Thématique citations : Les alexandrins

879 Citations

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Acte I, Scène 2


Je n'aurai jamais honte
De mettre un bon pourpoint, brodé, passementé,
Qui me tient chaud l'hiver et me fait beau l'été.
- Voyez, il est tout neuf. - Les poches en sont pleines
De billets doux au comte adressés par centaines.
Souvent, pauvre, amoureux, n'ayant rien sous la dent,
J'avise une cuisine au soupirail ardent
D'où la vapeur des mets aux narines me monte;
Je m'assieds là, j'y lis les billets doux du comte,
Et, trompant l'estomac et le coeur tour à tour,
J'ai l'odeur du festin et l'ombre de l'amour!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Ruy Blas (1838)

Ajoutée par Savinien le 10/02/2011

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Acte I, Scène 2


Quel est donc ce brigand, qui, là-bas, nez au vent,
Se carre, l'oeil au guet et la hanche en avant,
Plus délabré que Job et plus fier que Bragance,
Frappant sa gueuserie avec son arrogance,
Et qui, froissant du poing sous sa manche en haillons,
L'épée à lourd pommeau qui lui bat les talons,
Promène, d'une mine altière et magistrale,
Sa cape en dents de scie et ses bas en spirale?


Par: Victor Hugo

Extrait de: Ruy Blas (1838)

Ajoutée par Savinien le 08/02/2011

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Ainsi qu'au cabaret l'homme demeure au monde,
Le plaisir et le vin se laissent avaler,
Le temps y dure peu tant que la joie abonde,
Et puis il faut compter, payer et s'en aller.


Par: Pierre Matthieu

Ajoutée par Savinien le 08/02/2011

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Peut-être cet enfant se verra pauvre ou riche;
Peut-être il sera sage, ou ne le sera pas;
Peut-être on peut le voir ou libéral ou chiche;
Mais un jour il ira, sans peut-être, au trépas.


Par: Pierre Matthieu

Ajoutée par Savinien le 08/02/2011

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Ne perds pour l'ami mort le manger et le somme;
Telle douleur ne doit l'entendement pâtir.
Qui plaint un homme mort se plaint qu'il était homme
Et qu'entrant en la vie, il promit d'en sortir.


Par: Pierre Matthieu

Ajoutée par Savinien le 07/02/2011

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Ce monde que tu vois n'est qu'une comédie
Où l'un fait le César et l'autre l'Arlequin;
Mais la mort la finit toujours en tragédie
Et ne distingue point l'empereur du faquin.


Par: Pierre Matthieu

Ajoutée par Savinien le 07/02/2011

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La vie est une table où pour jouer ensemble
On voit quatre joueurs. Le Temps tient le haut bout
Et dit: passe; l'Amour fait de son reste et tremble;
L'Homme fait bonne mine, et la Mort tire tout.


Par: Pierre Matthieu

Ajoutée par Savinien le 07/02/2011

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Quel bonheur te promet la vie à la poursuivre?
Et la mort, quel malheur pour l'abhorrer si fort?
Tu ne veux pas mourir, et tu ne sais pas vivre,
Ignorant que la vie est faite pour la mort.


Par: Pierre Matthieu

Ajoutée par Savinien le 07/02/2011

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Estime qui voudra la mort épouvantable,
Et l'horreur et l'effroi de tous les animaux;
Quant à moi, je la tiens pour le point désirable
Où commencent nos biens et finissent nos maux.


Par: Pierre Matthieu

Ajoutée par Savinien le 07/02/2011

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Epitaphe


Celui de qui les os sont dans ce monument
Dès l'avril de son age avait tant de sagesse
Qu'en un siècle rempli de tout débordement
Seulement sa valeur témoignait sa jeunesse.

Un chacun admirait la douceur de ses moeurs,
Et la Mort, dont la faux toute chose moissonne,
Voyait de sa vertu naître des fruits si mûrs
Qu'elle prit de ses jours le printemps pour l'automne.

Jamais homme ici-bas, au jugement de tous,
Ne fut moins envié ni si digne d'envie.
Les dieux souhaiteraient de mourir comme nous
Pour vivre sur la terre une aussi belle vie.


Par: Honorat de Bueil

Ajoutée par Savinien le 01/02/2011

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Epitaphe de monsieur le Comte de Charny, mort au siège de Montauban


Toi qui mets ton espoir aux honneurs de la terre,
Vois comme leur éclat se passe en peu de temps,
Qu'en vain l'homme propose, et que des plus contents
Le plus solide appui n'est que paille et que verre.

Charny, fils d'un guerrier, ou plutôt d'un tonnerre
Dont Henry terrassait l'audace des Titans,
A trouvé dans son lit, à l'âge de vingt ans,
Le trépas qu'il cherchait aux hasards de la guerre.

