Thématique citations : Les alexandrins

879 Citations

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Les voeux stériles


Mais qu'en dois-je penser? Il n'existe qu'un être
Que je puisse en entier et constamment connaître,
Sur qui mon jugement puisse au moins faire foi,
Un seul!... Je le méprise. - Et cet être, c'est moi.


Par: Alfred de Musset

Ajoutée par Savinien le 09/10/2010

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Namouna


Et le jour que parut le convive de pierre,
Tu vins à sa rencontre, et lui tendis la main;
Tu tombas foudroyé sur ton dernier festin:
Symbole merveilleux de l'homme sur la terre,
Cherchant de ta main gauche à soulever ton verre,
Abandonnant ta droite à celle du destin!


Par: Alfred de Musset

Ajoutée par Savinien le 09/10/2010

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Namouna


Et que voulais-tu donc? - Voila ce que le monde
Au bout de trois cent ans demande encore tout bas,
Le sphinx aux yeux perçants attend qu'on lui réponde.
Ils savent compter l'heure, et que leur terre est ronde,
Ils marchent dans leur ciel sur le bout d'un compas;
Mais ce que tu voulais, ils ne le savent pas.


Par: Alfred de Musset

Ajoutée par Savinien le 09/10/2010

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Namouna


Pourquoi donc les amants veillent-ils nuit et jour?
Pourquoi donc le poète aime-t-il sa souffrance?
Que demandent-ils donc tous les deux en retour?
Une larme, ô mon Dieu, voila leur récompense;
Voila pour eux le ciel, la gloire et l'éloquence.


Par: Alfred de Musset

Ajoutée par Savinien le 09/10/2010

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Namouna


Et puissiez-vous trouver, quand vous en voudrez rire,
A dépecer nos vers le plaisir qu'ils nous font!
Qu'importe leur valeur? La muse est toujours belle,
Même pour l'insensé, même pour l'impuissant;
Car sa beauté pour nous, c'est notre amour pour elle.
Mordez et croassez, corbeaux, battez de l'aile,
Le poète est au ciel; et lorsqu'en vous poussant
Il vous y fait monter, c'est qu'il en redescend.


Par: Alfred de Musset

Ajoutée par Savinien le 09/10/2010

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Namouna


Rien n'appartient à rien, tout appartient à tous.
Il faut être ignorant comme un maître d'école
Pour se flatter de dire une seule parole
Que personne ici-bas n'ait pu dire avant vous.
C'est imiter quelqu'un que de planter des choux.


Par: Alfred de Musset

Ajoutée par Savinien le 09/10/2010

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Acte II, Scène 1


Jusques ici du moins tout va pour le mieux du monde:
Tâchons à ce progrès que le reste réponde,
Et de peur de trouver dans le port un écueil,
Conduisons le vaisseau de la main et de l'oeil.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 09/10/2010

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Acte V, Scène 8


Et tu crois que de toi je ferais mon galant?
Un mari, passe encore: tel qu'il est, on le prend;
On n'y va pas chercher tant de cérémonie.
Mais il faut qu'un galant soit fait à faire envie.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte V, Scène 7


Allez, ce procédé, Lucile, est odieux:
A peine en puis-je croire au rapport de mes yeux;
C'est de toute pudeur se montrer ennemie,
Et vous devriez mourir d'une telle infamie.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte IV, Scène 3


Et pour trancher ici tous propos superflus,
Et vous donner, ingrate, une preuve certaine
Que je veux, sans retour sortir de votre chaîne,
Je ne veux rien garder qui puisse retracer
Ce que de mon esprit il me faut effacer.
Voici votre portrait: il présente à la vue
Cent charmes merveilleux dont vous êtes pourvue;
Mais il cache sous eux cent défauts aussi grands,
Et c'est un imposteur enfin que je vous rends.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte IV, Scène 2


Il faut apprendre à vivre à ce sexe volage,
Et lui faire sentir que l'on a du courage.
Qui souffre ses mépris les veut bien recevoir.
Si nous avions l'esprit de nous faire valoir,
Les femmes n'auraient pas la parole si haute.
Oh! Qu'elles nous sont bien fières par notre faute!
Je veux être pendu, si nous ne les verrions
Sauter à notre cou plus que nous ne voudrions,
Sans tous ces vils devoirs dont la plupart des hommes
Les gâtent tous les jours dans le siècle où nous sommes.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte IV, Scène 2


