Thématique citations : Les alexandrins
879 Citations
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Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant:
« Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. »
Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre, et fantôme sans os
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos,
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain;
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.
Par: Pierre de Ronsard
Extrait de: Sonnets pour Hélène (1578)
Ajoutée par Savinien le 23/12/2010
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge!
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage?
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine:
Plus mon Loire Gaulois, que le Tibre Latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur Angevine.
Par: Joachim du Bellay
Extrait de: Les regrets (1568)
Ajoutée par Savinien le 23/12/2010
Recueillement
Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le soir; il descend; le voici;
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main; viens par ici,
Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le regret souriant;
Le soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'orient,
Entends, ma chère, entends la douce nuit qui marche.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 12/12/2010
La mort des pauvres
C'est la Mort qui console et la mort qui fait vivre;
C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir
Qui, divin élixir, nous montre et nous enivre,
Et nous donne le coeur de marcher jusqu'au soir;
A travers la tempête, et la neige, et le givre,
C'est la clarté vibrante à notre horizon noir;
C'est l'auberge fameuse inscrite sur le livre,
Où l'on pourra manger, et dormir et s'asseoir;
C'est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques
Le sommeil et le don des rêves extatiques,
Et qui refait le lit des gens pauvres et nus;
C'est la gloire des Dieux, c'est le grenier mystique,
C'est la bourse du pauvre et sa patrie antique,
C'est le portique ouvert sur les Cieux inconnus!
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 11/12/2010
Le reniement de Saint Pierre
Qu'est-ce que Dieu fait donc de ce flot d'anathèmes
Qui monte tous les jours vers ses chers séraphins?
Comme un tyran gorgé de viandes et de vins,
Il s'endort aux doux bruits de nos affreux blasphèmes.
Les sanglots des martyrs et des suppliciés
Sont une symphonie enivrante sans doute,
Puisque, malgré le sang que leur volupté coûte,
Les cieux ne s'en sont point encore rassasiés.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 11/12/2010
Les métamorphoses du vampire
La femme cependant de sa bouche de fraise,
Et se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise,
Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,
Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc:
« Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science
De perdre au fond d'un lit l'antique conscience.
Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants
Et fais rire les vieux du rire des enfants.
Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,
La lune, le soleil, le ciel et les étoiles!
Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés,
Lorsque j'étouffe un homme en mes bras veloutés,
Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste,
Timide et libertine, et fragile et robuste,
Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi
Les anges impuissants se damneraient pour moi! »
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 11/12/2010
Les bijoux
Elle était donc couchée, et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d'aise
A mon amour profond et doux comme la mer
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.
Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses.
Et son bras et sa jambe, et ses cuisses et ses reins,
Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S'avançaient, plus câlins que les anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal,
Où calme et solitaire elle s'était assise.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 02/12/2010
La beauté
Je suis belle, ô mortel, comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.
Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Les poètes devant mes grandes attitudes,
Qu'on dirait que j'emprunte aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études;
Car j'ai pour fasciner ces dociles amants
De purs miroirs qui font les étoiles plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 02/12/2010
La muse vénale
O muse de mon coeur, amante des palais,
Auras-tu quand Janvier lâchera ses Borées,
Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,
Un tison pour chauffer tes deux pieds violets?
Ranimeras-tu donc tes épaules marbrées
Aux nocturnes rayons qui percent les volets?
Sentant ta bourse à sec autant que ton palais,
Récolteras-tu l'or des voûtes azurées?
Il te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,
Comme un enfant de choeur, jouer de l'encensoir,
Chanter des Te Deum auxquels tu ne crois guère,
Ou, saltimbanque à jeun, étaler tes appas
Et ton rire trempé de pleurs qu'on ne voit pas,
Pour faire épanouir la rate du vulgaire.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 02/12/2010
Le soleil
Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m'exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 02/12/2010
La jouissance tardive
Je te disais: « Chloé, prends mes leçons, prends moi;
Tu ris: de nos beaux jours il n'est qu'un seul emploi;
Use de ton printemps: chasteté, c'est vieillesse,
Pour les femmes surtout. » Chloé ne m'a pas cru;
Les roses de son teint, hélas! Ont disparu:
Elle connaît l'erreur de sa triste sagesse.
