Thématique citations : Les alexandrins
879 Citations
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Acte I, Scène 1
Votre esprit à l'hymen renonce pour toujours,
Et la philosophie a toutes vos amours:
Ainsi n'ayant au coeur nul dessein pour Clitandre,
Que vous importe-t-il qu'on y puisse prétendre?
Cet empire que tient la raison sur les sens,
Ne fait pas renoncer aux douceurs des encens;
Et l'on peut pour époux refuser un mérite
Que pour adorateur on veut bien à sa suite.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Les femmes savantes (1672)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte I, Scène 1
Quand sur une personne on prétend se régler,
C'est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Les femmes savantes (1672)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte I, Scène 1
Le Ciel, dont nous voyons que l'ordre est tout-puissant,
Pour différents emplois nous fabrique en naissant;
Et tout esprit n'est pas composé d'une étoffe
Qui se trouve taillée à faire un philosophe.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Les femmes savantes (1672)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte I, Scène 1
Mon Dieu, que votre esprit est d'un étage bas!
Que vous jouez au monde un petit personnage,
De vous claquemurer aux choses du ménage,
Et de n'entrevoir point de plaisirs plus touchants,
Qu'un idole d'époux, et des marmots d'enfants!
Laissez aux gens grossiers, aux personnes vulgaires,
Les bas amusements de ces sortes d'affaires.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Les femmes savantes (1672)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte II, Scène 2
Si j'étais en sa place, un homme assurément
Ne m'épouserait pas de force impunément;
Et je lui ferais voir, bientôt après la fête,
Qu'une femme a toujours une vengeance prête.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Le Tartuffe ou l'imposteur (1669)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte II, Scène 2
Il est bien difficile enfin d'être fidèle
A de certains maris faits d'un certain modèle;
Et qui donne à sa fille un homme qu'elle hait,
Est responsable au ciel des fautes qu'elle fait.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Le Tartuffe ou l'imposteur (1669)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte V, Scène 5
Vous vous plaignez à tort, à tort vous le blâmez,
Et ses pieux desseins par là sont confirmés.
Dans l'amour du prochain sa vertu se consomme:
Il sait que très souvent les biens corrompent l'homme,
Et, par charité pure, il veut vous enlever
Tout ce qui vous peut faire obstacle à vous sauver.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Le Tartuffe ou l'imposteur (1669)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte V, Scène 3
Mon Dieu! Le plus souvent l'apparence déçoit:
Il ne faut pas toujours juger sur ce qu'on voit.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Le Tartuffe ou l'imposteur (1669)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte V, Scène 3
La vertu dans le monde est toujours poursuivie;
Les envieux mourront, mais non jamais l'envie.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Le Tartuffe ou l'imposteur (1669)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte III, Scène 3
Ah! Pour être dévot, je n'en suis pas moins homme:
Et, lorsqu'on vient à voir vos célestes appas,
Un coeur se laisse prendre, et ne raisonne pas.
Je sais qu'un tel discours de moi paraît étrange:
Mais, madame, après tout, je ne suis pas un ange.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Le Tartuffe ou l'imposteur (1669)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte III, Scène 3
Ce m'est, je le confesse, une audace bien grande
Que d'oser de ce coeur vous adresser l'offrande:
Mais j'attends en mes voeux tout de votre bonté,
Et rien des vains efforts de mon infirmité.
En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude;
De vous dépend ma peine ou ma béatitude;
Et je vais être enfin, par votre seul arrêt,
Heureux, si vous voulez; malheureux, s'il vous plaît.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Le Tartuffe ou l'imposteur (1669)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte III, Scène 2
Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.
Vous êtes donc bien tendre à la tentation;
Et la chair sur vos sens fait grande impression!
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte:
Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte:
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,
Que toute votre peau ne me tenterait pas.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Le Tartuffe ou l'imposteur (1669)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte III, Scène 1
On n'exécute pas tout ce qui se propose;
Et le chemin est long du projet à la chose.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Le Tartuffe ou l'imposteur (1669)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte II, Scène 4
J'y ferai mon possible, et vous le pouvez croire.
Un coeur qui nous oublie engage notre gloire;
Il faut à l'oublier mettre aussi tous nos soins;
Si l'on n'en vient à bout, on le doit feindre au moins.