Non, je ne prétends plus demeurer engagé
Pour un coeur où je vois le peu de part que j'ai;
Et puisque l'on témoigne une froideur extrême
A conserver les gens, je veux faire de même.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte II, Scène 4


Hé bien, bien! Qu'il s'en vante et rie à nos dépens:
Il n'aura pas sujet d'en triompher longtemps;
Et je lui ferai voir qu'en une âme bien faite
Le mépris suit de près la faveur qu'on rejette.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte II, Scène 4


Un coeur ne pèse rien alors que l'on l'affronte;
Il court à sa vengeance, et saisit promptement
Tout ce qu'il croit servir à son ressentiment.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte II, Scène 1


Quand l'amour est bien fort, rien ne peut l'arrêter;
Ses projets seulement vont à se contenter,
Et pourvu qu'il arrive au but qu'il se propose,
Il croit que tout le reste après est peu de chose.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte I, Scène 2


Ah! Cache-lui, de grâce, une peur passagère,
Où mon âme a cru voir quelque peu de lumière;
Ou si tu la lui dis, ajoute que ma mort
Est prête d'expier l'erreur de ce transport,
Que je vais à ses pieds, si j'ai pu lui déplaire,
Sacrifier ma vie à sa juste colère.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte I, Scène 2


Au mérite souvent de qui l'éclat vous blesse
Vos chagrins font ouvrir les yeux d'une maîtresse;
Et j'en sais tel qui doit son destin le plus doux
Aux soins trop inquiets de son rival jaloux;


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte I, Scène 2


Moi, jaloux? Dieu m'en garde, et d'être assez badin
Pour m'aller emmaigrir avec un tel chagrin!
Outre que de ton coeur ta foi me cautionne,
L'opinion que j'ai de moi-même est trop bonne
Pour croire auprès de moi que quelque autre te plût.
Où diantre pourrais-tu trouver qui me valût ?


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte I, Scène 1


Le chagrin me paraît une incommode chose:
Je n'en prends pas pour moi sans bonne et juste cause,
Et même à mes yeux cent sujets d'en avoir
S'offrent le plus souvent, que je ne veux pas voir.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte I, Scène 1


Enfin, crois-moi, si bien qu'on éteigne une flamme,
Un peu de jalousie occupe encore une âme,
Et l'on ne saurait voir, sans en être piqué,
Posséder par un autre un coeur qu'on a manqué.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte IV, Scène 1


La mort est un remède à trouver quand on veut,
Et l'on s'en doit servir le plus tard que l'on peut.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte III, Scène 9


On sait que la chair est fragile quelquefois,
Et qu'une fille enfin n'est ni caillou ni bois.
Vous n'avez pas été sans doute la première,
Et vous ne serez pas, que je crois, la dernière.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte I, Scène 1


Souvent d'un faux espoir un amant est nourri:
Le mieux reçu toujours n'est pas le plus chéri;
Et tout ce que d'ardeur font paraître les femmes
Parfois n'est qu'un beau voile à couvrir d'autres flammes.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte II, Scène 11


Pour vous dire en beaux vers, ou bien en docte prose,
Que vous serez toujours, quoi que l'on se propose,
Tout ce que vous avez été durant vos jours,
C'est à dire un esprit chaussé tout à rebours,
Une raison malade et toujours en débauche,
Un envers du bon sens, un jugement à gauche.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte I, Scène 3


Mon coeur, qu'avec raison votre discours étonne,
N'entend pas que mes yeux fassent mal à personne;
Et si dans quelque chose ils vous ont outragé,
Je puis vous assurer que c'est sans mon congé.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Elégie pour mr Foucquet


Il est assez puni par son sort rigoureux;
Et c'est être innocent que d'être malheureux.


Par: Jean de La Fontaine

 

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Elégie pour mr Foucquet


Lorsque sur cette mer on vogue à pleines voiles,
Qu'on croit avoir pour soi les vents et les étoiles,
Il est bien malaisé de régler ses désirs;
Le plus sage s'endort sur la foi des zéphyrs.