De te dire, passant, quelle était la vertu
Dont la nature avait son esprit revêtu,
Ce n'est point sur cela que sa gloire se fonde.

Ce que je t'en dirais lui ferait de l'ennui;
Juges-en par le soin qu'eut le Sauveur du monde
De nous l'ôter si tôt pour l'appeler à lui.


Par: Honorat de Bueil

Ajoutée par Savinien le 01/02/2011

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Epitaphe à Dame Louise de Bueil, abbesse de Boulieu


Celle de qui ce marbre est le dernier séjour
De la bonté du ciel avait eu tant de grâce
Que, ne pouvant goûter aucune chose basse,
Elle estima Dieu seul digne de son amour.

Pendant qu'elle a joui de la clarté du jour,
De ce parfait amant elle a suivi la trace,
Et toutefois ses ans ont borné leur espace
Que huit lustres entiers n'avaient pas fait leur tour.

Ne soit point étonné, toi qui plains ce dommage,
Si Dieu, qui fut l'auteur d'un si parfait ouvrage,
A permis que la mort l'ait si tôt abattu.

Crois que c'est un effet de sa bonté profonde
De n'avoir point souffert qu'une telle vertu
Endurât plus longtemps les misères du monde.


Par: Honorat de Bueil

Ajoutée par Savinien le 01/02/2011

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Epitaphe à son père


Celui de qui la cendre est dessous cette pierre
Avecque peu de bien acquit beaucoup d'honneur,
Fut grand par sa vertu plus que par son bonheur,
Aimé durant la paix et craint durant la guerre.

Quand les rois ont détruit avecque leur tonnerre
Le pouvoir des Titans, qui s'égalait au leur,
Aux campagnes de Mars on a vu sa valeur
Peupler les monuments et déserter la terre.

Après tant de travaux et de faits généreux,
Son esprit est au ciel, parmi les bienheureux,
Et ne peut désormais ni désirer ni craindre.

Passant, qui dans la France a son nom entendu,
En voyant son tombeau, garde-toi de le plaindre;
Plains plutôt le malheur de ceux qui l'ont perdu.


Par: Honorat de Bueil

Ajoutée par Savinien le 01/02/2011

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Je l'avais oublié: c'est aujourd'hui ta fête.
Toi qui sais mon amour, qui connais mon ardeur,
Pendant que tout le monde à te fêter s'apprête,
Tu m'accuses sans doute et blâme ma froideur!

Chacun t'offre un présent; chacun, selon son âge,
Te donne des bonbons ou t'apporte un bouquet;
Et moi, moi qui t'adore, hélas! Pour tout hommage
Je t'offrirais mon coeur, si je ne l'avais fait!

O Jeanne, ne crois pas que je t'aie oubliée;
Sache bien que mon âme à ton âme est liée
Par les liens puissants d'éternelles amours!

D'autres, quand vient ta fête, amants par politesse;
Peuvent t'aimer une heure, ô ma belle maîtresse:
Mais moi, pauvre amoureux, moi, je t'aime toujours!


Par: Henri-Charles Read

Ajoutée par Savinien le 15/01/2011

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Idéal


A chercher l'idéal j'ai consumé ma vie;
Au lieu du droit chemin, j'ai pris mille détours;
Déjà je suis sans force, et mon âme amollie
Ne se raffermira qu'aux célestes séjours.

Des passions j'ai bu le vin jusqu'à la lie;
Et pourtant j'ai vu fuir la saison des amours
Sans atteindre jamais l'image poursuivie,
Et marchant vers un but qui me fuyait toujours.

Je n'ai jamais connu de l'existence humaine
Que le mal, les tourments, la douleur et la haine,
Et je vis presque mort au milieu des vivants.

Ainsi, triste, inquiet, sans espoir, solitaire,
Et toujours incompris, j'ai passé sur la terre
En cherchant l'idéal, et j'ai perdu mon temps!


Par: Henri-Charles Read

Ajoutée par Savinien le 13/01/2011

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Primavera


Viens! Aujourd'hui l'hiver a fini ses ravages;
La neige, ruisselante encore au sein des fleurs
Goutte à goutte, à regret, laisse tomber ses pleurs;
Les oiseaux de leurs chants emplissent les bocages.

Viens! Partout on entend de langoureux ramages.
Les sureaux nous envoient leurs parfums enchanteurs;
Les bourgeons, exhalant leurs ardentes senteurs,
Ne craignent plus les vents et leurs fureurs sauvages.

Un doux soleil se joue aux branches des ormeaux,
Et jette un pâle éclat sur les jeunes rameaux;
Pas un souffle dans l'air: le printemps va renaître!

La nature aujourd'hui respire le bonheur.
Viens! Car déjà l'amour envahit tout mon être;
Viens! Tu vas ramener le printemps dans mon coeur.