Moins belle et plus sensible, au midi de ses ans,
Elle ressent l'injure et les bienfaits du temps.
Elle gagne, elle perd, et compte avec son âge.
Plus de fêtes: elle fuit les vains amusements;
Il lui faut des plaisirs et non des passe-temps.
Le passe-temps l'ennuie, un soupir la soulage;
Pensive, son miroir, moins entouré d'amants,
Lui parle du passé, lui dit: « c'est bien dommage! »
Un désir inquiet le lui dit bien davantage.
Par: Nicolas Sébastien-Roch (Chamfort)
Ajoutée par Savinien le 27/11/2010
Le voyage
Partir avant le jour, à tâtons, sans voir goutte,
Sans songer seulement à demander sa route,
Aller de chute en chute; et, se traînant ainsi,
Faire un tiers du chemin jusqu'à près de midi;
Voir sur sa tête alors amasser les nuages,
Dans un sable mouvant précipiter ses pas;
Courir, en essuyant orages sur orages,
Vers un but incertain où l'on n'arrive pas;
Détrempé vers le soir, chercher une retraite;
Arriver haletant, se coucher, s'endormir;
On appelle cela naître, vivre et mourir.
Par: Jean-Pierre Claris de Florian (Florian)
Extrait de: Fables de Florian (1792)
Ajoutée par Savinien le 23/11/2010
Mors
Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ.
Elle allait à grands pas, moissonnant et fauchant,
Noir squelette laissant passer le crépuscule.
Dans l'ombre où l'on dirait que tout tremble et recule,
L'homme suivait des yeux les lueurs de la faulx.
Et les triomphateurs sous les arcs triomphaux
Tombaient; elle changeait en désert Babylone,
Le trône en échafaud et l'échafaud en trône,
Les roses en fumier, les enfants en oiseaux,
L'or en cendres, et les yeux des mères en ruisseaux.
Et les femmes criaient: - Rends-nous ce petit être.
Pour le faire mourir, pourquoi l'avoir fait naître? -
Ce n'était qu'un sanglot sur terre, en haut, en bas;
Des mains aux doigts osseux sortaient des noirs grabats;
Un vent froid bruissait dans les linceuls sans nombre;
Les peuples éperdus semblaient sous la faulx sombre
Un troupeau frissonnant qui dans l'ombre s'enfuit;
Tout était sous ses pieds deuil, épouvante et nuit.
Derrière elle, le front baigné de douces flammes,
Un ange souriant portait la gerbe d'âmes.
Par: Victor Hugo
Ajoutée par Savinien le 01/11/2010
Les malheureux
Fils, dit-il doucement, allez en plaindre un autre.
Je suis dans ces grands bois et sous le ciel vermeil,
Et je n'ai pas de lit, fils, mais j'ai le sommeil.
Quand l'aube luit pour moi, quand je regarde vivre
Toute cette forêt dont la senteur m'enivre,
Ces sources et ces fleurs, je n'ai pas de raison
De me plaindre, je suis le fils de la maison.
Je n'ai point fait de mal. Calme, avec l'indigence
Et les haillons, je vis en bonne intelligence,
Et je fais bon ménage avec Dieu mon voisin.
Je le sens près de moi dans le nid, dans l'essaim,
Dans les arbres profonds où parle une voix douce,
Dans l'azur où la vie à chaque instant nous pousse,
Et dans cette ombre vaste et sainte où je suis né.
Je ne demande à Dieu rien de trop, car je n'ai
Pas grande ambition, et, pourvu que j'atteigne
Jusqu'à la branche où pend la mûre ou la châtaigne,
Il est content de moi, je suis content de Lui.