Par: Jean de La Fontaine

 

Ajoutée par Savinien le 08/10/2010

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Acte V, Scène 6


J'ai beau plonger mon âme et mes regards funèbres
Dans ce vaste néant et ces longues ténèbres,
J'y rencontre partout un état sans douleur,
Qui n'élève à mon front ni trouble ni terreur;
Car puisque l'on ne reste, après ce grand passage,
Que le songe léger d'une légère image,
Et que le coup fatal ne fait ni mal ni bien,
Vivant, parce qu'on est, mort, parce qu'on n'est rien;
Pourquoi perdre à regret la lumière reçue,
Qu'on ne peut regretter après qu'elle est perdue?


Par: Hercule Savinien de Cyrano (Cyrano de Bergerac)

Ajoutée par Savinien le 06/10/2010

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Acte II, Scène 4


Et puis mourir n'est rien, c'est achever de naître!
Un esclave hier mourut pour divertir son maître:
Aux malheurs de la vie on n'est point enchaîné,
Et l'âme est dans la main du plus infortuné.


Par: Hercule Savinien de Cyrano (Cyrano de Bergerac)

Ajoutée par Savinien le 06/10/2010

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Acte I, Scène 3


Oui j'abhorre ce monstre; après l'avoir ravie,
Pour le tuer encore je lui rendrai la vie;
Et je voudrais qu'il pût, sans tout à fait périr,
Et sans cesse renaître, et sans cesse mourir.


Par: Hercule Savinien de Cyrano (Cyrano de Bergerac)

Ajoutée par Savinien le 06/10/2010

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Epilogue


Le soleil, moins ardent, luit clair au ciel moins dense.
Balancés par un vent automnal et berceur,
Les rosiers du jardin s'inclinent en cadence.
L'atmosphère ambiante a des baisers de soeur,

La Nature a quitté pour cette fois son trône
De splendeur, d'ironie et de sérénité:
Clémente, elle descend, par l'ampleur de l'air jaune,
Vers l'homme, son sujet pervers et révolté.

Du pan de son manteau que l'abîme constelle,
Elle daigne essuyer les moiteurs de nos fronts,
Et son âme éternelle et sa forme immortelle
Donnent calme et vigueur à nos coeurs mous et prompts.

Le frais balancement des ramures chenues,
L'horizon élargi plein de vagues chansons,
Tout, jusqu'au vol joyeux des oiseaux et des nues,
Tout aujourd'hui console et délivre. --Pensons.


Par: Paul Verlaine

Ajoutée par Savinien le 03/10/2010

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Lassitude


De la douceur, de la douceur, de la douceur!
Calme un peu ces transports fébriles, ma charmante.
Même au fort du déduit, parfois, vois-tu, l'amante
Doit avoir l'abandon paisible de la soeur.

Sois langoureuse, fais ta caresse endormante,
Bien égaux les soupirs et ton regard berceur.
Va, l'étreinte jalouse et le spasme obsesseur
Ne valent pas un long baiser, même qui mente!

Mais dans ton cher coeur d'or, me dis-tu, mon enfant,
La fauve passion va sonnant l'oliphant.
Laisse-la trompetter à son aise, la gueuse!

Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main,
Et fais-moi des serments que tu rompras demain,
Et pleurons jusqu'au jour, ô petite fougueuse!


Par: Paul Verlaine

Ajoutée par Savinien le 03/10/2010

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Acte V, Scène 4


Puissiez-vous, pour goûter de vrais contentements,
L'un pour l'autre à jamais garder ces sentiments!
Trahi de toutes parts, accablé d'injustice,
Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices,
Et chercher sur la terre un endroit écarté
Où d'être homme d'honneur on ait la liberté.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 02/10/2010

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Acte V, Scène 1


Il aide à m'accabler d'un crime imaginaire!
Le voila devenu mon plus grand adversaire!
Et jamais de son coeur je n'aurai de pardon,
Pour n'avoir pas trouvé que son sonnet fut bon!
Et les hommes, morbleu! Sont faits de cette sorte!
C'est à ces actions que la gloire les porte!
Voila la bonne foi, le zèle vertueux,
La justice et l'honneur que l'on trouve chez eux!
Allons, c'est trop souffrir les chagrins qu'on nous forge:
Tirons-nous de ce bois et de ce coupe-gorge.
Puisque entre humains ainsi vous vivez en vrais loups,
Traîtres, vous ne m'aurez de ma vie avec vous.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 02/10/2010

