Thématique citations : Les alexandrins

879 Citations

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Sonnet consolant


Malheur aux pauvres! C'est l'argent qui rend heureux.
Les riches ont la force, et la gloire et la joie.
Sur leur nez orgueilleux c'est leur or qui rougeoie.
L'or mettrait du soleil même au front d'un lépreux.

Ils ont tout: les bons plats, les vieux vins généreux,
Les bijoux, les chevaux, le luxe qui flamboie,
Et les belles putains aux cuirasses de soie
Dont les seins provocants ne sont nus que pour eux.

Bah! Les pauvres, malgré la misère sans trêves,
Ont aussi leurs trésors: les chansons et les rêves.
Ce peu-là leur suffit pour rire quelquefois.

J'en sais qui sont heureux, et qui n'ont pour fortune
Que ces louis d'un jour nommés les fleurs des bois
Et cet écu rogné qu'on appelle la lune.


Par: Jean Richepin

 

Ajoutée par Savinien le 11/05/2011

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Le gueux aux roses


L'homme avait dû marcher longtemps; il était vieux,
Parcheminé, le chef branlant, le dos en voûte.
Sur le bord du chemin, il cassait une croûte,
Près d'une source claire au gazouillis joyeux.

Il tenait dans ses doigts un bouquet d'églantine:
Assis, le cul dans l'herbe, il mordait son pain noir
Avec tant d'appétit que je voulus savoir
Ce qu'il avait de bon sur sa maigre tartine.

Je n'étais qu'un enfant: tu ne comprendras pas,
Mais qu'importe, dit-il, avec un bon sourire...
Vois-tu, quand on est gueux et qu'on n'a rien à frire,
Il est encore moyen de faire un bon repas.

Si pénible que soit la route où l'on chemine,
Il est des coins ombreux et des buissons fleuris:
Cueille en passant les fleurs; c'est toujours ça de pris
Pour la mauvaise étape et les jours de famine.

Compose ton bouquet et choisis tes parfums.
L'hiver venu, - plus tard tu comprendras ces choses! -
On mange son pain sec en respirant les roses
Des paradis perdus et des printemps défunts.


Par: Armand Masson

 

Ajoutée par Savinien le 08/05/2011

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Pantoum


C'est un petit jardin, désolé comme un champ,
L'herbe rousse frémit sous un vent monotone,
A l'ombre des vieux murs, que le lierre festonne.
Au fond des cieux plombés, baigne un soleil couchant.

L'herbe rousse frémit sous un vent monotone;
Un oiseau près de moi file en s'effarouchant:
Au fond des cieux plombés, saigne un soleil couchant,
Dans les bassins, la voix des grenouilles détonne.

Un oiseau près de moi file en s'effarouchant,
Le chat noir aux yeux verts, là-bas, se pelotonne,
Dans les bassins, la voix des grenouilles détonne;
Les ombrages rouillés ont un funèbre chant!

Le chat noir aux yeux verts, là-bas, se pelotonne.
Il me fixe d'un oeil satanique et méchant;
Les ombrages rouillés ont un funèbre chant
Je t'aime, ô symphonie étrange de l'automne.


Par: Louis Le Cardonnel

 

Ajoutée par Savinien le 08/05/2011

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A Maggy


Peut-être pourrions-nous nous aimer, ma petite,
Et goûter le bonheur charmant d'un tendre amour;
Mais il faut des brillants, des chapeaux Pompadour,
Et des mets truffés dans ce monde sybarite.

Si je dis que je t'aime et que mon coeur palpite
Quand je baise ta gorge au gracieux contour
Hélas! Je ne suis pas un banquier de Hambourg
Et tu me répondras; que tu t'en bats l'orbite.

Je voudrais te bâtir un frais cottage, au bout
D'un jardin parfumé d'aubépine et de rose
Pour que tu passes là contente le mois d'août.

Mais, l'homme propose et le louis d'or dispose...
Et je n'ai que mon coeur qui ne vaut pas grand chose
Et mon corps fatigué qui ne vaut rien du tout.


Par: Jean Moréas

 

Ajoutée par Savinien le 08/05/2011

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Le dahlia bleu


O créer avec fièvre un rien, quatorze vers
Délicats, spéciaux, rares, heureux d'éclore,
Un bouquet effaçant par le choix de sa flore
La vieille rhétorique et les jeunes pré verts!