Par: Henri-Charles Read

Ajoutée par Savinien le 13/01/2011

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A tes yeux


Telle, sur une mer houleuse, la frégate
Emporte vers le nord ses marins soucieux,
Telle mon âme nage, abimée en tes yeux,
Parmi leur azur pâle aux tristesses d'agate.

Car j'ai revu dans leur nuance délicate
Le mirage lointain des édens et des cieux
Plus doux que ferme à nos désirs audacieux
La figure voilée et sombre d'une Hécate.

Hélas! Courbons le front sous le poids des exils!
C'est en vain qu'aux genoux attiédis des amantes
Nous cherchons l'infini sous l'ombre de leurs cils.

Jamais rayon d'amour sur ces ondes dormantes
Ne vibrera sincère et pur, et les maudits
Ne retrouveront pas les anciens paradis.


Par: François Edouard Joachim Coppée

Ajoutée par Savinien le 13/01/2011

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Le corset


Vraiment, je lui trouvais l'air honnête et gentil,
A ce petit corset, simple et svelte, en coutil;
Mais, hier, je ne l'ai plus revu dans la boutique.
Une enfant du faubourg, jolie et chlorotique,
L'a sans doute lacé sur ses mignons appâts.
Et c'est attendrissant de penser, n'est-ce pas?
Qu'il enferme à présent le sein pur d'une vierge,
Ouvrière en journée ou fille de concierge,
Et que, songeant tout bas: « L'amour? Qu'est-ce que c'est? »
Un coeur battra bientôt sous le petit corset.


Par: François Edouard Joachim Coppée

Extrait de: Contes et poésies

Ajoutée par Savinien le 13/01/2011

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Caprice attendri


Au paradis d'amour, mon enfant, je le sais,
On ne mord qu'une fois la pomme tentatrice;
Et nous portons tous deux l'ardente cicatrice
Du coup qui pour jamais jadis nous a blessés.

Mais pour ne plus avoir les espoirs insensés,
Il ne faut pourtant pas que tout bonheur périsse;
Nous savons le saisir encore dans un caprice,
Nous nous attendrissons une heure, et c'est assez.

Renouvelons, veux-tu? L'illusion charmante;
Jette-moi tes deux bras au cou, comme une amante,
Baise-moi sur la bouche et dis moi: « M'aimes-tu? »

Mon enfant, oublions l'éden et notre chute,
Et bénissons l'amour, si, pour une minute,
Nos yeux se sont mouillés et nos coeurs ont battu.


Par: François Edouard Joachim Coppée

Extrait de: Contes et poésies

Ajoutée par Savinien le 13/01/2011

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Brune


Sur le terrain de foire au grand soleil brûlé,
Le cirque des chevaux de bois s'est ébranlé
Et l'orgue attaque l'air connu: « Tant mieux pour elle! »
Mais la brune grisette a fermé son ombrelle,
Et, bien en selle, avec un petit air vainqueur,
Elle va se payer deux sous de mal de coeur.
Elle rit, car déjà le mouvement rapide
Colle ses frisons noirs sur son front intrépide,
Et le vent fait flotter sa jupe et laisse voir
Un gai petit mollet, en bas rouge à coin noir.


Par: François Edouard Joachim Coppée

Extrait de: Contes et poésies

Ajoutée par Savinien le 11/01/2011

Catégories:

Sur une tombe au printemps


La vieille croix s'effrite au fond du cimetière,
Mais avril embellit le signe des douleurs;
La fauvette y fait halte, et de ses douces fleurs
Un sauvage églantier la couvre toute entière.

La voix du rossignol vaut bien une prière,
Et moins que la rosée un regret a de pleurs.
Dans ces parfums, dans ces chansons, dans ces couleurs,
On sent revivre ici l'immortelle matière.

O vieux mort oublié! De qui l'orgueil humain
A sans doute rêvé l'éternel lendemain
Au sein du paradis, dans les apothéoses,

Aujourd'hui n'as-tu pas un destin aussi beau,
Si ton esprit épars autour de ce tombeau
Chante avec les oiseaux et fleurit dans les roses?


Par: François Edouard Joachim Coppée

Extrait de: Contes et poésies

Ajoutée par Savinien le 11/01/2011

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Vieux brouillon de lettre


Adieu! J'ai peur d'aimer. Quittons-nous ce soir même.
Je te ferais souffrir et tu me rendrais fou.
Ainsi qu'une coquette ôte un collier qu'elle aime,
Je détache à regret tes bras blancs de mon cou.

Adieu! L'amour viendrait. Bornons-nous au caprice.
Ne nous torturons pas des larmes du départ.
Adieu! Mon coeur blessé saigne à sa cicatrice.
J'ai tant souffert, vois-tu, pour avoir fui trop tard.

[...]

Mais puis-je, pauvre et fier, te garder, toi, trop belle?
C'est impossible, hélas! Epargnons-nous des pleurs.
Si nous tardions encore, - la vie est si cruelle! -
Nos soupirs d'aujourd'hui deviendraient des douleurs.

