Thématique citations : Les alexandrins

879 Citations

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L'univers m'embarrasse et je ne puis songer,
Que cette horloge existe et n'ait point d'horloger.


Par: François-Marie Arouet (Voltaire)

Extrait de: Les cabales (1772)

Ajoutée par Savinien le 27/05/2013

 

C'est en vain que les ans et la raison morose
Vous diront qu'à l'amour il faudrait renoncer;
Les ans ni la raison ne font rien à la chose,
Et le coeur est toujours prêt à recommencer.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 26/05/2013

 

La voix


Je ne veux de personne auprès de ma tristesse
Ni même ton cher pas et ton visage aimé,
Ni ta main indolente et qui d'un doigt caresse
Le ruban paresseux et le livre fermé.

Laissez-moi. Que ma porte aujourd'hui reste close;
N'ouvrez pas ma fenêtre au vent frais du matin;
Mon coeur est aujourd'hui misérable et morose
Et tout me paraît sombre et tout me semble vain.

Ma tristesse me vient de plus loin que moi-même,
Elle m'est étrangère et ne m'appartient pas,
Et tout homme, qu'il chante ou qu'il rie ou qu'il aime,
A son heure l'entend qui lui parle tout bas.

Et quelque chose alors se remue et s'éveille,
S'agite, se répand et se lamente en lui,
A cette sourde voix qui lui dit à l'oreille,
Que la fleur de la vie est cendre dans son fruit.


Par: Henri François Joseph de Régnier

Ajoutée par Savinien le 19/05/2013

 

Au banquet de la vie, infortuné convive,
J'apparus un jour, et je meurs;
Je meurs, et sur la tombe où lentement j'arrive,
Nul ne viendra verser des pleurs.

Salut, champs que j'aimais, et vous, douce verdure,
Et vous, riant exil des bois!
Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature,
Salut pour la dernière fois!

Ah! Puissent voir longtemps votre beauté sacrée
Tant d'amis sourds à mes adieux!
Qu'ils meurent plein de jours, que leur mort soit pleurée,
Qu'un ami leur ferme les yeux!


Par: Nicolas Gilbert

Ajoutée par Savinien le 15/05/2013

 

A Angelica


Jeune voix que Dieu fit éclore
Comme un hymne au matin du jour;
Chaque âme en ce triste séjour
Pour toi fut un temple sonore
Que tu remplis de sons, de délire et d'amour.

Bulbul ainsi que toi ne chante qu'une aurore;
Mais il revient souvent au bois qu'il a quitté,
Ecouter si du roc la source coule encore,
En soupirs aussi purs, si le son s'évapore,
Si la rosée y tombe aux tièdes nuits d'été.

Ah! Reviens comme lui, bel oiseau qui t'envole!
Tu trouveras toujours un écho dans nos bois,
Un désert dans nos coeurs qu'aucun bruit ne console,
Et des pleurs dans nos yeux pour tomber à ta voix.


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 28/03/2013

 

Il n'est point de Serpent, ni de Monstre odieux
Qui par l'art imité ne puisse plaire aux yeux.
D'un pinceau délicat l'artifice agréable
Du plus affreux objet fait un objet aimable.


Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)

 

Ajoutée par Savinien le 13/05/2013

 

La nymphe endormie


Vous faites trop de bruits, Zéphires, taisez-vous,
Pour ne pas éveiller la belle qui repose;
Ruisseau qui murmurez, évitez les cailloux,
Et si le vent se tait, faites la même chose.

Mon coeur sans respirer, regardons à genoux
Sa bouche de corail, qui n'est qu'à demi-close,
Dont l'haleine innocente est un parfum plus doux
Que l'esprit de jasmin, de musc, d'ambre et de rose.

Ah que ces yeux fermés ont encore d'agrément!
Que ce sein demi-nu s'élève doucement!
Que ce bras négligé nous découvre de charmes!

