Thématique citations : Les alexandrins
879 Citations
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Acte II, Scène 5
Que je souffre à mes yeux qu'on ceigne une autre tête
Des lauriers immortels que la gloire m'apprête,
Ou que tout mon pays reproche à ma vertu
Qu'il aurait triomphé si j'avais combattu,
Et que sous mon amour ma valeur endormie
Couronne tant d'exploits d'une telle infamie!
Non, Albe, après l'honneur que j'ai reçu de toi,
Tu ne succomberas ni vaincras que par moi;
Tu m'as commis ton sort, je t'en rendrai bon conte,
Et vivrai sans reproche, ou périrai sans honte.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Horace (1640)
Ajoutée par Savinien le 26/08/2020
Acte I, Scène 2
Donnez-moi des conseils qui soient plus légitimes,
Et plaignez mes malheurs sans m'ordonner des crimes.
Quoiqu'à peine à mes maux je puisse résister,
J'aime mieux les souffrir que de les mériter.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Horace (1640)
Ajoutée par Savinien le 26/08/2020
Acte V, Scène 2
Dorante n'est qu'un fourbe, et cet ingrat que j'aime,
Après m'avoir fourbé, me fait fourber moi-même,
Et d'un discours en l'air qu'il forge en imposteur,
Il me fait le trompette et le second auteur!
Comme si c'était peu pour mon reste de vie
De n'avoir à rougir que de son infamie,
L'infâme, se jouant de mon trop de bonté,
Me fait encor rougir de ma crédulité!
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Le menteur (1644)
Ajoutée par Savinien le 25/08/2020
Acte III, Scène 5
Oui, c'est moi qui voudrais effacer de ma vie
Les jours que j'ai vécus sans vous avoir servie.
Que vivre sans vous voir est un sort rigoureux!
C'est ou ne vivre point, ou vivre malheureux;
C'est une longue mort; et, pour moi, je confesse
Que, pour vivre, il faut être esclave de Lucrèce.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Le menteur (1644)
Ajoutée par Savinien le 25/08/2020
Acte II, Scène 4
Je cours à la vengeance, et porte à ton amant
Le vif et prompt effet de mon ressentiment;
S'il est homme de coeur, ce jour même nos armes
Régleront par leur sort tes plaisirs ou tes larmes,
Et plutôt que le voir possesseur de mon bien,
Puissé-je dans son sang voir couler tout le mien!
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Le menteur (1644)
Ajoutée par Savinien le 25/08/2020
Acte II, Scène 2
J'en verrai le dehors, la mine, l'apparence;
Mais du reste, Isabelle, où prendre l'assurance?
Le dedans paraît mal en ces miroirs flatteurs:
Les visages souvent sont de doux imposteurs.
Que de défauts d'esprit se couvrent de leurs grâces!
Et que de beaux semblants cachent des âmes basses!
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Le menteur (1644)
Ajoutée par Savinien le 25/08/2020
Acte I, Scène 4
Monsieur, quand une femme a le don de se taire,
Elle a des qualités au-dessus du vulgaire:
C'est un effort du ciel qu'on a peine à trouver;
Sans un petit miracle il ne peut l'achever,
Et la nature souffre extrême violence,
Lorsqu'il en fait d'humeur à garder le silence.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Le menteur (1644)
Ajoutée par Savinien le 25/08/2020
Acte I, Scène 3
Cependant accordez à mes voeux innocents
La licence d'aimer des charmes si puissants.
Un coeur qui veut aimer, et qui sait comme on aime,
N'en demande jamais licence qu'à soi-même.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Le menteur (1644)
Ajoutée par Savinien le 25/08/2020
Acte I, Scène 2
Jugez par là quel bien peut recevoir ma flamme
D'une main qu'on me donne en me refusant l'âme.
Je la tiens, je la touche, et je la touche en vain,
Si je ne puis toucher le coeur avec la main.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Le menteur (1644)
Ajoutée par Savinien le 25/08/2020
Acte I, Scène 1
Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne:
La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Le menteur (1644)
Ajoutée par Savinien le 25/08/2020
Acte V, Scène 2
A mes plus saints désirs la trouvant inflexible,
Je crus qu'à d'autres soins elle serait sensible
Je parlai de son père et de votre rigueur,
Et l'offre de mon bras suivit celle du coeur.
