Thématique citations : Les alexandrins
879 Citations
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Chant I
Avant donc que d'écrire apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure:
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: L'art poétique (1674)
Ajoutée par Savinien le 30/09/2010
Chant I
N'offrez rien au lecteur que ce qui peut lui plaire.
Ayez pour la cadence une oreille sévère:
Que toujours dans vos vers le sens coupant les mots,
Suspende l'hémistiche, en marque le repos.
Gardez qu'une voyelle à courir trop hâtée
Ne soit d'une voyelle en son chemin heurtée.
Il est un heureux choix de mots harmonieux.
Fuyez des mauvais sons le concours odieux:
Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée
Ne peut plaire à l'esprit, quand l'oreille est blessée.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: L'art poétique (1674)
Ajoutée par Savinien le 30/09/2010
Epître IX - Rien n'est beau que le vrai
Sais-tu pourquoi mes vers sont-lus dans les provinces,
Sont recherchés du peuple, et reçus chez les princes?
Ce n'est pas que leurs sons, agréables, nombreux,
Soient toujours à l'oreille également heureux:
Qu'en plus d'un lieu le sens n'y gêne la mesure,
Et qu'un mot quelquefois n'y brave la césure:
Mais c'est qu'en eux le vrai, du mensonge vainqueur,
Partout se montre aux yeux, et va saisir le coeur,
Que le bien et le mal y sont prisés au juste;
Que jamais un faquin n'y tint un rang auguste;
Et que mon coeur, toujours conduisant mon esprit,
Ne dit rien aux lecteurs, qu'à soi-même il n'ai dit.
Ma pensée au grand jour partout s'offre et s'expose,
Et mon vers, bien ou mal, dit toujours quelque chose.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Epîtres (1669)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Epître VI - La campagne et la ville
Qu'heureux est le mortel, qui, du monde ignoré,
Vit content de soi-même en un coin retiré;
Que l'amour de ce rien qu'on nomme renommée
N'a jamais enivré d'une vaine fumée;
Qui de sa liberté forme tout son plaisir
Et ne rend qu'à lui seul compte de son loisir!
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Epîtres (1669)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Epître V - Se connaître soi-même
Pour moi, sur cette mer qu'ici-bas nous courons,
Je songe à me pourvoir d'esquif et d'avirons,
A régler mes désirs, à prévenir l'orage,
Et sauver, s'il se peut, ma raison du naufrage.
C'est au repos d'esprit que nous aspirons tous;
Mais ce repos heureux se doit chercher en nous.
Un fou, rempli d'erreurs, que le trouble accompagne,
Et malade à la ville ainsi qu'à la campagne,
En vain monte à cheval pour tromper son ennui:
Le chagrin monte en croupe, et galope avec lui.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Epîtres (1669)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Epître III - La mauvaise honte
Moi-même, Arnauld, ici, qui te prêche en ces rimes,
Plus qu'aucun des mortels par la honte abattu,
En vain j'arme contre elle une faible vertu.
Ainsi toujours douteux, chancelant et volage,
A peine du limon, où le vice m'engage,
J'arrache un pied timide, et sors en m'agitant,
Que l'autre m'y reporte et s'embourbe à l'instant.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Epîtres (1669)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Epître III - La mauvaise honte
Le jour fatal est proche et vient comme un voleur,
Avant qu'à nos erreurs le ciel nous abandonne,
Profitons de l'instant que de grâce il nous donne.
Hâtons-nous; le temps fuit, et nous traîne avec soi:
Le moment où je parle est déjà loin de moi.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Epîtres (1669)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Epître III - La mauvaise honte
C'est là de tous nos maux le fatal fondement.
Des jugements d'autrui nous tremblons follement;
Et, chacun l'un de l'autre adorant les caprices,
Nous cherchons hors de nous nos vertus et nos vices.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Epîtres (1669)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Epître II - Contre les procès
Un jour, dit un auteur, n'importe en quel chapitre,
Deux voyageurs à jeun rencontrèrent une huître.
Tous deux la contestaient, lorsque dans leur chemin
La justice passa, la balance à la main.