Y mettre le secret de mon coeur, comme Arvers,
Et les vocables doux par lesquels on implore,
Et sous le nom vraiment rythmique, Hélène ou Laure,
Oser vous y parler d'amour, à mots couverts!

Vous les liriez, non pas comme ceux qu'on renomme,
Mais à mi-voix, en y mettant du vôtre, et comme
Ce sonnet sans défaut vaudrait bien un baiser,

Ayant touché le fin bristol du bout des lèvres,
Vous iriez, doucement, doucement, le poser
Sur l'étagère où sont vos tasses de vieux sèvres.


Par: Gaston Sénéchal

 

Ajoutée par Savinien le 05/05/2011

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Gamme nouvelle


Soit, je vais te chanter la mode nouvelle!
Sur les immenses mers, en proie aux flux vivants,
J'ai confié ma voile au désir qui m'appelle
Dans la paix de l'azur et les soleils levants.

Les autans ont fléchi le nénuphar rebelle,
Et la nymphe est songeuse au fond des bois mouvants.
Toi seule m'apparaît magnétiquement belle
Avec la fixité de tes yeux captivants.

Or je veux t'emporter dans ma barque furtive.
L'illusion fleurit, l'aube argente la rive;
Cypris a les flancs ronds, Pan est toujours debout.

La rose saigne, hélas! La brise est une lyre...
Mais, puisqu'on peut s'aimer sans parler pour rien dire,
Qu'est-ce que tout cela peut te faire, après tout?


Par: Clovis Hugues

 

Ajoutée par Savinien le 03/05/2011

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Quand je reposerai dans la fosse, tranquille,
Ayant autour de moi l'ombre éternellement;
Quand mes membres auront perdu le mouvement
Et mes orbites creux le regard qui scintille;

Cet être qui fut moi, ce pauvre rien fragile,
Oublié dormira - pour jamais ossement -
Et, loin du ciel voilé, silencieusement,
Rien ne remuera plus sous la couche d'argile.

Mais vous serez toujours, éternelle beauté,
Hors du trépas commun, de la caducité:
Votre corps ne peut pas mourir, étant mon âme!

Aussi, lorsqu'un beau soir d'amour, sur mon tombeau
Longuement passera l'ombre de cette femme,
Tu te réveilleras, squelette amant du Beau!


Par: Emile Goudeau

 

Ajoutée par Savinien le 03/05/2011

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Le voyage


Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah! Que le monde est grand à la clarté des lampes!
Aux yeux du souvenir que le monde est petit!


Par: Charles Baudelaire

 

Ajoutée par Savinien le 02/05/2011

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Epitaphe de maître François Eboissard, son mari


Veux-tu savoir passant, quel a été mon être?
Sache que la nature, et fortune, et les cieux,
Noble, riche, et savant autrefois m'ont fait naître,
Me rendant possesseur de leurs dons précieux.

Après avoir vécu d'une louable vie,
Je fus pris d'un catère, et maintenant le sort
Des Parques me guérit de cette maladie:
Je mourais en ma vie, et je vis en ma mort.

Je fus trente ans breton; vingt et huit mon épouse
Me retint dans Poitiers lié de chaste amour.
Mon âme devant Dieu maintenant se repose,
Et mon corps en ce lieu attend le dernier jour.

Mon corps n'est pas tout seul sous cette froide tombe;
Le coeur de ma compagne y gît avec le mien.
Jamais de son esprit notre amitié ne tombe;
La mort ne tranche point un si ferme lien.

O Dieu, dont la vertu dedans le ciel enclose
Enclôt même le ciel; veuillez que ma moitié
Toutes ses actions heureusement dispose,
Honorant pour jamais notre sainte amitié.


Par: Madeleine des Roches

 

Ajoutée par Savinien le 01/05/2011

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Le dormeur du Val


C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent: où le soleil, de la montagne fière,
Luit: c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort: il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme:
Nature, berce-le chaudement: il a froid.

Les parfums ne font pas frisonner sa narine;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.


