Citations de Les médailles d'argile, de Henri François Joseph de Régnier

9 Citations

Panneau


L'ingénieux Amour noue à mon cadre d'or
Sa couronne de fleurs et son carquois de flèches,
Car sa bouche, jadis, douce à mes lèvres fraîches,
Leur donna la couleur qui les empourpre encor.

Sous l'arceau du bosquet qui dresse son décor
A ma beauté, l'Automne avec ses feuilles sèches
Touche ma joue encor pareille au fard des pêches,
Et l'éclair de mes dents pourrait y mordre encor.

L'Amour, hélas! Vois-tu, ne fait pas d'immortelles;
La toile d'araignée ourdit à mes dentelles
Ses fils mystérieux qu'entrelace le temps,

Mais si la triste Mort m'effleura de son aile,
Le dieu qu'en sa jeunesse adora mon printemps
Me garde souriante et me voit toujours belle.


Par: Henri François Joseph de Régnier

Ajoutée par Savinien le 23/12/2020

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Stances


L'hirondelle légère et la rose qui penche
Ont frôlé tes cheveux et caressé ta main,
Et ta vie est venue à la colline blanche
Parce que tu suivais les routes du matin.

Entre; l'âtre t'accueille et la porte est ouverte;
La fraîcheur de la paix émane des murs blancs,
Et la vigne qui monte au toit est encor verte.
Entre; la maison douce est parée et t'attend;

Mais la douce maison qui regarde l'aurore
S'ouvre aussi sur le soir, sur l'ombre et sur la nuit;
La fleur se fanera que l'aube vit éclore;
Le pampre rougira, vert encore aujourd'hui.

Et tu verras saigner les feuilles et les roses;
L'aurore d'où tu viens mène au soir où tu vas,
Reste à l'âtre fidèle où la paix est éclose,
Ferme la porte lourde et ne la rouvre pas.


Par: Henri François Joseph de Régnier

Ajoutée par Savinien le 23/12/2020

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Le regret


Le feuillage jauni tremble aux branches lassées
Et la maison là-bas nous appelle au heurtoir,
Et côte à côte ainsi nous irons vers le soir
Où marchent devant nous nos heures enlacées.

Au reflet du cristal comme aux sources glacées,
Que le temps douloureux ou doux me fasse voir
Son rire à la fontaine ou sa ride au miroir,
Ton souvenir se mire à toutes mes pensées.

L'automne les disperse aux routes de la vie;
L'écorce se desquame et l'arbre s'exfolie
Et la ramure oscille au souffle qui l'émeut;

Et ses feuilles, au vent qui les parsème inertes,
Emportent, çà et là, chacune comme un peu
Du murmure amoindri de la cime déserte.


Par: Henri François Joseph de Régnier

Ajoutée par Savinien le 23/12/2020

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Le pas


L'Amour passe. Regarde, écoute, attends, espère;
Son pas mystérieux est partout en chemin
Et, visiteur du soir, du jour ou du matin,
Il sait ton seuil bruyant ou ton seuil solitaire.

Le voici. Devant lui, pour qu'il se désaltère,
Dispose sur la table où choisira sa main
La coupe de ta source ou l'outre de ton vin.
Il rira. Tu riras à ton tour pour lui plaire.

Dors en ses bras comme j'y dormis en pensant
Arrêter à jamais cet éternel Passant.
Il est debout déjà dans l'aube et toi tu dors,

Sans entendre tout bas se poser sur la dalle
Pour partir, et tandis que l'autre est nu encor,
L'un de ses pieds déjà chaussé de la sandale.


Par: Henri François Joseph de Régnier

Ajoutée par Savinien le 23/12/2020

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La promenade


Je te donne cette heure; elle est à toi. Va-t'en.
Vis-la silencieuse et vis-la solitaire,
Et, pour un jour entier, sois à toi tout entière
Sans plus t'inquiéter de l'ombre où je t'attends.

