Diane de Lys
Année de parution : 1851 Il vous est certainement arrivé de rencontrer dans le monde au moins une de ces beautés incontestables, sûres d'elles-mêmes, et comme on a coutume de se figurer les reines; car l'imagination de l'homme aime à compléter la majesté du rang par la majesté du visage. Quand ces femmes dont nous parlons entrent dans un salon, on dit malgré soi, à son voisin: - Voyez donc cette belle tête ! Vous avez vu de ces têtes-là sur un corps aussi parfait, et vous vous êtes dit: Cette femme est bellę, aussi belle qu'il est possible de l'être; d'où vient que cette beauté ne m'est pas sympathique, tout évidente qu'elle est, et pourquoi suis-je sûr que je n'aurai pas d'amour pour cette femme, tandis que j'en aurai peut-être pour cette autre qui est maigre, qui a de petits yeux, le nez retroussé, et que personne ne regarde? C'est qu'en effet il leur manque quelque chose, à ces femmes; il leur manque presque toujours d'avoir aimé, ou d'avoir souffert, ce qui est à peu près synonyme, car l'un ne va guère sans l'autre, et d'en porter la trace sur leur visage. Pourquoi n'ont elles pas aimé? Me direz-vous. Parce que la beauté est égoïste, se suffit à elle-même, absorbe et ne rend pas; parce que la femme incontestablement belle n'éprouve pas d'autre besoin que celui de s'entendre dire qu'elle l'est, et ne veut pas donner à un seul cette beauté dont celui-là serait jaloux et qu'il l'empêcherait de montrer aux autres. Parce qu'elle préfère à tout le murmure d'admiration qui accueille son entrée dans un spectacle ou dans un bal; parce que ses allures fières ne pourraient pas se plier aux câlineries des intimités; parce qu'il lui faudrait descendre des hauteurs de son orgueil; parce qu'elle ne saurait aimer, enfin, et qu'elle y serait gauche. La marquise Diane de Lys, notre héroïne, était une de ces femmes-là. |
