Thématique citations : Les alexandrins
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Acte IV, Scène 2
Son âme, - a-t-il une âme? - incessamment sommeille.
Il ne sait point le jour ce qu'il a fait la veille.
Il n'a point de mémoire; - hélas! Qu'il est heureux!
Jamais, troublé la nuit de pensers ténébreux,
Il n'a, pressant le pas sous quelque voûte sombre,
Craint de tourner la tête et d'entrevoir une ombre.
Il ne souhaite pas qu'on puisse l'oublier,
Et que l'an n'eût jamais eu de trente janvier!
Ah! Malheureux Cromwell! Ton fou te fait envie.
Te voilà tout-puissant: - qu'as-tu fait de ta vie?
Par: Victor Hugo
Extrait de: Cromwell (1827)
Ajoutée par Savinien le 07/04/2020
Acte III, Scène 18
J'ai passé dans ce monde étroit, fallacieux,
Sans quitter un instant l'autre monde des yeux.
Songe! En un siècle entier, pas un jour, pas une heure! -
Que de fois j'ai, la nuit, déserté ma demeure
Pour aller écouter aux portes des tombeaux,
Pour déranger un ver rongeant d'impurs lambeaux!
Combien j'étais heureux, roi du sombre royaume,
Quand j'avais pu changer un cadavre en fantôme,
Et forcer quelque mort détaché du gibet
A bégayer un mot du céleste alphabet!
Les morts m'ont révélé le problème des mondes;
Et j'ai presque entrevu l'être aux splendeurs profondes
Qui sur l'orbe du ciel comme aux plis du linceul,
Inscrit son nom fatal et connu de lui seul.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Cromwell (1827)
Ajoutée par Savinien le 07/04/2020
Acte II, Scène 15
L'homme, hélas! Propose, et Dieu dispose.
Je me croyais au port, calme, à l'abri des flots,
Et me voilà sondant une mer de complots!
Me voilà de nouveau jouant aux dés ma tête!
Mais, courage! Affrontons la dernière tempête.
Frappons un dernier coup qui les glace d'effroi.
Brisons ce qui résiste! Il faut au peuple un roi.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Cromwell (1827)
Ajoutée par Savinien le 07/04/2020
Acte II, Scène 6
J'ai bien l'autorité, mais je n'ai pas le nom!
Tu souris, Thurloë. Tu ne sais pas quel vide
Creuse au fond de nos coeurs l'ambition avide!
Comme elle fait braver douleur, travail, péril,
Tout enfin, pour un but qui semble puéril!
Qu'il est dur de porter sa fortune incomplète!
Puis, je ne sais quel lustre, où le ciel se reflète,
Environne les rois, depuis les temps anciens.
Ces noms, Roi, Majesté, sont des magiciens!
D'ailleurs, sans être roi, du monde être l'arbitre!
La chose sans le mot! Le pouvoir sans le titre!
Pauvretés! Va, l'empire et le rang ne font qu'un.
Tu ne sais pas, ami, comme il est importun,
Quand on sort de la foule et qu'on touche le faîte,
De sentir quelque chose au-dessus de sa tête!
Par: Victor Hugo
Extrait de: Cromwell (1827)
Ajoutée par Savinien le 04/04/2020
Acte II, Scène 2
La Rome dont l'Europe aujourd'hui suit la règle,
Porte un regard de lynx ou planait l'oeil de l'aigle.
A la chaîne imposée à vingt peuples lointains,
Succède un fil caché qui meut de vils pantins!
Ô nains fils des géants! Renards nés de la louve!
Avec vos mots mielleux partout on vous retrouve,
Philippi, Mancini, Torti, Mazarini!
Satan pour intriguer doit prendre un nom en i!
Par: Victor Hugo
Extrait de: Cromwell (1827)
Ajoutée par Savinien le 04/04/2020
Acte I, Scène 7
Allons! C'en est donc fait... me voilà compromis!
Ils m'ont choisi pour chef! - Pourquoi l'ai-je permis?
Ah! N'importe! Avançons. - Ma crainte est ridicule;
Et sait-on où l'on va, d'ailleurs, quand on recule?
Par: Victor Hugo
Extrait de: Cromwell (1827)
Ajoutée par Savinien le 04/04/2020
Acte I, Scène 1
Mais pour ternir ma joie, empoisonner ma gloire,
Faut-il qu'un vieil ami meure de ma victoire?
