Thématique citations : Les alexandrins

879 Citations

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Par les beaux soirs d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue:
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds
Je laisserai le vent baigner ma tête nue...
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien...
Mais un amour immense entrera dans mon âme :
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - Heureux comme avec une femme!


Par: Arthur Rimbaud

Ajoutée par Savinien le 15/08/2020

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Roman


Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
Lorsque, dans la clarté pâle d'un réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants
Sous l'ombre du faux-col effrayant de son père.

Et comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne alerte et d'un mouvement vif.
Sur vos lèvres, alors, meurent les cavatines.

Vous êtes amoureux, loué jusqu'au mois d'août!
Vous êtes amoureux: vos sonnets la font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire.

Ce soir-là, vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.


Par: Arthur Rimbaud

 

Ajoutée par Savinien le 15/08/2020

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Où vont ces enfants?


Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit?
Ces doux êtres pensifs, que la fièvre maigrit?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules?
ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules;
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue;
Aussi quelle pâleur! La cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas!
Ils semblent dire à Dieu: « Petits comme nous sommes,
Notre Père, voyez ce que nous font les hommes! »


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 04/06/2020

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Seul et triste au milieu des chants des matelots,
Le soir, sous la falaise, à cette heure où les flots,
S'ouvrant et se fermant comme autant de narines,
Mêlent au vent des cieux mille haleines marines,
Où l'on entend dans l'air d'ineffables échos
Qui viennent de la terre ou qui viennent des eaux,
Ainsi je songe! A vous, enfants, maison, famille,
A la table qui rit, au foyer qui pétille,
A tous les soins pieux que répandent sur vous
Votre mère si tendre et votre aïeul si doux;
Et, tandis qu'à mes pieds s'étend, couvert de voiles,
Le limpide Océan, ce miroir des étoiles,
Tandis que les nochers laissent errer leurs yeux
De l'infini des mers à l'infini des cieux;
Moi, rêvant à vous seuls, je contemple et je sonde
L'amour que j'ai pour vous dans mon âme profonde,
Amour doux et puissant qui toujours m'est resté;
Et cette grande mer est petite à côté!


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 04/06/2020

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Epitaphe


Il vivait, il jouait, riante créature.
Que te sert d'avoir pris cet enfant, ô nature?
N'as-tu pas les oiseaux peints de mille couleurs,
Les astres, les grands bois, le ciel bleu, l'onde amère?
Que te sert d'avoir pris cet enfant à sa mère,
Et de l'avoir caché sous des touffes de fleurs?

Pour cet enfant de plus, tu n'es pas plus peuplée,
Tu n'es pas plus joyeuse, ô nature étoilée!
Et le coeur de la mère, en proie à tant de soins,
Ce coeur où toute joie engendre une torture,
Cet abîme aussi grand que toi-même, ô nature,
Est vide et désolé pour cet enfant de moins!


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 04/06/2020

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Ruines


J'ai vu dans un jardin une brillante Fleur;
De l'amour elle avait emprunté la couleur,
Et mille papillons voltigeant autour d'elle,
L'effleuraient en passant d'un baiser de leur aile.
Un Rossignol, caché dans ses légers rameaux.
Lui chantait, radieux, tous ses chants les plus beaux,
Et même osait parfois, plein d'allégresse folle.
Poser son bec rosé sur la rose corolle.
...Plus tard j'ai repassé devant le beau jardin.
Je voulais voir la fleur, connaître son Destin;
Mais elle n'était plus que ruine légère
Et le rossignol mort reposait sur la terre.


Par: Alice de Chambrier

Ajoutée par Savinien le 04/06/2020

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J'aurai vingt ans demain


J'aurai vingt ans demain! Faut-il pleurer ou rire?
Saluer l'avenir, regretter le passé,
Et tourner le feuillet du livre qu'il faut lire,
Qu'il intéresse ou non, qu'on aime ou soit lassé?

Vingt ans, ce sont les fleurs toutes fraîches écloses,
Les lilas parfumés dans les feuillages verts,
Les marguerites d'or et les boutons de roses
Que le printemps qui fuit laisse tout entr'ouverts...

Mais c'est aussi parfois l'instant plein de tristesses
Où l'homme, regrettant les jours évanouis,
Au seuil de l'inconnu tout rempli de promesses
Sent des larmes au fond de ses yeux éblouis!


