait que vingt et un ans et il aimait pour la première fois.
Par: Jack London
Extrait de: Martin Eden
Ajoutée par Savinien le 01/04/2020
Acte III, Scène 1
Oh! Mon amour n'est point comme un jouet de verre
Qui brille et tremble; oh non! C'est un amour sévère,
Profond, solide, sûr, paternel, amical,
De bois de chêne, ainsi que mon fauteuil ducal!
Voilà comme je t'aime, et puis je t'aime encore
De cent autres façons : comme on aime l'aurore,
Comme on aime les fleurs, comme on aime les cieux!
De te voir tous les jours, toi, ton pas gracieux,
Ton front pur, le beau feu de ta fière prunelle,
Je ris, et j'ai dans l'âme une fête éternelle!
Par: Victor Hugo
Extrait de: Hernani (1830)
Ajoutée par Savinien le 01/04/2020
Acte III, Scène 3
Aïe! Au cœur, quel pincement bizarre!
-Baiser, festin d'amour dont je suis le Lazare!
Il me vient dans cette ombre une miette de toi, -
Mais oui, je sens un peu mon coeur qui te reçoit,
Puisque sur cette lèvre où Roxane se leurre
Elle baise les mots que j'ai dits tout à l'heure!
Par: Edmond Rostand
Extrait de: Cyrano de Bergerac (1897)
Ajoutée par Savinien le 31/03/2020
Acte II, Scène 1
Et d'ailleurs, ce n'est point le souci qui m'arrête.
J'en veux à sa maîtresse et non point à sa tête.
J'en suis amoureux fou! Les yeux noirs les plus beaux,
Mes amis! Deux miroirs! Deux rayons! Deux flambeaux!
Je n'ai rien entendu de toute leur histoire
Que ces trois mots: - Demain, venez à la nuit noire! -
Mais c'est l'essentiel. Est-ce pas excellent?
Pendant que ce bandit, à mine de galant,
S'attarde à quelque meurtre, à creuser quelque tombe,
Je viens tout doucement dénicher sa colombe.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Hernani (1830)
Ajoutée par Savinien le 31/03/2020
A mes yeux, la destinée suivait son implacable fantaisie de rapprocher ces deux êtres, si peu faits, selon moi, l'un pour l'autre. Ils s'étaient vus, ils se parleraient le lendemain; car, dans certaines situations, parler ensemble sur l'amour, c'est déjà se parler d'amour.
Par: Amantine Aurore Lucile Dupin (George Sand)
Extrait de: Tamaris (1862)
Ajoutée par Savinien le 30/03/2020
-C'est donc un séducteur, ce lieutenant?
-Eh! Oui, et dangereux même!
-Ce n'est pourtant pas un roué, je vous jure; il a trop de cœur et d'esprit...
-C'est pour cela. Je le sais bien, qu'il est charmant, et il a un grand attrait pour les femmes, c'est qu'il les aime toutes.
Par: Amantine Aurore Lucile Dupin (George Sand)
Extrait de: Tamaris (1862)
Ajoutée par Savinien le 30/03/2020
J'aurais volontiers battu Larnage, qui ne disait mot et qui laissait cet autre avoir plus d'esprit que lui. Il avait trop d'amour: l'amour rend bête les gens d'esprit et donne de l'esprit à ceux qui n'en ont pas. Rien de plus rare en général que d'avoir le coeur spirituel, c'est un charme et une force immense.
Extrait de: Mémoires d'une aveugle (1856)
Ajoutée par Savinien le 29/03/2020
Il aimait Aïssé avec une passion qui tenait du délire; ce n'est pas une métaphore de dire qu'il ne vivait que pour elle. Il vivait toujours en sa présence, même lorsqu'il ne la voyait pas. Souvent on le surprenait en distraction, et, lorsqu'on lui demandait ce qu'il avait, il se réveillait en sursaut et vous disait:
- Ah! C'est vrai, pardon, je n'étais pas ici, j'étais avec elle.
Extrait de: Mémoires d'une aveugle (1856)
Ajoutée par Savinien le 29/03/2020
Il y a trois choses qui n'entrent pas dans l'esprit d'une jeune femme:
- D'abord, l'idée qu'elle deviendra vieille;
- Ensuite, l'idée qu'elle mourra un jour;
- Enfin, lorsqu'elle aime bien, l'idée que son amour et celui de son amant doivent finir.