Et cette lâcheté jamais ne se pardonne,
De montrer de l'amour pour qui nous abandonne.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Le Tartuffe ou l'imposteur (1669)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte I, Scène 6
Voilà de vos pareils le discours ordinaire:
Ils veulent que chacun soit aveugle comme eux.
C'est être libertin que d'avoir de bons yeux;
Et qui n'adore pas de vaines simagrées,
N'a ni respect ni foi pour les choses sacrées.
Allez, tous vos discours ne me font point de peur;
Je sais comme je parle, et le ciel voit mon coeur.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Le Tartuffe ou l'imposteur (1669)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte I, Scène 1
Ceux de qui la conduite offre le plus à rire
Sont toujours sur autrui les premiers à médire.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Le Tartuffe ou l'imposteur (1669)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
Acte I, Scène 1
Contre la médisance il n'est point de rempart.
A tous les sots caquets n'ayons donc nul égard;
Efforçons-nous de vivre avec toute innocence,
Et laissons aux causeurs une pleine licence.
Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)
Extrait de: Le Tartuffe ou l'imposteur (1669)
Ajoutée par Savinien le 15/01/2021
K.X. Roussel
Les dieux ne sont pas morts puisque l'homme est vivant.
Ils glissent dans la brise et passent dans le vent;
Les soirs et les matins sont pleins de leurs haleines,
Leurs voix parlent dans les sources et les fontaines
Et c'est par eux que tout est si mystérieux!
Leur peuple nous observe avec des milliers d'yeux
Ouverts sur nous avec la nuit ou la lumière;
Il en est dans les eaux, il en est dans la pierre,
Dans la flamme, dans les feuillages et partout.
Ils s'effacent, puis nous surprennent tout à coup
Dans l'aurore aussi bien que dans le crépuscule
Et dans l'ombre où leur foule innombrable circule.
La Naïade se baigne à la source où tu bois
Et le Faune t'épie à la corne du bois.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Vestigia flammae (1921)
Ajoutée par Savinien le 07/01/2021
Plénitude
J'ai jeté le bâton coupé dans la forêt
Et je ne boirai plus de fontaine en fontaine;
Ma barque n'ira plus vers la rive lointaine
Où dans la brume d'or le cap brusque apparaît;
Partez, ô voyageurs, je reste sans regret!
A d'autres maintenant la voile et la carène
Avec toute la mer où chante la Sirène
Qui cache sous le flot son écailleux secret!
Je ne foulerai plus la poussière et la dalle
Et l'on n'entendra plus retentir ma sandale
Sur le parvis du temple où se dressent les Dieux;
L'Ombre descend. Ma vie aujourd'hui est étale
Et je ne veux plus voir d'autres astres aux cieux
Que celui qui rayonne en la nuit de vos yeux.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Vestigia flammae (1921)
Ajoutée par Savinien le 07/01/2021
Paroles du soir
J'aurai vécu. Mes yeux ne verront plus les choses
En leur même lumière et leur même beauté;
Je n'écouterai plus renaître avec les roses
Le chant voluptueux du rossignol d'été;
En sa robe d'argent, transparente et sonore,
Descendu jusqu'à moi des sommets du matin,
Je ne sentirai plus le frais vent de l'aurore
Caresser mon visage et passer sur mes mains.
Un soir viendra, d'hiver ou d'automne farouche,
Un soir qui n'aura plus d'autre soir après lui,
Où la cendre des jours, amère dans ma bouche,
Aura le goût de l'ombre et l'odeur de la nuit;
Et ce sera fini des choses de la terre
Et de tout ce qu'on serre entre ses bras fermés,
Mais qu'importe, s'il reste au passé qu'il éclaire
Le divin souvenir de vos yeux trop aimés!
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Vestigia flammae (1921)
Ajoutée par Savinien le 07/01/2021
Quatrains
Ce long jour fut sans vous, mélancolique et sombre
Puisque vos yeux charmants ne m'y ont pas souri
Et que le soleil meurt sans dessiner votre ombre
Au sable de l'allée et sur le mur fleuri...