Par: Alice de Chambrier

Ajoutée par Savinien le 04/06/2020

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Acte II, Scène 2


Mais je sens que pour toi ma pitié s'intéresse;
J'admire ton courage, et je plains ta jeunesse.
Ne cherche point à faire un coup d'essai fatal;
Dispense ma valeur d'un combat inégal;
Trop peu d'honneur pour moi suivrait cette victoire:
A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
On te croirait toujours abattu sans effort;
Et j'aurais seulement le regret de ta mort.


Par: Pierre Corneille

Extrait de: Le Cid (1636)

Ajoutée par Savinien le 28/05/2020

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Les feux follets


Quand je vois le soleil se lever le matin,
Je m'élance en idée à travers la campagne.
Je les fais tout en fleurs, mes châteaux en Espagne.
Pendant cela, mon coeur folâtre dans le thym.

J'aime la paix des champs, sous l'humide feuillage,
Que de ruisseaux bavards et d'oiseaux inspirés!
Heureux qui naît et meurt dans son joyeux village,
Sans porter au-delà ses désirs égarés.

La mousse, les halliers pleins de bruyères roses,
Le vieux chêne penseur et le lierre noirci,
Que sais-je? Tout sourit et dit de belles choses.
O poète amoureux, venez rêver ici!

Vous verrez sautiller mille bergeronnettes;
Vous verrez les étangs où poussent les roseaux;
Où le soir, dans l'été, murmurent les reinettes.
Quand la lune descend dans les dormantes eaux.


Par: Adèle Esquiros

Ajoutée par Savinien le 24/05/2020

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Marie Ferré


Mes amis, puisqu'il faut nous dire qu'elle est morte,
Qu'au seuil de nos prisons, nous ne la verrons plus;
Puisque du froid néant nul ne rouvre la porte,
Que vers les trépassés nos cris sont superflus;
Parlons d'elle un instant; que son nom nous reporte
Vers ceux que nous avons perdus.

Modeste, elle savait être héroïque et fière.
Souvent, nous admirions ce contraste charmant!
Maintenant, c'en est fait, dans le noir cimetière
Pour jamais elle dort, emportant en mourant
Notre dernier sourire; et mon coeur sous sa pierre
Se sent enseveli vivant.


Par: Louise Michel

Ajoutée par Savinien le 22/05/2020

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Adieu à ma tourelle


Adieu dans le manoir ma rêveuse retraite!
Adieu ma haute tour ouverte à tous les vents!
Il reste à tes vieux murs la mousse de leur crête
Et moi, frêle rameau brisé par la tempête,
Je suivrai loin de toi les rapides courants.

Tu reverras sans moi venir les hirondelles
Qui dans les jours d'été chantent au bord des toits.
Mais, si je vais errer fugitive comme elles,
Ne manquera-t-il rien, dis-moi, sous les tourelles,
Quand leurs tristes échos ne diront plus ma voix?


Par: Louise Michel

Ajoutée par Savinien le 19/05/2020

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Les hirondelles


Hirondelle qui viens de la nue orageuse,
Hirondelle fidèle, où vas-tu? Dis-le-moi.
Quelle brise t'emporte, errante voyageuse?
Écoute, je voudrais m'en aller avec toi,

Bien loin, bien loin d'ici vers d'immenses rivages,
Vers de grands rochers nus, des grèves, des déserts,
Dans l'inconnu muet, ou bien vers d'autres âges,
Vers les astres errants qui roulent dans les airs.


Par: Louise Michel

Ajoutée par Savinien le 18/05/2020

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Niobé


Un spectre au coeur saignant comme frappé d'un glaive,
Drapé dans un linceul et les cheveux épars,
Les yeux noyés de pleurs, dans les bois, sur la grève,
Errant avec la nuit... Jamais sinistre rêve
N'eut telle vision dans ses pâles brouillards.

Jamais non plus le songe, en ses splendeurs divines,
L'oeil ébloui du mage, aux soleils flamboyants,
Ne virent, aux grands jours des fêtes sibyllines,
Déesse plus auguste, au sommet des collines,
Fouler les verts gazons sous ses pieds triomphants.