O Dieux, elle s'éveille, et l'Amour irrité
Qui dormait auprès d'elle a déjà pris les armes
Pour punir mon audace et ma témérité.


Par: Georges de Scudéry

 

Ajoutée par Savinien le 06/02/2013

 

Aimez ou n'aimez pas


Aimez ou n'aimez pas, changez, soyez fidèle,
Tout cela pour Philis est fort indifférent;
Comme votre conquête a peu touché la belle,
Elle perd votre coeur ainsi qu'elle le prend.

L'on ne peut la nommer ni douce ni cruelle,
Son insensible esprit ne combat ni se rend;
Elle entend les soupirs que l'on pousse pour elle,
Mais ce coeur de rocher ne sait ce qu'il entend.

L'Amour, tout dieu qu'il est, avec toute sa flamme,
Ne dissoudra jamais les glaçons de son âme,
Et cette souche enfin n'aimera jamais rien.

O malheureux amant! O penser qui me tue!
Quel bizarre destin se rencontre le mien!
Comme Pygmalion j'adore ma statue.


Par: Georges de Scudéry

 

Ajoutée par Savinien le 06/02/2013

 

Le premier regret


Sur la plage sonore où la mer de Sorrente
Déroule ses flots bleus aux pieds de l'oranger
Il est, près du sentier, sous la haie odorante,
Une pierre petite, étroite, indifférente
Aux pas distraits de l'étranger!

La giroflée y cache un seul nom sous ses gerbes.
Un nom que nul écho n'a jamais répété!
Quelquefois seulement le passant arrêté,
Lisant l'âge et la date en écartant les herbes,
Et sentant dans ses yeux quelques larmes courir,
Dit: elle avait seize ans! C'est bien tôt pour mourir!


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 06/01/2013

 

Impressions du matin et du soir


La nature a deux chants, de bonheur, de tristesse,
Qu'elle rend tour à tour ainsi que notre coeur,
De l'une à l'autre note elle passe sans cesse:
Homme! L'une est ta joie, et l'autre ta douleur!

L'une sort du matin et chante avec l'aurore,
L'autre gémit le soir un triste et long adieu;
Au premier, au second, le ciel répond: adore!
Et de l'hymne éternel le mot unique est Dieu!


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 06/01/2013

 

Impressions du matin et du soir


L'oeil, au flanc des coteaux poursuivant la lumière,
Sent le jour défaillir sous sa morne paupière,
Les brises du matin se posent pour dormir,
Le rivage se tait, la voile tombe à vide,
La mer roule à ses bords la nuit dans chaque ride,
Et tout ce qui chantait semble à présent gémir.

Et les songes menteurs, et les vaines pensées,
Que du front des mortels la lumière a chassées,
Et que la nuit couvait sous ses ailes glacėes,
Descendent avec elle et voilent l'horizon;
L'illusion se glisse en notre âme amollie,
Et l'air, plein de silence et de mélancolie,
Des pavots du sommeil enivre la raison.

Et l'oiseau de la nuit sort des antres funèbres,
Ouvre avec volupté ses yeux lourds aux ténèbres,
Gémit, et croit chanter, dans l'ombre où son oeil luit;
Et l'homme dont les pas et le coeur aiment l'ombre,
Dit en portant les yeux au firmament plus sombre:
Sortons, Dieu s'est caché; sortons, voici la nuit!


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 06/01/2013

 

Description de la fameuse Fontaine de Vaucluse


Les vents, même les vents, qu'on entend respirer,
Et parmi ces rochers, et parmi ces ombrages,
Eux qui me font aimer ces aimables rivages,
Ont appris de Pétrarque à si bien soupirer.

Les flots, même les flots, qu'on entend murmurer,
Avec tant de douceur, dans des lieux si sauvages,
Imitent une voix qui charmait les courages,
Et parlent d'un objet qu'on lui vit adorer.