Que la vengeance est douce à l'esprit d'une femme!
Je l'attaquai par là, par là je pris son âme
Dans mon peu de mérite elle me négligeait,
Et ne put négliger le bras qui la vengeait.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Cinna (1641)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2020
Acte IV, Scène 5
Tu m'oses aimer, et tu n'oses mourir!
Tu prétends un peu trop mais quoi que tu prétendes,
Rends-toi digne du moins de ce que tu demandes
Cesse de fuir en lâche un glorieux trépas,
Ou de m'offrir un coeur que tu fais voir si bas
Fais que je porte envie à ta vertu parfaite
Ne te pouvant aimer, fais que je te regrette
Montre d'un vrai Romain la dernière vigueur,
Et mérite mes pleurs au défaut de mon coeur.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Cinna (1641)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2020
Acte IV, Scène 5
Cinna dans son malheur est de ceux qu'il faut suivre,
Qu'il ne faut pas venger, de peur de leur survivre
Quiconque après sa perte aspire à se sauver
Est indigne du jour qu'il tâche à conserver.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Cinna (1641)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2020
Acte IV, Scène 4
Ce bonheur sans pareil qui conserva ses jours
Ne serait pas bonheur, s'il arrivait toujours.
Eh bien! S'il est trop grand, si j'ai tort d'y prétendre,
J'abandonne mon sang à qui voudra l'épandre.
Après un long orage il faut trouver un port
Et je n'en vois que deux, le repos, ou la mort.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Cinna (1641)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2020
Acte III, Scène 4
N'accuse point mon sort, c'est toi seul qui l'as fait.
Je descends dans la tombe où tu m'as condamnée,
Où la gloire me suit qui t'était destinée:
Je meurs en détruisant un pouvoir absolu;
Mais je vivrais à toi si tu l'avais voulu.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Cinna (1641)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2020
Acte III, Scène 2
Ah! Plutôt... Mais, hélas! j'idolâtre Emilie
Un serment exécrable à sa haine me lie
L'horreur qu'elle a de lui me le rend odieux:
Des deux côtés j'offense et ma gloire et les dieux
Je deviens sacrilège, ou je suis parricide,
Et vers l'un ou vers l'autre il faut être perfide.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Cinna (1641)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2020
Acte III, Scène 1
Contre un si noir dessein tout devient légitime
On n'est point criminel quand on punit un crime.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Cinna (1641)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2020
Acte II, Scène 1
L'ambition déplaît quand elle est assouvie,
D'une contraire ardeur son ardeur est suivie;
Et comme notre esprit, jusqu'au dernier soupir,
Toujours vers quelque objet pousse quelque désir,
Il se ramène en soi, n'ayant plus où se prendre,
Et, monté sur le faîte, il aspire à descendre.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Cinna (1641)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2020
Acte I, Scène 4
S'il faut subir le coup d'un destin rigoureux,
Je mourrai tout ensemble heureux et malheureux:
Heureux pour vous servir de perdre ainsi la vie,
Malheureux de mourir sans vous avoir servie.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Cinna (1641)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2020
Acte I, Scène 3
Du succès qu'on obtient contre la tyrannie
Dépend ou notre gloire, ou notre ignominie;
Et le peuple, inégal à l'endroit des tyrans,
S'il les déteste morts, les adore vivants.
Pour moi, soit que le ciel me soit dur ou propice,
Qu'il m'élève à la gloire, ou me livre au supplice,
Que Rome se déclare ou pour ou contre nous,
Mourant pour vous servir tout me semblera doux.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Cinna (1641)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2020
Acte I, Scène 2
Les bienfaits ne font pas toujours ce que tu penses;
D'une main odieuse ils tiennent lieu d'offenses:
Plus nous en prodiguons à qui nous peut haïr,
Plus d'armes nous donnons à qui nous veut trahir.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Cinna (1641)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2020
Acte I, Scène 1
Ah! Cesse de courir à ce mortel danger:
Te perdre en me vengeant, ce n'est pas me venger.