Laissez passer cette ombre au fond des vastes plaines;
Au fond des bois profonds elle fuit les vivants;
Tout le sang de son coeur, tout le sang de ses veines
A coulé sur la terre où rugissent les haines.
Place! C'est Niobé qui pleure ses enfants.


Par: Louise Michel

Ajoutée par Savinien le 18/05/2020

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Misères


La rêveuse Allemagne eut son premier sourire;
Parmi ses jeunes soeurs, vierges aux blonds cheveux,
Souvent sa voix vibrait comme un chant sur la lyre
Et son regard d'azur se mêlait aux grands cieux.

Voilà ce qu'elle était quand l'horrible misère
Vint s'asseoir au foyer, quand elle eut faim et froid,
Qu'à la fosse commune on eut porté sa mère,
Et que le vent d'hiver glissa sur l'humble toit.

C'est votre oeuvre à vous tous dont jamais la nuit sombre
Ne cache les bienfaits sous les voiles du soir,
Vous qui passez sans voir les misères sans nombre
Ou qui fermez l'oreille aux cris du désespoir.

Oui, c'est vous; frémissez, car elle s'est vendue,
La malheureuse enfant, pour des haillons hideux:
On permet de se vendre, on défend d'aller nue.
Que vous importent à vous tous ces détails affreux?

Pleurons, amis, pleurons! Oh! N'est-il donc personne
Qui s'en aille sans cesse et la nuit et le jour,
À l'heure où paraît l'aube, à l'heure où minuit sonne,
Relevant, consolant le pauvre avec amour.


Par: Louise Michel

Ajoutée par Savinien le 18/05/2020

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N'ouvrez donc point ce livre où vous verriez des tombes
Sous les arbres en fleur, ô vous qui n'aimez pas
Que la mort au front pâle, aux nids blancs des colombes
Par les beaux soirs d'été souvent porte ses pas.

Oh! Non, ne l'ouvrez point! Chaque strophe, âme sombre,
Vous laisserait aux mains, sous le ciel nébuleux,
La poussière d'une urne, et peut-être à son ombre
Dans un songe effrayant vous verriez les grands cieux.

Mais pour moi je m'en vais sans crainte dans l'espace,
Où? Je l'ignore encore, je cherche le chemin.
Si dans le grand désert nul voyageur ne passe,
Qu'importe! J'irai seule à la voix du destin.


Par: Louise Michel

Ajoutée par Savinien le 18/05/2020

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Fraternité


Un jour, je vis passer une femme inconnue.
Cette femme semblait descendre de la nue;
Elle avait sur le dos des ailes, et du miel
Sur sa bouche entr'ouverte, et dans ses yeux le ciel.
À des voyageurs las, à des errants sans nombre,
Elle montrait du doigt une route dans l'ombre,
Et semblait dire: on peut se tromper de chemin.
Son regard faisait grâce à tout le genre humain;
Elle était radieuse et douce; et, derrière elle,
Des monstres attendris venaient, baisant son aile,
Des lions graciés, des tigres repentants,
Nemrod sauvé, Néron en pleurs; et par instants
À force d'être bonne elle paraissait folle.
Et, tombant à genoux, sans dire une parole,
Je l'adorai, croyant deviner qui c'était.
Mais elle, - devant l'ange en vain l'homme se tait, -
Vit ma pensée, et dit: faut-il qu'on t'avertisse?
Tu me crois la pitié; fils, je suis la justice.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 14/05/2020

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Persévérance


Voyez, de grands rayons marquent de grands passages;
L'ombre est pleine partout du flamboiement des sages;
Voici l'endroit profond où Pascal s'est penché.
Criant: gouffre! Jean-Jacques où je marche a marché;
C'est là que, s'envolant lui-même aux cieux, Voltaire,
Se sentant devenir sublime, a perdu terre,
Disant: je vois! Ainsi qu'un prophète ébloui.
Luttons, comme eux; luttons, le front épanoui;
Marchons! Un pas qu'on fait, c'est un champ qu'on révèle;
Déchiffrons dans les temps nouveaux la loi nouvelle;
Le coeur n'est jamais sourd, l'esprit n'est jamais las,
Et la route est ouverte aux fiers apostolats.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 14/05/2020

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Oh! Laissez-moi!


