Mémoires de Louise Michel écrits par elle-même
Année de parution : 1886 Tout le monde connaît, ou croit connaître l’ex-déportée de 1871, l’ex-pensionnaire de la maison centrale de Clermont, la prisonnière devant laquelle viennent enfin de s’ouvrir les portes de Saint-Lazare. Mais il y a deux Louise Michel : celle de la légende et celle de la réalité, qui n’ont l’une avec l’autre aucun point de ressemblance. On peut repousser ses idées, blâmer ses actes; on ne saurait s’empêcher de l’aimer et de respecter, même dans leurs écarts, les convictions ardentes et sincères qui l’animent. Cette violente anarchiste est une séductrice. Les directeurs et les employés des nombreuses prisons traversées par elle sont tous devenus ses amis; les religieuses elles-mêmes de Saint-Lazare vivaient avec cette athée, avec cette farouche révolutionnaire en parfaite intelligence. C’est qu’il y a, en effet, chez elle - que Mlle Louise Michel me pardonne! - quelque chose de la sœur de charité. Elle est l’abnégation et le dévouement incarnés. Sans s’en douter, sans s’en apercevoir, elle joue autour d’elle le rôle d’une providence. Oublieuse de ses propres besoins et de ses propres ennuis, elle ne se préoccupe que des chagrins ou des besoins des autres. |