Je suis heureux.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Les contemplations (1856)
Ajoutée par Savinien le 01/11/2010
Enfin Malherbe vint, et le premier en France,
Fit sentir dans les vers une juste cadence,
D'un mot mis à sa place enseigna le pouvoir,
Et réduisit la Muse aux règles du devoir.
Par ce sage écrivain la langue réparée
N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée;
Les stances avec grâce apprirent à tomber,
Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber.
Tout reconnut ses lois; et ce guide fidèle,
Aux auteurs de ce temps sert encore de modèle.
Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)
Ajoutée par Savinien le 01/11/2010
Apparition
Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête;
Son vol éblouissant apaisait la tempête,
Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit.
- Qu'est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit?
Lui dis-je. Il répondit: - Je viens prendre ton âme.
Et j'eus peur, car je vis que c'était une femme;
Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras:
- Que me restera-t-il? car tu t'envoleras.
Il ne répondit pas; le ciel que l'ombre assiège
S'éteignait... - Si tu prends mon âme, m'écriai-je,
Où l'emporteras-tu? Montre-moi dans quel lieu.
Il se taisait toujours. - O passant du ciel bleu,
Es-tu la mort? Lui dis-je, ou bien es-tu la vie?
Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,
Et l'ange devint noir et dit: - Je suis l'amour.
Mais son front sombre était plus charmant que le jour,
Et je voyais, dans l'ombre où brillaient ses prunelles,
Les astres à travers les plumes de ses ailes.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Les contemplations (1856)
Ajoutée par Savinien le 31/10/2010
Et maintenant encore en cet âge penchant,
Où mon peu de lumière est si près du couchant,
Quand je verrais Hélène au monde revenue,
En l'état glorieux où Pâris l'a connue,
Faire à toute la terre adorer ses appâts,
N'en étant point aimé, je ne l'aimerais pas.
Cette belle bergère, à qui les destinées
Semblaient avoir gardé mes dernières années,
Eut en perfection tous les rares trésors
Qui parent un esprit, et font aimer un corps.
Ce ne furent qu'attraits, ce ne furent que charmes;
Sitôt que je la vis, je lui rendis les armes,
Un objet si puissant ébranla ma raison,
Je voulus être sien, j'entrai dans sa prison,
Et de tout mon pouvoir essayai de lui plaire,
Tant que ma servitude espéra du salaire.
Mais comme j'aperçus l'infaillible danger,
Où, si je poursuivais, je m'allais engager,
Le soin de mon salut m'ôta cette pensée,
J'eus honte de brûler pour une âme glacée;
Et sans me travailler à lui faire pitié,
Restreignis mon amour aux termes d'amitié.
Par: François de Malherbe
Ajoutée par Savinien le 30/10/2010
A madame V. H.
L'irréparable, hélas! Savez-vous ce que c'est?
Vous que le ciel bénit? Malheur à qui le sait!
Une fille à quinze ans, belle, fraîche, parée,
Et tout d'un coup ravie à sa mère éplorée;
Un père moribond et que le froid raidit
Avant qu'il ait dit grâce au fils qu'il a maudit;
Une vierge séduite et puis abandonnée,
Un souvenir sanglant dans notre destinée,
Un remords étalé sur un front endormi,
Quelque mortel outrage à l'honneur d'un ami:
Voila l'irréparable! Et ce seul mot nous brise;
Mais aux coups plus légers le coeur se cicatrise;
Et quand on vit, qu'on s'aime, et que l'un a pleuré,
On pardonne, on oublie et tout est réparé.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Les consolations (1830)
Ajoutée par Savinien le 29/10/2010
A mon ami Ulric Guttinguer
J'ai, changeant tour à tour de faiblesse et de flamme,
Suivi bien des regards, adoré bien des pas,
Et plus d'un soir, rentrant, le désespoir dans l'âme,
Un coup d'oeil m'atteignit que je ne cherchais pas.