Ah! Laissez-moi songer! La journée est si brève,
Et les plus beaux instants sont les instants du rêve:
C'est alors que l'esprit se sent le plus léger;
C'est alors qu'affranchi de tout lien funeste,
Il plane et va se perdre en l'espace céleste:
La journée est si brève, ah! Laissez-moi songer!

Ah! Laissez-moi pleurer! L'existence est si dure!
De tout ce que l'on aime ici-bas, rien ne dure,
Dans l'éternelle nuit, hélas! Tout doit sombrer;
Il faut voir, dans la lutte inégale et suprême,
Le trépas engloutir tous les êtres qu'on aime:
L'existence est si dure, ah! Laissez-moi pleurer!


Par: Alice de Chambrier

Extrait de: Au-delà (1883)

Ajoutée par Savinien le 12/05/2020

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Amitié


Peut-être existe-t-il une âme sur la terre
Pour la mienne créée, et dont elle est la soeur:
Heureuse et fortunée, ou pauvre et solitaire,
Elle me comprendrait et lirait dans mon cœur.

Elle partagerait mes secrètes pensées,
Elle aurait mon amour, j'aurais toute sa foi;
Sans cesse étroitement l'une à l'autre enlacées,
J'existerais pour elle, elle vivrait pour moi.

Nous ne nous ferions point de bruyante promesse,
Nous nous dirions beaucoup en nous parlant très peu:
Un sourire, un regard, souvent une caresse,
Quelquefois un baiser, tendre et discret aveu.

Nous porterions ensemble et la joie et la peine,
La croix serait moins lourde et le bonheur plus pur,
Et nous achèverions notre carrière humaine,
Sûres de nous revoir au delà de l'azur.


Par: Alice de Chambrier

Extrait de: Au-delà (1883)

Ajoutée par Savinien le 12/05/2020

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L'inconnu


Hélas! C'est donc ainsi que toute chose passe!
Chaque jour qui s'enfuit n'est jamais racheté,
Et le temps qui s'en va sans laisser nulle trace
Nous porte lentement jusqu'à l'éternité.

Mais nul ne connaît l'heure où la course s'achève.
Alcyons fugitifs sur l'écume des flots,
Nous allons, poursuivis par un semblable rêve,
Mêlant la joie aux pleurs et le rire aux sanglots.

L'avenir devant nous paraît riant ou sombre,
Mais le but qu'il présente est le même pour tous;
Dans les clartés du jour ou dans l'horreur de l'ombre,
Le trépas se tient là, prêt à fondre sur nous.


Par: Alice de Chambrier

Extrait de: Au-delà (1883)

Ajoutée par Savinien le 12/05/2020

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Acte V, Scène 6


Que dites-vous?... C'est inutile?... Je le sais!
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès!
Non! Non! C'est bien plus beau lorsque c'est inutile!
- Qu'est-ce que c'est tous ceux-là? - Vous êtes mille?
Ah! Je vous reconnais, tous mes vieux ennemis!
Le Mensonge ?
Tiens, tiens! - Ha! Ha! Les Compromis!
Les Préjugés, les Lâchetés!...
Que je pactise?
Jamais, jamais! - Ah! Te voilà, toi, la Sottise!
- Je sais bien qu'à la fin vous me mettrez à bas;
N'importe: je me bats! Je me bats! Je me bats!


Par: Edmond Rostand

Ajoutée par Savinien le 12/05/2020

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La vie aux champs


Le soir, à la campagne, on sort, on se promène,
Le pauvre dans son champ, le riche en son domaine;
Moi, je vais devant moi; le poète en tout lieu
Se sent chez lui, sentant qu'il est partout chez Dieu.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 07/05/2020

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Acte IV, Scène 2


Si haut que soit le but où votre orgueil aspire,
Voilà le dernier terme!... - Oh! L'empire! L'empire!
Que m'importe! J'y touche, et le trouve à mon gré.
Quelque chose me dit: Tu l'auras! - Je l'aurai. -
Si je l'avais!... - Ô ciel! Etre ce qui commence!
Seul, debout, au plus haut de la spirale immense!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 05/05/2020