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Vestigia flammae (1921)
Ajoutée par Savinien le 07/01/2021
Quatrains
Si ce jour d'été triste est presque un jour d'automne,
Ne laisse pas ton coeur y mêler son regret,
Mais songe à ton amour et que la vie est bonne,
Même lorsque le ciel est bas sur la forêt.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Vestigia flammae (1921)
Ajoutée par Savinien le 07/01/2021
Soir d'automne
La forêt se dépouille au vent froid de Novembre;
La feuille en tournoyant tombe dans l'air glacé,
Mais déjà luit la lampe aux vitres de la chambre;
Rentrons. Le soir est proche et ce jour est passé.
Rentrons. Le doux seuil s'ouvre à nos courses errantes
Et la source fut pure où nos lèvres ont bu
Et nous gardons en nous, captives et vivantes,
Les heures de l'été que nous avons vécu.
Qu'importe maintenant si l'automne cruelle
Décline vers l'hiver et si le soir est là,
Puisque le foyer clair et la lampe fidèle
Nous offrent leur pensif et leur ardent éclat,
Et puisqu'en nos deux coeurs qui ne font plus qu'une âme
Où ne peuvent plus rien les destins inconstants,
Un si beau souvenir brûle sa double flamme,
Plus divin que la vie et plus fort que le temps!
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Vestigia flammae (1921)
Ajoutée par Savinien le 07/01/2021
Le bonheur
Si tu veux être heureux, ne cueille pas la rose
Qui te frôle au passage et qui s'offre à ta main;
La fleur est déjà morte à peine est-elle éclose,
Même lorsque sa chair révèle un sang divin.
N'arrête pas l'oiseau qui traverse l'espace;
Ne dirige vers lui ni flèche ni filet
Et contente tes yeux de son ombre qui passe
Sans les lever au ciel où son aile volait;
N'écoute pas la voix qui te dit « Viens ». N'écoute
Ni le cri du torrent, ni l'appel du ruisseau;
Préfère au diamant le caillou de la route;
Hésite au carrefour et consulte l'écho.
Prends garde. Ne vêts pas ces couleurs éclatantes
Dont l'aspect fait grincer les dents de l'envieux;
Le marbre du palais, moins que le lin des tentes,
Rend les réveils légers et les sommeils heureux.
Aussi bien que les pleurs le rire fait des rides.
Ne dis jamais « Encore », et dis plutôt « Assez ».
Le Bonheur est un Dieu qui marche les mains vides
Et regarde la Vie avec des yeux baissés.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Vestigia flammae (1921)
Ajoutée par Savinien le 07/01/2021
Panneau
L'ingénieux Amour noue à mon cadre d'or
Sa couronne de fleurs et son carquois de flèches,
Car sa bouche, jadis, douce à mes lèvres fraîches,
Leur donna la couleur qui les empourpre encor.
Sous l'arceau du bosquet qui dresse son décor
A ma beauté, l'Automne avec ses feuilles sèches
Touche ma joue encor pareille au fard des pêches,
Et l'éclair de mes dents pourrait y mordre encor.
L'Amour, hélas! Vois-tu, ne fait pas d'immortelles;
La toile d'araignée ourdit à mes dentelles
Ses fils mystérieux qu'entrelace le temps,
Mais si la triste Mort m'effleura de son aile,
Le dieu qu'en sa jeunesse adora mon printemps
Me garde souriante et me voit toujours belle.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Les médailles d'argile (1900)
Ajoutée par Savinien le 23/12/2020
Stances
L'hirondelle légère et la rose qui penche
Ont frôlé tes cheveux et caressé ta main,
Et ta vie est venue à la colline blanche
Parce que tu suivais les routes du matin.
Entre; l'âtre t'accueille et la porte est ouverte;
La fraîcheur de la paix émane des murs blancs,
Et la vigne qui monte au toit est encor verte.
Entre; la maison douce est parée et t'attend;
Mais la douce maison qui regarde l'aurore
S'ouvre aussi sur le soir, sur l'ombre et sur la nuit;
La fleur se fanera que l'aube vit éclore;
Le pampre rougira, vert encore aujourd'hui.