Compagnon, souviens-toi, que nous avons tous deux
Baigné du même sang nos glaives hasardeux,
Et des mêmes combats respiré la poussière!
Pour la deuxième fois, Broghill, - pour la dernière,
Je t'interpelle, au nom du bon plaisir royal,
Veux-tu vivre fidèle ou mourir déloyal?
Par: Victor Hugo
Extrait de: Cromwell (1827)
Ajoutée par Savinien le 02/04/2020
Acte I, Scène 1
Cromwell veut être enfin, au dais royal porté,
Salué par les Rois du nom de Majesté.
Cromwell, dans ce butin que chacun se partage,
Prend de Charles-Premier le sanglant héritage.
Il l'aura tout entier! Son trône et son cercueil.
Le régicide roi saura dans son orgueil
Que la couronne est lourde, et bien qu'on s'en empare,
Qu'elle écrase parfois les têtes qu'elle pare!
Par: Victor Hugo
Extrait de: Cromwell (1827)
Ajoutée par Savinien le 02/04/2020
Acte I, Scène 1
T'ai-je pu méconnaître? Ah!... Mais cet air sinistre,
Milord, - les ans, - surtout cet habit de ministre...
Vous êtes si changé!
Je le suis moins que vous,
Broghill! Devant Cromwell vous pliez les genoux.
Broghill se courbe aux pieds d'un régicide infâme!
Moi, j'ai changé d'habits, mais toi, de coeur et d'âme!
Te voilà, toi qu'on vit si grand dans nos combats!
Tu ne montais si haut que pour tomber si bas!
Par: Victor Hugo
Extrait de: Cromwell (1827)
Ajoutée par Savinien le 02/04/2020
Acte III, Scène 1
Oh! Mon amour n'est point comme un jouet de verre
Qui brille et tremble; oh non! C'est un amour sévère,
Profond, solide, sûr, paternel, amical,
De bois de chêne, ainsi que mon fauteuil ducal!
Voilà comme je t'aime, et puis je t'aime encore
De cent autres façons : comme on aime l'aurore,
Comme on aime les fleurs, comme on aime les cieux!
De te voir tous les jours, toi, ton pas gracieux,
Ton front pur, le beau feu de ta fière prunelle,
Je ris, et j'ai dans l'âme une fête éternelle!
Par: Victor Hugo
Extrait de: Hernani (1830)
Ajoutée par Savinien le 01/04/2020
Acte III, Scène 3
Aïe! Au cœur, quel pincement bizarre!
-Baiser, festin d'amour dont je suis le Lazare!
Il me vient dans cette ombre une miette de toi, -
Mais oui, je sens un peu mon coeur qui te reçoit,
Puisque sur cette lèvre où Roxane se leurre
Elle baise les mots que j'ai dits tout à l'heure!
Par: Edmond Rostand
Extrait de: Cyrano de Bergerac (1897)
Ajoutée par Savinien le 31/03/2020
Acte II, Scène 2
- C'était le temps des jeux. . .
- Des mûrons aigrelets. . .
- Le temps où vous faisiez tout ce que je voulais!...
- Roxane, en jupons courts, s'appelait Madeleine...
- J'étais jolie, alors?
- Vous n'étiez pas vilaine.
Par: Edmond Rostand
Extrait de: Cyrano de Bergerac (1897)
Ajoutée par Savinien le 31/03/2020
Acte II, Scène 1
Et d'ailleurs, ce n'est point le souci qui m'arrête.
J'en veux à sa maîtresse et non point à sa tête.
J'en suis amoureux fou! Les yeux noirs les plus beaux,
Mes amis! Deux miroirs! Deux rayons! Deux flambeaux!
Je n'ai rien entendu de toute leur histoire
Que ces trois mots: - Demain, venez à la nuit noire! -
Mais c'est l'essentiel. Est-ce pas excellent?
Pendant que ce bandit, à mine de galant,
S'attarde à quelque meurtre, à creuser quelque tombe,
Je viens tout doucement dénicher sa colombe.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Hernani (1830)
Ajoutée par Savinien le 31/03/2020
Acte III, Scène 6
C'est vous qui m'avez mis au coeur cette colère!
Un homme devient ange ou monstre en vous touchant.
Ah! Quand on est haï, que vite on est méchant!