Ce sont pourtant trois choses inévitables et écrites d'avance; qu'importe, à vingt ans!
Extrait de: Mémoires d'une aveugle (1856)
Ajoutée par Savinien le 29/03/2020
Ah! Ma reine, si vous saviez combien on est flattée d'être aimée avec persévérance des gens qu'on n'aime point et qu'on ne trompe pas! Rien de plus heureux que d'être aimée de quelqu'un qui ne compte plus sur soi et ne prétend rien de vous!
Extrait de: Mémoires d'une aveugle (1856)
Ajoutée par Savinien le 28/03/2020
- Nous suivons votre exemple, madame; car, Dieu merci, vous changez plus vite que nous; seulement, à vous entendre, le dernier amour est toujours le plus fort.
- Il n'y a que les sottes pour donner ces raisons-là, cela ne se ressemble point.
- Vraiment? Expliquez-vous.
- À quoi bon m'expliquer? Ne le savez-vous pas aussi bien que moi? On aime la première fois par curiosité, la seconde fois par dépit, la troisième par reconnaissance, et les autres par habitude.
Extrait de: Mémoires d'une aveugle (1856)
Ajoutée par Savinien le 28/03/2020
Le pauvre sire m'écrivait chaque semaine ses espérances, il bâtissait des châteaux magnifiques, dont j'étais le but. Son amour pour moi était si ardent, que je m'échauffais à son reflet, et qu'il me semblait l'aimer aussi quelquefois.
Extrait de: Mémoires d'une aveugle (1856)
Ajoutée par Savinien le 28/03/2020
Nous marchions les yeux en l'air, et peu à peu la conversation tournait vers le sentiment et la rêverie. J'étouffais, c'est-à-dire mon coeur et mes dix-sept ans étouffaient dans ma poitrine, et Larnage n'était pas plus calme que moi; nous ne nous parlions plus, nous sentions seulement.
Extrait de: Mémoires d'une aveugle (1856)
Ajoutée par Savinien le 28/03/2020
Un soir, nous causions d'astronomie; le jeune professeur nous enseignait à connaître les astres, et nous nous promenions tous dans le parc. La duchesse se plaignit du froid, le duc nous avait abandonnés pour jouer à l'hombre avec l'aumônier et un gentilhomme des environs: nous restâmes seuls, Larnage et moi, pour voir lever je ne sais quelle planète. La nuit était superbe, les fleurs de rosiers embaumaient, et il faisait un de ces temps merveilleux qui donnent l'envie de vivre, le besoin d'aimer, la rage de le dire.
Extrait de: Mémoires d'une aveugle (1856)
Ajoutée par Savinien le 28/03/2020
Toutes vos nouvelles en vers ou en prose sont des contes d'amour; presque tous vos poèmes, élégies, églogues, idylles; chansons, épîtres, comédies, tragédies, opéras, sont des contes d'amour. Presque toutes vos peintures et vos sculptures ne sont que des contes d'amour. Vous êtes aux contes d'amour pour toute nourriture depuis que vous existez, et vous ne vous en lassez point. L'on vous tient à ce régime et l'on vous y tiendra longtemps encore, hommes et femmes, grands et petits enfants, sans que vous vous en lassiez. En vérité, cela est merveilleux.
Par: Denis Diderot
Extrait de: Jacques le fataliste et son maître (1778)
Ajoutée par Savinien le 26/03/2020
Chanson de Maglia
Vous êtes bien belle et je suis bien laid.
A vous la splendeur de rayons baignée;
A moi la poussière, à moi l'araignée.
Vous êtes bien belle et je suis bien laid;
Soyez la fenêtre et moi le volet.
Nous réglerons tout dans notre réduit.