Et tu verras saigner les feuilles et les roses;
L'aurore d'où tu viens mène au soir où tu vas,
Reste à l'âtre fidèle où la paix est éclose,
Ferme la porte lourde et ne la rouvre pas.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Les médailles d'argile (1900)
Ajoutée par Savinien le 23/12/2020
Le regret
Le feuillage jauni tremble aux branches lassées
Et la maison là-bas nous appelle au heurtoir,
Et côte à côte ainsi nous irons vers le soir
Où marchent devant nous nos heures enlacées.
Au reflet du cristal comme aux sources glacées,
Que le temps douloureux ou doux me fasse voir
Son rire à la fontaine ou sa ride au miroir,
Ton souvenir se mire à toutes mes pensées.
L'automne les disperse aux routes de la vie;
L'écorce se desquame et l'arbre s'exfolie
Et la ramure oscille au souffle qui l'émeut;
Et ses feuilles, au vent qui les parsème inertes,
Emportent, çà et là, chacune comme un peu
Du murmure amoindri de la cime déserte.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Les médailles d'argile (1900)
Ajoutée par Savinien le 23/12/2020
Le pas
L'Amour passe. Regarde, écoute, attends, espère;
Son pas mystérieux est partout en chemin
Et, visiteur du soir, du jour ou du matin,
Il sait ton seuil bruyant ou ton seuil solitaire.
Le voici. Devant lui, pour qu'il se désaltère,
Dispose sur la table où choisira sa main
La coupe de ta source ou l'outre de ton vin.
Il rira. Tu riras à ton tour pour lui plaire.
Dors en ses bras comme j'y dormis en pensant
Arrêter à jamais cet éternel Passant.
Il est debout déjà dans l'aube et toi tu dors,
Sans entendre tout bas se poser sur la dalle
Pour partir, et tandis que l'autre est nu encor,
L'un de ses pieds déjà chaussé de la sandale.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Les médailles d'argile (1900)
Ajoutée par Savinien le 23/12/2020
La promenade
Je te donne cette heure; elle est à toi. Va-t'en.
Vis-la silencieuse et vis-la solitaire,
Et, pour un jour entier, sois à toi tout entière
Sans plus t'inquiéter de l'ombre où je t'attends.
Sois libre. Mon pas lourd, hélas! A trop souvent
Retardé ta jeunesse où tu marches légère
Dans le double sourire et la double lumière
De ce matin joyeux et de ton clair printemps.
Ce dur arbre tordu qui ressemble à ma vie
Abritera mon doute et ma mélancolie;
C'est là que j'attendrai venir le soir, heureux
Si le vent, pitoyable à mon songe morose,
Des fleurs que tu cueillis, hélas! Loin de mes yeux,
M'apporte le parfum et te laisse la rose.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Les médailles d'argile (1900)
Ajoutée par Savinien le 23/12/2020
L'oisive
Ni tisseuse de lin, ni fileuse de laine...
La quenouille, le dé, l'aiguille ou le fuseau
Ne les sculpte aux parois de mon jeune tombeau,
Car ma vie en ses jours fut paresseuse et vaine.
Pour que ton souvenir me suive et se souvienne,
Lui faut-il le rouet, l'aiguille et le fuseau?
Pense au passé charmant où mon corps était beau...
Ni fileuse de lin, ni tisseuse de laine!
Non! Je n'ai pas ourdi mes oisives années,
Laborieusement, parmi leurs fleurs fanées;
Le vent les dispersa dès l'aurore, et, là-bas,
Regardes-en flotter, déjà presque invisibles,
Au fond de ta mémoire et à tes yeux ingrats,
Les souples fils errants qu'emporte l'air flexible.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Les médailles d'argile (1900)
Ajoutée par Savinien le 23/12/2020
Chrysilla
Lorsque l'heure viendra de la coupe remplie,
Déesse, épargne-moi de voir à mon chevet
Le temps tardif couper, sans pleurs et sans regret,
Le long fil importun d'une trop longue vie.
Arme plutôt l'Amour; Hélas! Il m'a haïe
Toujours et je sais trop que le cruel voudrait
Déjà que de mon coeur, à son suprême trait,
Coulât mon sang mortel sur la terre rougie.
Mais non! Que vers le soir en riant m'apparaisse,
Silencieuse, nue et belle, ma Jeunesse!
