Thématique citations : Les alexandrins
879 Citations
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Chant d'amour
Pourquoi sous tes cheveux me cacher ton visage?
Laisse mes doigts jaloux écarter ce nuage:
Rougis-tu d'être belle, ô charme des mes yeux?
L'aurore, ainsi que toi, de ses roses s'ombrage.
Pudeur! Honte céleste! Instinct mystérieux,
Ce qui brille le plus se voile davantage;
Comme si la beauté, cette divine image,
N'était faite que pour les cieux!
Extrait de: Nouvelles méditations poétiques (1823)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
Et j'ai dit dans mon coeur: Que faire de la vie?
Irai-je encore, suivant ceux qui m'ont devancé,
Comme l'agneau qui passe où sa mère a passé,
Imiter des mortels l'immortelle folie?
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
Le papillon
Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
Sur l'aile du zéphyr nager dans un ciel pur,
Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
S'enivrer de parfums, de lumière et d'azur,
Secouant, jeune encore, la poudre de ses ailes,
S'envoler comme un souffle aux voûtes éternelles,
Voilà du papillon le destin enchanté!
Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
Retourne enfin au ciel chercher la volupté!
Extrait de: Nouvelles méditations poétiques (1823)
Ajoutée par Savinien le 19/09/2012
Philosophie
Aussi, pendant qu'admis dans les conseils des rois,
Représentant d'un maître honoré par son choix,
Tu tiens un des grands fils de la trame du monde;
Moi, parmi les pasteurs, assis au bord de l'onde,
Je suis d'un oeil rêveur les barques sur les eaux;
J'écoute les soupirs du vent dans les roseaux;
Nonchalamment couché près du lit des fontaines,
Je suis l'ombre qui tourne autour du tronc des chênes,
Ou je grave un vain nom sur l'écorce des bois,
Ou je parle à l'écho qui répond à ma voix,
Ou dans le vague azur contemplant les nuages,
Je laisse errer comme eux mes flottantes images;
La nuit tombe, et le temps, de son doigt redouté,
Me marque un jour de plus que je n'ai pas compté!
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
La foi
Pour moi, quand le destin m'offrirait à mon choix
Le sceptre du génie, ou le trône des rois,
La gloire, la beauté, les trésors, la sagesse,
Et joindrait à ses dons l'éternelle jeunesse,
J'en jure par la mort; dans un monde pareil,
Non, je ne voudrais pas rajeunir d'un soleil.
Je ne veux pas d'un monde où tout change, où tout passe;
Où, jusqu'au souvenir, tout s'use et tout s'efface;
Où tout est fugitif, périssable, incertain;
Où le jour du bonheur n'a pas de lendemain!
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
Le vallon
Suis le jour dans le ciel, suis l'ombre sur la terre,
Dans les plaines de l'air vole avec l'aquilon,
Avec les doux rayons de l'astre du mystère
Glisse à travers les bois dans l'ombre du vallon.
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
L'homme
Me voici! Le néant te salue en naissant;
Me voici! Mais que suis-je? Un atome pensant!
Qui peut entre nous deux mesurer la distance?
Moi, qui respire en toi ma rapide existence,
A l'insu de moi-même à ton gré façonné,
Que me dois-tu, Seigneur, quand je ne suis pas né?
Rien avant, rien après: Gloire à la fin suprême:
Qui tira tout de soi se doit tout à soi-même!
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
L'homme
Cherchant ce grand secret sans pouvoir le surprendre,
J'ai vu partout un Dieu sans jamais le comprendre!
J'ai vu le bien, le mal, sans choix et sans dessein,
Tomber comme au hasard, échappés de son sein;
Mes yeux dans l'univers n'ont vu qu'un grand peut-être,
J'ai blasphémé ce Dieu, ne pouvant le connaître;
Et ma voix, se brisant contre le ciel d'airain,
N'a pas même eu l'honneur d'arrêter le destin.
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
L'homme
Borné dans sa nature, infini dans ses voeux,
L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux.
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
L'homme
Comme toi, ma raison en ténèbres abonde,
Et ce n'est pas à moi de t'expliquer le monde.
Que celui qui l'a fait t'explique l'univers!
Plus je sonde l'abîme, hélas! Plus je m'y perds.
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
Celle qu'avait Hymen à mon coeur attachée,
Et qui fut ici-bas ce que j'aimais le mieux,
Allant changer la terre à de plus dignes lieux,
Au marbre que tu vois sa dépouille a cachée.