Ayons pitié de nous! Fuyons-nous, mon amie!
Mais souffre qu'en un rêve où sont mouillés mes yeux,
Je te revoie encore dans mes bras endormie
Et pose entre tes seins le baiser des adieux!


Par: François Edouard Joachim Coppée

Extrait de: Contes et poésies

Ajoutée par Savinien le 11/01/2011

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Une aumône


Fumant à ma fenêtre, en été, chaque soir,
Je voyais cette femme, à l'angle d'un trottoir,
S'offrir à tous ainsi qu'une chose à l'enchère.
Non loin de là s'ouvrait une porte cochère
Où l'on entendait geindre, en s'abritant dessous,
Une fillette avec des bouquets de deux sous.
Et celle qui traînait la soie et l'infamie
Attendait que l'enfant se fût bien endormie,
Et lui faisait alors l'aumône seulement.
- Tu lui pardonneras, n'est-ce pas? Dieu clément!


Par: François Edouard Joachim Coppée

Extrait de: Contes et poésies

Ajoutée par Savinien le 11/01/2011

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Recherché par les grands, invité par les belles,
Vous négligez peut-être un peu trop l'amitié,
Qui vaut mieux qu'eux, qui vaut mieux qu'elles:
Vous le disiez jadis, vous l'avez oublié.
Adieu: jouissez bien de toute votre gloire;
Brillez dans les salons; réussissez, plaisez,
Gardez-vous cependant de vous en faire accroire;
On ne vous aime point, Damis: vous amusez.


Par: Nicolas Sébastien-Roch (Chamfort)

 

Ajoutée par Savinien le 07/01/2011

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Le connaisseur


Que de sots renommés pour l'esprit, pour le goût,
N'ont eu que des grands airs, du jargon, de l'audace!
C'est ainsi qu'autrefois maint courtisan surtout
Cachait bien peu de fond sous beaucoup de surface.


Par: Nicolas Sébastien-Roch (Chamfort)

 

Ajoutée par Savinien le 07/01/2011

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La querelle du riche et du pauvre


Mes amis, leur dit-il, je me suis bien trompé:
C'est le destin des rois; ils n'en conviennent guère.
J'avais cru qu'à jamais les hommes seraient frères:
Tout bon père se flatte, et pense que ses fils,
D'un même sang formés, seront toujours amis.
J'ai bâti sur ce plan. J'aperçois ma méprise.
Je m'en suis repenti souvent, quoiqu'on en dise;
Mais, soumis à des lois que je ne puis changer,
Je n'ai plus qu'un moyen propre à vous soulager.
Je hais vos oppresseurs: les riches sont barbares;
Ils paraîtront souvent l'objet de mon courroux;
Mécontents, ennuyés, prodigues, vains, bizarres,
Ce sont de vrais tourments: mais le plus grand de tous,
C'est l'avarice; eh bien! Je vais les rendre avares:
C'en est fait, les voilà pauvres tout comme vous.
Ainsi fit Jupiter. Les Dieux ont leur système.
Mais, soit dit sans fronder leur volonté suprême,
Je voudrais que le ciel, moins prompt à nous venger,
Sût un peu moins punir, et sût mieux corriger.


Par: Nicolas Sébastien-Roch (Chamfort)

 

Ajoutée par Savinien le 07/01/2011

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La querelle du riche et du pauvre


Le riche avec le pauvre a partagé la terre,
Et vous voyez comment: l'un eut tout, l'autre rien.
Mais depuis ce traité qui réglait tout si bien,
Les pauvres ont parfois recommencé la guerre:
On sait qu'ils sont vaincus, sans doute pour toujours.


Par: Nicolas Sébastien-Roch (Chamfort)

 

Ajoutée par Savinien le 07/01/2011

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Pascal, dernier mot


Oui, mais si c'est un Dieu, maître et tyran suprême,
Qui nous contemple ainsi nous entre-déchirer,
Ce n'est plus un salut, non, c'est un anathème
Que nous lui lancerons avant que d'expirer.
Comment? Ne disposer de la Force infinie
Que pour se procurer des spectacles navrants,
Imposer le massacre, infliger l'agonie,
Ne vouloir sous ses yeux que morts et que mourants!
Devant ce spectateur de nos douleurs extrêmes
Notre indignation vaincra toute terreur:
Nous entrecouperons nos râles de blasphèmes,
Non sans désir secret d'exciter sa fureur.
Qui sait? Nous trouverons peut-être quelque injure
Qui l'irrite à ce point que, d'un bras forcené,
Il arrache des cieux notre planète obscure,
Et brise en mille éclats ce globe infortuné.
Notre audace du moins vous sauverait de naître,
Vous qui dormez encore au fond de l'avenir,
Et nous triompherons d'avoir, en cessant d'être,
Avec l'Humanité forcé Dieu d'en finir.
Oh! Quelle immense joie après tant de souffrance!
A travers les débris, par-dessus les charniers,
Pouvoir enfin jeter ce cri de délivrance:
Plus d'hommes sous le ciel, nous sommes les derniers!