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Acte III, Scène 1


Oh! Que je donnerais mes blés et mes forêts,
Et les vastes troupeaux qui tondent mes collines,
Mon vieux nom, mon vieux titre, et toutes mes ruines,
Et tous mes vieux aïeux, qui bientôt m’attendront,
Pour sa chaumière neuve et pour son jeune front! -
Car ses cheveux sont noirs, car son oeil reluit comme
Le tien. Tu peux le voir et dire: Ce jeune homme!
Et puis penser à moi qui suis vieux. Je le sais!
Pourtant j'ai nom Silva; mais ce n'est plus assez !
Oui, je me dis cela. Vois à quel point je t'aime.
Le tout, pour être jeune et beau comme toi-même!
Mais à quoi vais-je ici rêver? Moi, jeune et beau!
Qui te dois de si loin devancer au tombeau!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 05/05/2020

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Patrie


Je n'admets pas qu'il soit permis aux sombres causes
Qui mêlent aux droits vrais l'aveuglement des choses
De faire rebrousser chemin à la raison;
Je dénonce un revers qui vient par trahison;
Quand la gloire et l'honneur tombent dans une embûche,
J'affirme que c'est Dieu lui-même qui trébuche;


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 03/05/2020

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La sieste


Elle fait au milieu du jour son petit somme;
Car l'enfant a besoin du rêve plus que l'homme:
Cette terre est si laide alors qu'on vient du ciel!
L'enfant cherche à revoir Chérubin, Ariel,
Ses camarades, Puck, Titania, les fées,
Et ses mains quand il dort sont par Dieu réchauffées.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 03/05/2020

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Acte V, Scène 9


Je ne plaisante plus, et ne vous connais point,
Dans tous les lieux, au reste, observez bien ce point:
Respectez ce qu'ici je respecte et que j'aime;
Songez que l'offenser, c'est m'offenser moi même!


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Le méchant (1747)

Ajoutée par Savinien le 03/05/2020

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Acte IV, Scène 11


Quoiqu'elle garde encore des airs sur la vertu,
De grands mots sur le coeur; qui n'a-t-elle pas eu?
Elle a perdu les noms; elle a peu de mémoire;
Mais tout Paris pourrait en retrouver l'histoire,
Et je n'aspire point à l'honneur singulier
D'être le successeur de l'univers entier.


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Le méchant (1747)

Ajoutée par Savinien le 03/05/2020

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Tristesse d'Olympio


Dieu nous prête un moment les prés et les fontaines,
Les grands bois frissonnants, les rocs profonds et sourds
Et les cieux azurés et les lacs et les plaines,
Pour y mettre nos coeurs, nos rêves, nos amours!

Puis il nous les retire. Il souffle notre flamme;
Il plonge dans la nuit l'antre où nous rayonnons;
Et dit à la vallée, où s'imprima notre âme,
D'effacer notre trace et d'oublier nos noms.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 01/05/2020

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Seul dans tes grands bois


Seul dans tes grands bois, seul dans tes grandes pensées,
Tu marches, et les vents, les feuilles balancées,
Les sources, les oiseaux t'approchent sans effroi,
Les vieux arbres pensifs dont l'ombre emplit la cime,
Chantent autour de toi le même hymne sublime
Que ton âme, ô rêveur, chante au dedans de toi!


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 01/05/2020

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Acte IV, Scène 7


Je n'ai vu que l'ennui chez la méchanceté.
Ce jargon éternel de la froide ironie,
L'air de dénigrement, l'aigreur, la jalousie,
Ce ton mystérieux, ces petits mots sans fin,
Toujours avec un air qui voudrait être fin,
Ces indiscrétions, ces rapports infidèles,
Ces basses faussetés, ces trahisons cruelles,
Tout cela n'est-il pas, à le bien définir,
L'image de la haine, et la mort du plaisir?
Aussi ne voit-on plus où sont ces caractères,
L'aisance, la franchise et les plaisirs sincères.
On est en garde, on doute enfin si l'on rira:
L'esprit qu'on veut avoir gâte celui qu'on a.


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Le méchant (1747)

Ajoutée par Savinien le 26/04/2020

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Acte III, Scène 4


Quel honneur trouvez-vous à poursuivre, à confondre,
A désoler quelqu'un qui ne peut vous répondre?
Ce triomphe honteux de la méchanceté
Réunit la bassesse et l'inhumanité.
Quand sur l'esprit d'un autre on a quelque avantage,
N'est-il pas plus flatteur d'en mériter l'hommage,
De voiler, d'enhardir la faiblesse d'autrui,
Et d'en être, à la fois, et l'amour et l'appui?