Devant elle à grand bruit ils expliquent la chose.
Tous deux avec dépens veulent gagner leur cause.
La justice, pesant ce droit litigieux,
Demande l'huître, l'ouvre, et l'avale à leurs yeux,
Et par ce bel arrêt terminant la bataille:
« Tenez; voilà, dit-elle à chacun, une écaille;
Des sottises d'autrui nous vivons au palais.
Messieurs, l'huître était bonne. Adieu. Vivez en paix. »
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Epîtres (1669)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Satire XI - Sur l'honneur
Concluons qu'ici-bas le seul honneur solide,
C'est de prendre toujours la vérité pour guide;
De regarder en tout la raison et la loi;
D'être doux pour tout autre, et rigoureux pour soi,
D'accomplir tout le bien que le ciel nous inspire;
Et d'être juste enfin: ce mot seul veut tout dire.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Satire XI - Sur l'honneur
Dans le monde il n'est rien de beau que l'équité:
Sans elle la valeur, la force, la bonté
Et toutes les vertus dont s'éblouit la terre,
Ne sont que faux brillants, et que morceaux de verre.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Satire XI - Sur l'honneur
Du mensonge toujours le vrai demeure maître.
Pour paraître honnête homme, en un mot, il faut l'être;
Et jamais, quoi qu'il fasse, un mortel ici-bas
Ne peut aux yeux du monde être ce qu'il n'est pas.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Satire X - Les femmes
D'abord tu la verras, ainsi que dans Clélie,
Recevant ses amants sous le doux nom d'amis,
S'en tenir avec eux aux petits soins permis;
Puis bientôt en grande eau sur le fleuve de Tendre
Naviguer à souhait, tout dire et tout entendre.
Et ne présume pas que Vénus, ou Satan,
Souffre qu'elle en demeure aux termes du roman.
Dans le crime il suffit qu'une fois on débute;
Une chute toujours attire une autre chute.
L'honneur est comme une île escarpée et sans bords:
On n'y peut plus rentrer dès qu'on en est dehors.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Satire X - Les femmes
Laissons-là, croyez-moi, le monde tel qu'il est.
L'hyménée est un joug, et c'est ce qui m'en plaît:
L'homme en ses passions toujours errant sans guide
A besoin qu'on lui mette et le mors et la bride
Son pouvoir malheureux ne sert qu'à le gêner;
Et, pour le rendre libre, il le faut enchaîner.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Satire X - Les femmes
Dépouillons-nous ici d'une vaine fierté:
Nous naissons, nous vivons pour la société.
A nous-mêmes livrés dans une solitude,
Notre bonheur bientôt fait notre inquiétude;
Et, si durant un jour notre premier aïeul,
Plus riche d'une côte, avait vécu tout seul,
Je doute, en sa demeure alors si fortunée,
S'il n'eût point prié Dieu d'abréger la journée.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Satire VIII - Sur l'homme
Voila l'homme en effet. Il va du blanc au noir,
Il condamne au matin ses sentiments du soir:
Importun à tout autre, à soi-même incommode.
Il change à tout moment d'esprit comme de mode.