Par: Louise Victorine Ackermann

 

Ajoutée par Savinien le 28/12/2010

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Pascal, dernier mot


Aussi bien, jamais heure à ce point triste et morne
Sous le soleil des cieux n'avait encore sonné;
Jamais l'homme, au milieu de l'univers sans borne,
Ne s'est senti plus seul ni plus abandonné.
Déjà son désespoir se transforme en furie;
Il se traîne au combat sur ses genoux sanglants,
Et se sachant voué d'avance à la tuerie,
Pour s'achever plus vite ouvre ses propres flancs.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 28/12/2010

Catégories:

Pascal, dernier mot


Pascal, à ce bourreau, toi, tu disais: mon Père.
Son odieux forfait ne t'a point révolté;
Bien plus, tu l'adorais sous le nom de mystère,
Tant le problème humain t'avait épouvanté.
Lorsque tu courbais sous la Croix qui t'accable,
Tu ne voulais, hélas! Qu'endormir ton tourment,
Et ce que tu cherchais dans un dogme implacable,
Plus que la vérité, c'était l'apaisement,
Car ta Foi n'était pas la certitude encore;
Aurais-tu tant gémi si tu n'avais douté?
Pour avoir reculé devant ce mot: j'ignore,
Dans quel gouffre d'erreurs t'es-tu précipité!
Nous, nous restons au bord. Aucune perspective,
Soit Enfer, soit Néant, ne fait pâlir nos fronts,
Et s'il faut accepter ta sombre alternative,
Croire ou désespérer, nous désespérerons.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 28/12/2010

Catégories:

Pascal, dernier mot


Non à la Croix sinistre et qui fit de son ombre
Une nuit où faillit périr l'esprit humain,
Qui, devant le progrès se dressant haute et sombre,
Au vrai libérateur a barré le chemin;
Non à cet instrument d'un infâme supplice
Où nous voyons, auprès du divin Innocent,
Et sous les mêmes coups, expirer la Justice;
Non à notre salut s'il a coûté du sang.
Puisque l'Amour ne peut nous dérober ce crime,
Tout en l'enveloppant d'un voile séducteur,
Malgré son dévouement, non, même à la Victime,
Et non par-dessus tout au Sacrificateur!
Qu'importe qu'il soit Dieu si son oeuvre est impie?
Quoi? C'est son propre fils qu'il a crucifié?
Il pouvait pardonner, mais il veut qu'on expie;
Il immole, et cela s'appelle avoir pitié!


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 28/12/2010

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Pascal, dernier mot


Quand de son Golgotha, saignant sous l'auréole,
Ton Christ viendrait à nous, tendant ses bras sacrés,
Et quand il laisserait sa divine parole
Tomber pour les guérir en nos coeurs ulcérés;
Quand il ferait jaillir devant notre âme avide
Des sources d'espérance et des flots de clarté,
Et qu'il nous montrerait dans son beau ciel splendide
Nos trônes préparés de toute éternité,
Nous nous détournerions du Tentateur céleste
Qui nous offre son sang, mais veut notre raison.
Pour repousser l'échange inégal et funeste
Notre bouche n'aura jamais assez de non.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 28/12/2010

Catégories:

Pascal, dernier mot


A plaisir sous nos yeux lorsque ta main déroule
Le tableau désolant des humaines douleurs,
Nous montrant qu'en ce monde où tout s'effondre et croule
L'homme lui-même n'est qu'une ruine en pleurs,
Ou lorsque, nous traînant de sommets en abîmes,
Entre deux infinis tu nous tiens suspendus,
Que ta voix, pénétrant en leurs fibres intimes,
Frappe à cris redoublés sur nos coeurs éperdus,
Tu crois que tu n'as plus dans ton ardeur fébrile,
Tant tu nous crois ébranlés, abêtis,
Qu'à dévoiler la Foi, monstrueuse et stérile,
Pour nous voir sur son sein tomber anéantis.
A quoi bon le nier? Dans tes sombres peintures,
Oui, tout est vrai, Pascal; nous le reconnaissons:
Voilà nos désespoirs, nos doutes, nos tortures,
Et devant l'Infini ce sont là nos frissons.
Mais parce qu'ici-bas par des maux incurables,
Jusqu'en nos profondeurs, nous serons atteints,
Et que nous succombons, faibles et misérables,
Sous le poids accablant d'effroyables destins,
Il ne nous resterait, dans l'angoisse où nous sommes,
Que courir embrasser cette Croix que tu tiens?
Ah! Nous ne pouvons point nous défendre d'être hommes
Mais nous nous refusons à devenir chrétiens.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 28/12/2010

Catégories:

J'ignore! Un mot, le seul par lequel je réponde
Aux questions sans fin de mon esprit déçu;
Aussi quand je me plains au sortir de ce monde,
C'est moins d'avoir souffert que de n'avoir rien su.