Par: Arthur Rimbaud

 

Ajoutée par Savinien le 11/04/2011

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Credo in unam


Par la lune d'été vaguement éclairée,
Debout, nue et rêvant dans sa pâleur dorée
Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,
Dans la clairière sombre où la mousse s'étoile,
La dryade regarde au ciel mystérieux...
- La blanche Selenè laisse flotter son voile,
Craintive, sur les pieds du bel Endymion,
Et lui jette un baiser dans un pâle rayon...
- La source pleure au loin dans une longue extase;
C'est la nymphe qui rêve, un coude sur son vase
Au beau jeune homme fort que son onde a pressé...
- Une brise d'amour dans la nuit a passé...
Et dans les bois sacrés, sous l'horreur des grands arbres,
Majestueusement debout, les sombres marbres,
Les dieux au front desquels le bouvreuil fait son nid,
- Les dieux écoutent l'homme et le monde infini!...


Par: Arthur Rimbaud

 

Ajoutée par Savinien le 10/04/2011

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Credo in unam


Parce qu'il était fort, l'Homme était chaste et doux!
Misère! Maintenant, il dit: je sais les choses,
Et va les yeux fermés et les oreilles closes!
S'il accepte des dieux, il est au moins un roi!
C'est qu'il n'a plus l'amour, s'il a perdu la foi!
- Oh! S'il savait encore puiser à ta mamelle,
Grand-mère des dieux et des hommes, Cybèle!
S'il n'avait pas laissé l'immortelle Astarté
Qui jadis, émergeant dans l'immense clarté
Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,
Montra son nombril rose où vint neiger l'écume,
Et fit chanter partout, déesse aux yeux vainqueurs,
Le rossignol aux bois et l'amour dans les coeurs!


Par: Arthur Rimbaud

 

Ajoutée par Savinien le 10/04/2011

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Par les beaux soirs d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoré par les blés, fouler l'herbe menue;
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds;
Je laisserai le vent baigner ma tête nue...

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien...
Mais un amour immense entrera dans mon âme:
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la nature, - heureux comme avec une femme!


Par: Arthur Rimbaud

 

Ajoutée par Savinien le 10/04/2011

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Les étrennes des orphelins


La chambre est pleine d'ombre; on entend vaguement
De deux enfants le triste et doux chuchotement.
Leur front se penche, encore, alourdi par le rêve;
Sous le long rideau blanc qui tremble et se soulève...
- Au dehors les oiseaux se rapprochent frileux;
Leur aile s'engourdit sous le ton gris des cieux;
Et la nouvelle année, à la suite brumeuse,
Laissant traîner les plis de sa robe neigeuse,
Sourit avec des pleurs, et chante en grelottant...


Par: Arthur Rimbaud

 

Ajoutée par Savinien le 10/04/2011

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Elle étonne à dix pas, elle épouvante à deux,
Une verrue habite en son nez hasardeux;
On tremble à chaque instant qu'elle ne vous la mouche
Et qu'un beau jour son nez ne tombe dans sa bouche.


Par: Victor Hugo

Ajoutée par Savinien le 25/03/2011

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Acte V, Scène 5


Oh! Par pitié, demain!
Oh! S'il te reste un coeur, duc, ou du moins une âme,
Si tu n'es pas un spectre échappé de la flamme,
Un mort damné, fantôme ou démon désormais,
Si Dieu n'a point encore mis sur ton front: jamais!
Si tu sais ce que c'est que ce bonheur suprême
D'aimer, d'avoir vingt ans, d'épouser quand on aime,
Si jamais femme aimée a tremblé dans tes bras,
Attends jusqu'à demain! Demain tu reviendras!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 08/03/2011

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Acte V, Scène 3


Tu dis vrai. Le bonheur, amie, est chose grave.
Il veut des coeurs de bronze et lentement s'y grave.
Le plaisir l'effarouche en lui jetant des fleurs.
Son sourire est moins près du rire que des pleurs.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 08/03/2011

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Acte IV, Scène 4


Mais tu l'as, le plus doux et le plus beau collier,
Celui que je n'ai pas, qui manque au rang suprême,
Les deux bras d'une femme aimée et qui vous aime!
Ah! Tu vas être heureux: moi, je suis empereur.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 08/03/2011

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Acte IV, Scène 4


Celui dont le flanc saigne a meilleure mémoire.
L'affront que l'offenseur oublie en insensé
Vit et toujours remue au coeur de l'offensé.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 07/03/2011

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Acte IV, Scène 4


Je prétends qu'on me compte!
Puisqu'il s'agit de hache ici, que Hernani,
Pâtre obscur, sous tes pieds passerait impuni,
Puisque son front n'est plus au niveau de ton glaive,
Puisqu'il faut être grand pour mourir, je me lève.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 07/03/2011