Il tourne au moindre vent, il tombe au moindre choc,
Aujourd'hui dans un casque, et demain dans un froc.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Satire VIII - Sur l'homme
De tous les animaux qui s'élèvent dans l'air,
Qui marchent sur la terre, ou nagent dans la mer,
De Paris au Pérou, du Japon jusqu'à Rome,
Le plus sot animal, à mon avis, c'est l'homme.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Satire VII - Sur le genre satirique
Un discours trop sincère aisément nous outrage:
Chacun dans ce miroir pense voir son visage;
Et tel, en vous lisant, admire chaque trait,
Qui dans le fond de l'âme et vous craint et vous hait.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Satire VII - Sur le genre satirique
Muse, changeons de style, et quittons la satire;
C'est un méchant métier que celui de médire;
A l'auteur qui l'embrasse il est toujours fatal:
Le mal qu'on dit d'autrui ne produit que du mal.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Satire IV - Les folies humaines
Ainsi, cela soit dit pour qui veut se connaître:
Le plus sage est celui qui ne pense point l'être;
Qui, toujours pour un autre enclin vers la douceur,
Se regarde soi-même en sévère censeur,
Rend à tous ses défauts une exacte justice,
Et fait sans se flatter le procès à son vice.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Satire IV - Les folies humaines
Chacun suit dans le monde une route incertaine,
Selon que son erreur le joue et le promène;
Et tel y fait l'habile et nous traite de fous,
Qui sous le nom de sage est le plus fou de tous.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 29/09/2010
Satire IV - Les folies humaines
Mais, sans errer en vain dans ces vagues propos,
Et pour rimer ici ma pensée en deux mots,
N'en déplaise à ces fous nommés sages de Grèce,
En ce monde il n'est point de parfaite sagesse:
Tous les hommes sont fous, et, malgré tous leurs soins,
Ne diffèrent entre eux que du plus ou du moins.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 28/09/2010
A Molière
Maudit soit le premier dont la verve insensée
Dans les bornes d'un vers renferma sa pensée,
Et, donnant à ses mots une étroite prison,
Voulut avec la rime enchaîner la raison!
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 26/09/2010
Le tambourineur
A l'heure où l'invisible orchestre des cigales
N'exerce pas encore ses petites cymbales,
Quand l'horizon est rose et vert, de bon matin,
Par les sentiers pierreux de la blanche colline,
En jouant un vieil air lentement s'achemine
Le tambourineur, beau comme un pâtre latin.
Sous les pins parasols d'où pleuvent les aiguilles
Qui rendent les sentiers glissants, il fait des trilles
Sur le fin gaboulet, comme un merle siffleur.
Sa longue caisse aux flots de rubans verts ballante.
Il s'en va pour donner une aubade galante
A la belle qui l'a choisi pour cajoleur.
Par: Edmond Rostand
Extrait de: Les musardises (1890)
Ajoutée par Savinien le 26/09/2010
Le petit chat
C'est un petit chat noir effronté comme un page,
Je le laisse jouer sur ma table souvent,
Quelquefois il s'assied sans faire de tapage:
On dirait un joli presse-papiers vivant.
Rien de lui, pas un poil de sa toison ne bouge.
Longtemps il reste là, noir sur un feuillet blanc,
A ces matous, tirant leur langue de drap rouge,
Qu'on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.
Par: Edmond Rostand
Extrait de: Les musardises (1890)
Ajoutée par Savinien le 25/09/2010
Acrostiche caché
S'attacher au combat contre un autre soi-même
Attaquer un parti qui prend pour défenseur
Le frère d'une femme et l'amant d'une soeur
Et, rompant tous ces noeuds, s'armer pour la patrie
Contre un sang qu'on voulait racheter de sa vie,
Une telle vertu n'appartenait qu'à nous;
L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Horace (1640)
Ajoutée par Savinien le 25/09/2010
Acrostiche à George Sand
Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu'un instant je change de visage?
Vous avez capturé les sentiments d'un coeur
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.
Par: Alfred de Musset
Ajoutée par Savinien le 25/09/2010
En vain contre le Cid, un ministre se ligue
Tout Paris, pour Chimène, à les yeux de Rodrigue,
L'Académie en corps a beau le censurer,
Le public révolté s'obstine à l'admirer.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Extrait de: Les satires (1666)
Ajoutée par Savinien le 25/09/2010
Demain dès l'aube
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne,
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Par: Victor Hugo
Ajoutée par Savinien le 20/09/2010
La jeune fille et le ramier
Les rumeurs du jardin disent qu'il va pleuvoir;
Tout tressaille, averti de la prochaine ondée:
Et toi qui ne lis plus, sur ton livre accoudée,
Plains-tu l'absent aimé qui ne pourra te voir?
Là-bas, pliant son aile et mouillé sous l'ombrage,
Banni de l'horizon qu'il n'atteint que des yeux,
Appelant sa compagne et regardant les cieux,
Un ramier, comme toi, soupire de l'orage.
Laissez pleuvoir, ô coeurs solitaires et doux!
Sous l'orage qui passe il renaît tant de choses.
Le soleil sans la pluie ouvrirait-il les roses?
