Thématique citations : Le sonnet

75 Citations

Pg 2/2

Ah! Je le savais bien qu'elle a la fesse molle,
La paillarde qu'elle est, et que mon vit batteur
A son con effondré ne ferait point de peur!
Con qui va distillant un moiteuse colle,

Que te sert-il d'user de si prompte bricole,
D'un mouvement paillard et d'un soupir trompeur,
Témoignant que mon vit lui muguette le coeur?
Mon vit vague dedans comme en une gondole!

C'est une étable à vit et tout vit passager,
Quelque gros train qu'il ait, au large y peut loger,
Et n'est pas bien reçu s'il a petit bagage;

Et pour parler au vrai des honneurs de son con,
Il est aussi dolent, sans un vit de ménage,
Qu'un aveugle égaré qui n'a point de bâton.


Par: Etienne Jodelle

 

Ajoutée par Savinien le 23/12/2010

Catégories:

Je n'ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m'a trompé,
Adieu, plaisant Soleil, mon oeil est étoupé,
Mon corps s'en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant la face,

Et essuyant mes yeux par la mort endormis?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m'en vais le premier vous préparer la place.


Par: Pierre de Ronsard

 

Ajoutée par Savinien le 23/12/2010

Catégories:

« Il ne faut s'ébahir, disaient ces bons vieillards
Dessus le mur troyen, voyant passer Hélène,
Si pour telle beauté nous souffrons tant de peine,
Notre mal ne vaut pas un seul de ses regards.

Toutefois il vaut mieux, pour n'irriter point Mars,
La rendre à son époux afin qu'il la remmène,
Que voir de tant de sang notre campagne pleine,
Notre havre gagné, l'assaut à nos remparts. »

Pères, il ne fallait (à qui la force tremble)
Par un mauvais conseil les jeunes retarder:
Mais et jeunes et vieux vous deviez tous ensemble

Et le corps et les biens pour elle hasarder.
Mélénas fut bien sage, et Pâris, ce me semble,
L'un de la demander, l'autre de la garder.


Par: Pierre de Ronsard

Ajoutée par Savinien le 23/12/2010

Catégories:

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant:
« Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. »

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre, et fantôme sans os
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos,
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain;
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.


Par: Pierre de Ronsard

Ajoutée par Savinien le 23/12/2010

Catégories:

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge!

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine:

Plus mon Loire Gaulois, que le Tibre Latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur Angevine.


Par: Joachim du Bellay

Extrait de: Les regrets (1568)

Ajoutée par Savinien le 23/12/2010

Catégories:

Epigraphe pour un livre condamné


Lecteur paisible et bucolique,
Sobre et naïf homme de bien,
Jette ce livre saturnien,
Orgiaque et mélancolique.

Si tu n'as fait ta rhétorique
Chez Satan, le rusé doyen,
Jette! Tu n'y comprendrais rien,
Ou tu me croirais hystérique.

Mais si, sans te laisser charmer,
Ton oeil sait plonger dans les gouffres,
Lis-moi, pour apprendre à m'aimer;

Ame curieuse qui souffres
Et vas cherchant ton paradis,
Plains-moi!... Sinon, je te maudis!


Par: Charles Baudelaire

Ajoutée par Savinien le 12/12/2010

Catégories:

Recueillement


Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le soir; il descend; le voici;
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le regret souriant;

Le soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'orient,
Entends, ma chère, entends la douce nuit qui marche.


Par: Charles Baudelaire

Ajoutée par Savinien le 12/12/2010

Catégories:

La mort des pauvres


C'est la Mort qui console et la mort qui fait vivre;
C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir
Qui, divin élixir, nous montre et nous enivre,
Et nous donne le coeur de marcher jusqu'au soir;

A travers la tempête, et la neige, et le givre,
C'est la clarté vibrante à notre horizon noir;
C'est l'auberge fameuse inscrite sur le livre,
Où l'on pourra manger, et dormir et s'asseoir;

C'est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques
Le sommeil et le don des rêves extatiques,
Et qui refait le lit des gens pauvres et nus;

C'est la gloire des Dieux, c'est le grenier mystique,
C'est la bourse du pauvre et sa patrie antique,
C'est le portique ouvert sur les Cieux inconnus!