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Acte IV, Scène 4


Le bleu manteau des rois pouvait gêner vos pas.
La pourpre vous va mieux. Le sang n'y paraît pas.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 07/03/2011

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Acte IV, Scène 1


C'est ici que la ligue s'assemble!
Que je vais dans ma main les tenir tous ensemble!
Ah! Monsieur l'électeur de Trèves, c'est ici!
Vous leur prêtez ce lieu! Certes, il est bien choisi!
Un noir complot prospère à l'air des catacombes.
Il est bon d'aiguiser les stylets sur des tombes.
Pourtant c'est jouer gros. La tête est de l'enjeu,
Messieurs les assassins! Et nous verrons. - Pardieu!
Ils font bien de choisir pour une telle affaire
Un sépulcre. - Ils auront moins de chemin à faire.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 07/03/2011

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Acte III, Scène 5


Qui dira que nos sorts suivent la même loi?
Non. Dieu qui fait tout bien ne te fit pas pour moi.
Je n'ai nul droit d'en haut sur toi, je me résigne.
J'ai ton coeur, c'est un vol! Je le rends au plus digne.
Jamais à nos amours le ciel n'a consenti.
Si j'ai dit que c'était ton destin, j'ai menti.
D'ailleurs, vengeance, amour, adieu! Mon jour s'achève.
Je m'en vais, inutile, avec mon double rêve,
Honteux de n'avoir pu ni punir ni charmer,
Qu'on m'ait fait pour haïr, moi qui n'ait su qu'aimer!
Pardonne-moi! Fuis-moi! Ce sont mes deux prières;
Ne les rejette pas, car ce sont les dernières.
Tu vis et je suis mort. Je ne vois pas pourquoi
Tu te ferais murer dans ma tombe avec moi.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 07/03/2011

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Acte III, Scène 4


Non, je dois t'être odieux! Mais, écoute,
Dis moi: je t'aime! Hélas! Rassure un coeur qui doute,
Dis-le moi! Car souvent avec ce peu de mots
La bouche d'une femme a guéri bien des maux.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 04/03/2011

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Acte III, Scène 1


Mais va, crois-moi, ces cavaliers frivoles
N'ont pas d'amour si grand qu'il ne s'use en paroles.
Qu'une fille aime et croie un de ces jouvenceaux,
Elle en meurt, il en rit. Tous ces jeunes oiseaux,
A l'aile vive et peinte, au langoureux ramage,
Ont un amour qui mue ainsi que leur plumage.
Les vieux, dont l'âge éteint la voix et les couleurs,
Ont l'aile plus fidèle, et, moins beaux, sont meilleurs.
Nous aimons bien. Nos pas sont lourds? Nos yeux arides?
Nos fronts ridés? Au coeur on n'a jamais de rides.
Hélas! Quand un vieillard aime, il faut l'épargner.
Le coeur est toujours jeune et peut toujours saigner.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 04/03/2011

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Acte II, Scène 4


Soyons heureux! Buvons, car la coupe est remplie,
Car cette heure est à nous, et le reste est folie.
Parle-moi, ravis-moi. N'est-ce pas qu'il est doux
D'aimer et de savoir qu'on vous aime à genoux?
D'être deux? D'être seuls? Et que c'est douce chose
De se parler d'amour la nuit quand tout repose?


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 04/03/2011

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Acte II, Scène 4


Loué soit le sort doux et propice
Qui me mit cette fleur au bord du précipice!
Et ce n'est pas pour vous que je parle en ce lieu,
Je parle pour le ciel qui m'écoute, et pour Dieu.
[...]
Ah! Ce serait un crime
Que d'arracher la fleur en tombant dans l'abîme.
Va, j'en ai respiré le parfum, c'est assez!
Renoue à d'autres jours tes jours par moi froissés.
Epouse ce vieillard. C'est moi qui te délie.
Je rentre dans ma nuit. Toi, soit heureuse, oublie!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 04/03/2011

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Acte II, Scène 4


Ensemble! Non, non. L'heure en est passée. Hélas!
Doña Sol, à mes yeux quand tu te révélas
Bonne, et daignant m'aimer d'un amour secourable,
J'ai bien pu vous offrir, moi, pauvre misérable,
Ma montagne, mon bois, mon torrent, - ta pitié
M'enhardissait. - mon pain de proscrit, la moitié
Du lit vert et touffu que la forêt me donne;
Mais t'offrir la moitié de l'échafaud! Pardonne,
Doña Sol! L'échafaud, c'est à moi seul!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 04/03/2011