Comme tombe une fleur que la bise a séchée,
Ainsi fut abattu ce chef-d'oeuvre des cieux;
Et depuis le trépas qui lui ferma les yeux,
L'eau que versent les miens n'est jamais étanchée.
Ni prières, ni voeux ne m'y purent servir;
La rigueur de la mort se voulut assouvir,
Et mon affection ne put en avoir dispense.
Toi dont la piété vient sa tombe honorer,
Pleure mon infortune, et pour ta récompense
Jamais autre douleur ne te fasse pleurer.
Par: François de Malherbe
Ajoutée par Savinien le 06/09/2010
Quoi donc! C'est un arrêt qui n'épargne personne,
Que rien n'est ici-bas heureux parfaitement,
Et qu'on ne peut au monde avoir contentement
Qu'un funeste malheur aussitôt n'empoisonne!
Par: François de Malherbe
Ajoutée par Savinien le 05/09/2010
Caliste, en cet exil j'ai l'âme si gênée
Qu'au tourment que je souffre il n'est rien de pareil;
Et ne saurais ouïr ni raison ni conseil,
Tant je suis dépité contre ma destinée.
J'ai beau voir commencer et finir la journée,
En quelque part des cieux que luise le soleil,
Si le plaisir me fuit, aussi fait le sommeil,
Et la douleur que j'ai n'est jamais terminée.
Par: François de Malherbe
Ajoutée par Savinien le 05/09/2010
Lieux qui donnez au coeur tant d'aimables désirs,
Bois, fontaines, canaux, si parmi vos plaisirs
Mon humeur est chagrine, et mon visage triste,
Ce n'est point qu'en effet vous n'ayez des appas;
Mais quoi que vous ayez, vous n'avez point Caliste,
Et moi je ne vois rien quand je ne la vois pas.
Par: François de Malherbe
Ajoutée par Savinien le 05/09/2010
Aux ombres de Damon
Mais, ô loi rigoureuse à la race des hommes,
C'est un point arrêté, que tout ce que nous sommes,
Issus de pères rois et de pères bergers,
La Parque également sous la tombe nous serre,
Et les mieux établis au repos de la terre,
N'y sont qu'hôtes et passagers.
Tout ce que la grandeur a de vains équipages,
D'habillements de pourpre, et de suite de pages,
Quand le terme est échu n'allonge point nos jours;
Il faut aller tout nus où le Destin commande;
Et de toutes douleurs, la douleur la plus grande
C'est qu'il faut laisser nos amours.
Par: François de Malherbe
Ajoutée par Savinien le 05/09/2010
A une dame qui ne le contentait que de promesses
Beauté, mon beau souci, de qui l'âme incertaine
A, comme l'océan, son flux et son reflux,
Pensez de vous résoudre à soulager ma peine,
Ou je vais me résoudre à ne le souffrir plus.
Vos yeux ont des appas que j'aime et que je prise,
Et qui peuvent beaucoup dessus ma liberté;
Mais pour me retenir, s'ils font cas de ma prise,
Il leur faut de l'amour autant que de beauté.
Quand je pense être au point que cela s'accomplisse,
Quelque excuse toujours en empêche l'effet;
C'est la toile sans fin de la femme d'Ulysse,
Dont l'ouvrage du soir au matin se défait.
Madame, avisez-y, vous perdez votre gloire
De me l'avoir promis, et vous rire de moi;
S'il ne vous en souvient vous manquez de mémoire,
Et s'il vous en souvient vous n'avez point de foi.
J'avais toujours fait compte, aimant chose si haute,
De ne m'en séparer qu'avec le trépas;
S'il arrive autrement, ce sera votre faute,
De faire des serments et ne les tenir pas.
Par: François de Malherbe
Ajoutée par Savinien le 05/09/2010
Victoire de la constance
C'est peu d'expérience à conduire sa vie,
De mesurer son aise au compas de l'envie,
Et de perdre ce que l'age a de fleur et de fruit,
Pour éviter un bruit.
Par: François de Malherbe
Ajoutée par Savinien le 05/09/2010
Victoire de la constance
Enfin cette beauté m'a la place rendue
Que d'un siège si long elle avait défendue;
Mes vainqueurs sont vaincus; ceux qui m'ont fait la loi
La reçoivent de moi.