Au lieu même où je suis, mille innocents oiseaux
Nous redisent encor, près de ces claires eaux,
Ce que Laure disait à son amant fidèle:

Ici tout n'est que flamme; ici tout n'est qu'amour;
Tout nous parle de lui; tout nous entretient d'elle;
Et leur ombre erre encor en ce charmant séjour.


Par: Georges de Scudéry

 

Ajoutée par Savinien le 13/12/2012

 

Oh! comme les oiseaux doivent mourir l'hiver!
Pourtant, lorsque viendra le temps des violettes,
Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes
Dans le gazon d'avril, où nous irons courir.
Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir?


Par: François Edouard Joachim Coppée

Extrait de: Les humbles (1872)

Ajoutée par Savinien le 14/05/2013

 

L'infini dans les cieux


Oh! Que suis-je, Seigneur! Devant les cieux et toi?
De ton immensité le poids pèse sur moi,
Il m'égale au néant, il m'efface, il m'accable,
Et je m'estime moins qu'un de ces grains de sable,
Car ce sable roulé par les flots inconstants,
S'il a moins d'étendue, hélas! A plus de temps;
Il remplira toujours son vide dans l'espace
Lorsque je n'aurai plus ni nom, ni temps, ni place;
Son sort est devant toi moins triste que le mien,
L'insensible néant ne sent pas qu'il n'est rien,
Il ne se ronge pas pour agrandir son être,
Il ne veut ni monter, ni juger, ni connaître,
D'un immense désir il n'est point agité;
Mort, il ne rêve pas une immortalité!
Il n'a pas cette horreur de mon âme oppressée,
Car il ne porte pas le poids de ta pensée!


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 02/12/2012

 

Tout est faux! Tout est vide et tout est lamentable!
Le présent tour à tour ou m'échappe ou m'accable!
Le passé n'est qu'un songe, et l'avenir n'est pas!
Le bonheur dans la vie est un point dans l'espace,
Un vain éclair qui meurt dans la nuit du trépas
Et dont l'oeil ébloui cherche en vain quelque trace.
L'espoir est un tourment, la crainte est un poison;
La vérité n'est pas, la vertu n'est qu'un nom!
Ainsi toujours pressé de nuages funèbres,
J'ai marché dans le doute, et meurs dans les ténèbres,
Et je vais en tremblant demander à la mort
De m'expliquer enfin cette énigme du sort!


Par: Alphonse de Lamartine

 

Ajoutée par Savinien le 02/12/2012

 

Elégie à la lune


Toi, qui du jour éteint consoles la nature,
Parais, flambeau des nuits, lève-toi dans les cieux;
Etends autour de toi sur la pâle verdure
Les douteuses clartés d'un jour mystérieux!
Tous les infortunés chérissent ta lumière:
L'éclat brillant du jour repousse leurs douleurs;
Aux rayons du soleil ils ferment leur paupière
Et rouvrent devant toi leurs yeux noyés de pleurs.


Par: Alphonse de Lamartine

 

Ajoutée par Savinien le 02/12/2012

 

A la mémoire de Henri-Charles Read


Celui qui fit ces vers est mort à dix-neuf ans.
- Tel l'amandier précoce, au début du printemps;
Meurt pour une neige qui tombe. -
Il ne reste de lui que ce bouquet glané,
Et d'une main pieuse, ainsi qu'un frère aîné,
Je viens le poser sur sa tombe.

En lisant ses doux vers, qu'ils l'aient ou non connu,
Tous seront attendris par leur charme ingénu,
Par leur grâce simple et naïve,
Et, devinant quel homme eût été cet enfant,
Ils se demanderont pourquoi le sort défend
Qu'un tel être prospère et vive;

Pourquoi tant de charmants espoirs ont succombé;
Pourquoi sur le chemin on trouve un nid tombé;
Pourquoi le vent brise l'arbuste;
Pourquoi l'artiste, un jour, laisse là, sans regret,
Une ébauche où déjà le chef-d'oeuvre apparaît,
Et pourquoi le Ciel est injuste!