Je protégerai ta vitre qui tremble;
Nous serons heureux, nous serons ensemble;
Nous réglerons tout dans notre réduit;
Tu feras le jour, je ferai la nuit.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Toute la lyre (1888)
Ajoutée par Savinien le 25/03/2020
L'absolu de l'amour se connaît à l'inquiétude perpétuelle de celui qui aime. Rien ne l'apaise entièrement, car, au degré suprême, l'amour est une volonté de créer l'être qu'il a pris pour objet. C'est une œuvre de genre étrange et désespérée, dont cet être est un fragment, un moment, une ébauche, une idée; et qui se contente de cela ne sera jamais le grand artiste créateur de ce malheur insigne: un véritable amour.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Acte III, Scène 7
Il fallait me taire et vous sauver.
Combien de fois, hélas! Puisqu'il faut vous le dire,
Mon cœur de son désordre allait-il vous instruire?
De combien de soupirs interrompant le cours
Ai-je évité vos yeux que je cherchais toujours?
Quel tourment de se taire en voyant ce qu'on aime,
De l'entendre gémir, de l'affliger soi-même,
Lorsque par un regard on peut le consoler!
Mais quels pleurs ce regard aurait-il fait couler!
Par: Jean Racine
Extrait de: Britannicus (1669)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Acte II, Scène 2
Quoi qu'il en soit, ravi d'une si belle vue,
J'ai voulu lui parler, et ma voix s'est perdue:
Immobile, saisi d'un long étonnement,
Je l'ai laissé passer dans son appartement.
J'ai passé dans le mien. C'est là que, solitaire,
De son image en vain j'ai voulu me distraire.
Trop présente à mes yeux je croyais lui parler,
J'aimais jusqu'à ses pleurs que je faisais couler.
Par: Jean Racine
Extrait de: Britannicus (1669)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Chaque baiser appelle un autre baiser. Ah! Dans ces premiers temps où l'on aime, les baisers naissent si naturellement! Ils foisonnent si pressés les uns contre les autres; et l'on aurait autant de peine à compter les baisers qu'on s'est donnés pendant une heure que les fleurs d'un champ au mois de mai.
Par: Marcel Proust
Extrait de: Du côté de chez Swann (1913)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Mais l'important dans la vie n'est pas ce qu'on aime, reprit-il d'un ton compétent, péremptoire et presque tranchant, c'est d'aimer. Ce que ressentait Mme de Sévigné pour sa fille peut prétendre beaucoup plus justement ressembler à la passion que Racine a dépeinte dans Andromaque ou dans Phèdre, que les banales relations que le jeune Sévigné avait avec ses maîtresses. De même l'amour de tel mystique pour Dieu. Les démarcations trop étroites que nous traçons autour de l'amour viennent seulement de notre grande ignorance de la vie.
Par: Marcel Proust
Extrait de: A l'ombre des jeunes filles en fleurs (1918)
Ajoutée par Savinien le 21/03/2020
Villanelle rythmique
Quand viendra la saison nouvelle,
Quand auront disparu les froids,
Tous les deux, nous irons, ma belle,
Pour cueillir le muguet au bois;
Sous nos pieds égrenant les perles,
Que l'on voit au matin trembler,
Nous irons écouter les merles
Siffler.
Le printemps est venu, ma belle,
C'est le mois des amants béni,
Et l'oiseau, satinant son aile,
Dit des vers au rebord du nid.
Oh! Viens donc sur le banc de mousse
Pour parler de nos beaux amours,
Et dis-moi de ta voix si douce :
Toujours!
Loin, bien loin, égarant nos courses,
Faisons fuir le lapin caché
Et le daim au miroir des sources
Admirant son grand bois penché;
Puis chez nous tout joyeux, tout aises,
En panier enlaçant nos doigts,
Revenons rapportant des fraises
Des bois.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
Le premier rayon de mai
Hier j'étais à table avec ma chère belle,
Ses deux pieds sur les miens, assis en face d'elle,
Dans sa petite chambre; ainsi que dans leur nid
Deux ramiers bienheureux que le bon Dieu bénit.
C'était un bruit charmant de verres de fourchettes,
Comme des becs d'oiseaux, picotant les assiettes;
De sonores baisers et de propos joyeux.
L'enfant, pour être à l'aise, et régaler mes yeux,
Avait ouvert sa robe et sous la toile fine
On voyait les trésors de sa blanche poitrine;
Comme les seins d'Isis, aux contours ronds et purs,
Ses beaux seins se dressaient, étincelants et durs.