Par: Louise Victorine Ackermann

 

Ajoutée par Savinien le 24/12/2010

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La nature à l'homme


Dans tout l'enivrement d'un orgueil sans mesure,
Ebloui des lueurs de ton esprit borné,
Homme, tu m'as crié: repose-toi, Nature;
Ton oeuvre est close: je suis né!

Quoi! Lorsqu'elle a l'espace et le temps devant elle,
Quand la matière est là, sous son doigt créateur,
Elle s'arrêterait, l'ouvrière immortelle,
Dans l'ivresse de son labeur?

Et c'est toi qui serais mes limites dernières?
L'atome humain pourrait entraver mon essor?
C'est à cet abrégé de toutes les misères
Qu'aurait tendu mon long effort?

Non, tu n'es pas mon but, non, tu n'es pas ma borne,
A te franchir déjà je songe en te créant;
Je ne viens pas du fond de l'éternité morne
Pour n'aboutir qu'à ton néant.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 24/12/2010

Catégories:

Les malheureux


Quand de tes chérubins la phalange sacrée
Nous salûrait élus en ouvrant les saints lieux,
Nous leur crîrions bientôt d'une voix éplorée:
Nous élus? Nous heureux? Mais regardez nos yeux!
Les pleurs y sont encore, pleurs amers, pleurs sans nombre.
Ah! Quoi que vous fassiez, ce voile épais et sombre
Nous obscurcit vos cieux.

Contre notre gré pourquoi ranimer nos poussières?
Que t'en reviendra-t-il? Et que t'ont-elles fait?
Tes dons mêmes, après tant d'horribles misères,
Ne sont plus un bienfait.

Ah! tu frappas trop fort en ta fureur cruelle.
Tu l'entends, tu le vois, la Souffrance a vaincu.
Dans un sommeil sans fin, ô puissance éternelle!
Laisse-nous oublier que nous avons vécu.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 24/12/2010

Catégories:

Les malheureux


Peut-être aurions-nous droit aux célestes délices;
Non, ce n'est point à nous de redouter l'enfer,
Car nos fautes n'ont pas mérité de supplices;
Si nous avons failli, nous avons tant souffert!
Eh bien! Nous renonçons même à cette espérance
D'entrer dans ton royaume et de voir tes splendeurs;
Seigneur, nous refusons jusqu'à ta récompense,
Et nous ne voulons pas du prix de nos douleurs.

Nous le savons, tu peux donner encore des ailes
Aux âmes qui ployaient sous un fardeau trop lourd;
Tu peux, lorsqu'il te plaît, loin des sphères mortelles
Les élever à toi dans la grâce et l'amour;
Tu peux, parmi les choeurs qui chantent tes louanges,
A tes pieds, sous tes yeux, nous mettre au premier rang,
Nous faire couronner par la main de tes anges,
Nous revêtir de gloire en nous transfigurant.
Tu peux nous pénétrer d'une vigueur nouvelle,
Nous rendre le désir que nous avions perdu...
Oui, mais le Souvenir, cette ronce immortelle,
Attachée à nos coeurs, l'en arracheras-tu?


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 24/12/2010

Catégories:

Les malheureux


La trompette a sonné. Des tombes entrouvertes
Les pâles habitants ont tout à coup frémi.
Ils se lèvent, laissant ces demeures désertes
Où dans l'ombre et la paix leur poussière a dormi.
Quelques morts cependant sont restés immobiles;
Ils ont tout entendu, mais le divin clairon
Ni l'ange qui les presse à ces derniers asiles
Ne les arracheront.

Quoi! Renaître! Revoir le ciel et la lumière,
Ces témoins d'un malheur qui n'est point oublié,
Eux qui sur nos douleurs et sur notre misère
Ont souri sans pitié!

Non, non, plutôt la Nuit, la Nuit sombre, éternelle!
Fille du vieux Chaos, garde-nous sous ton aile;
Et toi, soeur du Sommeil, toi qui nous a bercés,
Mort, ne nous livre pas; contre ton sein fidèle
Tiens-nous bien embrassés.

Ah! L'heure où tu parus est à jamais bénie;
Sur notre front meurtri que ton baiser fut doux!
Quand tout nous rejetait, le néant et la vie,
Tes bras compatissants, ô notre unique amie!
Se sont ouverts pour nous.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 24/12/2010

Catégories:

A la comète de 1861


Bel astre voyageur, hôte qui nous arrive
Des profondeurs du ciel et qu'on n'attendait pas,
Où vas-tu? Quel dessein pousse vers nous tes pas?
Toi qui vogues au large en cette mer sans rives,
Sur ta route, aussi loin que ton regard atteint,
N'as-tu vu comme ici que douleurs et misères?
Dans ces mondes épars, dis, avons-nous des frères?
T'ont-ils chargé pour nous de leur salut lointain?

