Citations de René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

14 Citations

Soupir


Ne jamais la voir ni l'entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais, fidèle, toujours l'attendre,
Toujours l'aimer.

Ouvrir les bras et, las d'attendre,
Sur le néant les refermer,
Mais encor, toujours les lui tendre,
Toujours l'aimer.

Ah! Ne pouvoir que les lui tendre,
Et dans les pleurs se consumer,
Mais ces pleurs toujours les répandre,
Toujours l'aimer.

Ne jamais la voir ni l'entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais d'un amour toujours plus tendre
Toujours l'aimer.


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 17/05/2021

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Les stalactites


J'aime les grottes où la torche
Ensanglante une épaisse nuit,
Où l'écho fait, de porche en porche,
Un grand soupir du moindre bruit.

Les stalactites à la voûte
Pendent en pleurs pétrifiés
Dont l'humidité, goutte à goutte,
Tombe lentement à mes pieds.

Il me semble qu'en ces ténèbres
Règne une douloureuse paix;
Et devant ces longs pleurs funèbres
Suspendus sans sécher jamais,

Je pense aux âmes affligées
Où dorment d'anciennes amours:
Toutes les larmes sont figées,
Quelque chose y pleure toujours.


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 17/05/2021

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Sur l'eau


Je n'entends que le bruit de la rive et de l'eau,
Le chagrin résigné d'une source qui pleure
Ou d'un rocher qui verse une larme par heure,
Et le vague frisson des feuilles de bouleau.

Je ne sens pas le fleuve entraîner le bateau,
Mais c'est le bord fleuri qui passe, et je demeure;
Et dans le flot profond que de mes yeux j'effleure,
Le ciel bleu renversé tremble comme un rideau.

On dirait que cette onde en sommeillant serpente,
Oscille et ne sait plus le côté de la pente:
Une fleur qu'on y pose hésite à le choisir.

Et, comme cette fleur, tout ce que l'homme envie
Peut se venir poser sur le flot de ma vie
Sans désormais m'apprendre où penche mon désir.


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 27/10/2020

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La folle


Errante, elle demande aux enfants d'alentour
Une fleur qu'elle a vue un jour en Allemagne,
Frêle, petite et sombre, une fleur de montagne.
Au parfum pénétrant comme un aveu d'amour.

Elle a fait ce voyage, et depuis son retour
L'incurable langueur du souvenir la gagne:
Sans doute un charme étrange et mortel accompagne
Cette fleur qu'elle a vue en Allemagne un jour.

Elle dit qu'en baisant la corolle on devine
Un autre monde, un ciel, à son odeur divine,
Qu'on y sent l'âme heureuse et chère de quelqu'un.

Plusieurs s'en vont chercher la fleur qu'elle demande,
Mais cette plante est rare et l'Allemagne est grande;
Cependant elle meurt du regret d'un parfum.


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 27/10/2020

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L'inspiration


Un oiseau solitaire aux bizarres couleurs
Est venu se poser sur une enfant; mais elle,
Arrachant son plumage où le prisme étincelle,
De toute sa parure elle fait des douleurs;

Et le duvet moelleux, plein d'intimes chaleurs,
Épars, flotte au doux vent d'une bouche cruelle.
Or l'oiseau, c'est mon coeur; l'enfant coupable est celle,
Celle dont je ne puis dire le nom sans pleurs.

Ce jeu l'amuse, et moi j'en meurs, et j'ai la peine
De voir dans le ciel vide errer sous son haleine
La beauté de mon cœur pour le plaisir du sien!

Elle aime à balancer mes rêves sur sa tête
Par un souffle et je suis ce qu'on nomme un poète.
Que ce souffle leur manque et je ne suis plus rien.


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 27/10/2020

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La lutte


A droite, à gauche, vois! Sur la mer où nous sommes
Chacun risque sa voile et jette son appui;
Nul ne sait d'où tu viens ni comment tu te nommes,
Frère! Ne cherche pas dans l'océan des hommes,
Comme un nageur tremblant, les épaules d'autrui;

Et ne t'indigne pas de leur indifférence:
Hélas! Ils ont chacun leurs membres à nourrir;
Chacun répond au cri de sa propre souffrance;
Il n'est qu'un bien commun, la divine espérance,
Le reste est la curée: il faut mordre ou mourir.