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Le méchant (1747)

Ajoutée par Savinien le 26/04/2020

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Acte III, Scène 4


J'ai vu d'autres méchants d'un grave caractère,
Gens laconiques, froids, à qui rien ne peut plaire.
Examinez-les bien, un ton sentencieux
Cache leur nullité sous un air dédaigneux.
Cléon souvent aussi prend cet air d'importance;
Il veut être méchant, jusques dans son silence;
Mais qu'il se taise ou non, tous les esprits bien faits
Sauront le mépriser, jusques dans ses succès.


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Le méchant (1747)

Ajoutée par Savinien le 26/04/2020

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Acte II, Scène 3


Tout ce qui vit n'est fait que pour nous réjouir,
Et se moquer du monde est tout l'art d'en jouir.
Ma foi quand je parcours tout ce qui le compose,
Je ne trouve que nous qui valions quelque chose.


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Le méchant (1747)

Ajoutée par Savinien le 26/04/2020

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Acte II, Scène 1


Quant aux amis, crois-moi, ce vain nom qu'on se donne
Se prend chez tout le monde, et n'est vrai chez personne.


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Le méchant (1747)

Ajoutée par Savinien le 26/04/2020

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Acte II, Scène 1


Cela m'est fort égal. On me craint, on m'estime:
C'est tout ce que je veux; et je tiens pour maxime
Que la plate amitié, dont on fait tant de cas
Ne vaut pas les plaisirs des gens qu'on n'aime pas.


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Le méchant (1747)

Ajoutée par Savinien le 26/04/2020

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Acte III, Scène 5


Vous par qui je reçois une plus belle vie,
Oubliez mes fureurs, ma chère Rosalie!
Ne voyez que l'amour qui vient me ranimer:
Le jour ne serait rien sans le bonheur d'aimer!


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Sydney (1745)

Ajoutée par Savinien le 26/04/2020

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Acte II, Scène 6


Faut-il donc, sans honneur, attendre la vieillesse,
Traînant, pour tout destin, les regrets, la faiblesse;
Pour objet éternel l'affreuse vérité,
Et pour tout sentiment, l'ennui d'avoir été?
C'est au stupide, au lâche, à plier sous la peine,
A ramper, à vieillir, sous le poids de sa chaîne...
Mais, vous en conviendrez, quand on sait réfléchir,
Malheureux sans remède, on doit savoir finir.


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Sydney (1745)

Ajoutée par Savinien le 26/04/2020

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Acte II, Scène 2


En vain à mes regards vous offrez le tableau
D'une nouvelle vie, et d'un bonheur nouveau.
Tout vrai bonheur dépend de notre façon d'être:
Mon état désormais est de n'en plus connaître.
Privé du sentiment, et mort à tout plaisir,
Mon coeur anéanti n'est plus fait pour jouir.


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Sydney (1745)

Ajoutée par Savinien le 25/04/2020

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Acte II, Scène 2


Dans le brillant fracas où j'ai longtemps vécu,
J'ai tout vu, tout goûté, tout revu, tout connu,
J'ai rempli, pour ma part, ce théâtre frivole.
Si chacun n'y restait que le temps de son rôle,
Tout serait à sa place, et l'on ne verrait pas
Tant de gens éternels, dont le Public est las!
Le monde, usé pour moi, n'a plus rien qui me touche;
Et c'est pour lui sauver un rêveur si farouche
Qu'étranger désormais à la société
Je viens de mes déserts chercher l'obscurité.


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Sydney (1745)

Ajoutée par Savinien le 25/04/2020

Catégories:

Acte II, scène 2


Accablé du fardeau d'une tristesse extrême,
Réduit au sort affreux d'être à charge à moi-même,
J'épargne aux yeux d'autrui l'objet fastidieux
D'homme ennuyé partout, et par tout ennuyeux.


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Sydney (1745)

Ajoutée par Savinien le 25/04/2020

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Acte I, Scène 6


Pour des soins importants à lui seul je m'adresse.
Tous ces autres amis, réunis par l'humeur,
Liés par les plaisirs, tiennent peu par le coeur.
Je me fie au seul d'eux que je trouve estimable.
L'homme qui pense est seul un ami véritable.