Caprices! Voeux légers! Lucile, Nathalie,
Toi qui mourus, Emma, fantômes chers et doux,
Et d'autres que je sais et beaucoup que j'oublie;
Que de fois pour toujours je me crus tout à vous!
Mais comme un flot nouveau chasse le flot sonore,
Comme passent des voix dans un air embaumé,
Comme l'aube blanchit et meurt à chaque aurore,
Ainsi rien ne durait... et je n'ai point aimé!
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Les consolations (1830)
Ajoutée par Savinien le 29/10/2010
Réchauffe-coeur (à Lili)
Petit réchauffe-coeur, quand la tempête gronde,
Quand la brise plaintive ébranle la maison,
Quand au milieu du jour la nuit se fait profonde,
Et jusque dans mon âme assombrit l'horizon.
Voici qu'à mes regards s'offre ma tête blonde,
Et dans ses anneaux d'or, lumineuse toison,
Toujours le soleil brille, et sur ta bouche ronde
Du rire et des baisers c'est toujours la saison.
Qui donc t'apprit cet art, petite enchanteresse,
De dissiper l'orage avec une caresse?
De sécher sous tes pas et la pluie et les pleurs?
Qui te l'apprit sinon Celui qui fit nos âmes
Et pour les mauvais jours voulut donner aux femmes
Un petit coeur d'enfant pour réchauffer leurs coeurs.
Par: Alphonse Lemerre
Extrait de: Bouquet de pensées (1888)
Ajoutée par Savinien le 28/10/2010
Vous parleriez longtemps; il vous dirait son mal,
Vous lui diriez le vôtre, et vos ennuis au bal,
Vos vingt-cinq ans, le vide où leur fuite vous laisse;
Comment aux voeux légers succède la tristesse,
Et ce qui fit qu'un jour votre gaîté changea;
Puis vos loisirs, vos vers, - tout ce qu'il sait déjà;
Il irait au devant des phrases commencées,
Et vous l'écouteriez achever vos pensées.
Lui, sûr d'être compris pour la première fois,
Lisant dans vos regards, émus de votre voix,
Se sentirait moins prompt à rompre un noeud qu'il aime,
A refermer sa tombe, à se clore en lui-même;
Il oublierait qu'il n'est qu'un fantôme incertain,
L'ombre de ce qu'il fût à son riant matin;
Il vivrait, retrouvant un reste de jeune âge:
Les cieux sont plus brillants le soir d'un jour d'orage!
Il rouvrirait son toit au songe amoureux,
Et redeviendrait bon, fidèle et presque heureux.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829)
Ajoutée par Savinien le 25/10/2010
Italie
Oh! Jure de m'aimer; alors je te veux croire.
Rien n'est sûr ici-bas qu'un humide baiser,
Que le rayon tremblant d'une prunelle noire,
Que de sentir un sein sous la main s'apaiser;
Rien n'est sûr que de voir contre une épaule nue
Se briser en jouant des ondes de cheveux,
De cueillir les soupirs d'une bouche ingénue,
D'écouter succéder le silence aux aveux;
De l'entendre jurer quand tout change autour d'Elle,
Qu'un éternel amour doit pour vous l'enflammer,
Et de jurer aussi qu'on veut mourir fidèle...
Rien n'est sûr ici-bas, rien n'est bon que d'aimer!
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829)
Ajoutée par Savinien le 25/10/2010
Italie
Pour échapper aux maux que fait la destinée,
Pour jouir ici-bas des fleurs de ma saison,
Et doucement couler cette humaine journée,
Que me faut-il?... Du ciel, de l'onde et du gazon,
Et, quand pâlit au soir la lumière affaiblie,
Une amoureuse voix, qui meurt à mon côté,
Qui dit non bien souvent et bien souvent l'oublie,
Des pleurs dans deux beaux yeux, un beau sein agité.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829)
Ajoutée par Savinien le 25/10/2010
Après une lecture d'Adolphe
Pour nous, après causer, la volupté suprême,
Ce serait de nous lire un roman tour à tour:
Non pas quelque beauté captive en une tour,
D'éternels souterrains, des spectres et des chaînes,
Mais des romans de coeur pleins d'amoureuses peines,
Où l'art sait retracer, sous l'éclat de nos moeurs,
Ce mal délicieux dont je sens que je meurs,
Et dont tu meurs toi-même, ô ma belle complice,
Et dont mourut aussi Delphine après Clarisse!