Un coeur est trop cruel quand il trouve des charmes
Aux douceurs que corrompt l'amertume des larmes;
Et l'on doit mettre au rang des plus cuisants malheurs
La mort d'un ennemi qui coûte tant de pleurs.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Cinna (1641)
Ajoutée par Savinien le 24/08/2020
Acte V, Scène 7
Venge-toi, pauvre amant, Créuse le commande;
Ne lui refuse point un sang qu'elle demande;
Ecoute les accents de sa mourante voix,
Et vole sans rien craindre à ce que tu lui dois.
A qui sait bien aimer il n'est rien d'impossible.
Eusses-tu pour retraite un roc inaccessible,
Tigresse, tu mourras; et malgré ton savoir,
Mon amour te verra soumise à son pouvoir;
Mes yeux se repaîtront des horreurs de ta peine:
Ainsi le veut Créuse, ainsi le veut ma haine.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 23/08/2020
Acte V, Scène 6
Mes désirs sont contents. Mon père et mon pays,
Je ne me repens plus de vous avoir trahis;
Avec cette douceur j'en accepte le blâme.
Adieu, parjure: apprends à connaître ta femme,
Souviens-toi de sa fuite, et songe, une autre fois,
Lequel est plus à craindre ou d'elle ou de deux rois.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 23/08/2020
Acte V, Scène 5
Quoi! Ce poison m'épargne, et ces feux impuissants
Refusent de finir les douleurs que je sens!
Il faut donc que je vive, et vous m'êtes ravie!
Justes dieux! Quel forfait me condamne à la vie?
Est-il quelque tourment plus grand pour mon amour
Que de la voir mourir, et de souffrir le jour?
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 23/08/2020
Acte V, Scène 2
Est-ce assez, ma vengeance, est-ce assez de deux morts?
Consulte avec loisir tes plus ardents transports.
Des bras de mon perfide arracher une femme,
Est-ce pour assouvir les fureurs de mon âme?
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 23/08/2020
Acte IV, Scène 5
Je veux une vengeance et plus haute et plus prompte;
Ne l'entreprenez pas, votre offre me fait honte:
Emprunter le secours d'aucun pouvoir humain,
D'un reproche éternel diffamerait ma main.
En est-il, après tout, aucun qui ne me cède?
Qui force la nature, a-t-il besoin qu'on l'aide?
Laissez-moi le souci de venger mes ennuis,
Et par ce que j'ai fait, jugez ce que je puis.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 23/08/2020
Acte IV, Scène 3
J'eus toujours pour suspects les dons des ennemis.
Ils font assez souvent ce que n'ont pu leurs armes ;
Je connais de Médée et l'esprit et les charmes,
Et veux bien m'exposer au plus cruel trépas,
Si ce rare présent n'est un mortel appas.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 23/08/2020
Acte IV, Scène 2
C'est de quoi mon esprit n'est plus inquiété;
Par son bannissement j'ai fait ma sûreté;
Elle n'a que fureur et que vengeance en l'âme,
Mais, en si peu de temps, que peut faire une femme?
Je n'ai prescrit qu'un jour de terme à son départ.
C'est peu pour une femme, et beaucoup pour son art;
Sur le pouvoir humain ne réglez pas les charmes.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 23/08/2020
Acte III, Scène 3
Veux-tu que je m'expose aux haines de deux rois
Et que mon imprudence attire sur nos têtes,
D'un et d'autre côté, de nouvelles tempêtes?
Fuis-les, fuis-les tous deux, suis Médée à ton tour,
Et garde au moins ta foi, si tu n'as plus d'amour.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 23/08/2020
Acte III, Scène 3
Il manque encor ce point à mon sort déplorable,
Que de tes cruautés on me fasse coupable.
Tu présumes en vain de t'en mettre à couvert;
Celui-là fait le crime à qui le crime sert.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 23/08/2020
Acte III, Scène 3
On ne m'a que bannie! Ô bonté souveraine!