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Acte II, Scène 2


J'aime mieux avec lui, mon Hernani, mon roi,
Vivre errante, en dehors du monde et de la loi,
Ayant faim, ayant soif, fuyant toute l'année,
Partageant jour à jour sa pauvre destinée,
Abandon, guerre, exil, deuil, misère et terreur,
Que d'être impératrice avec un empereur!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 03/03/2011

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Acte II, Scène 2


Non. Le bandit, c'est vous! N'avez-vous pas de honte?
Ah! Pour vous à la face une rougeur me monte.
Sont-ce là les exploits dont le roi fera bruit?
Venir ravir de force une femme la nuit!
Que mon bandit vaut mieux cent fois! Roi, je proclame
Que, si l'homme naissait où le place son âme
Si Dieu faisait le rang à la hauteur du coeur,
Certes, il serait le roi, prince, et vous le voleur!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 03/03/2011

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Acte I, Scène 4


Ce que je veux de toi, ce n'est point faveurs vaines,
C'est l'âme de ton corps, c'est le sang de tes veines,
C'est tout ce qu'un poignard, furieux et vainqueur,
En y fouillant longtemps peut prendre au fond d'un coeur.
Va devant! Je te suis. Ma vengeance qui veille
Avec moi toujours marche et me parle à l'oreille.
Va! Je suis là, j'épie et j'écoute, et sans bruit
Mon pas cherche ton pas et le presse et le suit.
Le jour tu ne pourras, ô roi, tourner la tête
Sans me voir immobile et sombre dans ta fête;
La nuit tu ne pourras tourner les yeux, ô roi,
Sans voir mes yeux ardents luire derrière toi!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 03/03/2011

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Acte I, Scène 2


Ah! Vous serez à lui, madame! Y pensez-vous?
O l'insensé vieillard, qui, la tête inclinée,
Pour achever sa route et finir sa journée,
A besoin d'une femme, et va, spectre glacé,
Prendre une jeune fille! O vieillard insensé!
Pendant que d'une main il s'attache à la vôtre,
Ne voit-il pas la mort qui l'épouse de l'autre?
Il vient dans nos amours se jeter sans frayeur!
Vieillard, va-t'en donner mesure au fossoyeur!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 03/03/2011

Catégories:

Acte I, Scène 2


Que je suis heureux que le duc sorte!
Comme un larron qui tremble et qui force une porte,
Vite, j'entre, et vous vois, et dérobe au vieillard
Une heure de vos chants et de votre regard,
Et je suis bien heureux, et sans doute on m'envie
De lui voler une heure, et lui me prend ma vie!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 03/03/2011

Catégories:

Acte I, Scène 2


Doña Sol, mon amie!
Dites-moi, quand la nuit vous êtes endormie,
Calme, innocente et pure, et qu'un sommeil joyeux
Entr'ouvre votre bouche et du doigt clôt vos yeux,
Un ange vous dit-il combien vous êtes douce
Au malheureux que tout abandonne et repousse?


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 02/03/2011

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Acte I, Scène 2


Doña Sol! Ah! C'est vous que je vois
Enfin! Et cette voix qui parle est votre voix!
Pourquoi le sort mit-il mes jours si loin des vôtres?
J'ai tant besoin de vous pour oublier les autres!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 02/03/2011

Catégories:

Acte I, Scène 1


Suis-je chez Doña Sol? Fiancée au vieux duc
De Pastraña, son oncle, un bon seigneur, caduc,
Vénérable et jaloux? Dites? La belle adore
Un cavalier sans barbe et sans moustache encore,
Et reçoit tous les soirs, malgré les envieux,
Le jeune amant sans barbe à la barbe du vieux.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Hernani (1830)

Ajoutée par Savinien le 02/03/2011

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A Théophile Gautier


Lorsqu'un vivant nous quitte, ému, je le contemple;
Car entrer dans la mort, c'est entrer dans le temple
Et quand un homme meurt, je vois distinctement
Dans son ascension mon propre avènement.
Ami, je sens du sort la sombre plénitude;
J'ai commencé la mort par de la solitude,
Je vois mon profond soir vaguement s'étoiler.
Voici l'heure où je vais, aussi moi, m'en aller.
Mon fil trop long frissonne et touche presque au glaive:
Le vent qui t'emporta doucement me soulève,
Et je vais suivre ceux qui m'aimaient, moi banni.
Leur oeil fixe m'attire au fond de l'infini.
J'y cours. Ne fermez pas la porte funéraire.