Si vous aviez voulu, peut-être, ô jeune fille,
J'étais grand, j'eusse été le lion de Castille;
Vous m'en faites le tigre avec votre courroux.
Le voilà qui rugit, madame! Taisez-vous!
Par: Victor Hugo
Extrait de: Hernani (1830)
Ajoutée par Savinien le 31/03/2020
Acte II, Scène 8
Eh bien! De leur amour tu vois la violence,
Narcisse : elle a paru jusque dans son silence!
Elle aime mon rival, je ne puis l'ignorer;
Mais je mettrai ma joie à le désespérer.
Je me fais de sa peine une image charmante,
Et je l'ai vu douter du cœur de son amante.
Je la suis. Mon rival t'attend pour éclater:
Par de nouveaux soupçons, va, cours le tourmenter.
Et tandis qu'à mes yeux on le pleure, on l'adore,
Fais-lui payer bien cher un bonheur qu'il ignore.
Par: Jean Racine
Extrait de: Britannicus (1669)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Acte III, Scène 7
Il fallait me taire et vous sauver.
Combien de fois, hélas! Puisqu'il faut vous le dire,
Mon cœur de son désordre allait-il vous instruire?
De combien de soupirs interrompant le cours
Ai-je évité vos yeux que je cherchais toujours?
Quel tourment de se taire en voyant ce qu'on aime,
De l'entendre gémir, de l'affliger soi-même,
Lorsque par un regard on peut le consoler!
Mais quels pleurs ce regard aurait-il fait couler!
Par: Jean Racine
Extrait de: Britannicus (1669)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Acte II, Scène 2
Quoi qu'il en soit, ravi d'une si belle vue,
J'ai voulu lui parler, et ma voix s'est perdue:
Immobile, saisi d'un long étonnement,
Je l'ai laissé passer dans son appartement.
J'ai passé dans le mien. C'est là que, solitaire,
De son image en vain j'ai voulu me distraire.
Trop présente à mes yeux je croyais lui parler,
J'aimais jusqu'à ses pleurs que je faisais couler.
Par: Jean Racine
Extrait de: Britannicus (1669)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Acte V, Scène 1
Cet ouvrage, Madame, est un coup d'Agrippine:
Elle a cru que ma perte entraînait sa ruine.
Grâce aux préventions de son esprit jaloux,
Nos plus grands ennemis ont combattu pour nous.
Je m'en fie aux transports qu'elle m'a fait paraître;
Je m'en fie à Burrhus; j'en crois même son maître:
Je crois qu'à mon exemple impuissant à trahir,
Il hait à coeur ouvert, ou cesse de haïr.
Seigneur, ne jugez pas de son coeur par le vôtre:
Sur des pas différents vous marchez l'un et l'autre.
Je ne connais Néron et la cour que d'un jour,
Mais, si j'ose le dire, hélas! Dans cette cour
Combien tout ce qu'on dit est loin de ce qu'on pense!
Que la bouche et le coeur sont peu d'intelligence!
Avec combien de joie on y trahit sa foi!
Quel séjour étranger et pour vous et pour moi!
Par: Jean Racine
Extrait de: Britannicus (1669)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Le premier rayon de mai
Hier j'étais à table avec ma chère belle,
Ses deux pieds sur les miens, assis en face d'elle,
Dans sa petite chambre; ainsi que dans leur nid
Deux ramiers bienheureux que le bon Dieu bénit.
C'était un bruit charmant de verres de fourchettes,
Comme des becs d'oiseaux, picotant les assiettes;
De sonores baisers et de propos joyeux.
L'enfant, pour être à l'aise, et régaler mes yeux,
Avait ouvert sa robe et sous la toile fine
On voyait les trésors de sa blanche poitrine;
Comme les seins d'Isis, aux contours ronds et purs,
Ses beaux seins se dressaient, étincelants et durs.
Et, comme sur des fleurs des abeilles posées,
Sur leurs pointes tremblaient des lumières rosées.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
Le sphinx
Dans le Jardin Royal où l'on voit les statues,
Une chimère antique entre toutes me plaît;
Elle pousse en avant deux mamelles pointues.
Dont le marbre veiné semble gonflé de lait.
Son visage de femme est le plus beau du monde;
Son col est si charnu que vous l'embrasseriez;
Mais quand on fait le tour, on voit sa croupe ronde,
On s'aperçoit qu'elle a des griffes à ses pieds.