Qu'elle tienne une rose et l'effeuille dans l'eau;
J'écouterai l'adieu pleuré par la fontaine
Et, sans qu'il soit besoin de flèches ni de faulx,
Je fermerai les yeux pour la nuit souterraine.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Les médailles d'argile (1900)
Ajoutée par Savinien le 23/12/2020
Puella
Plains-moi, car je n'eus rien à donner à l'Amour,
Ni fleurs de mon Eté, ni fruits de mon Automne,
Et la terre où naquit mon destin sans couronne
N'a pas porté pour moi la rose ou l'épi lourd.
Les Fileuses qui font nos heures et nos jours
N'ont pas tissé non plus, pour que je la lui donne,
La tunique fertile où, naïve Pomone,
La vierge de ses seins sent mûrir le contour.
Je n'ai pu même offrir à ta divinité
La colombe de ma chétive nudité,
Car ma chair sans duvet n'eut pas tiédi ta main.
Amour! Tends-la au moins à l'obole fragile
Et prends cette médaille où, profil enfantin,
Mon visage anxieux sourit à fleur d'argile.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Les médailles d'argile (1900)
Ajoutée par Savinien le 23/12/2020
Le feu
Rentre. Je ne vois plus ton visage. Rentrons.
Il est trop tard déjà pour s'asseoir au perron
Où la mousse est humide et la pierre mouillée.
La serrure tend à nos mains sa clef rouillée;
La porte s'ouvrira toute grande pour nous
Avec un bruit d'accueil que le soir fait plus doux;
Plus tard le gond rétif et le loquet rebelle
Grinceraient, car toute demeure garde en elle,
Taciturne, invisible et qui vit en secret,
Une âme que l'on blesse ou que l'on satisfait.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Les médailles d'argile (1900)
Ajoutée par Savinien le 23/12/2020
Epilogue
Tu viendras en un jour d'épreuve et d'amertume,
Lorsque monte dans l'âme un flot de désespoir,
A l'heure où dans l'azur sombre et profond du soir.
Une apparition d'étoiles se présume;
Tu viendras en courbant les herbes et les fleurs
Sous le poids de ta robe onduleuse et traînante;
Et nous irons tous deux vers l'aube consolante
Vers des ciels plus cléments et des soleils meilleurs;
[...]
Car tu viendras un jour, ainsi le veut le sort
Miséricordieux à qui souffre et qui pleure,
Oui tu viendras demain, aujourd'hui, dans une heure,
O divine Inconnue et tu seras la mort.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Apaisement (1886)
Ajoutée par Savinien le 19/12/2020
L'énigme
Ses yeux sont prometteurs de délices uniques,
Et dans sa face exsangue et tentante sourit
L'implacable défi de lèvres ironiques
Dont la courbe ensorcèle et le baiser meurtrit.
Comme la Femme nue au seuil des Diaboliques
Se haussant vers l'oreille écouteuse que tend
Le Sphinx, qui sur son dos aux ailes granitiques
Assied en habit noir, monocle à l'oeil, Satan,
Elle ne s'en va pas murmurer aux Chimères
L'aveu qui mettrait fin à notre cécité,
Et garde à tout jamais sur ses lèvres amères
Le secret contenu de sa perversité.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Apaisement (1886)
Ajoutée par Savinien le 19/12/2020
Idylle
C'était à ce moment de la fin des journées
Où le ciel attiédi de nocturnes pâleurs
Se mire aux bassins clairs endormis dans les fleurs;
A mes lèvres venaient les phrases ajournées,
Les supplications et les mots cajoleurs.
C'était un de ces soirs de rencontre et d'idylles
Où dans les bosquets verts on se met à genoux,
Où l'on échange à demi-voix et loin de tous
Les serments attendris et les propos futiles
Enhardis d'un regard clément des yeux plus doux.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Apaisement (1886)
Ajoutée par Savinien le 19/12/2020
Nocturne
Le souffle lent du soir défleurit les lilas
Amoncelant au pied d'odorantes jonchées
De ces petites fleurs qui craquent sous mes pas.
Mon âme est douloureuse et mon coeur est bien las.
Sur la toiture, des colombes sont perchées
Attristant l'air du soir d'un long roucoulement;
Il tombe de leurs becs des plumes arrachées.