Et, comme sur des fleurs des abeilles posées,
Sur leurs pointes tremblaient des lumières rosées.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
Romance
Au pays où se fait la guerre,
Mon bel ami s'en est allé;
Il semble à mon cœur désolé
Qu'il ne reste que moi sur terre!
En partant, au baiser d'adieu,
Il m'a pris mon âme à ma bouche.
Qui le tient si longtemps, mon Dieu?
Voilà le soleil qui se couche,
Et moi, toute seule en ma tour,
J'attends encore son retour.
Les pigeons sur le toit roucoulent,
Roucoulent amoureusement;
Avec un son triste et charmant
Les eaux sous les grands saules coulent.
Je me sens tout près de pleurer;
Mon cœur comme un lis plein s'épanche,
Et je n'ose plus espérer.
Voici briller la lune blanche,
Et moi, toute seule en ma tour,
J'attends encore son retour.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
Pantoum
Les papillons couleur de neige
Volent par essaims sur la mer;
Beaux papillons blancs, quand pourrai-je
Prendre le bleu chemin de l'air?
Savez-vous, ô belle des belles,
Ma bayadère aux yeux de jais,
S'ils me pouvaient prêter leurs ailes,
Dites, savez-vous où j'irais?
Sans prendre un seul baiser aux roses,
À travers vallons et forêts,
J'irais à vos lèvres mi-closes,
Fleur de mon âme, et j'y mourrais.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
La mort dans la vie
Avril, pour m'y coucher, m'a fait un tapis d'herbe;
Le lilas sur mon front s'épanouit en gerbe,
Nous sommes au printemps.
Prenez-moi dans vos bras, doux rêves du poète,
Entre vos seins polis, posez ma pauvre tête
Et bercez-moi longtemps.
Loin de moi, cauchemars, spectres des nuits! Les roses,
Les femmes, les chansons, toutes les belles choses
Et tous les beaux amours,
Voilà ce qu'il me faut. Salut, ô muse antique,
Muse au frais laurier vert, à la blanche tunique
Plus jeune tous les jours!
Brune aux yeux de lotus, blonde à paupière noire,
O Grecque de Milet, sur l'escabeau d'ivoire
Pose tes beaux pieds nus,
Que d'un nectar vermeil la coupe se couronne!
Je bois à ta beauté d'abord, blanche Théone,
Puis aux dieux inconnus.
Ta gorge est plus lascive et plus souple que l'onde;
Le lait n'est pas si pur et la pomme est moins ronde.
Allons, un beau baiser,
Hâtons-nous, hâtons-nous. Notre vie, ô Théone,
Est un cheval ailé que le temps éperonne;
Hâtons-nous d'en user.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
Somme toute, il est bien plus aisé d'être amoureux en expectative qu'amoureux en fonction. Dire: J'aime! Est beaucoup moins pénible que de le prouver, avec cela que chaque preuve que l'on en donne rend la suivante plus difficile.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Celle-ci et celle-là (1833)
Ajoutée par Savinien le 19/03/2020
Devinez de quoi il lui parlait? Il lui parlait du nez d'une de ses amies intimes qui devenait plus rouge de jour en jour, et s'empourprait d'une façon toute bachique; de la robe ridicule qu'avait madame une telle à la dernière soirée; de l'improvisation de M. Eugène de Pradel, et de mille autres choses également intéressantes, à quoi madame de M*** prenait un singulier plaisir.