Les jeunes nourrissons qui passent devant elle,
Tendent leurs petits bras et veulent avec cris
Coller leur bouche ronde à sa dure mamelle;
Mais, quand ils l'ont touchée, ils reculent surpris.
C'est ainsi qu'il en est de toutes nos chimères:
La face en est charmante et le revers bien laid.
Nous leur prenons le sein, mais ces mauvaises mères
N'ont pas pour notre lèvre une goutte de lait.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
Après le bal
Adieu, puisqu'il le faut; adieu, belle nuit blanche,
Nuit d'argent, plus sereine et plus douce qu'un jour!
Ton page noir est là, qui, le poing sur la hanche,
Tient ton cheval en bride et t'attend dans la cour.
Aurora, dans le ciel que brunissaient tes voiles,
Entr'ouvre ses rideaux avec ses doigts rosés;
O nuit, sous ton manteau tout parsemé d'étoiles,
Cache tes bras de nacre au vent froid exposés.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
La chimère
Une jeune chimère, aux lèvres de ma coupe,
Dans l'orgie, a donné le baiser le plus doux
Elle avait les yeux verts, et jusque sur sa croupe
Ondoyait en torrent l'or de ses cheveux roux.
Des ailes d'épervier tremblaient à son épaule;
La voyant s'envoler, je sautai sur ses reins;
Et, faisant jusqu'à moi ployer son cou de saule,
J'enfonçai comme un peigne une main dans ses crins.
Elle se démenait, hurlante et furieuse,
Mais en vain. Je broyais ses flancs dans mes genoux;
Alors elle me dit d'une voix gracieuse,
Plus claire que l'argent : « Maître, où donc allons-nous? »
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
Melancholia
J'aime les vieux tableaux de l'école allemande;
Les vierges sur fond d'or aux doux yeux en amande,
Pâles comme le lis, blondes comme le miel,
Les genoux sur la terre, et le regard au ciel
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
La mort dans la vie
Avril, pour m'y coucher, m'a fait un tapis d'herbe;
Le lilas sur mon front s'épanouit en gerbe,
Nous sommes au printemps.
Prenez-moi dans vos bras, doux rêves du poète,
Entre vos seins polis, posez ma pauvre tête
Et bercez-moi longtemps.
Loin de moi, cauchemars, spectres des nuits! Les roses,
Les femmes, les chansons, toutes les belles choses
Et tous les beaux amours,
Voilà ce qu'il me faut. Salut, ô muse antique,
Muse au frais laurier vert, à la blanche tunique
Plus jeune tous les jours!
Brune aux yeux de lotus, blonde à paupière noire,
O Grecque de Milet, sur l'escabeau d'ivoire
Pose tes beaux pieds nus,
Que d'un nectar vermeil la coupe se couronne!
Je bois à ta beauté d'abord, blanche Théone,
Puis aux dieux inconnus.
Ta gorge est plus lascive et plus souple que l'onde;
Le lait n'est pas si pur et la pomme est moins ronde.
Allons, un beau baiser,
Hâtons-nous, hâtons-nous. Notre vie, ô Théone,
Est un cheval ailé que le temps éperonne;
Hâtons-nous d'en user.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
La vie dans la mort
Cette nuit sera longue, ô blanche trépassée,
Avec moi, pour toujours, la mort t'a fiancée;
Ton lit c'est le tombeau.
Voici l'heure où le chien contre la lune aboie,
Où le pâle vampire erre et cherche sa proie,
Où descend le corbeau.
Mon bien-aimé, viens donc! l'heure est déjà passée
Oh! Tiens-moi sur ton cœur, entre tes bras pressée.
J'ai bien peur, j'ai bien froid.
Réchauffe à tes baisers ma bouche qui se glace.
Oh! Viens, je tâcherai de te faire une place
Car le lit est étroit!
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
La vie dans la mort
Ces morts abandonnés sans doute avaient des femmes,
Quelque chose de cher et d'intime; des âmes
Pour y verser la leur;
S'ils étaient éveillés au fond de cette tombe,
Où jamais une larme avec des fleurs ne tombe,
Quelle affreuse douleur!
