Citations de Journal intime (Benjamin Constant), de Benjamin Constant
12 Citations
Mme Lindsay m'écrit qu'au fond nous nous ressemblons d'une manière étonnante. C'est peut-être une raison pour nous convenir d'autant moins. C'est parce que les hommes se ressemblent que le ciel a fait pour eux les femmes qui ne leur ressemblent pas.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Journal intime (Benjamin Constant) (1895)
Ajoutée par Savinien le 02/06/2020
J'ai éprouvé, ce soir, qu'il faudrait commencer par expliquer chaque parole pour discuter une question; sans cela on ne rencontre que des gens qui répondent à ce qu'on n'a pas dit. Et l'on se fatigue en pure perte. [...] A quoi sert donc la discussion? Aujourd'hui on m'a toujours contredit de manière à me prouver qu'on ne saisissait pas une seule des choses que je disais. Il faut écrire et ne pas disputer.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Journal intime (Benjamin Constant) (1895)
Ajoutée par Savinien le 28/05/2020
Je trouve un vrai bonheur dans la solitude au milieu de la campagne triste et dépouillée, avec le vent qui siffle, des nuages noirs qui glissent dans le ciel, le gazon gris et les glaciers; la campagne, quand on la recherche pour la solitude, vaut mieux en hiver qu'en été. En été, la nature est trop vivante et fait trop société. Je crois qu'il faut de la jeunesse et de la force pour éprouver ces impressions, car c'est la vie intérieure qui rend agréable le repos du dehors.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Journal intime (Benjamin Constant) (1895)
Ajoutée par Savinien le 28/05/2020
La vie n'est ennuyeuse que parce qu'elle finit. Si j'étais éternel je m'amuserais bien de ce monde. Il est piquant d'imaginer que les fous et les coquins nous survivent.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Journal intime (Benjamin Constant) (1895)
Ajoutée par Savinien le 28/05/2020
Je lis une description des prisons d'état de Venise. J'en reste pénétré d'horreur. Une seule cruauté pareille l'emporte sur tous les avantages de ce qu'on nomme gouvernement. Malheureuse espèce humaine! Toujours féroce et toujours misérable! On est tellement saisi de pitié et de terreur par les réflexions que suggèrent de pareilles cruautés, qu'on se sent impatient de traverser la vie au plus vite pour échapper aux hommes.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Journal intime (Benjamin Constant) (1895)
Ajoutée par Savinien le 28/05/2020
Quand on considère de quels éléments la race humaine se compose, on n'est plus étonné de ce qui lui arrive, et l'on serait tenté de trouver sa destinée juste, si les êtres qui nous oppriment étaient d'une autre espèce; mais comme les oppresseurs sont de la même pâte que les opprimés, on hait trop les uns pour ne pas plaindre les autres plus qu'ils ne le méritent.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Journal intime (Benjamin Constant) (1895)
Ajoutée par Savinien le 27/05/2020
La douleur est un serpent qui se glisse à travers toutes les barrières et qui nous retrouve toujours. L'action même de la fuir nous donne un sentiment de faiblesse qui nous rend plus incapable de lui tenir tête quand elle nous atteint. [...] Le stoïcisme et la vie monastique, qui sont le moyen de faire face à la douleur, donnent une sorte d'exaltation peut-être moins pénible et moins humiliante que les efforts pour se sauver et pour escamoter sa vie.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Journal intime (Benjamin Constant) (1895)
Ajoutée par Savinien le 27/05/2020
Les hommes qui passent pour être durs sont de fait beaucoup plus sensibles que ceux dont on vante la sensibilité expansive. Ils se font durs parce que leur sensibilité étant vraie les fait souffrir. Les autres n'ont pas besoin de se faire durs, car ce qu'ils ont de sensibilité est bien facile à porter.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Journal intime (Benjamin Constant) (1895)
Ajoutée par Savinien le 27/05/2020
En général, j'ai remarqué qu'il fallait remercier les hommes le moins possible, parce que la reconnaissance qu'on leur témoigne les persuade aisément qu'ils en font trop! J'ai vu plus d'une fois des gens reculer au milieu d'une bonne action, parce que dans leurs transports, ceux pour qui ils la faisaient leur en exagéraient l'étendue.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Journal intime (Benjamin Constant) (1895)
Ajoutée par Savinien le 27/05/2020
Pour avoir raison contre quelqu'un et être approuvé, il faut être dur, ou être injuste, ou être un sot. Quand on est dur, on profite de tous ses avantages sans être ému par la douleur des autres. Quand on est injuste, on accueille les exagérations des ennemis de son adversaire, qui accourent à notre secours avec bien plus de zèle que nos propres amis! Quand on est sot, on a tous les sots pour soi et ils sont légion!
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Journal intime (Benjamin Constant) (1895)
Ajoutée par Savinien le 27/05/2020
Je viens d'acheter un petit chien. A moins qu'il ne devienne enragé, je suis bien sûr qu'il ne me mordra pas et ne me fera jamais de mal. Je ne pourrai pas en dire autant de ceux que je nomme mes amis.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Journal intime (Benjamin Constant) (1895)
Ajoutée par Savinien le 27/05/2020
Il en est de l'attachement de certaines femmes et de l'empire qu'elles conservent sur un homme, au grand étonnement de tout le monde, comme du sommeil qui saisit les voyageurs sur le Grand-Saint-Bernard. Ils ne sont pas contents de leur situation, mais ils se laissent aller à la sensation présente qui devient à chaque instant plus difficile à combattre. Et la mort arrive pendant qu'ils projettent de s'en aller le moment d'après.
Par: Benjamin Constant
Extrait de: Journal intime (Benjamin Constant) (1895)
Ajoutée par Savinien le 27/05/2020
