Citations

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L'imagination de l'homme, pas plus que la nature, n'accepte le vide. Où se tait le bruit humain, la nature fait jaser les nids d'oiseaux, chuchoter les feuilles d'arbres et murmurer les mille voix de la solitude. Où cesse la certitude historique, l'imagination fait vivre l'ombre, le rêve et l'apparence. Les fables végètent, croissent, s'entremêlent et fleurissent dans les lacunes de l'histoire écroulée, comme les aubépines et les gentianes dans les crevasses d'un palais en ruine.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Le Rhin (1842)

Ajoutée par Savinien le 09/11/2022

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La civilisation est comme le soleil; elle a ses nuits et ses jours, ses plénitudes et ses éclipses, elle disparaît et reparaît.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Le Rhin (1842)

Ajoutée par Savinien le 09/11/2022

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Aucun bruit ne venait de la ville invisible; le Rhin lui-même semblait s'être assoupi; une nuée livide et blafarde avait envahi l'immense espace du couchant au levant; les étoiles s'étaient voilées l'une après l'autre; et je n'avais plus au-dessus de moi qu'un de ces ciels de plomb où plane, visible pour le poète, cette grande chauve-souris qui porte écrit dans son ventre ouvert melancholia.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Le Rhin (1842)

Ajoutée par Savinien le 09/11/2022

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Du haut du Chat l'oeil plonge sur le fameux gouffre du Rhin appelé la Bank. Entre la Bank et la tour carrée de Saint-Goarshausen, il n'y a qu'un passage étroit. D'un côté le gouffre, de l'autre l'écueil. On trouve tout sur le Rhin, même Charybde et Scylla. Pour franchir ce détroit très redouté, les radeaux s'attachent au côté gauche par une assez longue corde à un tronc d'arbre appelé le chien (hund), et, au moment où ils passent entre la Bank et la Tour, ils jettent le tronc d'arbre à la Bank. La Bank saisit le tronc d'arbre avec rage et l'attire à elle. De cette façon elle maintient le radeau à distance de la Tour. Quand le danger est passé, on coupe la corde, et le gouffre mange le chien. C'est le gâteau de ce Cerbère.
Lorsqu'on est sur la plate-forme du Chat, on demande à son cicérone: Où est donc la Bank? Il vous montre à vos pieds un petit pli dans le Rhin. Ce pli, c'est le gouffre.
Il ne faut pas juger des gouffres sur l'apparence.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Le Rhin (1842)

Ajoutée par Savinien le 09/11/2022

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Où vas-tu? Tu cherches les endroits où il y a peu de pas humains et où il y a beaucoup de traces divines; tu veux mettre ton âme en équilibre avec l'âme de la solitude; tu veux de l'ombre et de la lumière, du mouvement et de la paix, des transformations et de la sérénité; tu cherches le lieu où le verbe s'épanouit dans le silence, où l'on voit la vie à la surface de tout et où l'on sent l'éternité au fond; tu aimes le désert et tu ne hais pas l'homme; tu cherches de l'herbe et des mousses, des feuilles humides, des branches gonflées de sève, des oiseaux qui fredonnent, des eaux qui courent, des parfums qui se répandent. Eh bien! Entre. Ce sentier est ton chemin.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Le Rhin (1842)

Ajoutée par Savinien le 09/11/2022

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Plongée ainsi dans ces choses inépuisables et vivaces qui sont, qui persistent, qui fleurissent, qui verdoient, et qui la recouvrent sous leur végétation éternelle, l'histoire est-elle grande ou est-elle petite? Décidez cette question si vous pouvez. Quant à moi, il me semble que le contact de la nature, qui est le voisinage de Dieu, tantôt amoindrit l'homme, tantôt le grandit. C'est beaucoup pour l'homme d'être une intelligence qui a sa loi à part, qui fait son oeuvre et qui joue son rôle au milieu des faits immenses de la création. En présence d'un grand chêne plein d'antiquité et plein de vie, gonflé de sève, chargé de feuillages, habité par mille oiseaux, c'est beaucoup qu'on puisse songer encore à ce fantôme qui a été Luther, à ce spectre qui a été Jean Huss, à cette ombre qui a été César.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Le Rhin (1842)

Ajoutée par Savinien le 09/11/2022

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Avez-vous remarqué une chose? L'histoire est parfois immorale, les contes sont toujours honnêtes, moraux et vertueux. Dans l'histoire volontiers le plus fort prospère, les tyrans réussissent, les bourreaux se portent bien, les monstres engraissent, les Sylla se transforment en bons bourgeois, les Louis XI et les Cromwell meurent dans leur lit. Dans les contes, l'enfer est toujours visible. Pas de faute qui n'ait son châtiment, parfois même exagéré; pas de crime qui n'amène son supplice, souvent effroyable; pas de méchant qui ne devienne un malheureux, quelquefois fort à plaindre. Cela tient à ce que l'histoire se meut dans l'infini, et le conte dans le fini. L'homme, qui fait le conte, ne se sent pas le droit de poser les faits et d'en laisser supposer les conséquences; car il tâtonne dans l'ombre, il n'est sûr de rien, il a besoin de tout borner par un enseignement, un conseil et une leçon; et il n'oserait pas inventer des événements sans conclusion immédiate. Dieu, qui fait l'histoire, montre ce qu'il veut et sait le reste.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Le Rhin (1842)

Ajoutée par Savinien le 09/11/2022

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Vous le savez, il n'y a pas d'homme qui n'ait ses fantômes, comme il n'y a pas d'homme qui n'ait ses chimères. La nuit nous appartenons aux songes; tantôt c'est un rayon qui les traverse, tantôt c'est une flamme; et, selon le reflet colorant, le même rêve est une gloire céleste ou une apparition de l'enfer.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Le Rhin (1842)

Ajoutée par Savinien le 09/11/2022

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L'Amour forgeait. Au bruit de son enclume,
Tous les oiseaux, troublés, rouvraient les yeux;
Car c'était l'heure où se répand la brume,
Où sur les monts, comme un feu qui s'allume,
Brille Vénus, l'escarboucle des cieux.

La grive au nid, la caille en son champ d'orge,
S'interrogeaient, disant: Que fait-il là?
Que forge-t-il si tard? - Un rouge-gorge
Leur répondit: Moi, je sais ce qu'il forge;
C'est un regard qu'il a pris à Stella.

Et les oiseaux, riant du jeune maître,
De s'écrier: Amour, que ferez-vous
De ce regard qu'aucun fiel ne pénètre?
Il est trop pur pour vous servir, ô traître!
Pour vous servir, méchants, il est trop doux!

Mais Cupido, parmi les étincelles,
Leur dit: Dormez, petits oiseaux des bois.
Couvez vos oeufs et repliez vos ailes.
Les purs regards sont mes flèches mortelles;
Les plus doux yeux sont mes pires carquois.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Le Rhin (1842)

Ajoutée par Savinien le 09/11/2022

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Tout borne l'homme, mais rien ne l'arrête. Il réplique à la limite par l'enjambée. L'impossible est une frontière toujours reculante.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 08/11/2022

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