Puis, le roman fermé, toujours, d'un air jaloux
Nous dirions: ces amants s'aimèrent moins que nous.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829)
Ajoutée par Savinien le 25/10/2010
Après une lecture d'Adolphe
Passé vingt ans, quand l'âme aux rêves échappée
S'aperçoit un matin qu'elle s'était trompée,
Et, rejetant l'espoir d'un jeune et frais amour,
Se dit avec effroi qu'il est trop tard d'un jour,
Oh! Pourquoi, quelque part, en l'une des soirées
Où j'aime tant au son des valses adorées,
Au bruit des mots riants sortis des coeurs séduits,
M'asseoir et m'oublier et bercer mes ennuis,
Pourquoi ne pas enfin trouver une âme tendre,
Affligée elle-même et qui saurait m'entendre,
Deux yeux noirs d'où les pleurs auraient coulé longtemps,
Une brune, un peu pâle, ayant bientôt trente ans.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829)
Ajoutée par Savinien le 25/10/2010
Satire IV
Or va, romps-toi la tête, et de jour et de nuit
Pâlis dessus un livre, à l'appétit d'un bruit
Qui nous honore après que nous sommes sous terre;
Et de te voir paré de trois brins de lierre;
Comme s'il importait, étant ombre là bas,
Que notre nom vécut ou qu'il ne vécut pas.
Par: Mathurin Régnier
Extrait de: Les satires du sieur Régnier
Ajoutée par Savinien le 23/10/2010
Acte I, Scène 3
Et la femme s'embarque. Ah! goûtons ce moment
Où la planche qu'il faut à tout embarquement
Tremble à cause du pas qui se pose sur elle...
Car la barque jamais ne vaut la passerelle!
Par: Edmond Rostand
Extrait de: La dernière nuit de Don Juan (1911)
Ajoutée par Savinien le 23/10/2010
Acte I, Scène 1
Venise!... Ah! La cité du fragile, c'est elle.
La colonne est en stuc, la pierre est en dentelle,
Le mur est en miroir, et la rue est en eau!
Et lorsque deux amants échangent un anneau,
Cet anneau, Sganarelle, a l'esprit d'être en verre!
Par: Edmond Rostand
Extrait de: La dernière nuit de Don Juan (1911)
Ajoutée par Savinien le 23/10/2010
Niobé
Sur un quartier de roche, un fantôme de marbre,
Le menton dans la main et le coude au genou,
Les pieds pris dans le sol, ainsi que des pieds d'arbre,
Pleure éternellement sans relever le cou.
Quel chagrin pèse donc sur ta tête abattue?
A quel puits de douleurs tes yeux puisent-ils l'eau?
Et que souffres-tu donc dans ton coeur de statue,
Pour que ton sein sculpté soulève ton manteau?
Tes larmes, en tombant du coin de ta paupière,
Goutte à goutte, sans cesse et sur le même endroit,
Ont fait dans l'épaisseur de ta cuisse de pierre
Un creux où le bouvreuil trempe son aile et boit.
O symbole muet de l'humaine misère,
Niobé sans enfants, mère des sept douleurs,
Assise sur l'Athos ou bien sur le Calvaire,
Quel fleuve d'Amérique est plus grand que tes pleurs?
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Poésies (Gautier) (1832)
Ajoutée par Savinien le 17/10/2010
Epitaphe de Jean Valjean
Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange,
Il vivait. Il mourut quand il n'eut plus son ange;
La chose simplement d'elle-même arriva,
Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Les misérables (1862)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2010
Le rendez-vous (à mon ami Alfred de M.)