Par: Charles Baudelaire

Ajoutée par Savinien le 11/12/2010

Catégories:

Les hiboux


Sous les ifs noirs qui les abritent,
Les hiboux se tiennent rangés,
Ainsi que des dieux étrangers,
Dardant leur oeil rouge. Ils méditent.

Sans remuer ils se tiendront
Jusqu'à l'heure mélancolique
Où, poussant le soleil oblique,
Les ténèbres s'établiront.

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
Le tumulte et le mouvement;

L'homme ivre d'une ombre qui passe
Porte toujours le châtiment
D'avoir voulu changer de place.


Par: Charles Baudelaire

Ajoutée par Savinien le 02/12/2010

Catégories:

La beauté


Je suis belle, ô mortel, comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes devant mes grandes attitudes,
Qu'on dirait que j'emprunte aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études;

Car j'ai pour fasciner ces dociles amants
De purs miroirs qui font les étoiles plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!


Par: Charles Baudelaire

Ajoutée par Savinien le 02/12/2010

Catégories:

La muse vénale


O muse de mon coeur, amante des palais,
Auras-tu quand Janvier lâchera ses Borées,
Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,
Un tison pour chauffer tes deux pieds violets?

Ranimeras-tu donc tes épaules marbrées
Aux nocturnes rayons qui percent les volets?
Sentant ta bourse à sec autant que ton palais,
Récolteras-tu l'or des voûtes azurées?

Il te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,
Comme un enfant de choeur, jouer de l'encensoir,
Chanter des Te Deum auxquels tu ne crois guère,

Ou, saltimbanque à jeun, étaler tes appas
Et ton rire trempé de pleurs qu'on ne voit pas,
Pour faire épanouir la rate du vulgaire.


Par: Charles Baudelaire

Ajoutée par Savinien le 02/12/2010

Catégories:

Réchauffe-coeur (à Lili)


Petit réchauffe-coeur, quand la tempête gronde,
Quand la brise plaintive ébranle la maison,
Quand au milieu du jour la nuit se fait profonde,
Et jusque dans mon âme assombrit l'horizon.

Voici qu'à mes regards s'offre ma tête blonde,
Et dans ses anneaux d'or, lumineuse toison,
Toujours le soleil brille, et sur ta bouche ronde
Du rire et des baisers c'est toujours la saison.

Qui donc t'apprit cet art, petite enchanteresse,
De dissiper l'orage avec une caresse?
De sécher sous tes pas et la pluie et les pleurs?

Qui te l'apprit sinon Celui qui fit nos âmes
Et pour les mauvais jours voulut donner aux femmes
Un petit coeur d'enfant pour réchauffer leurs coeurs.


Par: Alphonse Lemerre

Ajoutée par Savinien le 28/10/2010

Catégories:

Sonnet


Quand l'avenir pour moi n'a pas une espérance,
Quand pour moi le passé n'a pas un souvenir,
Où puisse, dans son vol qu'elle a peine à finir,
Un instant se poser mon âme en défaillance;

Quand un jour pur jamais n'a lui sur mon enfance,
Et qu'à vingt ans ont fui, pour ne plus revenir,
L'Amour aux ailes d'or, que je croyais tenir,
Et la Gloire emportant les hymnes de la France;

Quand la pauvreté seule, au sortir du berceau,
M'a pour toujours marqué de son terrible sceau,
Qu'elle a brisé mes voeux, enchaîné ma jeunesse,

Pourquoi ne pas mourir? De ce monde trompeur
Pourquoi ne pas sortir sans colère et sans peur,
Comme on laisse un ami qui tient mal sa promesse.