Ah! Quand tu reviendras, peut-être de la terre
L'homme aura disparu. Du fond de ce séjour
Si son oeil ne doit pas contempler ton retour,
Si ce globe épuisé s'est éteint solitaire,
Dans l'espace infini poursuivant ton chemin,
Du moins jette au passage, astre errant et rapide,
Un regard de pitié sur le théâtre vide
De tant de maux soufferts et du labeur humain.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 24/12/2010

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Un autre coeur


Serait-ce un autre coeur que la Nature donne
A ceux qu'elle préfère et destine à vieillir,
Un coeur calme et glacé que toute ivresse étonne,
Qui ne saurait aimer et ne veut pas souffrir?

Ah! Qu'il ressemble peu, dans son repos tranquille,
A ce coeur d'autrefois qui s'agitait si fort!
Coeur enivré d'amour, impatient, mobile,
Au-devant des douleurs courant avec transport.

Il ne reste plus rien de cet ancien nous-mêmes;
Sans pitié ni remords le Temps nous l'a soustrait.
L'astre des jours éteints, cachant ses rayons blêmes,
Dans l'ombre qui l'attend se plonge et disparaît.

A l'horizon changeant montent d'autres étoiles.
Cependant, cher Passé, quelquefois un instant
La main du Souvenir écarte tes longs voiles,
Et nous pleurons encore en te reconnaissant.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 24/12/2010

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A Alfred de Musset


Lorsque le rossignol, dans la saison brûlante
De l'amour et des fleurs, sur la branche tremblante
Se pose pour chanter son mal cher et secret,
Rien n'arrête l'essor de sa plainte infinie,
Et de son gosier frêle un long jet d'harmonie
S'élance et se répand au sein de la forêt.

La voix mélodieuse enchante au loin l'espace...
Mais soudain tout se tait; le voyageur qui passe
Sous la feuille des bois sent un frisson courir.
De l'oiseau qu'entraînait une ivresse imprudente
L'âme s'est envolée avec la note ardente;
Hélas! Chanter ainsi c'était vouloir mourir!


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 24/12/2010

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A Alfred de Musset


Un poète est parti; sur sa tombe fermée
Pas un chant, pas un mot dans cette langue aimée
Dont la douceur divine ici-bas l'enivrait.
Seul, un pauvre arbre triste, à la pâle verdure,
Le saule qu'il rêvait, au vent du soir, murmure
Sur son ombre éplorée un tendre et long regret.

Ce n'est pas de l'oubli; nous répétons encore,
Poète de l'amour, ces chants que fit éclore
Dans ton âme éperdue un éternel tourment,
Et le Temps sans pitié qui brise de son aile
Bien des lauriers, le Temps d'une grâce nouvelle
Couronne en s'éloignant ton souvenir charmant.

Tu fus l'enfant choyé du siècle. Tes caprices
Nous trouvaient indulgents. Nous étions les complices
De tes jeunes écarts; tu pouvais tout oser.
De la Muse pour toi nous savions les tendresses,
Et nos regards charmés ont compté ses caresses,
De son premier sourire à son dernier baiser.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 24/12/2010

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La lyre d'Orphée


Quand Orphée autrefois, frappé par les Bacchantes,
Près de l'Hèbre tomba, sur les vagues sanglantes
On vit longtemps encore sa lyre surnager.
Le fleuve au loin chantait sous le fardeau léger.
Le gai zéphyr s'émut; ses ailes amoureuses
Baisaient les cordes d'or, et les vagues heureuses,
Comme pour l'arrêter, d'un effort doux et vain,
S'empressaient à l'entour de l'instrument divin.
Les récifs, les îlots, le sable à son passage
S'est revêtu de fleurs et cet âpre rivage
Voit soudain, pour toujours délivré des autans,
Au toucher de la lyre accourir le Printemps.

Ah! Que nous sommes loin de ces temps de merveilles!
Les ondes, les rochers, les vents n'ont plus d'oreilles,
Les coeurs mêmes, les coeurs refusent de s'ouvrir,
Et la lyre en passant ne fait plus rien fleurir.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 24/12/2010

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In memoriam


Ciel pur dont la douceur et l'éclat sont les charmes,
Monts blanchis, golfe calme aux contours gracieux,
Votre splendeur m'attriste, et souvent à mes yeux
Votre divin sourire a fait monter les larmes.
Du compagnon chéri que m'a pris le tombeau
Le souvenir lointain me suit sur ce rivage.
Souvent je me reproche, ô soleil sans nuage!
Lorsqu'il ne te voit plus, de t'y trouver si beau!