Mais moi, demain, lassé d'un bonheur trop facile,
Retrouvant le dégoût en mon âme indocile,
Moi, qui toujours poursuis en de vaines amours
Un même être rêvé qui m'échappe toujours,
Demain, le coeur saignant d'une plaie éternelle,
Malgré les doux serments relus dans sa prunelle,
Les baisers, les grands bras prêts à me retenir,
Demain, je sortirai pour ne plus revenir;
Car je foule la fleur sitôt qu'elle est ravie,
Et mon bonheur, à moi, n'est pas de cette vie.
Et, dès qu'il est éclos, ce penser odieux,
Comme un oiseau de nuit, vingt fois passe à mes yeux,
Obscurcissant mon ciel de son aile jalouse;
Et, que ce soit la vierge, ou la veuve, ou l'épouse,
Une ombre entre elle et moi, muette, vient s'asseoir,
Et sur ce lit corrompt le plaisir dès ce soir.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2010
Voeu
Pour trois ans seulement, oh! Que je puisse avoir
Sur ma table un lait pur, dans mon lit un oeil noir,
Tout le jour du loisir; rêver avec des larmes;
Vers midi, me coucher à l'ombre des grands charmes;
Voir la vigne courir sur mon toit ardoisé,
Et mon vallon riant sous le coteau boisé;
Chaque soir m'endormir en ma douce folie,
Comme l'heureux ruisseau qui dans mon pré s'oublie;
Ne rien vouloir de plus, ne pas me souvenir,
Vivre à me sentir vivre!... Et la mort peut venir.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2010
La contredanse
Après dix ans passés, enfin je vous revois;
Après dix ans! C'est vous... Au bal, comme autrefois;
Oh! Venez et dansons; vous êtes belle encore;
Un riche et blanc soleil suit la vermeille aurore,
Et la rose inclinée, ouvrant aux yeux sa fleur,
Mêle un parfum suave à sa molle pâleur.
Laissez-là cet air froid; osez me reconnaître;
Souriez comme aux jours où, sous votre fenêtre,
Ecolier de douze ans, je ne sais quel espoir
Toujours me ramenait, rougissant de vous voir.
Levez ces yeux baissés et ces paupières blondes;
Donnez la main, donnez, et tous deux dans les rondes,
Parmi les pas, les chants, les rires babillards,
Devisons d'autrefois comme font les vieillards.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2010
Le soir de la jeunesse
Car vous n'étiez plus seul; et la nuit étoilée,
Et la sèche bruyère encore échevelée,
Les longs sapins ombreux, les noirs sentiers des bois,
Tout prenait sous vos pas des couleurs et des voix;
Et lorsqu'après avoir marché longtemps ensemble,
Elle attachée à vous comme la feuille au tremble,
Vous tombiez sous un arbre, où la lune à l'entour
Répandait ses rayons comme des pleurs d'amour,
Et qu'elle vous parlait de promesse fidèle
Et de s'aimer toujours l'un l'autre; alors, près d'elle,
Sentant sur votre front ses beaux cheveux courir,
Vous avez clos les yeux et désiré mourir.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2010
Sonnet
Quand l'avenir pour moi n'a pas une espérance,
Quand pour moi le passé n'a pas un souvenir,
Où puisse, dans son vol qu'elle a peine à finir,
Un instant se poser mon âme en défaillance;
Quand un jour pur jamais n'a lui sur mon enfance,
Et qu'à vingt ans ont fui, pour ne plus revenir,
L'Amour aux ailes d'or, que je croyais tenir,
Et la Gloire emportant les hymnes de la France;
Quand la pauvreté seule, au sortir du berceau,
M'a pour toujours marqué de son terrible sceau,
Qu'elle a brisé mes voeux, enchaîné ma jeunesse,
Pourquoi ne pas mourir? De ce monde trompeur
Pourquoi ne pas sortir sans colère et sans peur,
Comme on laisse un ami qui tient mal sa promesse.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2010
Premier amour
Printemps, que me veux-tu? Pourquoi ce doux sourire,
Ces fleurs dans tes cheveux et ces boutons naissants?
