Citations de Dernières chansons, de Louis Bouilhet
4 Citations
Amour double
Ami, tu disais toi-même:
- Et j'entends encor ta voix -
« Il ne se peut pas qu'on aime
Deux maîtresses à la fois! »
Tu m'as bien trompé!... Regarde
L'effet d'un mot hasardeux:
J'ai vécu sans prendre garde,
Voilà que j'en aime deux!
Je ne sais pas trop laquelle
Me cause moins de souci;
Car, si l'une est la plus belle,
L'autre est la plus belle aussi.
Où me fixer? Comment faire?
Le doute a gagné mes yeux.
C'est l'une que je préfère,
C'est l'autre que j'aime mieux.
Et mon pauvre coeur qui flotte
De l'une à l'autre beauté
Semble un vaisseau sans pilote
Par tous les vents emporté.
- Amour, qui me dois connaître,
Pourquoi doubler mes douleurs?
Il suffisait d'une, ô maître,
Pour me coûter bien des pleurs!...
Par: Louis Bouilhet
Extrait de: Dernières chansons (1872)
Ajoutée par Savinien le 27/01/2022
Jasmin
J'ai cueilli pour vous seule, à sa branche flétrie,
Ce jasmin par l'hiver oublié dans la tour.
J'ai baisé sa corolle, et mon âme attendrie
Dans la dernière fleur met son dernier amour.
Par: Louis Bouilhet
Extrait de: Dernières chansons (1872)
Ajoutée par Savinien le 27/01/2022
Sérénade
J'ai dans mon coeur une belle
Que j'adore nuit et jour;
Une lampe est devant elle,
La lampe de mon amour!
Dans cette chapelle austère
Que desservent mes douleurs,
Tous mes rêves sont à terre,
Effeuillés comme des fleurs.
La détresse, en cape noire,
Tient, goutte à goutte amassés
Dans un bénitier d'ivoire,
Tous les pleurs que j'ai versés!
Le seul encensoir qui fume
A l'autel silencieux,
C'est mon âme qui s'allume
Sous le rayon de tes yeux.
Apaise enfin ta colère,
Toi que Dieu fit pour charmer;
Va, c'est un crime de plaire
Quand on ne veut pas aimer!
Par: Louis Bouilhet
Extrait de: Dernières chansons (1872)
Ajoutée par Savinien le 27/01/2022
Confiance
Quoi! Sans te soucier de l'océan qui gronde,
Tu veux ta place à bord, sur mon vaisseau perdu;
Et pour dire à Colomb qu'il a trouvé son monde,
Tu n'attends pas, enfant, qu'il en soit revenu!
Dans tes bras frémissants j'ai mis ma tête blonde.
J'ai bu ton souffle en feu, dans mon sein répandu;
Et, comme le pêcheur voit la perle sous l'onde,
Dans ton regard charmant j'ai vu ton coeur à nu.
Sois bénie, à jamais, pour cette foi sublime!
Sans redouter les flots je braverai l'abîme,
Puisque j'ai ton amour, comme une étoile, aux cieux.
Et mon nom restera, triomphant et sonore,
Afin que, dans mille ans, la terre sache encore,
Ô mon ange adoré, la couleur de tes yeux!
Par: Louis Bouilhet
Extrait de: Dernières chansons (1872)
Ajoutée par Savinien le 27/01/2022