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Acte III, Scène 4


Pour moi, contre chacun je pris votre défense,
Et leur assurait fort que c'était médisance;
Mais tous les sentiments combattirent le mien;
Et leur conclusion fut que vous feriez bien
De prendre moins de soin des actions des autres,
Et de vous mettre un peu plus en peine des vôtres;
Qu'on doit se regarder soi-même un fort long temps,
Avant que de songer à condamner les gens;
Qu'il faut mettre le poids d'une vie exemplaire
Dans les corrections qu'aux autres on veut faire.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 02/10/2010

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Acte III, Scène 1


C'est aux gens mal tournés, aux mérites vulgaires,
A brûler constamment pour des beautés sévères,
A languir à leurs pieds et souffrir leurs rigueurs,
A chercher le secours des soupirs et des pleurs,
Et tâcher, par des soins d'une très longue suite,
D'obtenir ce qu'on nie à leur peu de mérite.

Mais les gens de mon air, marquis, ne sont pas faits
Pour aimer à crédit, et faire tous les frais.
Quelque rare que soit le mérite des belles,
Je pense, Dieu merci! Qu'on vaut son prix comme elles,
Que pour se faire honneur d'un coeur comme le mien,
Ce n'est pas la raison qu'il ne leur coûte rien,
Et qu'au moins, à tout mettre en de justes balances,
Il faut qu'à frais communs se fassent les avances.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 02/10/2010

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Acte III, Scène 1


Je suis adroit; j'ai bon air, bonne mine,
Les dents belles surtout, et la taille fort fine.
Quant à se mettre bien, je crois, sans me flatter,
Qu'on serait mal venu de me le disputer.
Je me vois dans l'estime autant qu'on y puisse être,
Fort aimé du beau sexe, et bien auprès du maître.
Je crois qu'avec cela, mon cher marquis, je crois
Qu'on peut, par tout pays, être content de soi.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 02/10/2010

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Acte II, Scène 4


Il est guindé sans cesse; et dans tous ses propos,
On voit qu'il se travaille à dire de bons mots.
Depuis que dans la tête il s'est mis d'être habile,
Rien ne touche son goût, tant il est difficile;
Il veut voir des défauts à tout ce qu'on écrit,
Et pense que louer n'est pas d'un bel esprit,
Que c'est être savant que trouver à redire,
Qu'il n'appartient qu'aux sots d'admirer et de rire,
Et qu'en n'approuvant rien des ouvrages du temps,
Il se met au-dessus de tous les autres gens;
Aux conversations mêmes il trouve à reprendre:
Ce sont propos trop bas pour y daigner descendre;
Et les deux bras croisés, du haut de son esprit
Il regarde en pitié tout ce que chacun dit.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 02/10/2010

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Acte I, Scène 2


Mais je lui disais, moi, qu'un froid écrit assomme,
Qu'il ne faut que ce faible à décrier un homme,
Et qu'eût-on, d'autre part, cent belles qualités,
On regarde les gens par leurs méchants côtés.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 02/10/2010

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Acte I, Scène 2


Monsieur, cette matière est toujours délicate,
Et sur le bel esprit nous aimons qu'on nous flatte.
Mais un jour, à quelqu'un, dont je tairai le nom,
Je disais, en voyant des vers de sa façon,
Qu'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire
Sur les démangeaisons qui nous prennent d'écrire;
Qu'il doit tenir la bride aux grands empressements
Qu'on a de faire éclat de tels amusements;
Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages,
On s'expose à jouer de mauvais personnages.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 02/10/2010

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Acte I, Scène 1


Quel avantage a-t-on qu'un homme vous caresse,
Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse,
Et vous fasse de vous un éloge éclatant,
Lorsque au premier faquin il court en faire autant?
Non, non, il n'est point d'âme un peu bien située
Qui veuille d'une estime ainsi prostituée:
Et la plus glorieuse a des régals peu chers,
Dès qu'on voit qu'on nous mêle avec tout l'univers:
Sur quelque préférence une estime se fonde,
Et c'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde.
Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps,
Morbleu! Vous n'êtes pas pour être de mes gens;
Je refuse d'un coeur la vaste complaisance
Qui ne fait de mérite aucune différence;
Je veux qu'on me distingue; et pour le trancher net,
L'ami du genre humain n'est point du tout mon fait.