Mais devant ce jeune homme au sépulcre enfermé,
Moi qui vieillis, je dis à ceux qui l'ont aimé
Ou qui l'aimeront par son livre:
Heureux qui n'a vécu qu'un jour, en floréal!
Heureux qui meurt, tout jeune, avec son idéal!
Dieu lui fait grâce et le délivre.

Car vivre, c'est souffrir. Quels maux n'eût pas soufferts
Le coeur ardent et bon qui s'épanche en ces vers?
Il portait la marque fatale.
L'Art, le Bonheur, l'Amour à ses yeux avaient lui;
Il n'a pas eu le temps de voir fuir devant lui
Tous ces mirages de Tantale.

D'ailleurs, que savons-nous? Hommes, courbons nos fronts!
Au-delà du tombeau vers lequel nous courons
Siège une immuable justice;
Et nous saurons un jour qu'il est essentiel
Que l'âme d'un poète enfant remonte au ciel
Pour que le soleil resplendisse!


Par: François Edouard Joachim Coppée

 

Ajoutée par Savinien le 04/11/2012

 

A M. Casimir Delavigne


Mais c'est assez parler de nos vaines querelles;
Le temps emportera ce siècle sur ses ailes,
Et laissera tomber dans l'éternelle nuit
De nos dissensions le misérable bruit.
D'autres siècles viendront, chargés d'autres promesses;
Ils tromperont encore nos trompeuses sagesses;
Sur leurs cours orageux l'homme, encore emporté,
Dans ses rêves nouveaux verra la vérité!
C'est la loi des esprits: tout cherche et tout travaille;
Ce monde, cher Lavigne, est un champ de bataille
Où des ombres d'un jour passent en combattant:
Pour qui? Pour un fantôme, un système, un néant;
Et, quand ils sont tout près de saisir leur idole,
C'est un ballon qui crève, et du vent qui s'envole.


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 14/10/2012

 

De hochets ici-bas nous changeons tour à tour;
L'amour n'a qu'une fleur, le plaisir n'a qu'un jour;
La coupe du savoir sous nos lèvres s'épuise;
L'ambitieux conquiert un sceptre et puis le brise.
La gloire est un flambeau sur un cercueil jeté,
Et qui brûle toujours la main qui l'a porté;


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 14/10/2012

 

L'hirondelle, en suivant les saisons dans les airs,
Voit, des bords qu'elle fuit, l'autre rive des mers;
Le pilote, que l'ombre entoure de ses voiles,
Suit un phare immobile au milieu des étoiles;
L'aigle vole au soleil, la colombe à son nid;
Sur l'abîme orageux que sa proue aplanit,
Sous des cieux inconnus guidé par sa boussole,
A travers l'horizon, le vaisseau voit le pôle;
L'homme seul ne voit rien pour marquer son chemin,
Qu'hier et qu'aujourd'hui, semblables à demain,
Et, changeant à toute heure et de but et de route,
Marche, recule, avance, et se perd dans son doute!


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 02/10/2012

 

La mort de Socrate


Cependant de la mort qui peut sonder l'abîme?
Les dieux ont mis leur doigt sur sa lèvre sublime:
Qui sait si dans ces mains prêtes à la saisir
L'âme, incertaine, tombe avec peine, ou plaisir?
Pour moi, qui vis encore, je ne sais, mais je pense
Qu'il est quelque mystère au fond de ce silence;
Que des dieux indulgents la sévère bonté
A jusque dans la mort caché la volupté,
Comme, en blessant nos coeurs de ses divines armes,
L'amour cache souvent un plaisir sous des larmes!


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 02/10/2012

 

La mort de Socrate


Pourquoi donc vivons-nous, si ce n'est pour mourir?
Pourquoi pour la justice ai-je aimé de souffrir?
Pourquoi dans cette mort qu'on appelle la vie,
Contre ses vils penchants luttant, quoique asservie,
Mon âme avec mes sens a-t-elle combattu?
Sans la mort, mes amis, que serait la vertu?