C'est donc une faveur, et non pas une peine!
Je reçois une grâce au lieu d'un châtiment!
Et mon exil encor doit un remerciement!
Ainsi l'avare soif du brigand assouvie,
Il s'impute à pitié de nous laisser la vie;
Quand il n'égorge point, il croit nous pardonner,
Et ce qu'il n'ôte pas, il pense le donner.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 23/08/2020
Acte II, Scène 5
Allez, allez, madame,
Etaler vos appas et vanter vos mépris
A l'infâme sorcier qui charme vos esprits.
De cette indignité faites un mauvais conte;
Riez de mon ardeur, riez de votre honte;
Favorisez celui de tous vos courtisans
Qui raillera le mieux le déclin de mes ans;
Vous jouirez fort peu d'une telle insolence;
Mon amour outragé court à la violence;
Mes vaisseaux à la rade, assez proches du port,
N'ont que trop de soldats à faire un coup d'effort.
La jeunesse me manque, et non pas le courage:
Les rois ne perdent point les forces avec l'âge;
Et l'on verra, peut-être avant ce jour fini,
Ma passion vengée, et votre orgueil puni.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 23/08/2020
Acte I, Scène 5
N'en as-tu rien appris? N'as-tu point vu Jason?
N'appréhende-t-il rien après sa trahison?
Croit-il qu'en cet affront je m'amuse à me plaindre?
S'il cesse de m'aimer, qu'il commence à me craindre.
Il verra, le perfide, à quel comble d'horreur
De mes ressentiments peut monter la fureur.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 23/08/2020
Acte I, Scène 4
Et vous, troupe savante en noires barbaries,
Filles de l'Achéron, pestes, larves, Furies,
Fières soeurs, si jamais notre commerce étroit
Sur vous et vos serpents me donna quelque droit,
Sortez de vos cachots avec les mêmes flammes
Et les mêmes tourments dont vous gênez les âmes;
Laissez-les quelque temps reposer dans leurs fers;
Pour mieux agir pour moi faites trêve aux enfers.
Apportez-moi du fond des antres de Mégère
La mort de ma rivale, et celle de son père,
Et si vous ne voulez mal servir mon courroux,
Quelque chose de pis pour mon perfide époux.
Par: Pierre Corneille
Extrait de: Médée (1635)
Ajoutée par Savinien le 23/08/2020
La fleur de sang
Je suis le Dieu sanglant, je suis le Dieu farouche,
L'âpre ennemi, le fier chasseur ailé, vainqueur
Des monstres, le cruel archer que rien ne touche;
Je suis l'Amour; veux-tu me servir, faible coeur?
Je te ferai sentir la griffe des Chimères
Et je te verserai ma funeste liqueur.
Je prendrai les meilleurs des instants éphémères
Que doit durer ici ton corps matériel,
Et tu fuiras en vain les angoisses amères.
J'éteindrai tes beaux yeux qui reflètent le ciel,
Je flétrirai ta joue, et dans mes noirs calices
Tu trouveras un vin plus amer que du fiel.
Savoure sans repos mes atroces délices!
Car tu n'espères pas, tant que durent tes jours,
Épuiser ma colère, et lasser mes supplices.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les exilés (1867)
Ajoutée par Savinien le 18/08/2020
Les roses
Vierges de dix-huit ans, dénouez vos ceintures!
Versez, versez à flots vos larmes encor pures,
Penchez votre coeur plein et votre front si beau,
Dépouillez les rosiers pour orner un tombeau.
La plus belle de vous est maintenant une ombre.
C'était pour ruisseler dans la demeure sombre
Que ses doux cheveux d'or, pleins de zéphyrs tremblants,
Étaient devenus longs à cacher ses pieds blancs.
Quoi! C'était pour l'oubli, quoi! C'était pour la tombe
Qu'elle était fraîche et pure ainsi qu'une colombe!
Et c'était pour dormir, comme nous la voyons,
Qu'elle avait ses yeux noirs étoilés de rayons!