Il neige dans mon coeur des souffrances cachées.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Apaisement (1886)
Ajoutée par Savinien le 19/12/2020
Aurore
Et celle qui parut à ton âme crédule,
La divine Attendue aux jours des longs effrois,
Offre sa lèvre en fleur à ta lèvre qui brûle.
Ses mains ont la douceur et les gestes adroits
Des anges bienfaisants qui ferment les paupières
Des beaux enfants couchés dans les berceaux étroits;
Ses yeux compatissants à toutes les prières
Ont la limpidité du saphir transparent,
Candeur de l'être jeune et des heures premières;
Dis lui bien les douleurs de ton âme, mourant
Du mal mystérieux de la vie importune,
D'être seule au milieu du monde indifférent.
Au fond du val l'étang miroite au clair de lune.
Par: Henri François Joseph de Régnier
Extrait de: Apaisement (1886)
Ajoutée par Savinien le 19/12/2020
Sur l'eau
Je n'entends que le bruit de la rive et de l'eau,
Le chagrin résigné d'une source qui pleure
Ou d'un rocher qui verse une larme par heure,
Et le vague frisson des feuilles de bouleau.
Je ne sens pas le fleuve entraîner le bateau,
Mais c'est le bord fleuri qui passe, et je demeure;
Et dans le flot profond que de mes yeux j'effleure,
Le ciel bleu renversé tremble comme un rideau.
On dirait que cette onde en sommeillant serpente,
Oscille et ne sait plus le côté de la pente:
Une fleur qu'on y pose hésite à le choisir.
Et, comme cette fleur, tout ce que l'homme envie
Peut se venir poser sur le flot de ma vie
Sans désormais m'apprendre où penche mon désir.
Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)
Extrait de: Les épreuves (1866)
Ajoutée par Savinien le 27/10/2020
La folle
Errante, elle demande aux enfants d'alentour
Une fleur qu'elle a vue un jour en Allemagne,
Frêle, petite et sombre, une fleur de montagne.
Au parfum pénétrant comme un aveu d'amour.
Elle a fait ce voyage, et depuis son retour
L'incurable langueur du souvenir la gagne:
Sans doute un charme étrange et mortel accompagne
Cette fleur qu'elle a vue en Allemagne un jour.
Elle dit qu'en baisant la corolle on devine
Un autre monde, un ciel, à son odeur divine,
Qu'on y sent l'âme heureuse et chère de quelqu'un.
Plusieurs s'en vont chercher la fleur qu'elle demande,
Mais cette plante est rare et l'Allemagne est grande;
Cependant elle meurt du regret d'un parfum.
Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)
Extrait de: Les épreuves (1866)
Ajoutée par Savinien le 27/10/2020
L'inspiration
Un oiseau solitaire aux bizarres couleurs
Est venu se poser sur une enfant; mais elle,
Arrachant son plumage où le prisme étincelle,
De toute sa parure elle fait des douleurs;
Et le duvet moelleux, plein d'intimes chaleurs,
Épars, flotte au doux vent d'une bouche cruelle.
Or l'oiseau, c'est mon coeur; l'enfant coupable est celle,
Celle dont je ne puis dire le nom sans pleurs.
Ce jeu l'amuse, et moi j'en meurs, et j'ai la peine
De voir dans le ciel vide errer sous son haleine
La beauté de mon cœur pour le plaisir du sien!
Elle aime à balancer mes rêves sur sa tête
Par un souffle et je suis ce qu'on nomme un poète.
Que ce souffle leur manque et je ne suis plus rien.
Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)
Extrait de: Les épreuves (1866)
Ajoutée par Savinien le 27/10/2020
Acte V, Scène 1
Devais-je, en lui faisant un récit trop sincère,
D'une indigne rougeur couvrir le front d'un père?
Vous seule avez percé ce mystère odieux.
Mon coeur pour s'épancher n'a que vous et les dieux.
Je n'ai pu vous cacher, jugez si je vous aime,
Tout ce que je voulais me cacher à moi-même.
Par: Jean Racine
Extrait de: Phèdre (1677)
Ajoutée par Savinien le 17/10/2020
Acte IV, Scène 6
Ah! Douleur non encore éprouvée!