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 02/10/2012

 

L'amour! Je l'ai chanté, quand, plein de son délire,
Ce nom seul murmuré faisait vibrer ma lyre,
Et que mon coeur cédait au pouvoir d'un coup d'oeil,
Comme la voile au vent qui la pousse à l'écueil.
J'aimai; je fus aimé: c'est assez pour ma tombe;
Qu'on y grave ces mots, et qu'une larme y tombe!


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 01/10/2012

 

La mort de Socrate


Les poètes ont dit qu'avant sa dernière heure,
En sons harmonieux le doux cygne se pleure;
Amis, n'en croyez rien! L'oiseau mélodieux
D'un plus sublime instinct fut doué par les dieux!
Du riant Eurotas près de quitter la rive,
L'âme, de ce beau corps à moitié fugitive,
S'avançant pas à pas vers un monde enchanté,
Voit poindre le jour pur de l'immortalité,
Et, dans la douce extase où ce regard la noie,
Sur la terre en mourant elle exhale sa joie.
Vous qui près du tombeau venez pour m'écouter,
Je suis un cygne aussi; je meurs; je puis chanter!


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 16/09/2012

 

Dieu


Mais peut-être, avant l'heure où dans les cieux déserts
Le soleil cessera d'éclairer l'univers,
De ce soleil moral la lumière éclipsée
Cessera par degrés d'éclairer la pensée;
Et le jour qui verra ce grand flambeau détruit
Plongera l'univers dans l'éternelle nuit.
Alors tu briseras ton inutile ouvrage!
Ses débris foudroyés rediront d'âge en âge:
Seul je suis! Hors de moi rien ne peut subsister!
L'homme cessa de croire, il cessa d'exister!


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 16/09/2012

 

Philosophie


Toi, qui longtemps battu des vents et de l'orage,
Jouissant aujourd'hui de ce ciel sans nuage,
Du sein de ton repos contemple du même oeil
Nos revers sans dédain, nos erreurs sans orgueil;
Dont la raison facile, et chaste sans rudesse,
Des sages de ton temps n'a pris que la sagesse,
Et qui reçus d'en haut ce don mystérieux
De parler aux mortels dans la langue des dieux;
De ces bords enchanteurs où ta voix me convie,
Où s'écoule à flots purs l'automne de ta vie,
Où les eaux et les fleurs, et l'ombre, et l'amitié,
De tes jours nonchalants usurpent la moitié,
Dans ces vers inégaux que ta muse entrelace,
Dis nous, comme autrefois nous l'aurait dit Horace,
Si l'homme doit combattre ou suivre son destin?
Si je me suis trompé de but ou de chemin?
S'il est vers la sagesse une autre route à suivre?
Et si l'art d'être heureux n'est pas tout l'art de vivre.


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 15/09/2012

 

Le vallon


Le jour où je la vis, nos regards s'entendirent.
L'âme comprend un geste, un regard, un soupir!
Sans nous être parlé, nos coeurs se confondirent,
Je sentis qu'il fallait ou parler ou mourir.


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 08/08/2012

 

L'homme


Mais que sert de lutter contre sa destinée?
Que peut contre le sort la raison mutinée?
Elle n'a comme l'oeil qu'un étroit horizon.
Ne porte pas plus loin tes yeux ni ta raison:
Hors de là, tout nous fuit, tout s'éteint, tout s'efface;
Dans ce cercle borné Dieu t'a marqué ta place.
Comment? Pourquoi? Qui sait? De ses puissantes mains
Il a laissé tomber le monde et les humains,
Comme il a dans nos champs répandu la poussière,
Ou semé dans les airs la nuit et la lumière;
Il le sait, il suffit: l'univers est à lui,
Et nous n'avons à nous que le jour d'aujourd'hui.


Par: Alphonse de Lamartine

Ajoutée par Savinien le 08/08/2012

 

Les séparés


N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas!

N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu... Qu'à toi, si je t'aimais!
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas!