J'honore tant la palme acquise en cette guerre,
Que si victorieux des deux bouts de la terre
J'avais mille lauriers de ma gloire témoins,
Je les priserais moins.
Au repos où je suis tout ce qui me travaille,
C'est le doute que j'ai d'un malheur qui m'assaille,
Qui me sépare d'elle et me fasse lâcher
Un bien que j'ai si cher.
Il n'est rien ici-bas d'éternelle durée.
Une chose qui plaît n'est jamais assurée;
L'épine suit la rose, et ceux qui sont contents
Ne le sont pas longtemps.
Par: François de Malherbe
Ajoutée par Savinien le 05/09/2010
Les larmes de Saint Pierre
Mais moi, puisque les lois me défendent l'outrage
Qu'entre tant de langueurs me commande ma rage,
Et qu'il ne faut soi-même éteindre son flambeau;
Que m'est-il demeuré pour conseil et pour armes,
Que d'écouler ma vie en un fleuve de larmes,
Et la chassant de moi l'envoyer au tombeau?
Je sais bien que ma langue ayant commis l'offense,
Mon coeur incontinent en a fait pénitence.
Mais quoi? Si peu de cas ne me rends satisfait.
Mon regret est si grand et ma faute si grande,
Qu'une mer éternelle à mes yeux je demande
Pour pleurer à jamais le péché que j'ai fait.
Par: François de Malherbe
Ajoutée par Savinien le 05/09/2010
Les larmes de Saint Pierre
Quiconque de plaisirs a son âme assouvie,
Plein d'honneurs et de biens, non sujet à l'envie,
Sans jamais en son aise un malaise approuver,
S'il demande à ses jours davantage de terme,
Que fait-il, ignorant, qu'attendre de pied ferme
De voir à son beau temps un orage arriver?
Par: François de Malherbe
Ajoutée par Savinien le 05/09/2010
Stances
Si des maux renaissants avec ma patience
N'ont pouvoir d'arrêter un esprit si hautain,
Le temps est médecin d'heureuse expérience;
Son remède est tardif mais il est bien certain.
Le temps à mes douleurs promet une allégeance,
Et de voir vos beautés se passer quelque jour;
Lors je serai vengé, si j'ai de la vengeance
Pour un si beau sujet pour qui j'ai tant d'amour.
Par: François de Malherbe
Ajoutée par Savinien le 05/09/2010
Vers dorés
Homme! Libre penseur! Te crois-tu seul pensant
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose?
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.
Respecte dans la bête un esprit agissant:
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose;
Un mystère d'amour dans le métal repose;
« Tout est sensible! » Et tout sur ton être est puissant.
Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t'épie:
A la matière même un verbe est attaché...
Ne la fais pas servir à quelque usage impie!
Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché;
Et, comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres!
Par: Gérard Labrunie (Gérard de Nerval)
Extrait de: Les chimères (1854)
Ajoutée par Savinien le 29/08/2010
Le Christ aux oliviers
Nul n'entendait gémir l'éternelle victime,
Livrant au monde en vain tout son coeur épanché;
Mais prêt à défaillir et sans force penché,
Il appela le seul éveillé dans Solyme:
« Judas! Lui cria-t-il, tu sais ce qu'on m'estime,
Hâte-toi de me vendre, et finis ce marché:
Je suis souffrant, ami! Sur la terre couché...
Viens! ô toi qui, du moins, as la force du crime! »
Par: Gérard Labrunie (Gérard de Nerval)
Extrait de: Les chimères (1854)
Ajoutée par Savinien le 29/08/2010
Le Christ aux oliviers
Quand le Seigneur, levant au ciel ses maigres bras,
Sous les arbres sacrés, comme font les poètes
Se fut longtemps perdu dans ses douleurs muettes,
Et se jugea trahi par des amis ingrats,
Il se tourna vers ceux qui l'attendaient en bas
Rêvant d'être des rois, des sages, des prophètes...
Mais engourdis, perdus dans le sommeil des bêtes,
Et se prit à crier: « Non, Dieu n'existe pas! »
Par: Gérard Labrunie (Gérard de Nerval)
Extrait de: Les chimères (1854)
Ajoutée par Savinien le 29/08/2010
El Desdichado
Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie:
Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la mélancolie.
Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.
Suis-je Amour ou Phébus?... Lusignan ou Biron?
