Citations de Les cariatides, de Théodore de Banville

5 Citations

Conseil


Eh bien! Mêle ta vie à la verte forêt!
Escalade la roche aux nobles altitudes.
Respire, et libre enfin des vieilles servitudes,
Fuis les regrets amers que ton coeur savourait.

Dès l'heure éblouissante où le matin paraît,
Marche au hasard; gravis les sentiers les plus rudes.
Va devant toi, baisé par l'air des solitudes,
Comme une biche en pleurs qu'on effaroucherait.

Cueille la fleur agreste au bord du précipice.
Regarde l'antre affreux que le lierre tapisse
Et le vol des oiseaux dans les chênes touffus.

Marche et prête l'oreille en tes sauvages courses;
Car tout le bois frémit, plein de rythmes confus,
Et la Muse aux beaux yeux chante dans l'eau des sources.


Par: Théodore de Banville

Ajoutée par Savinien le 15/08/2020

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Songe d'hiver


Oh! Ne l'écoute pas, viens à moi, me dit-elle,
Pour t'emporter ce soir j'ai veillé bien des jours;
Vois, mon coeur ne bat plus, ma joue en pleurs ruisselle,
Mes cheveux déroulés m'inondent; je suis celle
Dont les bras s'ouvrent pour toujours!

Mon amour éternel est chaste, calme et tendre;
Loin du monde aux longs bruits tristes comme un tocsin,
Dans mon beau lit de marbre, où tu pourras t'étendre,
Tu dormiras longtemps sans jamais rien entendre,
La tête appuyée à mon sein.


Par: Théodore de Banville

Ajoutée par Savinien le 15/08/2020

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Amours d'Elise


Le soleil souriait à la jeune nature,
L'hiver avait séché ses pleurs,
Et la brise entr'ouvrait de son haleine pure
L'humide corolle des fleurs.

Le saule aux rameaux verts penchait sa rêverie
Sur les flots au reflet doré;
Le ruisseau murmurant dans la verte prairie
Souriait au ciel azuré.

Or, nous étions tous deux sous les tremblantes roses
Qu'épanouissait le printemps,
Si que sans y penser nos amours sont écloses,
Comme elles, presque en même temps.

Le rossignol disait sa plainte enchanteresse,
Nous disions des serments jaloux;
Et tout en nous était joie, extase, tendresse...
Hélas! Vous le rappelez-vous?

L'arbre pensif s'incline encor, l'insecte rôde,
L'églantier semble rajeunir,
Le vent a son parfum, l'herbe son émeraude;
Notre amour est un souvenir!


Par: Théodore de Banville

Ajoutée par Savinien le 15/08/2020

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Amours d'Elise


Le zéphyr à la douce haleine
Entr'ouvre la rose des bois,
Et sur les monts et dans la plaine
Il féconde tout à la fois.

Le lys et la rouge verveine
S'échappent fleuris de ses doigts,
Tout s'enivre à sa coupe pleine
Et chacun tressaille à sa voix.

Mais il est une frêle plante
Qui se retire et fuit, tremblante,
Le baiser qui va la meurtrir.

Or, je sais des âmes plaintives
Qui sont comme les sensitives
Et que le bonheur fait mourir.


Par: Théodore de Banville

Ajoutée par Savinien le 15/08/2020

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Amours d'Elise


D'où vient-il, ce lointain frisson d'épithalame?
Quels cieux ont déroulé leurs nappes de saphir?
Quel espoir inconnu m'anime? Quel zéphyr
A jeté dans ma vie errante un nom de femme?

Quel oiseau près de moi chante sa folle gamme?
Quel éblouissement s'enfuit, pour me ravir,
Comme le corail rose ou la perle d'Ophir
Que poursuit le plongeur bercé par une lame?

En vain de ma pensée effarouchant l'essor,
Je veux loin de vos yeux pleins d'étincelles d'or
L'entraîner, sur vos pas la rêveuse s'envole,

Et, pour que mon tourment renaisse, ardent phénix,
J'emporte dans mon coeur votre chère parole,
Comme un parfum subtil dans un vase d'onyx.


Par: Théodore de Banville

Ajoutée par Savinien le 15/08/2020

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