N'écris pas. Je te crains; j'ai peur de ma mémoire;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas!

N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire:
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur;
Que je les vois brûler à travers ton sourire;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
N'écris pas!


Par: Marceline Desbordes-Valmore

 

Ajoutée par Savinien le 01/04/2012

 

Quand deux coeurs en s'aimant ont doucement vieilli,
Oh! Quel bonheur profond, intime, recueilli!
Amour! Hymen d'en haut! O pur lien des âmes!
II garde ses rayons même en perdant ses flammes.
Ces deux coeurs qu'il a pris jadis n'en font plus qu'un.
Il fait, des souvenirs de leur passé commun,
L'impossibilité de vivre l'un sans l'autre.
-(Juliette, n'est-ce pas? Cette vie est la nôtre!)
Il a la paix du soir avec l'éclat du jour,
Et devient l'amitié tout en restant l'amour!


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 05/03/2012

 

Qu'est-ce que cette année emporte sur son aile?
Je ne suis pas moins tendre et tu n'es pas moins belle.
Nos deux coeurs en dix ans n'ont pas vieilli d'un jour.
Va, ne fais pas au temps de plainte et de reproche.
A mesure qu'il fuit, du ciel il nous rapproche,
Sans nous éloigner de l'amour.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 29/02/2012

 

Un coup de vent passa, souffle leste et charmant
Qui fit tourbillonner les jupes follement.
Je la savais ailée, étoilée, azurée,
Je l'adorais; mon âme allait dans l'empyrée
A sa suite. Oh! L'amour, c'est tout; le reste est vain.
Je ne supposais pas que cet être divin
Qui m'emportait rêveur si loin de la matière
Eût des jambes; soudain je vis sa jarretière;

Et cela me choqua: Quoi! Me dis-je, elle aussi!
Je la contemple, ému, tremblant, brûlant, transi,
Et je vois de la chair où j'adorais une âme!
Soit. Le songe est fini. Ce n'est donc qu'une femme
Qui marche sur la terre, et se retrousse au vent!
Et je fus amoureux bien plus qu'auparavant.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 29/02/2012

 

Vous ne la fuyez pas, oiseaux, petits farouches,
Car elle est votre soeur dans ce monde âpre et vain,

Elle a pour ce qui sort des âmes et des bouches
Votre dégoût divin.

Elle semble un rayon qui ploierait sous de l'ombre.
On se dit en voyant ce nimbe, ce parfum,
Cette grâce au milieu de nos laideurs sans nombre:
Peut-elle aimer quelqu'un?

Oh! Comme parmi vous elle marche, l'altière!
Elle dédaigne, esprit ailé, le ver qui fuit,
Et, lyre, la rumeur, et, souffle, la matière,
Et, lumière, la nuit.

Quand, seuls, au fond des bois nous nous perdons ensemble,
Je lui dis: j'aime! Avec mon regard le plus doux,
Elle répond: je hais. Et, voyant que je tremble,
Elle ajoute: pas vous.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 29/02/2012

Catégories:

Sais-tu ce que Dieu dit


Sais-tu ce que Dieu dit à l'enfant qui va naître?
Quand cet humble regard s'entr'ouvre à notre jour,
Il lui dit: va souffrir, va penser, va connaître;
Ame, perds l'innocence et rapporte l'amour!

Oui, c'est là le secret. Oui, c'est là le mystère.
Quoi qu'on fasse, il n'est rien qu'on ne puisse blâmer,
On tombe à chaque pas qu'on fait sur cette terre,
Tout est rempli d'erreur, mais il suffit d'aimer.

Colombe, c'est l'amour qu'il faut que tu rapportes!
Après ce dur voyage, obscur, long, hasardeux,
Le ciel d'où nous venons peut nous rouvrir ses portes.
On en est sorti seul, il faut y rentrer deux.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 28/02/2012

 

Récompense


Savoir qu'on sera lu par les yeux doux des femmes
Et qu'elles presseront, pendant les soirs d'hiver,
Votre livre imprégné d'un rayon tiède et clair
Qui venant droit du coeur ira droit vers les âmes.