Amants, vous attendez, de quoi vous plaignez-vous?
Par: Marceline Desbordes-Valmore
Ajoutée par Savinien le 20/09/2010
L'églantine
Églantine! Humble fleur, comme moi solitaire,
Ne crains pas que sur toi j'ose étendre ma main.
Sans en être arrachée orne un moment la terre,
Et comme un doux rayon console mon chemin.
Quand les tièdes zéphyrs s'endorment sous l'ombrage,
Quand le jour fatigué ferme ses yeux brûlants,
Quand l'ombre se répand et brunit le feuillage,
Par ton souffle, vers toi, guide mes pas tremblants.
Mais ton front, humecté par le froid crépuscule,
Se penche tristement pour éviter ses pleurs;
Tes parfums sont enclos dans leur blanche cellule,
Et le soir a changé ta forme et tes couleurs.
Rose, console-toi! Le jour qui va paraître,
Rouvrira ton calice à ses feux ranimé ;
Ta mourante auréole, il la fera renaître,
Et ton front reprendra son éclat embaumé.
Fleur au monde étrangère, ainsi que toi, dans l'ombre
Je me cache et je cède à l'abandon du jour;
Mais un rayon d'espoir enchante ma nuit sombre:
Il vient de l'autre rive... et j'attends son retour.
Par: Marceline Desbordes-Valmore
Ajoutée par Savinien le 20/09/2010
Mon âme a son secret, ma vie a son mystère:
Un amour éternel en un moment conçu:
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.
Hélas! J'aurai passé près d'elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.
Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Ce murmure d'amour élevé sur ses pas;
A l'austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tous remplis d'elle:
« Quelle est donc cette femme? » et ne comprendra pas.
Par: Félix Arvers
Ajoutée par Savinien le 19/09/2010
A celle qui est restée en france
Que ce livre, du moins, obscur message, arrive,
Murmure, à ce silence, et, flot, à cette rive!
Qu'il y tombe, sanglot, soupir, larme d'amour!
Qu'il entre en ce sépulcre où sont entrés un jour
Le baiser, la jeunesse, et l'aube, et la rosée,
Et le rire adoré de la fraîche épousée,
Et la joie, et mon coeur, qui n'est pas ressorti!
Qu'il soit le cri d'espoir qui n'a jamais menti,
Le chant du deuil, la voix du pâle adieu qui pleure,
Le rêve dont on sent l'aile qui nous effleure!
Qu'elle dise: quelqu'un est là; j'entends du bruit!
Qu'il soit comme le pas de mon âme en sa nuit!
Par: Victor Hugo
Extrait de: Les contemplations (1856)
Ajoutée par Savinien le 19/09/2010
A celle qui est restée en france
Et les pêcheurs passaient en traînant leurs filets,
Et disaient: qu'est-ce donc que cet homme qui songe?
Et le jour, et le soir, et l'ombre qui s'allonge,
Et Vénus, qui pour moi jadis étincela,
Tout avait disparu que j'étais encore là.
J'étais là, suppliant celui qui nous exauce;
J'adorais, je laissais tomber sur cette fosse,
Hélas! Où j'avais vu s'évanouir mes cieux,
Tout mon coeur goutte à goutte en pleurs silencieux.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Les contemplations (1856)
Ajoutée par Savinien le 19/09/2010
Pasteurs et troupeaux
Le vallon où je vais tous les jours est charmant,
Serein, abandonné, seul sous le firmament,
Plein de ronces en fleurs; c'est un sourire triste.
Il vous fait oublier que quelque chose existe.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Les contemplations (1856)
Ajoutée par Savinien le 19/09/2010
Veni, vidi, vixi
J'ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs
Je marche sans trouver de bras qui me secourent,
Puisque je ris à peine aux enfants qui m'entourent,
Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs;
Puisqu'au printemps, quand Dieu met la nature en fête,
J'assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour;
Puisque je suis à l'heure où l'homme fuit le jour,
Hélas! Et sent de tout la tristesse secrète;
Puisque l'espoir serein dans mon âme est vaincu;
Puisqu'en cette saison des parfums et des roses,
O ma fille! J'aspire à l'ombre où tu reposes,
Puisque mon coeur est mort, j'ai bien assez vécu.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Les contemplations (1856)
Ajoutée par Savinien le 19/09/2010
Les roses de Saadi
J'ai voulu ce matin te rapporter des roses;
Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.