Par: Charles-Augustin Sainte-Beuve

Ajoutée par Savinien le 16/10/2010

Catégories:

Epitaphe


Il a vécu tantôt gai comme un sansonnet,
Tour à tour amoureux insoucieux et tendre,
Tantôt sombre et rêveur comme un triste Clitandre.
Un jour il entendit qu'à sa porte on sonnait.

C'était la Mort! Alors il la pria d'attendre
Qu'il eût posé le point à son dernier sonnet;
Et puis sans s'émouvoir, il s'en alla s'étendre
Au fond du coffre froid où son corps frissonnait.

Il était paresseux, à ce que dit l'histoire,
Il laissait trop sécher l'encre dans l'écritoire.
Il voulait tout savoir mais il n'a rien connu.

Et quand vint le moment où, las de cette vie,
Un soir d'hiver, enfin l'âme lui fut ravie,
Il s'en alla disant: Pourquoi suis-je venu?


Par: Gérard Labrunie (Gérard de Nerval)

 

Ajoutée par Savinien le 10/10/2010

Catégories:

Lassitude


De la douceur, de la douceur, de la douceur!
Calme un peu ces transports fébriles, ma charmante.
Même au fort du déduit, parfois, vois-tu, l'amante
Doit avoir l'abandon paisible de la soeur.

Sois langoureuse, fais ta caresse endormante,
Bien égaux les soupirs et ton regard berceur.
Va, l'étreinte jalouse et le spasme obsesseur
Ne valent pas un long baiser, même qui mente!

Mais dans ton cher coeur d'or, me dis-tu, mon enfant,
La fauve passion va sonnant l'oliphant.
Laisse-la trompetter à son aise, la gueuse!

Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main,
Et fais-moi des serments que tu rompras demain,
Et pleurons jusqu'au jour, ô petite fougueuse!


Par: Paul Verlaine

Ajoutée par Savinien le 03/10/2010

Catégories:

Sonnet sur la mort d'une parente


Parmi les doux transports d'une amitié fidèle,
Je voyais près d'Iris couler mes heureux jours;
Iris que j'aime encore, et que j'aimais toujours,
Brûlait des mêmes feux dont je brûlais pour elle;

Quand, par l'ordre du ciel, une fièvre cruelle
M'enleva cet objet de mes tendres amours;
Et, de tous mes plaisirs interrompant le cours,
Me laissa de regrets une suite éternelle.

Ah! Qu'un si rude coup étonna mes esprits!
Que je versais de pleurs! Que je poussais de cris!
De combien de douleurs ma douleur fut suivie!

Iris, tu fus alors moins à plaindre que moi;
Et, bien qu'un triste sort t'ait fait perdre la vie,
Hélas! En te perdant j'ai perdu plus que toi.


Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)

 

Ajoutée par Savinien le 30/09/2010

Catégories:

Femme et chatte


Elle jouait avec sa chatte
Et c'était merveille de voir
La main blanche et la blanche patte
S'ébattre dans l'ombre du soir.

Elle cachait - la scélérate! -
Sous des mitaines de fil noir
Ses meurtriers ongles d'agate,
Coupants et clairs comme un rasoir.

L'autre aussi faisait la sucrée,
Et rentrait sa griffe acérée,
Mais le diable n'y perdait rien.

Et dans le boudoir où, sonore,
Tintait son rire aérien,
Brillaient quatre points de phosphore.


Par: Paul Verlaine

Ajoutée par Savinien le 25/09/2010

Catégories:

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère:
Un amour éternel en un moment conçu:
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.

Hélas! J'aurai passé près d'elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Ce murmure d'amour élevé sur ses pas;

A l'austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tous remplis d'elle:
« Quelle est donc cette femme? » et ne comprendra pas.


Par: Félix Arvers

 

Ajoutée par Savinien le 19/09/2010

Catégories:

Celle qu'avait Hymen à mon coeur attachée,
Et qui fut ici-bas ce que j'aimais le mieux,
Allant changer la terre à de plus dignes lieux,
Au marbre que tu vois sa dépouille a cachée.

