Citations de L'été, de Albert Camus

12 Citations

A midi sur les pentes à demi sableuses et couvertes d'héliotropes comme d'une écume qu'auraient laissée en se retirant les vagues furieuses des derniers jours, je regardais la mer qui, à cette heure, se soulevait à peine d'un mouvement épuisé et je rassasiais les deux soifs qu'on ne peut tromper longtemps sans que l'être se dessèche, je veux dire aimer et admirer. Car il y a seulement de la malchance à n'être pas aimé: il y a du malheur à ne point aimer. Nous tous, aujourd'hui, mourons de ce malheur.


Par: Albert Camus

Extrait de: L'été (1954)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2021

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Quand une fois on a eu la chance d'aimer fortement, la vie se passe à chercher de nouveau cette ardeur et cette lumière. Le renoncement à la beauté et au bonheur sensuel qui lui est attaché, le service exclusif du malheur, demande une grandeur qui me manque. Mais, après tout, rien n'est vrai qui force à exclure. La beauté isolée finit par grimacer, la justice solitaire finit par opprimer. Qui veut servir l'une à l'exclusion de l'autre ne sert personne ni lui-même, et, finalement, sert deux fois l'injustice. Un jour vient où, à force de raideur, plus rien n'émerveille, tout est connu, la vie se passe à recommencer. C'est le temps de l'exil, de la vie sèche, des âmes mortes. Pour revivre, il faut une grâce, l'oubli de soi ou une patrie.


Par: Albert Camus

Extrait de: L'été (1954)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2021

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Nul homme ne peut dire ce qu'il est. Mais il arrive qu'il puisse dire ce qu'il n'est pas.


Par: Albert Camus

Extrait de: L'été (1954)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2021

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Notre tâche d'homme est de trouver les quelques formules qui apaiseront l'angoisse infinie des âmes libres. Nous avons à recoudre ce qui est déchiré, à rendre la justice imaginable dans un monde si évidemment injuste, le bonheur significatif pour des peuples empoisonnés par le malheur du siècle. Naturellement, c'est une tâche surhumaine. Mais on appelle surhumaines les tâches que les hommes mettent longtemps à accomplir, voilà tout.


Par: Albert Camus

Extrait de: L'été (1954)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2021

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« N'être rien! » Pendant des millénaires, ce grand cri a soulevé des millions d'hommes en révolte contre le désir et la douleur. Ses échos sont venus mourir jusqu'ici, à travers les siècles et les océans, sur la mer la plus vieille du monde. Ils rebondissent encore sourdement contre les falaises compactes d'Oran. Tout le monde, dans ce pays, suit, sans le savoir, ce conseil. Bien entendu, c'est à peu près en vain. Le néant ne s'atteint pas plus que l'absolu. Mais puisque nous recevons, comme autant de grâces, les signes éternels que nous apportent les roses ou la souffrance humaine, ne rejetons pas non plus les rares invitations au sommeil que nous dispense la terre. Les unes ont autant de vérité que les autres.


Par: Albert Camus

Extrait de: L'été (1954)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2021

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Il y a dans chaque homme un instinct profond qui n'est ni celui de la destruction ni celui de la création. Il s'agit seulement de ne ressembler à rien. A l'ombre des murs chauds d'Oran, sur son asphalte poussiéreux, on entend parfois cette invitation. Il semble que, pour un temps, les esprits qui y cèdent ne soient jamais frustrés. Ce sont les ténèbres d'Eurydice et le sommeil d'Isis. Voici les déserts où la pensée va se reprendre, la main fraîche du soir sur un coeur agité. Sur cette Montagne des Oliviers, la veille est inutile; l'esprit rejoint et approuve les Apôtres endormis. Avaient-ils vraiment tort? Ils ont eu tout de même leur révélation.


Par: Albert Camus

Extrait de: L'été (1954)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2021

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Le souvenir de ces joies ne me les fait pas regretter et je reconnais ainsi qu'elles étaient bonnes. Après tant d'années, elles durent encore, quelque part dans ce coeur aux fidélités pourtant difficiles. Et je sais qu'aujourd'hui, sur la dune déserte, si je veux m'y rendre, le même ciel déversera encore sa cargaison de souffles et d'étoiles. Ce sont ici les terres de l'innocence.


Par: Albert Camus

Extrait de: L'été (1954)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2021

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Sur ces plages d'Oranie, tous les matins d'été ont l'air d'être les premiers du monde. Tous les crépuscules semblent être les derniers, agonies solennelles annoncées au coucher du soleil par une dernière lumière qui fonce toutes les teintes. La mer est outremer, la route couleur de sang caillé, la plage jaune. Tout disparaît avec le soleil vert; une heure plus tard, les dunes ruissellent de lune. Ce sont alors des nuits sans mesure sous une pluie d'étoiles. Des orages les traversent parfois, et les éclairs coulent le long des dunes, pâlissent le ciel, mettent sur le sable et dans les yeux des lueurs orangées.


Par: Albert Camus

Extrait de: L'été (1954)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2021

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Au-delà des murs jaunes d'Oran, la mer et la terre poursuivent leur dialogue indifférent. Cette permanence dans le monde a toujours eu pour l'homme des prestiges opposés. Elle le désespère et l'exalte. Le monde ne dit jamais qu'une seule chose, et il intéresse, puis il lasse. Mais, à la fin, il l'emporte à force d'obstination. Il a toujours raison.


Par: Albert Camus

Extrait de: L'été (1954)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2021

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Sans désemparer, d'énormes mâchoires d'acier fouillent le ventre de la falaise, tournent sur elles-mêmes, et viennent dégorger dans l'eau leur trop-plein de pierrailles. A mesure que le front de la corniche s'abaisse, la côte entière gagne irrésistiblement sur la mer. Bien sûr, détruire la pierre n'est pas possible. On la change seulement de place. De toute façon, elle durera plus que les hommes qui s'en servent. Pour le moment, elle appuie leur volonté d'action. Cela même sans doute est inutile. Mais changer les choses de place, c'est le travail des hommes: il faut choisir de faire cela ou rien.


Par: Albert Camus

Extrait de: L'été (1954)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2021

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Tout ce qui est périssable désire durer. Disons donc que tout veut durer. Les oeuvres humaines ne signifient rien d'autre et, à cet égard, les lions de Caïn ont les mêmes chances que les ruines d'Angkor. Cela incline à la modestie.


Par: Albert Camus

Extrait de: L'été (1954)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2021

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Pour comprendre le monde, il faut parfois se détourner; pour mieux servir les hommes, les tenir un moment à distance.


Par: Albert Camus

Extrait de: L'été (1954)

Ajoutée par Savinien le 19/03/2021

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