Citations de Pierre Nozière, de Anatole France
12 Citations
Il ne se peut rien voir de plus misérable que la fontaine miraculeuse, aujourd'hui maçonnée. Tout proche a été construite une maisonnette à l'imitation de la Santa-Casa de Lorette. Une allée y aboutit, plantée de pins alternant avec de hauts peupliers. Là s'agitent vaguement des mendiants et des infirmes, tandis qu'un vieil homme, devant la source, attend tout couché qu'une dévote vienne de loin en loin lui tendre une bouteille en forme de madone qu'il remplit, pour un sou, d'eau miraculeuse. L'agonie des dieux est d'une tristesse infinie.
Par: Anatole France
Extrait de: Pierre Nozière (1899)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2020
Hier, j'ai trouvé au milieu de ce sentier un petit hérisson immobile et tout en boule. Il était blessé. Je le pris dans ma poche et le portai à la maison, où une goutte de lait le ranima. Il montra son groin noir, qui a l'air d'être taillé dans une truffe. Il ouvrit les yeux, et j'eus la faiblesse de me croire le bon Samaritain. Ce matin, mon ami courait dans le jardin, flairant la terre humide, et toutes les piques de son dos reluisaient. La rencontre d'un hérisson; moins encore, un brin de serpolet à l'orée d'un bois, une vieille épitaphe dans un cimetière de village, suffit à l'amusement de la journée d'un solitaire.
Par: Anatole France
Extrait de: Pierre Nozière (1899)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2020
Tant qu'il y aura des bois, des prés, des montagnes, des lacs et des rivières, tant que les blanches vapeurs du matin s'élèveront au-dessus des ruisseaux, il y aura des nymphes, des dryades; il y aura des fées. Elles sont la beauté du monde: c'est pourquoi elles ne périront jamais.
Par: Anatole France
Extrait de: Pierre Nozière (1899)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2020
Des troupes innombrables de canards nagent sur le bord du chenal et jettent à plein bec dans l'air leur coin coin satisfait. Leurs battements d'ailes, leurs plongeons dans la vase, leur dandinement quand ils vont de compagnie sur le sable, tout dit qu'ils sont contents. Un d'eux repose à l'écart, la tête sous l'aile. Il est heureux. A la vérité, on le mangera un de ces jours. Mais il faut bien finir; la vie est enfermée dans le temps. Et puis le malheur n'est pas d'être mangé. Le malheur, c'est de savoir qu'on sera mangé; et il ne s'en doute pas. Nous serons tous dévorés; nous le savons, nous; la sagesse est de l'oublier.
Par: Anatole France
Extrait de: Pierre Nozière (1899)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2020
Il est aux bois des fleurs sauvages que je préfère aux fleurs cultivées; elles ont des formes plus fines et des senteurs plus douces; et leurs noms sont jolis. Elles ne portent point, comme les roses de nos jardiniers, des noms de généraux. Elles se nomment: bouton-d'argent, ciste, coronille, germandrée, jacinthe des champs, miroir-de-Vénus, cheveux-d'évêque, gants-de-notre-dame, sceau-de-Salomon, peigne-de-Vénus, oreille-d'ours, pied-d'alouette.
Par: Anatole France
Extrait de: Pierre Nozière (1899)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2020
Mais Catherine ne sait pas que les plantes dorment ni qu'elles vivent. Elle ne sait rien. Nous ne savons rien non plus et, si nous avons appris que les plantes vivent, nous ne sommes guère plus avancés que Catherine, puisque nous ne savons pas ce que c'est que vivre. Peut-être ne faut-il pas trop nous plaindre de notre ignorance. Si nous savions tout, nous n'oserions plus rien faire et le monde finirait.
Par: Anatole France
Extrait de: Pierre Nozière (1899)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2020
Les petits enfants imaginent avec facilité les choses qu'ils désirent et qu'ils n'ont pas. Quand ils gardent dans l'âge mûr cette faculté merveilleuse, on dit qu'ils sont des poètes ou des fous.
Par: Anatole France
Extrait de: Pierre Nozière (1899)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2020
Catherine, en cheminant, fait un bouquet. Elle aime les fleurs. Elle les aime parce qu'elles sont belles, et c'est une raison, cela! Les belles choses sont aimables; elles ornent la vie. Quelque chose de beau vaut quelque chose de bien, et c'est une bonne action que de faire un beau bouquet.
Par: Anatole France
Extrait de: Pierre Nozière (1899)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2020
Les petites filles ont un désir naturel de cueillir des fleurs et des étoiles. Mais les étoiles ne se laissent point cueillir et elles enseignent aux petites filles qu'il y a en ce monde des désirs qui ne sont jamais contentés.
Par: Anatole France
Extrait de: Pierre Nozière (1899)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2020
Elle n'est pas surprise quand on lui dit que les animaux parlaient autrefois. Elle serait plutôt surprise si on lui disait qu'ils ne parlent plus. Elle est bien sûre d'entendre le langage de son gros chien Tom et de son petit serin Cuip. Elle a raison: les animaux ont toujours parlé et ils parlent encore; mais ils ne parlent qu'à leurs amis. Rose Benoist les aime et ils l'aiment. C'est pour cela qu'elle les comprend. Pour s'entendre, il n'est tel que de s'aimer.
Par: Anatole France
Extrait de: Pierre Nozière (1899)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2020
Songez que j'étais heureux et que les êtres heureux ne savent pas grand-chose de la vie. La douleur est la grande éducatrice des hommes. C'est elle qui leur a enseigné les arts, la poésie et la morale; c'est elle qui leur a inspiré l'héroïsme avec la pitié; c'est elle qui a donné du prix à la vie en permettant qu'elle fût offerte en sacrifice; c'est elle, c'est l'auguste et bonne douleur qui a mis l'infini dans l'amour.
Par: Anatole France
Extrait de: Pierre Nozière (1899)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2020
Je voulais que cette belle eau fût toujours la même, parce que je l'aimais. Ma mère me disait que les fleuves vont à l'Océan et que l'eau de la Seine coule sans cesse; mais je repoussais cette idée comme excessivement triste. En cela, je manquais peut-être d'esprit scientifique, mais j'embrassais une chère illusion; car, au milieu des maux de la vie, rien n'est plus douloureux que l'écoulement universel des choses.
Par: Anatole France
Extrait de: Pierre Nozière (1899)
Ajoutée par Savinien le 16/10/2020