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Le sang de la coupe (1857)
Ajoutée par Savinien le 16/08/2020
La nuit
A cette heure où les coeurs, d'amour rassasiés,
Flottent dans le sommeil comme de blanches voiles,
Entends-tu sur les bords de ce lac plein d'étoiles
Chanter les rossignols aux suaves gosiers?
Sans doute, soulevant les flots extasiés
De tes cheveux touffus et de tes derniers voiles,
Les coussins attiédis, les draps aux fines toiles
Baisent ton sein, fleuri comme un bois de rosiers?
Vois-tu, du fond de l'ombre où pleurent tes pensées,
Fuir les fantômes blancs des pâles délaissées,
Moins pâles de la mort que de leur désespoir?
Ou, peut-être, énervée, amoureuse et farouche,
Pieds nus sur le tapis, tu cours à ton miroir
Et des ruisseaux de pleurs coulent jusqu'à ta bouche.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Le sang de la coupe (1857)
Ajoutée par Savinien le 16/08/2020
Les souffrances de l'artiste
Dans les noires forêts, sur les monts de la Thrace,
Par les pleurs de ma lyre enchantant leur courroux,
J'ai fait bondir d'amour et courir sur ma trace
Le tigre et la panthère et les grands lions roux.
Et les gazons touffus étoilés de pervenches,
Les feuillages pendants, les profondeurs des bois,
Les antres, les rochers et les cascades blanches
Au tomber de la nuit s'enivraient de ma voix!
Ô foule! J'ai bravé l'horreur des flots funèbres
Sur la fragile barque, et, divin ouvrier,
J'ai navigué vers l'ombre et les pâles ténèbres,
En tenant dans mes mains un rameau de laurier!
Dans les cercles de flamme où frémissent leurs ailes,
Les âmes gémissaient d'avoir perdu l'amour,
Et, saisi de pitié pour leurs douleurs mortelles,
J'ai pleuré de tristesse en remontant au jour !
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Le sang de la coupe (1857)
Ajoutée par Savinien le 16/08/2020
La femme aux roses
Son corps souple et superbe était jonché de roses.
Et ses lèvres de flamme, et les fleurs de son sein,
Sur ces coteaux neigeux qu'elle montre à dessein,
Semblaient, aux yeux séduits par de douces chimères,
Les boutons rougissants de ces fleurs éphémères.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les stalactites (1846)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Viens. Sur tes cheveux noirs
Viens. Sur tes cheveux noirs jette un chapeau de paille.
Avant l'heure du bruit, l'heure où chacun travaille,
Allons voir le matin se lever sur les monts
Et cueillir par les prés les fleurs que nous aimons.
Sur les bords de la source aux moires assouplies,
Les nénufars dorés penchent des fleurs pâlies,
Il reste dans les champs et dans les grands vergers
Comme un écho lointain des chansons des bergers,
Et, secouant pour nous leurs ailes odorantes,
Les brises du matin, comme des soeurs errantes,
Jettent déjà vers toi, tandis que tu souris,
L'odeur du pêcher rose et des pommiers fleuris.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les stalactites (1846)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Oh: Quand la Mort
Oh! Quand la Mort, que rien ne saurait apaiser,
Nous prendra tous les deux dans un dernier baiser
Et jettera sur nous le manteau de ses ailes,
Puissions-nous reposer sous deux pierres jumelles!
Puissent les fleurs de rose aux parfums embaumés
Sortir de nos deux corps qui se sont tant aimés,
Et nos âmes fleurir ensemble, et sur nos tombes
Se becqueter longtemps d'amoureuses colombes!
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les stalactites (1846)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Nous n'irons plus aux bois
Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.
Les Amours des bassins, les Naïades en groupe
Voient reluire au soleil en cristaux découpés
Les flots silencieux qui coulaient de leur coupe.
Les lauriers sont coupés, et le cerf aux abois
Tressaille au son du cor; nous n'irons plus au bois,
Où des enfants charmants riait la folle troupe
Sous les regards des lys aux pleurs du ciel trempés,
Voici l'herbe qu'on fauche et les lauriers qu'on coupe.
Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les stalactites (1846)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Décor
Dans les grottes sans fin brillent les Stalactites.