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 24/10/2020

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Les voluptés


Nous nous rappelons tous une amante première:
Les doigts timidement aux siens entremêlés,
Nous rêvions avec elle en foulant la bruyère,
Sans pouvoir dire un mot, le sein, les yeux troublés;

La bonté s'exhalait de la terre embaumée,
Tout semblait chaste, heureux, béni sur le chemin,
Comme si la vertu par notre bien-aimée
Pour nous conduire à Dieu nous avait pris la main.

Alors nous vous pleurons, ô petites amantes
Qui teniez sous vos cils le désir à genoux:
L'océan soulevé des ivresses brûlantes
Nous désaltère moins qu'une larme de vous;


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 24/10/2020

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Naissance de Vénus


Je viens apprendre à tous que nul n'est solitaire,
Qu'Iris naît de l'orage et le souris des pleurs;
L'horizon gris s'épure, et sur toute la terre
L'Érèbe encor brûlant s'épanouit en fleurs.

Je parais, pour changer, reine des harmonies,
Les rages du chaos en flottantes langueurs;
Car je suis la beauté: des chaînes infinies
Glissent de mes doigts blancs au plus profond des coeurs.


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 24/10/2020

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En deuil


C'est en deuil surtout que je l'aime:
Le noir sied à son front poli,
Et par ce front le chagrin même
Est embelli.

Comme l'ombre le deuil m'attire,
Et c'est mon goût de préférer,
Pour amie, à qui sait sourire
Qui peut pleurer.

J'aime les lèvres en prière;
J'aime à voir couler les trésors
D'une longue et tendre paupière
Fidèle aux morts.

Vierge, heureux qui sort de la vie
Embaumé de tes pleurs pieux;
Mais plus heureux qui les essuie:
Il a tes yeux !


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 24/10/2020

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A ma soeur


Enfant, je t'ai dit qui j'aimais,
Tu sais le nom de la première;
Sa grâce ne mourra jamais
Dans mes yeux qu'avec la lumière.

Ah! Si les jeunes gens sont fous,
Leur enthousiasme s'expie;
On se meurtrit bien les genoux
Quand on veut saluer la vie.

J'ai cru dissiper cet amour;
Voici qu'il retombe en rosée,
Et je sens son muet retour
Où chaque larme s'est posée.


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 24/10/2020

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Les yeux


Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l'aurore;
Ils dorment au fond des tombeaux,
Et le soleil se lève encore.


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 24/10/2020

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Ici-bas


Ici-bas tous les lilas meurent,
Tous les chants des oiseaux sont courts;
Je rêve aux étés qui demeurent
Toujours...

Ici-bas les lèvres effleurent
Sans rien laisser de leur velours;
Je rêve aux baisers qui demeurent
Toujours...

Ici-bas tous les hommes pleurent
Leurs amitiés ou leurs amours;
Je rêve aux couples qui demeurent
Toujours...


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 24/10/2020

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Rosées


D'où viennent mes pleurs? Toute flamme,
Ce soir, est douce au fond des cieux;
C'est que je les avais dans l'âme
Avant de les sentir aux yeux.

On a dans l'âme une tendresse
Où tremblent toutes les douleurs,
Et c'est parfois une caresse
Qui trouble, et fait germer les pleurs.


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 24/10/2020

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Le vase brisé


Le vase où meurt cette verveine
D'un coup d'éventail fut fêlé;
Le coup dut effleurer à peine:
Aucun bruit ne l'a révélé.

Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D'une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s'est épuisé;
Personne encore ne s'en doute;
N'y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu'on aime,
Effleurant le coeur, le meurtrit;
Puis le coeur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt;

Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde;
Il est brisé, n'y touchez pas.


Par: René Armand François Prudhomme (Sully Prudhomme)

Ajoutée par Savinien le 24/10/2020

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