Citations de Festons et astragales, de Louis Bouilhet

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Vestigia Flammæ


Où donc es-tu partie, ô belle jeune fille?
Toi dont le doux regard et dont la voix, un jour,
Comme un oiseau qu'éveille un bruit sous la charmille,
A l'ombre de mon coeur ont fait chanter l'amour.

Ange, te souvient-il que je t'aimai sur terre?
Que j'aurais tout donné pour un baiser de toi!
Lorsqu'au fond de ton coeur tu descends solitaire,
N'est-il aucun écho qui te parle de moi?

Que fais-tu, maintenant que je suis seul dans l'ombre,
Quand dix ans sont passés depuis ton tendre aveu,
Et que, sur mes deux mains inclinant mon front sombre,
Je regarde briller, comme des yeux sans nombre,
Les étincelles de mon feu!


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

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Portrait


Je ne sais pas ton nom, comtesse ou bien marquise,
Dont le portrait charmant rit dans ce cadre d'or;
Mais nulle, en sa beauté, n'eut plus de grâce exquise,
Au temps qu'on était jeune et qu'on aimait encor.

Tes cheveux à frimas, où le zéphyr se joue,
Effleurent mollement ton visage vermeil,
Car le pastel du maître a semé sur ta joue
L'incarnat velouté d'une pèche au soleil.

Mille amours sont nichés sous tes narines roses,
Mille autres sont blottis dans tes yeux irisés,
Tandis que Cupidon, sur tes lèvres mi-closes,
Appelle au pâturage un troupeau de baisers.

Et le ruban bleu-ciel, dont ta robe est fermée,
Semble, au long du corsage, étaler à plaisir,
De ta taille divine à ta gorge embaumée,
Une échelle d'azur où monte le désir !...


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

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A une femme


Ta lampe n'a brûlé qu'en empruntant ma flamme.
Comme le grand convive aux noces de Cana,
Je changeais en vin pur les fadeurs de ton âme,
Et ce fut un festin dont plus d'un s'étonna.

Tu n'as jamais été, dans tes jours les plus rares,
Qu'un banal instrument sous mon archet vainqueur,
Et, comme un air qui sonne, au bois creux des guitares,
J'ai fait chanter mon rêve au vide de ton coeur.

S'il fut sublime et doux, ce n'est point ton affaire.
Je peux le dire au monde et ne te pas nommer;
Pour tirer du néant sa splendeur éphémère,
Il m'a suffi de croire. Il m'a suffi d'aimer.


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

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Printemps


Du côté des lilas aux touffes violettes,
Mouches et papillons bruissent à la fois;
Et le muguet sauvage, ébranlant ses clochettes,
A réveillé l'amour endormi dans les bois.

Puisque avril a semé ses marguerites blanches,
Laisse ta mante lourde et ton manchon frileux;
Déjà l'oiseau t'appelle, et tes soeurs les pervenches
Te souriront dans l'herbe en voyant tes yeux bleus.

Viens, partons! Au matin, la source est plus limpide;
N'attendons pas du jour les brûlantes chaleurs;
Je veux mouiller mes pieds dans la rosée humide,
Et te parler d'amour sous les poiriers en fleurs!


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

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