Du cyprès gigantesque aux fleurs les plus petites,
Un clair jardin s'accroche au rocher spongieux,
Lys de glace, roseaux, lianes, clématites.
Des thyrses pâlissants, bouquets prestigieux,
Naissent, et leur éclat mystique divinise
Des villes de féerie au vol prodigieux.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les stalactites (1846)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Conseil
Eh bien! Mêle ta vie à la verte forêt!
Escalade la roche aux nobles altitudes.
Respire, et libre enfin des vieilles servitudes,
Fuis les regrets amers que ton coeur savourait.
Dès l'heure éblouissante où le matin paraît,
Marche au hasard; gravis les sentiers les plus rudes.
Va devant toi, baisé par l'air des solitudes,
Comme une biche en pleurs qu'on effaroucherait.
Cueille la fleur agreste au bord du précipice.
Regarde l'antre affreux que le lierre tapisse
Et le vol des oiseaux dans les chênes touffus.
Marche et prête l'oreille en tes sauvages courses;
Car tout le bois frémit, plein de rythmes confus,
Et la Muse aux beaux yeux chante dans l'eau des sources.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les cariatides (1843)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Songe d'hiver
Oh! Ne l'écoute pas, viens à moi, me dit-elle,
Pour t'emporter ce soir j'ai veillé bien des jours;
Vois, mon coeur ne bat plus, ma joue en pleurs ruisselle,
Mes cheveux déroulés m'inondent; je suis celle
Dont les bras s'ouvrent pour toujours!
Mon amour éternel est chaste, calme et tendre;
Loin du monde aux longs bruits tristes comme un tocsin,
Dans mon beau lit de marbre, où tu pourras t'étendre,
Tu dormiras longtemps sans jamais rien entendre,
La tête appuyée à mon sein.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les cariatides (1843)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Amours d'Elise
D'où vient-il, ce lointain frisson d'épithalame?
Quels cieux ont déroulé leurs nappes de saphir?
Quel espoir inconnu m'anime? Quel zéphyr
A jeté dans ma vie errante un nom de femme?
Quel oiseau près de moi chante sa folle gamme?
Quel éblouissement s'enfuit, pour me ravir,
Comme le corail rose ou la perle d'Ophir
Que poursuit le plongeur bercé par une lame?
En vain de ma pensée effarouchant l'essor,
Je veux loin de vos yeux pleins d'étincelles d'or
L'entraîner, sur vos pas la rêveuse s'envole,
Et, pour que mon tourment renaisse, ardent phénix,
J'emporte dans mon coeur votre chère parole,
Comme un parfum subtil dans un vase d'onyx.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les cariatides (1843)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
A la musique
Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes.
Elles le savent bien et tournent en riant
Vers moi leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.
Je ne dis pas un mot; je regarde toujours
La chair de leur cou blanc brodé de mèches folles;
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules.
Je cherche la bottine et je vais jusqu'aux bas;
Je reconstruis le corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas.
Et je sens des baisers qui me viennent aux lèvres.
Par: Arthur Rimbaud
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Bal des pendus
Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
Messire Belzébuth tire par la cravate
Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,
Et, leur claquant au front un revers de savate,
Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël!
Et les pantins, choqués, enlacent leurs bras grêles.
Comme des orgues noirs, des poitrines à jour,
Que serraient autrefois les gentes damoiselles,
Se heurtent longuement dans un hideux amour.
Par: Arthur Rimbaud
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Ophélie
O pâle Ophélia! Belle comme la neige!
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
- C'est que les vents tombant des grand monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté;
C'est qu'un souffle du ciel, tordant ta chevelure
À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits;
Que ton coeur entendait le coeur de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits;
C'est que la voix des mers, comme un immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux;
- C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux!
Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle!
Tu te fondais à lui comme une neige au feu:
Tes grandes visions étranglaient ta parole:
- Un infini terrible effara ton oeil bleu!...
Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher la nuit les fleurs que tu cueillis,
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter comme un grand lys.
Par: Arthur Rimbaud
Extrait de: Correspondances (Rimbaud) (1870)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
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