Citations de Poésies et contes, de Louise Michel
8 Citations
Sylva
Il est nuit, la lune se lève;
Dans l'ombre montent des concerts;
Le vent agite comme un rêve
La cime des peupliers verts.
Des chemins creux et des ravines
Sortent de naïves chansons,
Et dans la mousse des ruines
Bruissent des choeurs de grillons.
Par: Louise Michel
Extrait de: Poésies et contes (1884)
Ajoutée par Savinien le 18/05/2020
Les hirondelles
Hirondelle qui viens de la nue orageuse,
Hirondelle fidèle, où vas-tu? Dis-le-moi.
Quelle brise t'emporte, errante voyageuse?
Écoute, je voudrais m'en aller avec toi,
Bien loin, bien loin d'ici vers d'immenses rivages,
Vers de grands rochers nus, des grèves, des déserts,
Dans l'inconnu muet, ou bien vers d'autres âges,
Vers les astres errants qui roulent dans les airs.
Par: Louise Michel
Extrait de: Poésies et contes (1884)
Ajoutée par Savinien le 18/05/2020
Niobé
Un spectre au coeur saignant comme frappé d'un glaive,
Drapé dans un linceul et les cheveux épars,
Les yeux noyés de pleurs, dans les bois, sur la grève,
Errant avec la nuit... Jamais sinistre rêve
N'eut telle vision dans ses pâles brouillards.
Jamais non plus le songe, en ses splendeurs divines,
L'oeil ébloui du mage, aux soleils flamboyants,
Ne virent, aux grands jours des fêtes sibyllines,
Déesse plus auguste, au sommet des collines,
Fouler les verts gazons sous ses pieds triomphants.
Laissez passer cette ombre au fond des vastes plaines;
Au fond des bois profonds elle fuit les vivants;
Tout le sang de son coeur, tout le sang de ses veines
A coulé sur la terre où rugissent les haines.
Place! C'est Niobé qui pleure ses enfants.
Par: Louise Michel
Extrait de: Poésies et contes (1884)
Ajoutée par Savinien le 18/05/2020
Nox
Les plus petites
Des humbles fleurs,
Les marguerites,
Cachent des pleurs.
Par: Louise Michel
Extrait de: Poésies et contes (1884)
Ajoutée par Savinien le 18/05/2020
Misères
La rêveuse Allemagne eut son premier sourire;
Parmi ses jeunes soeurs, vierges aux blonds cheveux,
Souvent sa voix vibrait comme un chant sur la lyre
Et son regard d'azur se mêlait aux grands cieux.
Voilà ce qu'elle était quand l'horrible misère
Vint s'asseoir au foyer, quand elle eut faim et froid,
Qu'à la fosse commune on eut porté sa mère,
Et que le vent d'hiver glissa sur l'humble toit.
C'est votre oeuvre à vous tous dont jamais la nuit sombre
Ne cache les bienfaits sous les voiles du soir,
Vous qui passez sans voir les misères sans nombre
Ou qui fermez l'oreille aux cris du désespoir.
Oui, c'est vous; frémissez, car elle s'est vendue,
La malheureuse enfant, pour des haillons hideux:
On permet de se vendre, on défend d'aller nue.
Que vous importent à vous tous ces détails affreux?
Pleurons, amis, pleurons! Oh! N'est-il donc personne
Qui s'en aille sans cesse et la nuit et le jour,
À l'heure où paraît l'aube, à l'heure où minuit sonne,
Relevant, consolant le pauvre avec amour.
Par: Louise Michel
Extrait de: Poésies et contes (1884)
Ajoutée par Savinien le 18/05/2020
N'ouvrez donc point ce livre où vous verriez des tombes
Sous les arbres en fleur, ô vous qui n'aimez pas
Que la mort au front pâle, aux nids blancs des colombes
Par les beaux soirs d'été souvent porte ses pas.
Oh! Non, ne l'ouvrez point! Chaque strophe, âme sombre,
Vous laisserait aux mains, sous le ciel nébuleux,
La poussière d'une urne, et peut-être à son ombre
Dans un songe effrayant vous verriez les grands cieux.
Mais pour moi je m'en vais sans crainte dans l'espace,
Où? Je l'ignore encore, je cherche le chemin.
Si dans le grand désert nul voyageur ne passe,
Qu'importe! J'irai seule à la voix du destin.
Par: Louise Michel
Extrait de: Poésies et contes (1884)
Ajoutée par Savinien le 18/05/2020
La révolte! C'est le soulèvement des consciences, c'est l'indignation, c'est la revendication des droits violés... Qui donc se révolte sans être lésé? Plus on aura pesé sur les misérables, plus la révolte sera terrible; plus ceux qui gouvernent commettront de crimes, plus on verra clair enfin, et plus implacablement on fera justice...
Par: Louise Michel
Extrait de: Poésies et contes (1884)
Ajoutée par Savinien le 18/05/2020
La société humaine n'en a plus pour longtemps de ces guerres qui ne servent qu'à ses ennemis, ses maîtres: nul ne peut empêcher le soleil de demain de succéder à notre nuit. Aujourd'hui nul homme ne peut vivre autrement que comme l'oiseau sur la branche, c'est-à-dire guetté par le chat ou le chasseur. Les états eux-mêmes ont l'épée de Damoclès suspendue sur leur tête: la dette les ronge et l'emprunt qui les fait vivre s'use comme le reste.
Par: Louise Michel
Extrait de: Poésies et contes (1884)
Ajoutée par Savinien le 18/05/2020