Sentir qu'on a passé sans laisser plus de marque
Qu'au dos de l'océan le sillon d'une barque;
Que l'on est mort pour tous;
Voir que vos mieux aimés si vite vous oublient,
Et qu'un saule pleureur aux longs bras qui se plient
Seul se plaigne sur vous.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
Portail
Mes vers sont les tombeaux tout brodés de sculptures,
Ils cachent un cadavre, et sous leurs fioritures
Ils pleurent bien souvent en paraissant chanter.
Chacun est le cercueil d'une illusion morte;
J'enterre là les corps que la houle m'apporte
Quand un de mes vaisseaux a sombré dans la mer;
Beaux rêves avortés, ambitions déçues,
Souterraines ardeurs, passions sans issues,
Tout ce que l'existence a d'intime et d'amer.
L'océan tous les jours me dévore un navire,
Un récif, près du bord, de sa pointe déchire
Leurs flancs doublés de cuivre et leur quille de fer.
Par: Théophile Gautier
Extrait de: La comédie de la mort (1838)
Ajoutée par Savinien le 20/03/2020
Et puis, vois-tu? Le monde trouve beau,
Lorsqu'un homme s'éteint, et lambeau par lambeau
S'en va, lorsqu'il trébuche au marbre de la tombe,
Qu'une femme, ange pur, innocente colombe,
Veille sur lui, l'abrite et daigne encore souffrir
L'inutile vieillard qui n'est bon qu'à mourir!
C'est une oeuvre sacrée et qu'à bon droit on loue
Que ce suprême effort d'un coeur qui se dévoue,
Qui console un mourant jusqu'à la fin du jour,
Et, sans aimer peut-être, a des semblants d'amour!
Oh! Tu seras pour moi cet ange au coeur de femme
Qui du pauvre vieillard réjouit encore l'âme,
Et de ses derniers ans lui porte la moitié,
Fille par le respect et soeur par la pitié!
Loin de me précéder, vous pourrez bien me suivre,
Monseigneur. Ce n'est pas une raison pour vivre
Que d'être jeune. Hélas! Je vous le dis, souvent
Les vieillards sont tardifs, les jeunes vont devant!
Et leurs yeux brusquement referment leur paupière,
Comme un sépulcre ouvert dont retombe la pierre!
Par: Victor Hugo
Extrait de: Hernani (1830)
Ajoutée par Savinien le 17/03/2020
Harmonie du soir
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Chant d'automne
Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts!
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.
Tout l'hiver va rentrer dans mon être: colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.
J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe;
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part...
Pour qui? - C'était hier l'été; voici l'automne!
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Le crépuscule du matin
C'était l'heure où l'essaim des rêves malfaisants
Tord sur leurs oreillers les bruns adolescents;
Où, comme un œil sanglant qui palpite et qui bouge,
La lampe sur le jour fait une tache rouge;
Où l'âme, sous le poids du corps revêche et lourd,
Imite les combats de la lampe et du jour.
Comme un visage en pleurs que les brises essuient,
L'air est plein du frisson des choses qui s'enfuient,
Et l'homme est las d'écrire et la femme d'aimer.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Parfum exotique
Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;
Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'œil par sa franchise étonne.
Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,
Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Le balcon
Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses,
O toi, tous mes plaisirs! O toi, tous mes devoirs!
Tu te rappelleras la beauté des caresses,
La douceur du foyer et le charme des soirs,
Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses!
Les soirs illuminés par l'ardeur du charbon,
Et les soirs au balcon, voilés de vapeurs roses.
Que ton sein m'était doux! Que ton coeur m'était bon!
Nous avons dit souvent d'impérissables choses
Les soirs illuminés par l'ardeur du charbon.
Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées!
Que l'espace est profond! Que le cœur est puissant!
En me penchant vers toi, reine des adorées,
Je croyais respirer le parfum de ton sang.
Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées!
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Le jet d'eau
Tes beaux yeux sont las, pauvre amante!
Reste longtemps sans les rouvrir,
Dans cette pose nonchalante
Où t'a surprise le plaisir.
Dans la cour le jet d'eau qui jase
Et ne se tait ni nuit ni jour,
Entretient doucement l'extase
Où ce soir m'a plongé l'amour.
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Les deux bonnes soeurs
La Débauche et la Mort sont deux aimables filles,
Prodigues de baisers et riches de santé,
Dont le flanc toujours vierge et drapé de guenilles
Sous l'éternel labeur n'a jamais enfanté.