Pourquoi dans les bosquets cette voix qui soupire,
Et du soleil d'avril ces rayons caressants?
Printemps si beau, ta vue attriste ma jeunesse;
De biens évanouis tu parles à mon coeur;
Et d'un bonheur prochain ta riante promesse
M'apporte un long regret de mon premier bonheur.
Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve
Extrait de: Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2010
Le coin du feu
Que la pluie à déluge au long des toits ruisselle!
Que l'orme du chemin penche, craque et chancelle
Au gré du tourbillon dont il reçoit le choc!
Que du haut des glaciers l'avalanche s'écroule!
Que le torrent aboie au fond du gouffre, et roule
Avec ses flots fangeux de lourds quartiers de roc!
Qu'il gèle! Et qu'à grand bruit, sans relâche, la grêle
De grains rebondissants fouette la vitre frêle!
Que la bise d'hiver se fatigue à gémir!
Qu'importe? N'ai-je pas un feu clair dans mon âtre,
Sur mes genoux un chat qui se joue et folâtre,
Un livre pour veiller, un fauteuil pour dormir?
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Poésies (Gautier) (1832)
Ajoutée par Savinien le 15/10/2010
A mon ami Auguste M.
Par une nuit d'été, quand le ciel est d'azur,
Souvent un feu follet sort du marais impur;
Le passant qui le voit le prend pour la lumière
Qui scintille aux carreaux lointains d'une chaumière;
Vers le fanal perfide il s'avance à grands pas,
Tout joyeux; et bientôt, ne s'apercevant pas
Qu'un abîme est ouvert à ses pieds, il y tombe
Et son corps reste là, sans prière et sans tombe.
Aux lieux où fut Gomorrhe autrefois, et que Dieu
En courroux inonda d'un déluge de feu,
Sur la grève brûlée, asile frais et sombre,
Des orangers touffus s'élèvent en grand nombre,
Chargés de fruits riants dont la tunique d'or
Ne livre que poussière à la dent qui les mord:
Dans ma pensée, ami, je trouve qu'une femme
Qui sous de beaux semblants cache une vilaine âme,
Pour ceux que sa beauté décevante à séduits,
Pareille au feu follet, l'est encore à ces fruits.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Poésies (Gautier) (1832)
Ajoutée par Savinien le 15/10/2010
Cauchemar
Et j'aperçois bientôt, non loin d'un vieux manoir,
A l'angle d'un taillis, surgir un gibet noir
Soutenant un pendu; d'effroyables sorcières
Dansent autour, et moi, de fureurs carnassières
Agité, je ressens un immense désir
De broyer sous mes dents sa chair, et de saisir,
Avec quelque lambeau de sa peau bleue et verte,
Son coeur demi pourri dans sa poitrine ouverte.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Poésies (Gautier) (1832)
Ajoutée par Savinien le 15/10/2010
Cauchemar
Avec ses nerfs rompus, une main écorchée
Qui marche sans le corps dont elle est arrachée,
Crispe ses doigts crochus armés d'ongles de fer
Pour me saisir: des feux pareils aux feux d'enfer
Se croisent devant moi; dans l'ombre des yeux fauves
Rayonnent; des vautours à cous rouges et chauves,
Battent mon front de l'aile en poussant des cris sourds.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Poésies (Gautier) (1832)
Ajoutée par Savinien le 15/10/2010
Le sentier
Il est un sentier creux dans la vallée étroite,
Qui ne sait trop s'il marche à gauche ou bien à droite.
- C'est plaisir d'y passer, lorsque Mai sur ses bords,
Comme un jeune prodigue, égrène ses trésors.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Poésies (Gautier) (1832)
Ajoutée par Savinien le 15/10/2010
Méditation
Le monde est fait ainsi: loi suprême et funeste!