Par: Victor Hugo

 

Ajoutée par Savinien le 21/02/2011

Catégories:

A Théophile Gautier


Je te salue au seuil sévère du tombeau.
Va chercher le vrai, toi qui sus trouver le beau.
Monte l'âpre escalier. Du haut des sombres marches,
Du noir pont de l'abîme on entrevoit les arches;
Va! Meurs! La dernière heure est le dernier degré.
Pars, aigle, tu vas voir des gouffres à ton gré;
Tu vas voir l'absolu, le réel, le sublime.
Tu vas sentir le vent sinistre de la cime
Et l'éblouissement du prodige éternel.
Ton Olympe, tu vas le voir du haut du ciel;
Tu vas du haut du vrai voir l'humaine chimère,
Même celle de Job, même celle d'Homère,
Ame, et du haut de Dieu tu vas voir Jéhovah.
Monte, esprit! Grandis, plane, ouvre tes ailes, va!


Par: Victor Hugo

 

Ajoutée par Savinien le 21/02/2011

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Soleils couchants


Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées.
Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit;
Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfuit!

Tous ces jours passeront; ils passeront en foule
Sur la face des mers, sur la face des monts,
Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule
Comme un hymne confus des morts que nous aimons.

Et la face des eaux, et le front des montagnes,
Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
S'iront rajeunissant; le fleuve des campagnes
Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers.

Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
Je passe, et, refroidit sous ce soleil joyeux,
Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde, immense et radieux!


Par: Victor Hugo

 

Ajoutée par Savinien le 21/02/2011

Catégories:

Acte V, Scène 3


Je dis que c'est assez de trahison ainsi,
Et que je ne veux pas de mon bonheur! - Merci!
- Ah! Vous avez eu beau me parler à l'oreille! -
Je dis qu'il est bien temps qu'enfin je me réveille,
Quoique tout garrotté dans vos complots hideux,
Et que je n'irai pas plus loin, et qu'à nous deux,
Monseigneur, nous faisons un assemblage infâme.
J'ai l'habit d'un laquais, et vous en avez l'âme!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Ruy Blas (1838)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2011

Catégories:

Acte IV, Scène 5


Vous, vous m'amusez fort. Et vous m'avez tout l'air
D'un jaloux. Je vous plains énormément, mon cher.
Car le mal qui nous vient des vices qui sont nôtres
Est pire que le mal que nous font ceux des autres.
J'aimerais mieux encore, et je le dis à vous,
Etre pauvre qu'avare et cocu que jaloux.
Vous êtes l'un et l'autre au reste. Sur mon âme,
J'attends encore ce soir madame votre femme.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Ruy Blas (1838)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2011

Catégories:

Acte II, Scène 2


Madame, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là
Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile;
Qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile;
Qui pour vous donnera son âme, s'il le faut;
Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Ruy Blas (1838)

Ajoutée par Savinien le 12/02/2011

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Acte II, Scène 1


Je voudrais regarder un jeune homme,
Madame! Cette cour vénérable m'assomme.
Je crois que la vieillesse arrive par les yeux,
Et qu'on vieillit plus vite à voir toujours des vieux!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Ruy Blas (1838)

Ajoutée par Savinien le 10/02/2011

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Acte II, Scène 1


Sa lèvre n'était pas comme celle des autres.
C'est la dernière fois que je l'ai vu. Depuis,
J'y pense très souvent. J'ai bien d'autres ennuis,
C'est égal, je me dis: - l'enfer est dans cette âme.
Devant cet homme-là je ne suis qu'une femme. -
Dans mes rêves, la nuit, je rencontre en chemin
Cet effrayant démon qui me baise la main;
Je vois luire son oeil d'où rayonne la haine;
Et, comme un noir poison qui va de veine en veine,
Souvent, jusqu'à mon coeur qui semble se glacer,
Je sens en lents frissons courir son froid baiser!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Ruy Blas (1838)