Mon front est rouge encore du baiser de la reine;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...
Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron:
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.
Par: Gérard Labrunie (Gérard de Nerval)
Extrait de: Les chimères (1854)
Ajoutée par Savinien le 29/08/2010
De son rêve accablant Lara sent moins le poids.
La vision terrible a fui; si toutefois
Un songe a terrassé ce coeur qui se relève,
Ce coeur qui, pour souffrir, n'a pas besoin d'un rêve!
Par: George Gordon Byron (Lord Byron)
Extrait de: Lara (1814)
Ajoutée par Savinien le 28/08/2010
Acte III, Scène 4
Tu n'as pas pu me tenter, retourne à qui t'envoie!
Je ne fus pas ta dupe et ne suis point ta proie!
Seul, je me suis détruit! Au-delà du tombeau
Le seul Manfred aussi doit être son bourreau!
Sous la main de la mort la force m'abandonne;
Vous, impuissants démons, fuyez! Je vous l'ordonne.
Par: George Gordon Byron (Lord Byron)
Extrait de: Manfred (1817)
Ajoutée par Savinien le 28/08/2010
Acte III, Scène 4
Ce que j'ai fait est fait et je porte en mon coeur
Mon propre châtiment complet dans sa douleur!
Un esprit immortel à lui seul est comptable
De tout ce qu'il produit de bon et de coupable.
Par: George Gordon Byron (Lord Byron)
Extrait de: Manfred (1817)
Ajoutée par Savinien le 28/08/2010
Acte II, Scène 4
Déjà mon âme a peur de l'immortalité,
D'un avenir qui n'est qu'un passé reflété!
Plus de repos pour moi, de volonté, d'idées!
Mais toi toujours absente et toujours demandée!
Rêver, sentir en toi... C'est tout ce que je puis!
Parle-moi! Cette voix qui chassait mes ennuis,
Cette voix de jadis si plaintive et si tendre,
Une dernière fois j'ai besoin de l'entendre.
Par: George Gordon Byron (Lord Byron)
Extrait de: Manfred (1817)
Ajoutée par Savinien le 28/08/2010
Acte II, Scène 4
Oui, tu m'as aimé trop! Et je t'ai trop aimée!
Oui, cette flamme en nous par l'enfer allumée,
Oui ce péché mortel causa notre malheur;
Mais nous n'étions pas nés pour nous broyer le coeur!
Dis que tu n'as pour moi ni d'horreur ni de haine,
Que du péché commun, je porte seul la peine;
Que tu seras un jour au nombre des élus,
Et que bientôt, enfin, je n'existerai plus.
Par: George Gordon Byron (Lord Byron)
Extrait de: Manfred (1817)
Ajoutée par Savinien le 28/08/2010
Acte II, Scène 4
Est-ce bien là la mort? Quoi! Sa joue est en fleur!
Mais de la vie, hélas! Ce n'est pas la couleur,
Étrange éclat! Semblable à celui dont l'automne
Peint la feuille des bois que son souffle moissonne.
C'est elle-même, ô ciel! Je n'ose... Et ne peux lui parler.
Non, je ne le peux pas! Mais ordonne, Arimane,
Ou qu'elle me pardonne, ou qu'elle me condamne!
Par: George Gordon Byron (Lord Byron)
Extrait de: Manfred (1817)
Ajoutée par Savinien le 28/08/2010
Acte II, Scène 4
Arrière! Il est à moi!
Souverains des esprits, cet homme est sous ma loi.
Sa présence en ces lieux, son maintien, son audace
Annoncent que cet homme est plus haut que sa race:
Il porte, ainsi que nous, sur son front indompté,
Le sceau de la douleur dans l'immortalité.
Par: George Gordon Byron (Lord Byron)
Extrait de: Manfred (1817)
Ajoutée par Savinien le 28/08/2010
Acte II, Scène 4
Invite-le lui même
A tomber à genoux devant l'Être suprême;
Devant son souverain et celui des mortels.
Il ne l'a pas créé pour avoir des autels!
Que devant l'infini ton roi se courbe et tremble,
Et nous l'adorerons agenouillés ensemble.
Par: George Gordon Byron (Lord Byron)
Extrait de: Manfred (1817)
Ajoutée par Savinien le 28/08/2010
Acte II, Scène 2
Pour vieillir et trembler ainsi l'homme respire!