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Sydney (1745)

Ajoutée par Savinien le 25/04/2020

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Acte I, Scène 5


Depuis qu'à ce parti mon esprit s'est rangé,
Du poids de mes ennuis je me sens soulagé.
Nulle chaîne, en effet, n'arrête une âme ferme;
Et les maux ne sont rien quand on en voit le terme...


Par: Jean-Baptiste Louis Gresset

Extrait de: Sydney (1745)

Ajoutée par Savinien le 25/04/2020

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Epître à l'amitié


Noble et tendre Amitié, je te chante en mes vers,
Du poids de tant de maux semés dans l'univers,
Par tes soins consolants c'est toi qui nous soulages.
Trésor de tous les lieux, bonheur de tous les âges,
Le ciel te fit pour l'homme, et tes charmes touchants
Sont nos derniers plaisirs, sont nos premiers penchants.

Trop heureux le mortel sensible et solitaire
Qui s'aime en son ami, qui dans lui sait se plaire,
Qui borne à son pouvoir ses faciles désirs,
Et dans le coeur d'un autre a mis tous ses plaisirs!

Hélas! De maux obscurs notre vie est semée.
C'est un tribut secret que l'on paie en douleurs.
Sur ce sol dévorant, fécondé par nos pleurs,
D'où l'éclair de nos jours va bientôt disparaître,
Où sous la ronce encore la ronce aime à renaître,
Parmi tant de malheurs, dans sa tendre pitié,
Le ciel, qui les prévit, nous donna l'Amitié.


Par: Jean-François Ducis

Ajoutée par Savinien le 20/04/2020

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Acte I, Scène 15


On ne peut, avec lui, se venger à son aise.
Mon pauvre chevalier, ah! Qu'un secret vous pèse!
Plus de société désormais entre nous:
(gaiement)
Du moins, pour les noirceurs, je les ferai sans vous.


Par: Nicolas Thomas Barthe

Ajoutée par Savinien le 16/04/2020

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Acte I, Scène 12


A tant de perfidie aurais-je dû m'attendre?
Engager un amant, l'enflammer, l'attendrir,
Lui promettre sou coeur, sa main, et le trahir!
Le moyen qu'à ce coup l'infortuné survive?


Par: Nicolas Thomas Barthe

Ajoutée par Savinien le 16/04/2020

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Acte I, Scène 1


L'amour jaloux a trop l'air de la haine.
Formons d'heureux liens, et point de triste chaîne.
De l'amour, s'il se peut, n'ayons que les douceurs:
Moi, j'en ai la tendresse... et d'autres les fureurs.


Par: Nicolas Thomas Barthe

Ajoutée par Savinien le 16/04/2020

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Sur un bel esprit


Peste! Quel orateur! Peste! Quel beau génie!
Tous les sujets divers, comme il vous les manie!
Il vous entretiendrait, ce grand Mirobolan,
Depuis le premier jour jusqu'au dernier de l'an;
De tout ce qu'il a dit je sens que je suis ivre,
Jusqu'à présent personne à tel point ne m'a plu
Vous-même, convenez qu'il parle comme un livre,
- Oui, comme un livre qu'on a lu.


Par: Stanislas Jean de Boufflers (Chevalier de Boufflers)

Ajoutée par Savinien le 11/04/2020

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Epitaphe traduite de l'anthologie


Mortels, sous cet abri, je ne suis plus des vôtres;
Fortune, espoir, amour, vous en tromperez d'autres.


Par: Stanislas Jean de Boufflers (Chevalier de Boufflers)

Ajoutée par Savinien le 11/04/2020

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A madame la princesse de Ratziville


Quand les beaux yeux d'Hélène échauffent cette terre,
La rose a plus d'éclat, l'oiseau de plus doux chants;
Tout rit, tout s'embellit, tout apprend d'elle à plaire;
Moi-même j'y retrouve à la fois deux printemps,
Celui de la nature et celui de mes ans.


Par: Stanislas Jean de Boufflers (Chevalier de Boufflers)

Ajoutée par Savinien le 09/04/2020

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Pg 5/18