Au poète sinistre, ennemi des familles,
Favori de l'enfer, courtisan mal renté,
Tombeaux et lupanars montrent sous leurs charmilles
Un lit que le remords n'a jamais fréquenté.
Et la bière et l'alcôve en blasphèmes fécondes
Nous offrent tour à tour, comme deux bonnes sœurs,
De terribles plaisirs et d'affreuses douceurs.
Quand veux-tu m'enterrer, Débauche aux bras immondes?
O Mort, quand viendras-tu, sa rivale en attraits,
Sur ses myrtes infects enter tes noirs cyprès?
Par: Charles Baudelaire
Extrait de: Les Fleurs du mal (1857)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Acte III, Scène 1
Allons, Seigneur, enlevons Hermione.
Au travers des périls un grand cœur se fait jour.
Que ne peut l'amitié conduite par l'amour?
Allons de tous vos Grecs encourager le zèle.
Nos vaisseaux sont tout prêts, et le vent nous appelle.
Je sais de ce palais tous les détours obscurs;
Vous voyez que la mer en vient battre les murs,
Et cette nuit, sans peine, une secrète voie
Jusqu'en votre vaisseau conduira votre proie.
J'abuse, cher ami, de ton trop d'amitié
Mais pardonne à des maux dont toi seul as pitié;
Excuse un malheureux qui perd tout ce qu'il aime,
Que tout le monde hait, et qui se hait lui-même.
Par: Jean Racine
Extrait de: Andromaque (1667)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Acte III, Scène 2
Non, Madame: il vous aime, et je n'en doute plus.
Vos yeux ne font-ils pas tout ce qu'ils veulent faire?
Et vous ne vouliez pas sans doute lui déplaire.
Mais que puis-je, Seigneur? On a promis ma foi.
Lui ravirai-je un bien qu'il ne tient pas de moi?
L'amour ne règle pas le sort d'une princesse:
La gloire d'obéir est tout ce qu'on nous laisse.
Cependant je partais, et vous avez pu voir
Combien je relâchais pour vous de mon devoir.
Ah! Que vous saviez bien, cruelle... Mais, Madame,
Chacun peut à son choix disposer de son âme.
La vôtre était à vous. J'espérais; mais enfin
Vous l'avez pu donner sans me faire un larcin.
Je vous accuse aussi bien moins que la fortune.
Et pourquoi vous lasser d'une plainte importune?
Tel est votre devoir, je l'avoue; et le mien
Est de vous épargner un si triste entretien.
Par: Jean Racine
Extrait de: Andromaque (1667)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Acte III, Scène 7
Je sais de quels serments je romps pour vous les chaînes,
Combien je vais sur moi faire éclater de haines.
Je renvoie Hermione, et je mets sur son front,
Au lieu de ma couronne, un éternel affront.
Je vous conduis au temple où son hymen s'apprête,
Je vous ceins du bandeau préparé pour sa tête.
Mais ce n'est plus, Madame, une offre à dédaigner:
Je vous le dis, il faut ou périr ou régner.
Mon cœur, désespéré d'un an d'ingratitude,
Ne peut plus de son sort souffrir l'incertitude.
C'est craindre, menacer et gémir trop longtemps.
Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j'attends.
Songez-y: je vous laisse, et je viendrai vous prendre
Pour vous mener au temple où ce fils doit m'attendre.
Et là vous me verrez, soumis ou furieux,
Vous couronner, Madame, ou le perdre à vos yeux.
Par: Jean Racine
Extrait de: Andromaque (1667)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Acte II, Scène 1
Si je le hais, Cléone! Il y va de ma gloire,
Après tant de bontés dont il perd la mémoire;
Lui qui me fut si cher, et qui m'a pu trahir,
Ah! Je l'ai trop aimé pour ne le point haïr!
Fuyez-le donc, Madame; et puisqu'on vous adore...
Ah! Laisse à ma fureur le temps de croître encore.
Contre mon ennemi laisse-moi m'assurer.
Cléone, avec horreur je m'en veux séparer.
Par: Jean Racine
Extrait de: Andromaque (1667)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Acte I, Scène 1
Hélas! Qui peut savoir le destin qui m'amène?
L'amour me fait ici chercher une inhumaine.
Mais qui sait ce qu'il doit ordonner de mon sort,
Et si je viens chercher ou la vie ou la mort?
