Citations
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A Rosita
Tu ne veux pas aimer, méchante?
Le printemps en est triste, vois;
Entends-tu ce que l'oiseau chante
Dans la sombre douceur des bois?
Sans l'amour rien ne reste d'Ève;
L'amour, c'est la seule beauté;
Le ciel, bleu quand l'astre s'y lève,
Est tout noir, le soleil ôté.
Tu deviendras laide toi-même
Si tu n'as pas plus de raison.
L'oiseau chante qu'il faut qu'on aime,
Et ne sait pas d'autre chanson.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Les chansons des rues et des bois (1865)
Ajoutée par Savinien le 28/06/2021
Gare!
L'amour, où glissent les âmes,
Est un précipice; on a
Le vertige au bord des femmes
Comme au penchant de l'Etna.
On rit d'abord. Quel doux rire!
Un jour, dans ce jeu charmant,
On s'aperçoit qu'on respire
Un peu moins facilement.
Ces feux-là troublent la tête.
L'imprudent qui s'y chauffait
S'éveille à moitié poète
Et stupide tout à fait.
Plus de joie. On est la chose
Des tourments et des amours.
Quoique le tyran soit rose,
L'esclavage est noir toujours.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Les chansons des rues et des bois (1865)
Ajoutée par Savinien le 28/06/2021
Fuis l'éden des anges déchus...
Fuis l'éden des anges déchus;
Ami, prends garde aux belles filles;
Redoute à Paris les fichus,
Redoute à Madrid les mantilles.
Tremble pour tes ailes, oiseau,
Et pour tes fils, marionnette.
Crains un peu l'oeil de Calypso,
Et crains beaucoup l'oeil de Jeannette.
Quand leur tendresse a commencé,
Notre servitude est prochaine.
Veux-tu savoir leur A B C?
Ami, c'est Amour, Baiser, Chaîne.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Les chansons des rues et des bois (1865)
Ajoutée par Savinien le 28/06/2021
Je ne me mets pas en peine...
Sais-tu, Jeanne, à quoi je rêve?
C'est au mouvement d'oiseau
De ton pied blanc qui se lève
Quand tu passes le ruisseau.
Et sais-tu ce qui me gêne?
C'est qu'à travers l'horizon,
Jeanne, une invisible chaîne
Me tire vers ta maison.
Et sais-tu ce qui m'ennuie?
C'est l'air charmant et vainqueur,
Jeanne, dont tu fais la pluie
Et le beau temps dans mon coeur.
Et sais-tu ce qui m'occupe,
Jeanne? C'est que j'aime mieux
La moindre fleur de ta jupe
Que tous les astres des cieux.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Les chansons des rues et des bois (1865)
Ajoutée par Savinien le 28/06/2021
« Puisque tu viens d'en haut, déesse,
Ange, peut-être le sais-tu?
Ô Psyché! Quelle est la sagesse?
Ô Psyché! Quelle est la vertu?
Qu'est-ce que, pour l'homme et la terre,
L'infini sombre a fait de mieux?
Quel est le chef-d'oeuvre du père?
Quel est le grand éclair des cieux? »
Posant sur mon front, sous la nue.
Ses ailes qu'on ne peut briser.
Entre lesquelles elle est nue.
Psyché m'a dit: C'est le baiser.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Les chansons des rues et des bois (1865)
Ajoutée par Savinien le 28/06/2021
Dans la basilique des pins, où chaque arbre est une colonne de porphyre, l'or du couchant, à présent, chante complies. L'immobile incendie sommeille encore sous les ombrelles. Et tous les oiseaux s'étaient tus. A peine si, de loin en loin, un cri léger, la dernière note d'un trille, tombait, comme une goutte, dans l'effusion de la lumière. Le silence du soir accomplissait la mélancolie du crépuscule. Pour suave, pour enchanteur qu'il pût être, quel chant de rossignol n'eût pas troublé l'immense rêverie de ce désert, à l'heure suprême? La perfection s'achève dans le silence.
Par: Isaac Félix Suarès (André Suarès)
Extrait de: Le voyage du Condottière (1932)
Ajoutée par Savinien le 23/06/2021
De vrais arbres! Des arbres qui ne soient point passés à la farine, des arbres qui font frais à la joue, et, quand on en presse la feuille, qui rafraîchissent la paume des mains. L'arbre, c'est l'eau chevelue qui se condense: l'eau qui s'est faite corps et qui, délivrée de la pesanteur, libre enfin de se fixer et de laisser sa pente, s'élève vers la lumière. L'arbre est un essai de l'homme vers le ciel; mais il reste prisonnier de la terre. Il est tenu par les pieds; il ne peut se mouvoir; il paie ainsi rançon de la solidité; il faut que sa tête, si haut qu'il la porte, sente toujours l'esclavage des racines. L'arbre est une espérance; l'arbre est vert et ne doit pas être blanc. Dans le frémissement de la feuillée, que le murmure de l'eau m'accueille! Je veux boire aux branches.
Par: Isaac Félix Suarès (André Suarès)
Extrait de: Le voyage du Condottière (1932)
Ajoutée par Savinien le 23/06/2021
L'alouette qui chante à la mort, c'est le soleil qui empourpre l'Adige. Les violentes hirondelles tirent l'alène sur l'air mauve; et au fil de leurs cris stridents, elles cousent le ciel au fleuve. Quel linceul pour les amants!
L'adorable jardin est tout amour au soleil sanglant. Et, peut-être, n'est-ce plus l'heure de l'alouette? Nous ne regardons plus à l'Orient; et notre passion, souvent, redoute l'aube. L'heure du crépuscule, un noir jardin suspendu au-dessus d'une ville et d'un torrent, dans le silence des cyprès sublimes, voilà l'heure et le lieu pour les amants. Que la mort vienne!
Par: Isaac Félix Suarès (André Suarès)
Extrait de: Le voyage du Condottière (1932)
Ajoutée par Savinien le 23/06/2021
Terrasses sur terrasses. Partout des fleurs en corbeilles, des roses, des oeillets, de suaves fleurs simples, prodigues de parfum. Partout, cet accord ravissant des statues avec le feuillage, qui rend l'art à la nature, et qui élève la nature à la beauté de l'art. Les branches caressent les balustres de marbre. Trois feuilles languissantes baisent une épaule nue. Une gorge de pierre, comme à des doigts, s'offre aux ramures d'un érable. Le murmure d'une fontaine rappelle, à toute cette ardeur, les délices de l'eau. Elle s'écoule plus bas que les cyprès, il me semble, comme une femme pleure de mélancolie, à genoux, la tête cachée.
Par: Isaac Félix Suarès (André Suarès)
Extrait de: Le voyage du Condottière (1932)
Ajoutée par Savinien le 23/06/2021
Et lente, pressée, sans fin, la neige s'est remise à tomber. Elle est jetée d'en haut, implacablement, comme les pelletées du ciel sur les tombes. Elle ensevelit même l'ensevelissement de la pierre. Je frémis. Dans un crépuscule sépulcral, par une neige qui ne finirait jamais, ainsi devrait finir le monde.
Par: Isaac Félix Suarès (André Suarès)
Extrait de: Le voyage du Condottière (1932)
Ajoutée par Savinien le 23/06/2021
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