Chaque jour en secret le dépouille; son sort
Est de haïr la vie et de craindre la mort.
Porter ce poids vital sur le coeur sans relâche,
Esclaves condamnés, voilà donc notre tâche.
Par: George Gordon Byron (Lord Byron)
Extrait de: Manfred (1817)
Ajoutée par Savinien le 28/08/2010
Acte II, Scène 1
Avec toi! Non, ami, je ne veux pas ta mort;
Pour porter ce fardeau, seul je suis assez fort:
D'aucun être vivant qu'il ne soit le partage;
Je le traîne, il est vrai, mais c'est avec courage,
Il ne m'a pas vaincu! Tout autre, épouvanté,
Mourrait des visions de ma réalité.
Par: George Gordon Byron (Lord Byron)
Extrait de: Manfred (1817)
Ajoutée par Savinien le 28/08/2010
Acte II, Scène 1
Oh non! Grâce au ciel!
Je ne changerais pas, pour la flêche de Tell,
Mon sort contre le tien. Mais, mortel indocile,
Quel que soit ton fardeau, la lutte est inutile:
Tu te lasses en vain à vouloir l'écarter;
Chargé de son destin chacun doit le porter.
Par: George Gordon Byron (Lord Byron)
Extrait de: Manfred (1817)
Ajoutée par Savinien le 28/08/2010
Acte I, Scène 1
Nous ignorons l'oubli; seul l'homme le comprend.
Futur, présent, passé, cette triple mesure
N'existe pas pour nous, éternels par nature
Nous sommes immortels; et, placés hors du temps,
Nous n'avons pas l'oubli, n'ayant pas eu d'instants.
Par: George Gordon Byron (Lord Byron)
Extrait de: Manfred (1817)
Ajoutée par Savinien le 28/08/2010
Acte I, Scène 5
Les plus ardents transports d'une haine connue
Ne sont qu'autant d'éclairs avortés dans la nue,
Qu'autant d'avis à ceux que vous voulez punir,
Pour repousser vos coups, ou pour les prévenir.
Qui peut sans s'émouvoir supporter une offense,
Peut mieux prendre à son point le temps de sa vengeance;
Et sa feinte douceur, sous un appas mortel,
Mène insensiblement sa victime à l'autel.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 25/08/2010
Sous l'épais sycomore
Sous l'épais sycomore, ô vierge, où tu sommeilles,
Dans le jardin fleuri, tiède et silencieux,
Pour goûter la saveur de tes lèvres vermeilles
Un papillon d'azur vers toi descend des cieux.
C'est l'heure où le soleil blanchit les vastes cieux,
Et fend l'écorce d'or des grenades vermeilles.
Le divin vagabond de l'air silencieux
Se pose sur ta bouche, ô vierge, et tu sommeilles!
Aussi doux que la soie où, rose, tu sommeilles,
Il t'effleure de son baiser silencieux.
Crains le bleu papillon, l'amant des fleurs vermeilles,
Qui boit toute leur âme et s'en retourne aux cieux.
Par: Charles Marie René Leconte de Lisle
Extrait de: Poèmes tragiques (1884)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2010
L'age d'or de l'avenir
Il est donc vrai que l'homme est monté par lui-même
Jusqu'aux sommets glacés de sa vaste raison,
Qu'il y peut vivre en paix sans plainte et sans blasphème,
Et mesurer le monde et sonder l'horizon.
Il sait que l'univers l'écrase et le dévore;
Plus grand que l'univers qu'il juge et qui l'ignore,
Le Berger a lui-même éclairé sa maison.
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Les destinées (1864)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2010
Satan
Sur ce globe imparfait, oeuvre des sept journées,
De l'espoir au regret balançant ses années,
L'homme en pleurant achève et commence son sort,
Et son berceau souvent est le lit de sa mort.
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Les destinées (1864)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2010
Wanda
Là, j'aurai soin d'user ma vie avec la sienne,
Je soutiendrai ses bras quand il prendra l'épieu,
Je briserai mon corps pour que rien ne retienne
Mon âme quand son âme aura monté vers Dieu;
Et bientôt, nous tirant des glaces éternelles,
L'ange de mort viendra nous prendre sous ses ailes
Pour nous porter ensemble aux chaleurs du ciel bleu.