A quel nouveau tourment je me suis réservée!
Tout ce que j'ai souffert, mes craintes, mes transports,
La fureur de mes feux, l'horreur de mes remords,
Et d'un cruel refus l'insupportable injure,
N'était qu'un faible essai du tourment que j'endure.
Par: Jean Racine
Extrait de: Phèdre (1677)
Ajoutée par Savinien le 17/10/2020
Acte III, Scène 3
Mourons: de tant d'horreurs qu'un trépas me délivre.
Est-ce un malheur si grand que de cesser de vivre?
La mort aux malheureux ne cause point d'effroi:
Je ne crains que le nom que je laisse après moi.
Par: Jean Racine
Extrait de: Phèdre (1677)
Ajoutée par Savinien le 17/10/2020
Acte II, Scène 5
J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine;
Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.
De quoi m'ont profité mes inutiles soins?
Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins;
Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.
J'ai langui, j'ai séché dans les feux, dans les larmes:
Il suffit de tes yeux pour t'en persuader,
Si tes yeux un moment pouvaient me regarder...
Par: Jean Racine
Extrait de: Phèdre (1677)
Ajoutée par Savinien le 17/10/2020
Acte II, Scène 2
Moi qui, contre l'amour fièrement révolté,
Aux fers de ses captifs ai longtemps insulté;
Qui, des faibles mortels déplorant les naufrages,
Pensais toujours du bord contempler les orages;
Asservi maintenant sous la commune loi,
Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi!
Un moment a vaincu mon audace imprudente:
Cette âme si superbe est enfin dépendante.
Depuis près de six mois, honteux, désespéré,
Portant partout le trait dont je suis déchiré,
Contre vous, contre moi, vainement je m'éprouve:
Présente, je vous fuis; absente, je vous trouve;
Dans le fond des forêts votre image me suit;
La lumière du jour, les ombres de la nuit,
Tout retrace à mes yeux les charmes que j'évite;
Tout vous livre à l'envi le rebelle Hippolyte.
Par: Jean Racine
Extrait de: Phèdre (1677)
Ajoutée par Savinien le 17/10/2020
Dans le monde meilleur
Quiconque chante émeut la nature ravie;
La musique est la soeur des rayons réchauffants;
Une chanson éparse est utile à la vie;
Chantez, petits oiseaux; chantez, petits enfants!
Le soir, à l'heure où l'ombre endort les nids qui rêvent,
Quand tout s'éteint, un astre apparaît au couchant;
Quand tout se tait, les voix de l'infini s'élèvent;
La nuit veut une étoile et le silence un chant.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Toute la lyre (1888)
Ajoutée par Savinien le 09/10/2020
Acte IV, Scène 4
Éclatez, mes douleurs: à quoi bon vous contraindre?
Quand on a tout perdu, que saurait-on plus craindre?
Pour ce cruel vainqueur n'ayez point de respect;
Loin d'éviter ses yeux, croissez à son aspect;
Offensez sa victoire, irritez sa colère,
Et prenez, s'il se peut, plaisir à lui déplaire.
Il vient: préparons-nous à montrer constamment
Ce que doit une amante à la mort d'un amant.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Horace (1640)
Ajoutée par Savinien le 26/08/2020
Acte III, Scène 5
Ne nous consolez point: contre tant d'infortune
La pitié parle en vain, la raison importune.
Nous avons en nos mains la fin de nos douleurs,
Et qui veut bien mourir peut braver les malheurs.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Horace (1640)
Ajoutée par Savinien le 26/08/2020
Acte II, Scène 6
Quoi? Me réservez-vous à voir une victoire
Où pour haut appareil d'une pompeuse gloire,
Je verrai les lauriers d'un frère ou d'un mari
Fumer encor d'un sang que j'aurai tant chéri?
Pourrai-je entre vous deux régler alors mon âme,
Satisfaire aux devoirs et de soeur et de femme,
Embrasser le vainqueur en pleurant le vaincu?
Non, non, avant ce coup Sabine aura vécu:
Ma mort le préviendra, de qui que je l'obtienne;
Le refus de vos mains y condamne la mienne.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Horace (1640)
Ajoutée par Savinien le 26/08/2020
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