Et savoir qu'au contact de vos vers pleins de flammes
Un frisson sensuel glissera sur leur chair,
Et que, vous évoquant comme un inconnu cher,
Elles vous béniront dans leurs épithalames!

Et savoir qu'au printemps, sous les branches des bois,
Elles tiendront encore vos pages dans leurs doigts
Qu'enserre élégamment le cercle d'or des bagues;

Et qu'assises sur l'herbe, au rebord des fossés,
Elles prendront leur part de vos tristesses vagues
Et vous rendront les pleurs que vous avez versés!...


Par: Georges Rodenbach

Ajoutée par Savinien le 10/01/2012

 

Le coffret


Ma mère, pour ses jours de deuil et de souci,
Garde dans un tiroir secret de sa commode
Un petit coffre en fer rouillé, de vieille mode,
Et ne me l'a fait voir que deux fois jusqu'ici.

Comme un cercueil, la boîte est funèbre et massive,
Et contient les cheveux de ses parents défunts,
Dans des sachets jaunis aux pénétrants parfums,
Qu'elle vient quelquefois baiser le soir, pensive!

Quand sont mortes mes soeurs blondes, on l'a rouvert
Pour y mettre des pleurs? Et deux boucles frisées!
Hélas! Nous ne gardions d'elles, chaînes brisées,
Que ces deux anneaux d'or dans ce coffret de fer.

Et toi, puisque ton front vers le tombeau se penche,
O mère, quand viendra l'inévitable jour
Où j'irai dans la boîte enfermer à mon tour
Un peu de tes cheveux... Que la mèche soit blanche!...


Par: Georges Rodenbach

Ajoutée par Savinien le 28/12/2011

 

L'ombre nue


J'ai fait de mon Amour cette blanche statue.
Regarde-la. Elle est debout, pensive et nue,
Au milieu du bassin où la mire son eau
Qui l'entoure d'un double et symbolique anneau
De pierre invariable et de cristal fidèle.
La colombe en passant la frôle de son aile,
Car l'Amour est vivant en ce marbre veiné
Qui de son long regard que rien n'a détourné,
Contemple, autour de lui dans l'eau proche apparue,
La fraîcheur de son ombre humide, vaine et nue.


Par: Henri François Joseph de Régnier

Ajoutée par Savinien le 28/12/2011

 

Pensez-vous quelquefois à ce que fait l'archange,
L'Etre d'en bas? Il est le Méchant. Il s'en venge?
Il prend l'âme, la vie et le jour à revers;
Et de sa chute il fait celle de l'univers.
L'enfer est tout entier dans ce mot: solitude.
Avec tous les remords qui sont l'inquiétude
Et le deuil de la terre, et dont il est l'aïeul,
Dans l'effrayant cachot des nuits, Satan est seul.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 17/10/2011

 

On voyait, aux lueurs des visions funèbres,
S'ouvrir et se fermer la gueule des ténèbres.
Partout apparaissait, à l'oeil épouvanté,
La face du néant, fait d'obscurité.
A chaque instant, le fond redevenait la cîme;
Et, comme une nuée au-dessus d'un abîme,
Dans cette ombre où rampaient les larves des fléaux,
Le monstre Nuit planait sur la bête Chaos.
C'était ainsi quand Dieu se levant, dit à l'ombre:
Je suis. Ce mot créa les étoiles sans nombre.
Et Satan dit à Dieu: tu ne seras pas seul.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 17/10/2011

 

Or, près des cieux, au bord du gouffre où rien ne change,
Une plume échappée à l'aile de l'archange
Etait restée, et pure et blanche, frissonnait.
L'ange au front de qui l'aube éblouissante naît,
La vit, la prit, et dit, l'oeil sur le ciel sublime:
- Seigneur, faut-il qu'elle aille, elle aussi, dans l'abîme? -
Il leva la main, Lui par la vie absorbé,
Et dit: - ne jetez pas ce qui n'est pas tombé.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 17/10/2011

