Citations de Le sang de la coupe, de Théodore de Banville

4 Citations

Les roses


Vierges de dix-huit ans, dénouez vos ceintures!
Versez, versez à flots vos larmes encor pures,
Penchez votre coeur plein et votre front si beau,
Dépouillez les rosiers pour orner un tombeau.
La plus belle de vous est maintenant une ombre.
C'était pour ruisseler dans la demeure sombre
Que ses doux cheveux d'or, pleins de zéphyrs tremblants,
Étaient devenus longs à cacher ses pieds blancs.
Quoi! C'était pour l'oubli, quoi! C'était pour la tombe
Qu'elle était fraîche et pure ainsi qu'une colombe!
Et c'était pour dormir, comme nous la voyons,
Qu'elle avait ses yeux noirs étoilés de rayons!


Par: Théodore de Banville

Ajoutée par Savinien le 16/08/2020

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Tristesse au jardin


Un jour, elle passait dans le jardin en feu
Baigné par les zéphyres,
Et des bassins d'azur son petit soulier bleu
Effleurait les porphyres.

Ses pieds polis, pareils dans le bas irisé
À la neige qui tombe,
Parmi le sable d'or avaient l'éclat rosé
Des ailes de colombe.

Elle glissait au bord de ces flots murmurants
Et baignés d'harmonie,
Et portait la lumière en ses doigts transparents,
Comme une Polymnie!

Comme en un lac dormant qui roule des trésors
Sous les rayons de lune,
Cent mille diamants s'allumaient dans les ors
De sa prunelle brune.


Par: Théodore de Banville

Ajoutée par Savinien le 16/08/2020

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La nuit


A cette heure où les coeurs, d'amour rassasiés,
Flottent dans le sommeil comme de blanches voiles,
Entends-tu sur les bords de ce lac plein d'étoiles
Chanter les rossignols aux suaves gosiers?

Sans doute, soulevant les flots extasiés
De tes cheveux touffus et de tes derniers voiles,
Les coussins attiédis, les draps aux fines toiles
Baisent ton sein, fleuri comme un bois de rosiers?

Vois-tu, du fond de l'ombre où pleurent tes pensées,
Fuir les fantômes blancs des pâles délaissées,
Moins pâles de la mort que de leur désespoir?

Ou, peut-être, énervée, amoureuse et farouche,
Pieds nus sur le tapis, tu cours à ton miroir
Et des ruisseaux de pleurs coulent jusqu'à ta bouche.


Par: Théodore de Banville

Ajoutée par Savinien le 16/08/2020

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Les souffrances de l'artiste


Dans les noires forêts, sur les monts de la Thrace,
Par les pleurs de ma lyre enchantant leur courroux,
J'ai fait bondir d'amour et courir sur ma trace
Le tigre et la panthère et les grands lions roux.

Et les gazons touffus étoilés de pervenches,
Les feuillages pendants, les profondeurs des bois,
Les antres, les rochers et les cascades blanches
Au tomber de la nuit s'enivraient de ma voix!

Ô foule! J'ai bravé l'horreur des flots funèbres
Sur la fragile barque, et, divin ouvrier,
J'ai navigué vers l'ombre et les pâles ténèbres,
En tenant dans mes mains un rameau de laurier!

Dans les cercles de flamme où frémissent leurs ailes,
Les âmes gémissaient d'avoir perdu l'amour,
Et, saisi de pitié pour leurs douleurs mortelles,
J'ai pleuré de tristesse en remontant au jour !


Par: Théodore de Banville

Ajoutée par Savinien le 16/08/2020

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