Sois libre. Mon pas lourd, hélas! A trop souvent
Retardé ta jeunesse où tu marches légère
Dans le double sourire et la double lumière
De ce matin joyeux et de ton clair printemps.

Ce dur arbre tordu qui ressemble à ma vie
Abritera mon doute et ma mélancolie;
C'est là que j'attendrai venir le soir, heureux

Si le vent, pitoyable à mon songe morose,
Des fleurs que tu cueillis, hélas! Loin de mes yeux,
M'apporte le parfum et te laisse la rose.


Par: Henri François Joseph de Régnier

Ajoutée par Savinien le 23/12/2020

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L'oisive


Ni tisseuse de lin, ni fileuse de laine...
La quenouille, le dé, l'aiguille ou le fuseau
Ne les sculpte aux parois de mon jeune tombeau,
Car ma vie en ses jours fut paresseuse et vaine.

Pour que ton souvenir me suive et se souvienne,
Lui faut-il le rouet, l'aiguille et le fuseau?
Pense au passé charmant où mon corps était beau...
Ni fileuse de lin, ni tisseuse de laine!

Non! Je n'ai pas ourdi mes oisives années,
Laborieusement, parmi leurs fleurs fanées;
Le vent les dispersa dès l'aurore, et, là-bas,

Regardes-en flotter, déjà presque invisibles,
Au fond de ta mémoire et à tes yeux ingrats,
Les souples fils errants qu'emporte l'air flexible.


Par: Henri François Joseph de Régnier

Ajoutée par Savinien le 23/12/2020

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Chrysilla


Lorsque l'heure viendra de la coupe remplie,
Déesse, épargne-moi de voir à mon chevet
Le temps tardif couper, sans pleurs et sans regret,
Le long fil importun d'une trop longue vie.

Arme plutôt l'Amour; Hélas! Il m'a haïe
Toujours et je sais trop que le cruel voudrait
Déjà que de mon coeur, à son suprême trait,
Coulât mon sang mortel sur la terre rougie.

Mais non! Que vers le soir en riant m'apparaisse,
Silencieuse, nue et belle, ma Jeunesse!
Qu'elle tienne une rose et l'effeuille dans l'eau;

J'écouterai l'adieu pleuré par la fontaine
Et, sans qu'il soit besoin de flèches ni de faulx,
Je fermerai les yeux pour la nuit souterraine.


Par: Henri François Joseph de Régnier

Ajoutée par Savinien le 23/12/2020

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Puella


Plains-moi, car je n'eus rien à donner à l'Amour,
Ni fleurs de mon Eté, ni fruits de mon Automne,
Et la terre où naquit mon destin sans couronne
N'a pas porté pour moi la rose ou l'épi lourd.

Les Fileuses qui font nos heures et nos jours
N'ont pas tissé non plus, pour que je la lui donne,
La tunique fertile où, naïve Pomone,
La vierge de ses seins sent mûrir le contour.

Je n'ai pu même offrir à ta divinité
La colombe de ma chétive nudité,
Car ma chair sans duvet n'eut pas tiédi ta main.

Amour! Tends-la au moins à l'obole fragile
Et prends cette médaille où, profil enfantin,
Mon visage anxieux sourit à fleur d'argile.


Par: Henri François Joseph de Régnier

Ajoutée par Savinien le 23/12/2020

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Le feu


Rentre. Je ne vois plus ton visage. Rentrons.
Il est trop tard déjà pour s'asseoir au perron
Où la mousse est humide et la pierre mouillée.
La serrure tend à nos mains sa clef rouillée;
La porte s'ouvrira toute grande pour nous
Avec un bruit d'accueil que le soir fait plus doux;
Plus tard le gond rétif et le loquet rebelle
Grinceraient, car toute demeure garde en elle,
Taciturne, invisible et qui vit en secret,
Une âme que l'on blesse ou que l'on satisfait.


Par: Henri François Joseph de Régnier

Ajoutée par Savinien le 23/12/2020

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