Les noeuds ont éclaté. les roses envolées
Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées.
Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir.
La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est toute embaumée...
Respires-en sur moi l'odorant souvenir.
Par: Marceline Desbordes-Valmore
Ajoutée par Savinien le 19/09/2010
Une halte sur le Simplon
Rien n'est bon que d'aimer, rien n'est doux que de croire,
Que d'entendre la nuit, solitaire en sa gloire,
Accorder sur les monts ses sublimes concerts,
Pour les épandre aux cieux, qui ne sont pas déserts!
Par: Marceline Desbordes-Valmore
Ajoutée par Savinien le 19/09/2010
Une halte sur le Simplon
Viens ranimer ton souffle au bruit calmant de l'eau,
Au cri d'une cigale à travers le bouleau.
Viens voir la vigne antique à l'air seule attachée,
Le sein toujours gonflé d'une grappe cachée,
Étendant follement ses longs bras vers ses soeurs,
Bacchantes sans repos appelant les danseurs,
Viens où les joncs et l'onde où le roseau se mire,
Poussent, en se heurtant, de frais éclats de rire:
Viens: tu les sentiras, par leurs frissons charmants,
De l'attente qui brûle amollir les tourments.
Par: Marceline Desbordes-Valmore
Ajoutée par Savinien le 19/09/2010
Une halte sur le Simplon
Ce soir-là tout aimait, tout s'empressait de vivre;
Tout faisait les honneurs des chemins doux à suivre:
L'océan de la nuit se balançait dans l'air;
Pas un souffle inclément, enfin! Pas un éclair
N'agitait des aiglons les aires toutes pleines,
Et les fleurs se parlaient: le bruit de leurs haleines,
Dans l'herbe, ressemblait à des baisers d'enfants
Qui s'embrassent entre eux, rieurs et triomphants.
Là, j'avais dit aux miens, j'avais dit à moi-même:
« Dieu nous a voués aux départs, Dieu nous aime;
Il enlace nos jours et les mains dans les mains,
Nous refait de l'espoir aux douteux lendemains. »
Par: Marceline Desbordes-Valmore
Ajoutée par Savinien le 19/09/2010
Sol natal
C'est alors qu'elle donne une voix à ses larmes,
Puisant dans ses regrets d'inépuisables charmes;
C'est alors qu'elle écoute et qu'elle entend son nom,
Sortir d'un coeur qui s'ouvre et qui ne dit plus: non!
Elle chante: un grillon dans l'immense harmonie,
Jette un cri dont s'émeut la sagesse infinie;
Puis, montant à genoux la cime de son sort,
Elle s'en va chanter, souffrir, aimer encore!
Par: Marceline Desbordes-Valmore
Ajoutée par Savinien le 19/09/2010
Sol natal
N'est-il pas de ces jours où l'on ne sait que croire;
Où tout se lève amer au fond de la mémoire;
Où tout fait remonter les limons amassés,
Sous la surface unie où nos ans sont passés?
Par: Marceline Desbordes-Valmore
Ajoutée par Savinien le 19/09/2010
L'impatience
Toi, tu ne viens jamais! Qu'importe que je meure?
Les minutes en vain volent autour de l'heure;
Et l'heure, en les comptant, fait tomber sans retour
Les mois, les ans, la vie! Et sans toi, sans amour!
Par: Marceline Desbordes-Valmore
Ajoutée par Savinien le 19/09/2010
L'impatience
O Dieu! Si tu venais! Viens, je veux te parler;
J'ai des secrets encore, j'en ai mille à t'apprendre:
Et les tiens, tous les tiens, viens me les révéler,
Viens m'en flatter, viens me les rendre!
Je dirai: te voilà! Je dirai... Mon bonheur
Inventera des mots que ma tristesse ignore:
Ne crains pas que j'en trouve un seul pour la douleur;
Mais ceux qui te plaisaient, je les sais tous encore.