Quoi? Votre âme à l'amour en esclave asservie
Se repose sur lui du soin de votre vie?
Par quel charme, oubliant tant de tourments soufferts,
Pouvez-vous consentir à rentrer dans ses fers?
Par: Jean Racine
Extrait de: Andromaque (1667)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Acte II, Scène 2
Et vous le haïssez! Avouez-le, Madame,
L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une âme;
Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux,
Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux.
Par: Jean Racine
Extrait de: Andromaque (1667)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Acte II, Scène 2
Eh bien! Régnez, cruel, contentez votre gloire:
Je ne dispute plus. J'attendais, pour vous croire,
Que cette même bouche, après mille serments
D'un amour qui devait unir tous nos moments,
Cette bouche, à mes yeux s'avouant infidèle,
M'ordonnât elle-même une absence éternelle.
Moi-même j'ai voulu vous entendre en ce lieu.
Je n'écoute plus rien, et pour jamais: adieu...
Pour jamais! Ah, Seigneur! Songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime?
Par: Jean Racine
Extrait de: Bérénice (1670)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Acte II, Scène 2
Bérénice me plut. Que ne fait point un cœur
Pour plaire à ce qu'il aime, et gagner son vainqueur!
Je prodiguai mon sang: tout fit place à mes armes;
Je revins triomphant. Mais le sang et les larmes
Ne me suffisaient pas pour mériter ses vœux:
J'entrepris le bonheur de mille malheureux;
On vit de toutes parts mes bontés se répandre,
Heureux, et plus heureux que tu ne peux comprendre,
Quand je pouvais paraître à ses yeux satisfaits
Chargé de mille coeurs conquis par mes bienfaits!
Je lui dois tout, Paulin. Récompense cruelle!
Tout ce que je lui dois va retomber sur elle.
Pour prix de tant de gloire et de tant de vertus,
Je lui dirai : « Partez, et ne me voyez plus. »
Par: Jean Racine
Extrait de: Bérénice (1670)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Acte IV, Scène 5
Et c'est moi seul aussi qui pouvais me détruire.
Je pouvais vivre alors et me laisser séduire;
Mon cœur se gardait bien d'aller dans l'avenir
Chercher ce qui pouvait un jour nous désunir.
Je voulais qu'à mes voeux rien ne fût invincible,
Je n'examinais rien, j'espérais l'impossible.
Que sais-je? j'espérais de mourir à vos yeux,
Avant que d'en venir à ces cruels adieux.
Les obstacles semblaient renouveler ma flamme,
Tout l'empire parlait, mais la gloire, Madame,
Ne s'était point encore fait entendre à mon coeur
Du ton dont elle parle au coeur d'un empereur.
Je sais tous les tourments où ce dessein me livre,
Je sens bien que sans vous je ne saurais plus vivre,
Que mon cœur de moi-même est prêt à s'éloigner,
Mais il ne s'agit plus de vivre, il faut régner.
Par: Jean Racine
Extrait de: Bérénice (1670)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Acte V, Scène 4
Eh bien! Voilà l'espoir que tu m'avais rendu,
Et tu vois le triomphe où j'étais attendu!
Bérénice partait justement irritée!
Pour ne la plus revoir, Titus l'avait quittée!
Qu'ai-je donc fait, grands dieux? Quel cours infortuné
A ma funeste vie aviez-vous destiné?
Tous mes moments ne sont qu'un éternel passage
De la crainte à l'espoir, de l'espoir à la rage.
Et je respire encore ? Bérénice! Titus!
Dieux cruels! De mes pleurs vous ne vous rirez plus.
Par: Jean Racine
Extrait de: Bérénice (1670)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Acte IV, Scène 4
Et lorsque Bérénice arriva sur tes pas,
Ce que Rome en jugeait ne l'entendis-tu pas?
Faut-il donc tant de fois te le faire redire?
Ah lâche! Fais l'amour, et renonce à l'empire;
Au bout de l'univers va, cours te confiner,
Et fais place à des coeurs plus dignes de régner.
Sont-ce là ces projets de grandeur et de gloire
Qui devaient dans les coeurs consacrer ma mémoire?
Depuis huit jours je règne, et jusques à ce jour
Qu'ai-je fait pour l'honneur? J'ai tout fait pour l'amour.