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 24/12/2010

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A une artiste


Puisque les plus heureux ont des douleurs sans nombre,
Puisque le sol est froid, puisque les cieux sont lourds,
Puisque l'homme ici-bas promène son coeur sombre
Parmi les vains regrets et les courtes amours,

Que faire de la vie? O notre âme immortelle!
Où jeter tes désirs et tes élans secrets?
Tu voudrais posséder, mais ici tout chancelle,
Tu veux aimer toujours, mais la tombe est si près!

Le meilleur est encore en quelque étude austère
De s'enfermer ainsi qu'en un monde enchanté,
Et dans l'art bien-aimé de contempler sur terre
Sous un de ses aspects, l'éternelle beauté.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 24/12/2010

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Le départ


Il est donc vrai? Je garde en quittant la patrie,
O profonde douleur! Un coeur indifférent.
Pas de regard aimé, pas d'image chérie,
Dont mon oeil au départ se détache en pleurant.

Ainsi partent tous ceux que le désespoir sombre
Dans quelque monde à part pousse à se renfermer,
Qui, voyant l'homme faible et les jours remplis d'ombre,
Ne se sont pas senti le courage d'aimer.

Pourtant, Dieu m'est témoin, j'aurai voulu sur terre
Rassembler tout mon coeur autour d'un grand amour,
Joindre à quelque destin mon destin solitaire,
Me donner sans regret, sans crainte, sans retour.

Ainsi ne croyez pas qu'avec indifférence
Je contemple s'éteindre, au plus beau de mes jours,
Des bonheurs d'ici-bas la riante espérance:
Bien que le coeur soit mort, on en souffre toujours.


Par: Louise Victorine Ackermann

Ajoutée par Savinien le 24/12/2010

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Ah! Je le savais bien qu'elle a la fesse molle,
La paillarde qu'elle est, et que mon vit batteur
A son con effondré ne ferait point de peur!
Con qui va distillant un moiteuse colle,

Que te sert-il d'user de si prompte bricole,
D'un mouvement paillard et d'un soupir trompeur,
Témoignant que mon vit lui muguette le coeur?
Mon vit vague dedans comme en une gondole!

C'est une étable à vit et tout vit passager,
Quelque gros train qu'il ait, au large y peut loger,
Et n'est pas bien reçu s'il a petit bagage;

Et pour parler au vrai des honneurs de son con,
Il est aussi dolent, sans un vit de ménage,
Qu'un aveugle égaré qui n'a point de bâton.


Par: Etienne Jodelle

 

Ajoutée par Savinien le 23/12/2010

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A une demoiselle dont les lettres capitales portent le nom


Celui qui dans un corps souhaitera de voir
Honneur, grâce, vertu, douceur, beauté, savoir,
Arrête ici son pas: et il verra dans une
Reluire tous les biens d'esprit, corps et fortune.
La voie, et ayant vu qu'il n'est lieu sous les cieux
Où il y ait amas de dons plus précieux,
Tout soudain il dira: vraiment elle devance,
Et d'esprit et de corps, tout le reste de France;
Dieu aussi la fit telle, afin que les humains
Entendissent par là combien peuvent ses mains;
La nature y ouvra, prodiguant ses richesses,
Afin que les humains connussent ses largesses;
Même chacun des Dieux, à qui mieux le pouvait,
Orna corps et esprit du meilleur qu'il avait:
Tout le ciel, désirant la combler d'excellence,
Totalement vida la corne d'abondance.
Heureuse et plus qu'heureuse en qui gît si grand heur!
Et plus heureux encore qui gagnera son coeur!


Par: Jean Bastier de La Péruse

 

Ajoutée par Savinien le 23/12/2010

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Je n'ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m'a trompé,
Adieu, plaisant Soleil, mon oeil est étoupé,
Mon corps s'en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant la face,

Et essuyant mes yeux par la mort endormis?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m'en vais le premier vous préparer la place.


Par: Pierre de Ronsard

 

Ajoutée par Savinien le 23/12/2010

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« Il ne faut s'ébahir, disaient ces bons vieillards
Dessus le mur troyen, voyant passer Hélène,
Si pour telle beauté nous souffrons tant de peine,
Notre mal ne vaut pas un seul de ses regards.

Toutefois il vaut mieux, pour n'irriter point Mars,
La rendre à son époux afin qu'il la remmène,
Que voir de tant de sang notre campagne pleine,
Notre havre gagné, l'assaut à nos remparts. »

Pères, il ne fallait (à qui la force tremble)
Par un mauvais conseil les jeunes retarder:
Mais et jeunes et vieux vous deviez tous ensemble

Et le corps et les biens pour elle hasarder.
Mélénas fut bien sage, et Pâris, ce me semble,
L'un de la demander, l'autre de la garder.


Par: Pierre de Ronsard

Ajoutée par Savinien le 23/12/2010

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Pg 10/18