Par: Marceline Desbordes-Valmore
Ajoutée par Savinien le 19/09/2010
Novissima verba
Femmes! Anges mortels! Création divine!
Seul rayon dont la vie un moment s'illumine!
Je le dis à cette heure, heure de vérité,
Comme je l'aurai dit, quand devant la beauté
Mon coeur épanoui qui se sentait éclore
Fondait comme une neige aux rayons de l'aurore!
Je ne regrette rien de ce monde que vous!
Ce que la vie humaine a d'amer et de doux,
Ce qui la fait brûler, ce qui trahit en elle
Je ne sais quel parfum de la vie immortelle,
C'est vous seules! Par vous toute joie est amour!
Ombre des biens parfaits du céleste séjour,
Vous êtes ici-bas la goutte sans mélange
Que Dieu laissa tomber de la coupe de l'ange!
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
Novissima verba
Que tu sais bien dorer ton magique lointain!
Qu'il est beau l'horizon de ton riant matin!
Quand le premier amour et la fraîche espérance
Nous entrouvrent l'espace où notre âme s'élance
N'emportant avec soi qu'innocence et beauté,
Et que d'un seul objet notre coeur enchanté
Dit comme Roméo: « Non, ce n'est pas l'aurore!
Aimons toujours! L'oiseau ne chante pas encore! »
Tout le bonheur de l'homme est dans ce seul instant;
Le sentier de nos jours n'est vert qu'en le montant!
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
Novissima verba
Et c'est donc là le terme! - Ah! S'il faut une fois
Que chaque homme à son tour élève enfin la voix,
C'est alors! C'est avant qu'une terre glacée
Engloutisse avec lui sa dernière pensée!
C'est à cette heure même où, prête à s'exhaler,
Toute âme a son secret qu'elle veut révéler,
Son mot à dire au monde, à la mort, à la vie,
Avant que pour jamais, éteinte, évanouie,
Elle n'ait disparu, comme un feu de la nuit,
Qui ne laisse après soi ni lumière ni bruit!
Que laissons-nous, ô vie, hélas! Quand tu t'envoles?
Rien, que ce léger bruit des dernières paroles.
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
Novissima verba
La nuit roule en silence autour de nos demeures
Sur les vagues du ciel la plus noire des heures:
Nul rayon sur mes yeux ne pleut du firmament,
Et la brise n'a plus même un gémissement,
une plainte, qui dise à mon âme aussi sombre:
Quelque chose avec toi meurt et se plaint dans l'ombre!
Je n'entends au-dehors que le lugubre bruit
Du balancier qui dit: le temps marche et te fuit;
Au-dedans, que le pouls, balancier de la vie,
Dont les coups inégaux dans ma tempe engourdie
M'annoncent sourdement que le doigt de la mort
De la machine humaine a pressé le ressort.
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
Milly, ou la terre natale
Montagnes que voilait le brouillard de l'automne,
Vallons que tapissait le givre du matin,
Saules dont l'émondeur effeuillait la couronne,
Vieilles tours que le soir dorait dans le lointain,
Murs noircis par les ans, coteaux, sentier rapide,
Fontaine où les pasteurs accroupis tour à tour
Attendaient goutte à goutte une eau rare et limpide,
Et, leur urne à la main, s'entretenaient du jour,
Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
Toit que le pèlerin aimait à voir fumer,
Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer?
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
L'infini dans les cieux
Hélas! Pourquoi si haut mes yeux ont-ils monté?
J'étais heureux en bas dans mon obscurité,
Mon coin dans l'étendue et mon éclair de vie
Me paraissaient un sort presque digne d'envie;
Je regardais d'en haut cette herbe; en comparant,
Je méprisais l'insecte et je me trouvais grand;
Et maintenant, noyé dans l'abîme de l'être,
Je doute qu'un regard du dieu qui nous fit naître
Puisse me démêler d'avec lui, vil, rampant,
Si bas, si loin de lui, si voisin du néant!
Extrait de: Méditations poétiques (1820)
Ajoutée par Savinien le 10/09/2010
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