Comme l'ombre d'un songe au bout de peu d'instants
Ce qui charme s'en va, ce qui fait peine reste:
La rose vit une heure et le cyprès cent ans.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: Poésies (Gautier) (1832)
Ajoutée par Savinien le 15/10/2010
L'albatros
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 12/10/2010
Satire III
Nous vivons à tâtons, et dans ce monde-ci
Souvent avec travail on poursuit du soucis:
Car les dieux courroucés contre la race humaine,
Ont mis avec les biens la sueur et la peine.
Par: Mathurin Régnier
Extrait de: Les satires du sieur Régnier
Ajoutée par Savinien le 12/10/2010
Une bonne fortune
Ce qu'on fait maintenant, on le dit; et la cause
En est bien excusable: on fait si peu de chose!
Mais, si peu qu'il ait fait, chacun trouve à son gré
De le voir par écrit dûment enregistré;
Chacun sait aujourd'hui quand il fait de la prose;
Le siècle est, à vrai dire, un mandarin lettré.
Par: Alfred de Musset
Extrait de: Poésies nouvelles (1850)
Ajoutée par Savinien le 12/10/2010
Epitaphe
Il a vécu tantôt gai comme un sansonnet,
Tour à tour amoureux insoucieux et tendre,
Tantôt sombre et rêveur comme un triste Clitandre.
Un jour il entendit qu'à sa porte on sonnait.
C'était la Mort! Alors il la pria d'attendre
Qu'il eût posé le point à son dernier sonnet;
Et puis sans s'émouvoir, il s'en alla s'étendre
Au fond du coffre froid où son corps frissonnait.
Il était paresseux, à ce que dit l'histoire,
Il laissait trop sécher l'encre dans l'écritoire.
Il voulait tout savoir mais il n'a rien connu.
Et quand vint le moment où, las de cette vie,
Un soir d'hiver, enfin l'âme lui fut ravie,
Il s'en alla disant: Pourquoi suis-je venu?
Par: Gérard Labrunie (Gérard de Nerval)
Ajoutée par Savinien le 10/10/2010
Acte I, Scène 4
Un serrement de main, un regard de clémence,
Une larme, un soupir, voilà pour moi l'amour;
Et j'aimerai dix ans comme le premier jour.
J'ai de la passion et n'ait point d'éloquence.
Mes rivaux, sous mes yeux, sauront plaire et charmer.
Je resterai muet; - moi, je ne sais qu'aimer.
Par: Alfred de Musset
Extrait de: A quoi rêvent les jeunes filles (1832)
Ajoutée par Savinien le 09/10/2010
Acte I, Scène 3
Pourquoi ne puis-je voir sans plaisir et sans peine
Les baisers du zéphyr trembler sur la fontaine,
Et l'ombre des tilleuls passer sur mes bras nus?
Ma soeur est une enfant, - et je ne le suis plus.
Par: Alfred de Musset
Extrait de: A quoi rêvent les jeunes filles (1832)
Ajoutée par Savinien le 09/10/2010
Acte I, Scène 3
Toi dont la voix est douce, et douce la parole,
Chanteur mystérieux, reviendras-tu me voir?
Ou, comme en soupirant l'hirondelle s'envole,
Mon bonheur fuira-t-il, n'ayant duré qu'un soir?
Par: Alfred de Musset
Extrait de: A quoi rêvent les jeunes filles (1832)
Ajoutée par Savinien le 09/10/2010
Acte I, Scène 1
Qu'importe que le jour finisse et recommence,
Quand d'une autre existence
Le coeur est animé?
Ouvrez-vous! Jeunes fleurs. Si la mort vous enlève,
La vie est un sommeil, l'amour en est le rêve,
Et vous aurez vécu, si vous avez aimé.
Par: Alfred de Musset
Extrait de: A quoi rêvent les jeunes filles (1832)
Ajoutée par Savinien le 09/10/2010
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