Comme tombe une fleur que la bise a séchée,
Ainsi fut abattu ce chef-d'oeuvre des cieux;
Et depuis le trépas qui lui ferma les yeux,
L'eau que versent les miens n'est jamais étanchée.

Ni prières, ni voeux ne m'y purent servir;
La rigueur de la mort se voulut assouvir,
Et mon affection ne put en avoir dispense.

Toi dont la piété vient sa tombe honorer,
Pleure mon infortune, et pour ta récompense
Jamais autre douleur ne te fasse pleurer.


Par: François de Malherbe

 

Ajoutée par Savinien le 06/09/2010

Catégories:

Sur l'art d'embellir de Mr de Fleurance


Voyant ma Caliste si belle,
Que l'on n'y peut rien désirer,
Je ne me pouvais figurer
Que ce fût chose naturelle.

J'ignorais que ce pouvait être
Qui lui colorait ce beau teint,
Où l'aurore même n'atteint
Quand elle commence de naître.

Mais, Fleurance, ton docte écrit
M'ayant fait voir qu'un bel esprit
Est la cause d'un beau visage;

Ce ne m'est plus de nouveauté,
Puisqu'elle est parfaitement sage,
Qu'elle soit parfaite en beauté.


Par: François de Malherbe

 

Ajoutée par Savinien le 05/09/2010

Catégories:

Vers dorés


Homme! Libre penseur! Te crois-tu seul pensant
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose?
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant:
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose;
Un mystère d'amour dans le métal repose;
« Tout est sensible! » Et tout sur ton être est puissant.

Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t'épie:
A la matière même un verbe est attaché...
Ne la fais pas servir à quelque usage impie!

Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché;
Et, comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres!


Par: Gérard Labrunie (Gérard de Nerval)

Ajoutée par Savinien le 29/08/2010

Catégories:

El Desdichado


Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie:
Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus?... Lusignan ou Biron?
Mon front est rouge encore du baiser de la reine;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron:
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.


Par: Gérard Labrunie (Gérard de Nerval)

Ajoutée par Savinien le 29/08/2010

Catégories:

Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer,
L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.


Par: Pierre de Marbeuf

 

Ajoutée par Savinien le 07/08/2010

Catégories:

Amours jumeaux, d'une flamme jumelle,
En même temps m'ont embrasé le coeur :
J'aime Margot, j'aime Catin sa soeur ;
L'une me plaît, l'autre me semble belle :

L'une est farouche, et l'autre un peu rebelle :
L'une est mon bien, et l'autre mon bonheur ;
L'une commence à venir en sa fleur ;
L'autre fait honte à la saison nouvelle.

Qui ne croit point qu'on en puisse aimer deux,
Ne sait que c'est que d'aimer ses deux yeux :
Mes deux yeux font les deux que je désire.

Si on me veut d'inconstance blâmer,
Je répondrai que deux ancres, en mer,
Mieux qu'une seule, arrêtent un navire.


Par: Jean Passerat

 

Ajoutée par Savinien le 06/08/2010

Catégories:

Sonnet au lecteur


Jusqu'à présent, lecteur, suivant l'antique usage,
Je te disais bonjour à la première page.
Mon livre cette fois se ferme moins gaiement;
En vérité, ce siècle est un mauvais moment.

Tout s'en va, les plaisirs et les moeurs d'un autre âge,
Les rois, les dieux vaincus, le hasard triomphant,
Rosalinde et Suzon qui me trouvent trop sage,
Lamartine vieilli qui me traite en enfant.

La politique, hélas! Voilà notre misère.
Mes meilleurs ennemis me conseillent d'en faire.
Être rouge ce soir, blanc demain, ma foi, non.

Je veux, quand on m'a lu, qu'on puisse me relire.
Si deux noms, par hasard, s'embrouillent sur ma lyre,
Ce ne sera jamais que Ninette ou Ninon.


Par: Alfred de Musset

Ajoutée par Savinien le 25/07/2010

Catégories:

Pg 2/2