Citations
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Selon ton coeur, tu prends en bienveillante pitié ceux qui te disent: « Sois un autre homme que celui que tu es »; moi, selon ma tête, je les ai en mépris, parce qu'ils veulent dire: « Retire-toi de notre soleil; il n'y a pas de place pour toi. » Les guérira qui pourra.
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Chatterton (1835)
Ajoutée par Savinien le 14/03/2023
je trouverais toujours entre moi et mon ouvrage l'ennemie fatale née avec moi: la fée malfaisante trouvée sans doute dans mon berceau, la Distraction, la Poésie! - Elle se met partout; elle me donne et m'ôte tout; elle charme et détruit toute chose pour moi; elle m'a sauvé... Elle m'a perdu!
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Chatterton (1835)
Ajoutée par Savinien le 14/03/2023
Je t'aime, parce que je devine que tout le monde te hait. Une âme contemplative est à charge à tous les désoeuvrés remuants qui couvrent la terre: l'imagination et le recueillement sont deux maladies dont personne n'a pitié!
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Chatterton (1835)
Ajoutée par Savinien le 14/03/2023
La bonté d'un homme ne le rend victime que jusqu'où il le veut bien, et l'affranchissement est dans sa main.
Par: Alfred de Vigny
Extrait de: Chatterton (1835)
Ajoutée par Savinien le 14/03/2023
Au bord de la mer
La lune de ses mains distraites
A laissé choir, du haut de l'air,
Son grand éventail à paillettes
Sur le bleu tapis de la mer.
Pour le ravoir elle se penche
Et tend son beau bras argenté,
Mais l'éventail fuit sa main blanche,
Par le flot qui passe emporté.
Au gouffre amer, pour te le rendre,
Lune, j'irais bien me jeter,
Si tu voulais du ciel descendre,
Au ciel si je pouvais monter!
Par: Théophile Gautier
Extrait de: España (1845)
Ajoutée par Savinien le 06/03/2023
J’ai laissé de mon sein de neige
J'ai laissé de mon sein de neige
Tomber un oeillet rouge à l'eau.
Hélas! Comment le reprendrai-je
Mouillé par l'onde du ruisseau?
Voilà le courant qui l'entraîne!
Bel oeillet aux vives couleurs,
Pourquoi tomber dans la fontaine?
Pour t'arroser j'avais mes pleurs!
Par: Théophile Gautier
Extrait de: España (1845)
Ajoutée par Savinien le 06/03/2023
Sérénade
Sur le balcon où tu te penches
Je veux monter... Efforts perdus!
Il est trop haut, et tes mains blanches
N'atteignent pas mes bras tendus.
Pour déjouer ta duègne avare,
Jette un collier, un ruban d'or;
Ou des cordes de ta guitare
Tresse une échelle, ou bien encor...
Ote tes fleurs, défais ton peigne,
Penche sur moi tes cheveux longs,
Torrent de jais dont le flot baigne
Ta jambe ronde et tes talons.
Aidé par cette échelle étrange,
Légèrement je gravirai,
Et jusqu'au ciel, sans être un ange,
Dans les parfums je monterai!
Par: Théophile Gautier
Extrait de: España (1845)
Ajoutée par Savinien le 06/03/2023
Les trois grâces de Grenade
Douce Martirio, je crois te voir encore,
Fraîche à faire jaunir les roses de l'aurore,
Dans ton éclat vermeil, dans ta fleur de beauté,
Comme une pêche intacte au duvet velouté,
Avec tes yeux nacrés, ciel aux astres d'ébène,
Et ta bouche d'oeillet épanouie à peine,
Si petite vraiment qu'on n'y saurait poser,
Même quand elle rit, que le quart d'un baiser.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: España (1845)
Ajoutée par Savinien le 06/03/2023
Le roi solitaire
Je vis cloîtré dans mon âme profonde,
Sans rien d'humain, sans amour, sans amis,
Seul comme un dieu, n'ayant d'égaux au monde
Que mes aïeux sous la tombe endormis!
Hélas! Grandeur veut dire solitude.
Comme une idole au geste surhumain,
Je reste là, gardant mon attitude,
La pourpre au dos, le monde dans la main.
[...]
Je puis tout faire, et je n'ai plus d'envie.
Ah! Si j'avais seulement un désir!
Si je sentais la chaleur de la vie!
Si je pouvais partager un plaisir!
Mais le soleil va toujours sans cortège;
Les plus hauts monts sont aussi les plus froids;
Et nul été ne peut fondre la neige
Sur les sierras et dans le coeur des rois!
Par: Théophile Gautier
Extrait de: España (1845)
Ajoutée par Savinien le 06/03/2023
Les yeux bleus de la montagne
On trouve dans les monts des lacs de quelques toises,
Purs comme des cristaux, bleus comme des turquoises,
Joyaux tombés du doigt de l'ange Ithuriel,
Où le chamois craintif, lorsqu'il vient pour y boire,
S'imagine, trompé par l'optique illusoire,
Laper l'azur du ciel.
Ces limpides bassins, quand le jour s'y reflète,
Ont comme la prunelle une humide paillette;
Et ce sont les yeux bleus, au regard calme et doux,
Par lesquels la montagne en extase contemple,
Forgeant quelque soleil dans le fond de son temple,
Dieu, l'ouvrier jaloux!
Par: Théophile Gautier
Extrait de: España (1845)
Ajoutée par Savinien le 06/03/2023
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