De passion et d'amour, pas un mot. Il ne voulait pas l'avertir et la mettre sur ses gardes. Cela eût été par trop naïf. Parler d'amour à une femme qu'on veut avoir avant d'avoir engagé le combat, c'est à peu près agir comme un bravo qui vous dirait, avant de tirer son stylet : - Monsieur, si vous voulez avoir la bonté de le permettre, je vais prendre la liberté grande de vous assassiner.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Celle-ci et celle-là (1833)
Ajoutée par Savinien le 19/03/2020
La superbe manière dont il avait écouté et applaudi un nocturne chanté par des amateurs lui avait concilié l'estime générale, et lui avait fait faire un pas énorme dans l'esprit de madame de M***. Mais son calembour lui en avait fait faire deux ou même trois, infiniment plus énormes que le premier; car, dans l'esprit et le coeur d'une femme (est-ce la même chose ou sont-ce deux choses ?), le premier pas n'est absolument qu'un pas et ne vous conduit qu'au seuil de son âme; le second, déjà plus allongé, vous met au plein milieu, et le troisième, véritable pas fait avec des bottes de sept lieues, vous conduit tout au bout et vous fait toucher le fond.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Celle-ci et celle-là (1833)
Ajoutée par Savinien le 19/03/2020
« Que la nature est bizarre dans ses jeux », pensa Candale en remontant l'escalier, lorsque la vision fut évanouie: « elle s'amuse à jeter deux visages dans le même moule, et à tirer une double épreuve d'une marquise ou d'une grisette! Comme elles se ressemblent! Mais comme Jeannette est plus jolie! »
Non, cher vicomte, Jeannette n'est pas plus jolie, et tu t'en convaincras bientôt. Seulement, tu fais ton devoir d'amoureux en trouvant ta maîtresse la plus belle du monde - plus belle qu'elle-même.
Il n'y a que la foi qui sauve, et la foi de l'amoureux vaut la foi du charbonnier, c'est la bonne.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Jean et Jeannette (1850)
Ajoutée par Savinien le 19/03/2020
C'est ainsi qu'une marquise et un vicomte, déguisés l'une en grisette, l'autre en commis, mangèrent des fraises dans les bois, sans que la vertu eût à gémir que de quelques serrements de mains et de quelques baisers sur le front ou les cheveux, dont la bergère la plus prude se serait à peine formalisée. - S'il semble étrange à quelque lecteur que M. Jean, qui avait paru plus vif et plus délibéré à son début, se soit alangui de la sorte, nous répondrons qu'alors il était pris de goût seulement, et que maintenant il est pris d'amour.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Jean et Jeannette (1850)
Ajoutée par Savinien le 18/03/2020
- Justine est une compagne agréable, mais être deux femmes ensemble c'est être seule. N'avez-vous pas désiré d'avoir un ami ?
- Oh! Si, mais ma tante Ursule m'a dit que tous les hommes étaient des enjôleurs et qu'il n'y avait pas d'amitié entre une jeune fille et un jeune homme.
- D'amitié, non; mais de l'amour.
- L'amour est un péché.
- Le plus charmant péché du monde et celui qui se pardonne le plus facilement dans le ciel.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Jean et Jeannette (1850)
Ajoutée par Savinien le 18/03/2020
- Le cœur me bat bien fort, car il y a plus d'une heure que je fais semblant de regarder les enseignes des boutiques.
- Je n'étais cependant pas en retard, répliqua Jeannette en levant son doigt effilé vers le cadran de l'église, devant laquelle le couple passait en ce moment.
- L'amour avance toujours, et pour lui les horloges les mieux réglées retardent quand elles ont à sonner les rendez-vous.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Jean et Jeannette (1850)
Ajoutée par Savinien le 18/03/2020
Sa solitude ne fut pas de longue durée. M. Jean, bien que l'heure indiquée par le rendez-vous n'eût pas sonné encore à l'horloge de la paroisse, faisait depuis longtemps pied de grue, car si l'exactitude est la politesse des rois, la politesse des amoureux consiste à devancer le temps; si l'on n'arrive pas trop tôt, l'on arrive trop tard.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Jean et Jeannette (1850)
Ajoutée par Savinien le 18/03/2020
La mort des amants
Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.
Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.
Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux;
Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Chanson d'après midi
Sur ta chair le parfum rôde
Comme autour d'un encensoir;
Tu charmes comme le soir,
Nymphe ténébreuse et chaude.
Ah! Les philtres les plus forts
Ne valent pas ta paresse,
Et tu connais la caresse
Qui fait revivre les morts!
Tes hanches sont amoureuses
De ton dos et de tes seins,
Et tu ravis les coussins
Par tes poses langoureuses.
Quelquefois pour apaiser
Ta rage mystérieuse,
Tu prodigues, sérieuse,
La morsure et le baiser;
Tu me déchires, ma brune,
Avec un rire moqueur,
Et puis tu mets sur mon cœur
Ton œil doux comme la lune.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Parfum exotique
Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;
Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'œil par sa franchise étonne.
Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,
Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
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