D'un temps si précieux quel compte puis-je rendre?
Où sont ces heureux jours que je faisais attendre?
Quels pleurs ai-je séchés? Dans quels yeux satisfaits
Ai-je déjà goûté le fruit de mes bienfaits?
L'univers a-t-il vu changer ses destinées?
Sais-je combien le ciel m'a compté de journées?
Et de ce peu de jours si longtemps attendus,
Ah malheureux! Combien j'en ai déjà perdus!
Par: Jean Racine
Extrait de: Bérénice (1670)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Acte I, Scène 2
Eh bien, Antiochus, es-tu toujours le même?
Pourrai-je, sans trembler, lui dire : « Je vous aime? »
Mais quoi ? Déjà je tremble, et mon coeur agité
Craint autant ce moment que je l'ai souhaité.
Bérénice autrefois m'ôta toute espérance;
Elle m'imposa même un éternel silence.
Je me suis tu cinq ans, et jusques à ce jour,
D'un voile d'amitié j'ai couvert mon amour.
Par: Jean Racine
Extrait de: Bérénice (1670)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Mais va, crois-moi, ces cavaliers frivoles
N'ont pas d'amour si grand qu'il ne s'use en paroles.
Qu'une fille aime et croie un de ces jouvenceaux,
Elle en meurt, il en rit. Tous ces jeunes oiseaux,
A l'aile vive et peinte, au langoureux ramage,
Ont un amour qui mue ainsi que leur plumage.
Les vieux, dont l'âge éteint la voix et les couleurs,
Ont l'aile plus fidèle, et, moins beaux, sont meilleurs.
Nous aimons bien. Nos pas sont lourds? Nos yeux arides?
Nos fronts ridés? Au coeur on n'a jamais de rides.
Hélas! Quand un vieillard aime, il faut l'épargner.
Le coeur est toujours jeune et peut toujours saigner.
Par: Victor Hugo
Extrait de: Hernani (1830)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Je ne t'ai point aimé, cruel? Qu'ai-je donc fait?
J'ai dédaigné pour toi les vœux de tous nos princes;
Je t'ai cherché moi-même au fond de tes provinces;
J'y suis encore, malgré tes infidélités,
Et malgré tous mes grecs honteux de mes bontés.
Je leur ai commandé de cacher mon injure;
J'attendais en secret le retour d'un parjure;
J'ai cru que tôt ou tard, à ton devoir rendu,
Tu me rapporterais un cœur qui m'était dû.
Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait fidèle?
Et même en ce moment où ta bouche cruelle
Vient si tranquillement m'annoncer le trépas,
Ingrat, je doute encore si je ne t'aime pas.
Par: Jean Racine
Extrait de: Andromaque (1667)
Ajoutée par Savinien le 13/03/2020
Le mariage de Roland
C'est mon tour maintenant, et je vais envoyer
Chercher un autre estoc pour vous, dit Olivier.
Le sabre du géant Sinnagog est à Vienne.
C'est, après Durandal, le seul qui vous convienne.
Mon père le lui prit alors qu'il le défit.
Acceptez-le.
Roland sourit. - Il me suffit
De ce bâton. - Il dit, et déracine un chêne.
Sire Olivier arrache un orme dans la plaine
Et jette son épée, et Roland, plein d'ennui,
L'attaque. Il n'aimait pas qu'on vint faire après lui
Les générosités qu'il avait déjà faites.
Plus d'épées en leurs mains, plus de casques à leurs têtes.
Ils luttent maintenant, sourds, effarés, béants.
A grands coups de troncs d'arbre, ainsi que des géants.
Pour la cinquième fois, voici que la nuit tombe.
Tout à coup Olivier, aigle aux yeux de colombe,
S'arrête et dit: - Roland, nous n'en finirons point.
Tant qu'il nous restera quelque tronçon au poing,
Nous lutterons ainsi que lions et panthères.
Ne vaudrait-il pas mieux que nous devinssions frères?
Ecoute, j'ai ma soeur, la belle Aude au bras blanc,
Epouse-la.
- Pardieu! Je veux bien, dit Roland.
Et maintenant buvons, car l'affaire était chaude. -
C'est ainsi que Roland épousa la belle Aude.
Par: Victor Hugo
Extrait de: La légende des siècles (1859)
Ajoutée par Savinien le 12/03/2020
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