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Les destinées (1864)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2010
Wanda
En ce temps-là, ma soeur, sur le seuil de sa porte,
Nous dit: Vivez en paix, je vais garder ma foi,
Gardez ces vanités; au monde je suis morte,
Puisque le seul que j'aime est mort devant la loi.
Des splendeurs de mon front conservez les ruines,
Je le suivrai partout, jusques au fond des mines:
Vous qui savez aimer, vous feriez comme moi.
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Les destinées (1864)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2010
Le mont des oliviers
Et si j'ai mis le pied sur ce globe incomplet
Dont le gémissement sans repos m'appelait,
C'était pour y laisser deux anges à ma place
De qui la race humaine aurait baisé la trace,
La Certitude heureuse et l'Espoir confiant
Qui dans le paradis marchent en souriant.
Mais je vais la quitter, cette indigente terre,
N'ayant que soulevé ce manteau de misère
Qui l'entoure à grands plis, drap lugubre et fatal,
Que d'un bout tient le Doute et de l'autre le Mal.
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Les destinées (1864)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2010
Le mont des oliviers
Jésus disait: O Père, encore laisse-moi vivre!
Avant le dernier mot ne ferme pas mon livre!
Ne sens-tu pas le monde et tout le genre humain
Qui souffre avec ma chair et frémit dans ta main?
C'est que la terre a peur de rester seule et veuve,
Quand meurt celui qui dit une parole neuve;
Et que tu n'as laissé dans son sein desséché
Tomber qu'un mot du ciel par ma bouche épanché.
Mais ce mot est si pur, et sa douceur est telle,
Qu'il a comme enivré la famille mortelle
D'une goutte de vie et de divinité,
Lorsqu'en ouvrant les bras j'ai dit: Fraternité!
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Les destinées (1864)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2010
La flûte
Pour moi qui ne sais rien et vais du doute au rêve,
Je crois qu'après la mort, quand l'union s'achève,
L'âme retrouve alors la vue et la clarté,
Et que, jugeant son oeuvre avec sérénité,
Comprenant sans obstacle et s'expliquant sans peine,
Comme ses soeurs du ciel elle est puissante et reine,
Se mesure au vrai poids, connaît visiblement
Que son souffle était faux par le faux instrument,
N'était ni glorieux ni vil, n'étant pas libre;
Que le corps seulement empêchait l'équilibre;
Et, calme, elle reprend, dans l'idéal bonheur,
La sainte égalité des esprits du Seigneur.
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Les destinées (1864)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2010
La flûte
Si, plus haut parvenus, de glorieux esprits
Vous dédaignent jamais, méprisez leur mépris;
Car ce sommet de tout, dominant toute gloire,
Ils n'y sont pas, ainsi que l'oeil pourrait le croire.
On n'est jamais en haut. Les forts, devant leurs pas,
Trouvent un nouveau mont inaperçu d'en bas.
Tel que l'on croit complet et maître en toute chose
Ne dit pas les savoirs qu'à tort on lui suppose,
Et qu'il est tel grand but qu'en vain il entreprit.
Tout homme a vu le mur qui borne son esprit.
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Les destinées (1864)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2010
La mort du loup
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,
Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse.
...
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Les destinées (1864)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2010
La colère de Samson
Donc, ce que j'ai voulu, Seigneur, n'existe pas.
Celle à qui va l'amour et de qui vient la vie,
Celle-là, par orgueil, se fait notre ennemie.
La Femme est à présent pire que dans ces temps
Où voyant les humains Dieu dit: Je me repens!
Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,
La Femme aura Gomorrhe et l'Homme aura Sodome,
Et, se jetant, de loin, un regard irrité,
Les deux sexes mourront chacun de son côté.
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Les destinées (1864)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2010
La colère de Samson
Il ira dans la ville, et là les vierges folles
Le prendront dans leurs lacs aux premières paroles.
Plus fort il sera né, mieux il sera vaincu,
Car plus le fleuve est grand et plus il est ému.
Quand le combat que Dieu fit pour la créature
Et contre son semblable et contre la Nature
Force l'Homme à chercher un sein où reposer,
Quand ses yeux sont en pleurs, il lui faut un baiser.
Mais il n'a pas encore fini toute sa tâche.
Vient un autre combat plus secret, traître et lâche;
Sous son bras, sous son coeur se livre celui-là,
Et, plus ou moins, le Femme est toujours Dalila.
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Les destinées (1864)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2010
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