Histoire d'une sous-maîtresse
Année de parution : 1861 C'était une bonne fille, Mademoiselle Grognon, notre sous-maîtresse. Dès cinq heures du matin, elle allait, venait, avec sa robe de laine brune, sa grande pèlerine et ses bandeaux plaqués sur les tempes. Toujours environnée d'enfants, elle parlait toujours. Si par hasard, elle se trouvait seule, par habitude elle parlait encore. Elle ne se taisait qu'au coucher du soleil, car c'était aussi l'heure de son coucher. Nous l'avions appelée Mademoiselle Grognon, d'abord tout bas, puis à mi-voix, et puis tout haut. Grâce à ces nuances délicates, elle s'était habituée à ce surnom. Dans ses rares moments de liberté, Mademoiselle Grognon lisait. Si la liberté devait se prolonger, Mademoiselle Grognon sortait de son pupitre un gros cahier; elle écrivait quelques pages avec attention. Alors, elle perdait son expression de placidité habituelle, une lumière soudaine éclairait sa physionomie, et souvent une larme mouillait ses lunettes. Les variations de l'écriture annonçaient différentes époques dans ce travail. D'abord, des caractères timides qui, peu à peu, s'enhardissaient et devenaient bien formés. Enfin, les déliés se négligeaient; on devinait une main sûre d'elle et qui ne craint pas de s'abandonner à ses caprices. Ces changements d'écriture annonçaient, avec un laps de temps, des variations dans le coeur de l'écrivain. |