Par: Jean-Baptiste Poquelin (Molière)

Ajoutée par Savinien le 02/10/2010

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Sonnet sur la mort d'une parente


Parmi les doux transports d'une amitié fidèle,
Je voyais près d'Iris couler mes heureux jours;
Iris que j'aime encore, et que j'aimais toujours,
Brûlait des mêmes feux dont je brûlais pour elle;

Quand, par l'ordre du ciel, une fièvre cruelle
M'enleva cet objet de mes tendres amours;
Et, de tous mes plaisirs interrompant le cours,
Me laissa de regrets une suite éternelle.

Ah! Qu'un si rude coup étonna mes esprits!
Que je versais de pleurs! Que je poussais de cris!
De combien de douleurs ma douleur fut suivie!

Iris, tu fus alors moins à plaindre que moi;
Et, bien qu'un triste sort t'ait fait perdre la vie,
Hélas! En te perdant j'ai perdu plus que toi.


Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)

 

Ajoutée par Savinien le 30/09/2010

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Chant IV


Que les vers ne soient pas votre éternel emploi.
Cultivez vos amis, soyez homme de foi:
C'est peu d'être agréable et charmant dans un livre,
Il faut savoir encore et converser et vivre.

Travaillez pour la gloire, et qu'un sordide gain
Ne soit jamais l'objet d'un illustre écrivain.
Je sais qu'un noble esprit peut, sans honte et sans crime,
Tirer de son travail un tribut légitime;
Mais je ne puis souffrir ces auteurs renommés,
Qui, dégoutés de gloire et d'argent affamés,
Mettent leur Apollon aux gages d'un libraire,
Et font d'un art divin un métier mercenaire.


Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)

Ajoutée par Savinien le 30/09/2010

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Chant IV


Il est dans tout autre art des degrés différents,
On peut avec honneur remplir les seconds rangs;
Mais dans l'art dangereux de rimer et d'écrire,
Il n'est point de degrés du médiocre au pire.


Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)

Ajoutée par Savinien le 30/09/2010

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Chant III


Donnez à votre ouvrage une juste étendue.
Que le début soit simple et n'ait rien d'affecté.
N'allez pas dès l'abord, sur Pégase monté,
Crier à vos lecteurs, d'une voix de tonnerre:
« Je chante le vainqueur des vainqueurs de la terre. »
Que produira l'auteur après tous ces grands cris?
La montagne en travail enfante une souris.


Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)

Ajoutée par Savinien le 30/09/2010

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Chant III


Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles
Sont d'un déclamateur amoureux des paroles.
Il faut dans la douleur que vous vous abaissiez:
Pour me tirer des pleurs, il faut que vous pleuriez.


Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)

Ajoutée par Savinien le 30/09/2010

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Chant II


On dit, à ce propos, qu'un jour ce dieu bizarre,
Voulant pousser à bout tous les rimeurs français,
Inventa du sonnet les rigoureuses lois,
Voulut qu'en deux quatrains de mesure pareille
La rime avec deux sons frappât huit fois l'oreille;
Et qu'ensuite six vers artistement rangés
Fussent en deux tercets par le sens partagés.
Surtout de ce poème il bannit la licence;
Lui-même en mesura le nombre et la cadence;
Défendit qu'un vers faible y pût jamais entrer,
Ni qu'un mot déjà mis osât s'y remontrer.
Du reste il l'enrichit d'une beauté suprême:
Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème.


Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)

Ajoutée par Savinien le 30/09/2010

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Chant II


La plaintive élégie, en longs habits de deuil,
Sait, les cheveux épars, gémir sur un cercueil.
Elle peint des amants la joie et la tristesse;
Flatte, menace, irrite, apaise une maîtresse.
Mais, pour bien exprimer ces caprices heureux,
C'est peu d'être poète, il faut être amoureux.


Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)

Ajoutée par Savinien le 30/09/2010

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Chant I


L'ouvrage le plus plat a, chez les courtisans,
De tout temps rencontré de zélé partisans;
Et, pour finir enfin par un trait de satire,
Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.


Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)

Ajoutée par Savinien le 30/09/2010

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Chant I


Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d'une folle vitesse:
...
Hâtez-vous lentement; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage:
Polissez-le sans-cesse et le repolissez;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.


Par: Nicolas Boileau (Boileau-Despréaux)

Ajoutée par Savinien le 30/09/2010

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Pg 12/18