Ajoutée par Savinien le 10/02/2011

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Acte I, Scène 3


Te fuir! - Moi qui n'ai pas souffert, n'aimant personne,
Moi, pauvre grelot vide où manque ce qui sonne,
Gueux, qui vais mendiant l'amour je ne sais où,
A qui de temps en temps le destin jette un sou,
Moi, coeur éteint, dont l'âme, hélas! S'est retirée,
Du spectacle d'hier affiche déchirée,
Vois-tu, pour cet amour dont tes regards sont pleins,
Mon frère, je t'envie autant que je te plains!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Ruy Blas (1838)

Ajoutée par Savinien le 10/02/2011

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Acte I, Scène 3


Espérer! Mais tu ne sais rien encore.
Vivre sous cet habit qui souille et déshonore,
Avoir perdu la joie et l'orgueil, ce n'est rien.
Etre esclave, être vil; qu'importe? - Ecoute bien:
Frère! Je ne sens pas cette livrée infâme,
Car j'ai dans ma poitrine une hydre aux dents de flamme,
Qui me serre le coeur dans ses replis ardents.
Le dehors te fait peur? Si tu voyais dedans!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Ruy Blas (1838)

Ajoutée par Savinien le 10/02/2011

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Acte I, Scène 3


Oui, je le sais, la faim est une porte basse!
Et par nécessité, lorsqu'il faut qu'il y passe,
Le plus grand est celui qui se courbe le plus.
Mais le sort a toujours son flux et reflux.
Espère.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Ruy Blas (1838)

Ajoutée par Savinien le 10/02/2011

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Acte I, Scène 2


De vos bienfaits je n'aurai nulle envie,
Tant que je trouverai, vivant ma libre vie,
Aux fontaines de l'eau, dans les champs le grand air,
A la ville un voleur qui m'habille l'hiver,
Dans mon âme l'oubli des prospérités mortes,
Et devant vos palais, monsieur, de larges portes
Où je puis, à midi, sans soucis du réveil,
Dormir, la tête à l'ombre et les pieds au soleil!
- Adieu donc. - De nous deux Dieu sait quel est le juste.
Avec les gens de cour, vos pareils, don Salluste,
Je vous laisse, et je reste avec mes chenapans.
Je vis avec les loups, non avec les serpents.


Par: Victor Hugo

Extrait de: Ruy Blas (1838)

Ajoutée par Savinien le 10/02/2011

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Acte I, Scène 2


N'ajoutez pas un mot, c'est outrageant.
Gardez votre secret, et gardez votre argent.
Oh! Je comprends qu'on vole, et qu'on tue et qu'on pille;
Que par une nuit noire on force une bastille,
D'assaut, la hache au poing, avec cent flibustiers;
Qu'on égorge estafiers, geôliers et guichetiers,
Tous, taillant et hurlant, en bandits que nous sommes,
Oeil pour oeil, dent pour dent, c'est bien! Hommes contre hommes!
Mais doucement détruire une femme! Et creuser
Sous ses pieds une trappe! Et contre elle abuser,
Qui sait? De son humeur peut-être hasardeuse!
Prendre ce pauvre oiseau dans quelque glu hideuse!
Oh! Plutôt qu'arriver jusqu'à ce déshonneur,
Plutôt qu'être, à ce prix, un riche et haut seigneur,
- Et je le dis ici pour Dieu qui voit mon âme, -
J'aimerais mieux, plutôt qu'être à ce point infâme,
Vil, odieux, pervers, misérable et flétri,
Qu'un chien rongeât mon crâne au pied du pilori!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Ruy Blas (1838)

Ajoutée par Savinien le 10/02/2011

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Acte I, Scène 2


Ne m'en dites pas plus. Halte-là! - Sur mon âme,
Mon cousin, en ceci voilà mon sentiment:
Celui qui, bassement et tortueusement,
Se venge, ayant le droit de porter une lame,
Noble, par une intrigue, homme, sur une femme,
Et qui, né gentilhomme, agit en alguazil,
Celui-là, - fût-il grand de Castille, fût-il
Suivi de cent clairons sonnant des tintamarres,
Fût-il tout harnaché d'ordres et de chamarres,
Et marquis, et vicomte, et fils des anciens preux, -
N'est pour moi qu'un maraud sinistre et ténébreux
Que je voudrais, pour prix de sa lâcheté vile,
Voir pendre à quatre clous au gibet de la ville!


Par: Victor Hugo

Extrait de: Ruy Blas (1838)

Ajoutée par Savinien le 10/02/2011

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Pg 9/18