 

Depuis quatre mille ans il tombait dans l'abîme
Il n'avait pas encore pu saisir une cime,
Ni lever une fois son front démesuré.
Il s'enfonçait dans l'ombre et la brume, effaré,
Seul, et derrière lui, dans les nuits éternelles,
Tombaient plus lentement les plumes de ses ailes.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 17/10/2011

 

Nos biens sont en idée, en espoir, en désir;
Posséder ce qu'on veut, est la fin du plaisir.


Par: Charles de Saint-Evremond

 

Ajoutée par Savinien le 27/09/2011

 

C'est fait de mes destins; je commence à sentir
Les incommodités que la vieillesse apporte.
Déjà la pâle Mort pour me faire partir,
D'un pied sec et tremblant vient frapper à ma porte.

Ainsi que le Soleil sur la fin de son cours
Paraît plutôt tomber que descendre dans l'onde;
Lorsque l'homme a passé les plus beaux de ses jours,
D'une course rapide il passe en l'autre monde.

Il faut éteindre en nous tous frivoles désirs,
Il faut nous détacher des terrestres plaisirs
Où sans discrétion notre appétit nous plonge.

Sortons de ces erreurs par un sage conseil;
Et cessant d'embrasser les images d'un songe,
Pensons à nous coucher pour le dernier sommeil.


Par: François L'Hermite (Tristant L'hermite)

 

Ajoutée par Savinien le 19/09/2011

 

Acte II, Scène 2


Excité d'un désir curieux,
Cette nuit je l'ai vue arriver en ces lieux,
Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes,
Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes,
Belle, sans ornements, dans le simple appareil
D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil.


Par: Jean Racine

Extrait de: Britannicus (1669)

Ajoutée par Savinien le 19/09/2011

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Acte I, Scène 1


Ma foi! Sur l'avenir, bien fou qui se fiera:
Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.


Par: Jean Racine

Ajoutée par Savinien le 19/09/2011

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La coupe et les lèvres


Le coeur d'un homme vierge est un vase profond.
Lorsque la première eau qu'on y verse est impure,
La mer y passerait sans laver la souillure,
Car l'abîme est immense, et la tache est au fond.


Par: Alfred de Musset

Ajoutée par Savinien le 17/09/2011

 

Lorsque deux nobles coeurs se sont vraiment aimés
Leur amour est plus fort que la mort elle-même
Cueillons les souvenirs que nous avons semés
Et l'absence après tout n'est rien lorsque l'on s'aime.


Par: Guillaume Apollinaire

Ajoutée par Savinien le 14/09/2011

 

Nous sommes tous les deux voisins du ciel, Madame,
Puisque vous êtes belle, et puisque je suis vieux.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 21/05/2011

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Ultima Verba


J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et sans considérer
Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.
Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla;
S'il en demeure dix, je serai le dixième;
Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-la!


Par: Victor Hugo

 

Ajoutée par Savinien le 21/05/2011

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Une


Sphinx aux yeux d'émeraude, angélique vampire,
Elle rêve sous l'or cruel de ses frissons;
La rougeur de sa bouche est pareille aux tisons.
Ses yeux sont faux, son coeur est faux, son amour pire.

Sous son front dur médite un songe obscur d'empire.
Elle est la fleur superbe et froide des poisons,
Et le péché mortel aux âcres floraisons
De sa chair vénéneuse en parfums noirs transpire.

Sur son trône, qu'un art sombre sut tourmenter,
Immobile, elle écoute au loin se lamenter
La mer des pauvres coeurs qui saignent ses blessures;

Et, bercée aux sanglots, elle songe, et parfois
Brûle d'un regard lourd, où couvent des luxures,
L'âme vierge du lis qui se meurt dans ses doigts.


Par: Albert Samain

 

Ajoutée par Savinien le 16/05/2011

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