Citations de Militona, de Théophile Gautier

11 Citations

Dans ce moment, le soleil se couchait et teignait les cimes neigeuses d'un rose à qui rien ne peut se comparer: un rose tendre et frais, lumineux et vivant, un rose idéal, divin, d'une nuance introuvable ailleurs qu'au paradis ou à Grenade; un rose de vierge écoutant pour la première fois un aveu d'amour.


Par: Théophile Gautier

Extrait de: Militona (1847)

Ajoutée par Savinien le 18/03/2020

Catégories:

Tout homme, en passant par cette rue et en jetant l'oeil dans cet intérieur, quelque mauvais observateur qu'il fût n'eût pu manquer de dire: « Là vivent des gens heureux. » Le bonheur illumine les maisons et leur donne une physionomie que n'ont pas les autres. Les murailles savent sourire et pleurer; elles s'amusent ou elles s'ennuient; elles sont revêches ou hospitalières, selon le caractère de l'habitant qui leur sert d'âme.


Par: Théophile Gautier

Extrait de: Militona (1847)

Ajoutée par Savinien le 18/03/2020

Catégories:

Les deux mariages se firent en même temps et à la même église. Militona avait voulu faire elle-même sa robe de mariée: c'était son chef d'oeuvre; on l'aurait dite taillée dans les feuilles d'un lis; elle était si bien faite, que personne ne la remarqua.
Feliciana avait une toilette extravagante de richesse.
En sortant de l'église, tout le monde disait de Feliciana: « Quelle belle robe! » et de Militona: « Quelle charmante personne! »


Par: Théophile Gautier

Extrait de: Militona (1847)

Ajoutée par Savinien le 18/03/2020

Catégories:

Arrivé à la posada de San Agustin, il demanda un lit et se coucha. Il dormit d'un sommeil de plomb, de ce sommeil invincible qui s'empare des prisonniers indiens au milieu des tortures que leur inflige l'ingénieuse cruauté des vainqueurs, et dont s'endorment les condamnés à mort le matin du jour de leur exécution. Les organes brisés refusent à l'âme de lui donner les moyens de souffrir.


Par: Théophile Gautier

Extrait de: Militona (1847)

Ajoutée par Savinien le 18/03/2020

Catégories:

Elle ne m'aime pas, elle en aime un autre, se répétait Juancho, pour se démontrer cette vérité fatale que son coeur refusait d'admettre. Est-ce possible? Est-ce croyable? Elle si fière, si sauvage, avoir pris tout à coup une passion pour un inconnu, tandis que moi, qui ne vivais que pour elle, qui la suivais depuis deux ans comme son ombre, je n'ai pu obtenir un mot de pitié, un sourire indulgent! Je me trouvais à plaindre alors, mais c'était le paradis à côté de ce que je souffre aujourd'hui. Si elle ne m'aimait pas, au moins elle n'aimait personne.


Par: Théophile Gautier

Extrait de: Militona (1847)

Ajoutée par Savinien le 18/03/2020

Catégories:

Toutes les couturières et toutes les femmes de chambre du monde lui eussent dit: « Mademoiselle, vous êtes mise à ravir! »
Aussi, lorsqu'elle donna un dernier coup d'oeil à la glace de sa psyché, sourit-elle d'un air fort satisfait; jamais elle n'avait ressemblé davantage à la poupée d'un journal de modes sans abonnés.


Par: Théophile Gautier

Extrait de: Militona (1847)

Ajoutée par Savinien le 18/03/2020

Catégories:

Mlle Vasquez, quelque bien élevée qu'elle fût, n'en était pas moins femme, et l'idée de savoir son fiancé, pour lequel elle n'avait du reste qu'une passion très modérée, chez une manola qu'on disait jolie, l'inquiétait plus qu'elle n'aurait voulu en convenir vis-à-vis d'elle-même. L'âme féminine la plus sèche a toujours quelque fibre qui palpite, pincée par l'amour-propre et la jalousie.


Par: Théophile Gautier

Extrait de: Militona (1847)

Ajoutée par Savinien le 18/03/2020

Catégories:

- J'espère, monsieur, que je ne vous ai pas laissé longtemps seul. Quatre-vingts marches à descendre et surtout à monter!
- Vous êtes vive et preste comme un oiseau. Tout à l'heure, ce noir escalier devait ressembler à l'échelle de Jacob.
- Pourquoi? Demanda Militona avec la plus parfaite naïveté, ne se doutant pas qu'on lui tendait un madrigal.
- Parce qu'il en descendait un ange, répondit Andrès en attirant à ses lèvres une des mains de Militona, qui venait de faire deux parts du lait.


Par: Théophile Gautier

Extrait de: Militona (1847)

Ajoutée par Savinien le 18/03/2020

Catégories:

Elle était là, debout, une main appuyée sur le bord du lit d'Andrès, qu'elle semblait vouloir défendre, et l'autre étendue vers la porte avec un geste de suprême majesté:
Que venez-vous faire ici, meurtrier? Dit-elle à Juancho d'une voix vibrante; il n'y a qu'un blessé dans cette chambre où vous cherchez un amant! Retirez-vous sur le champ. N'avez-vous pas peur que la plaie ne se mette à saigner en votre présence? N'est-ce pas assez de tuer? Faut-il encore assassiner?


Par: Théophile Gautier

Extrait de: Militona (1847)

Ajoutée par Savinien le 18/03/2020

Catégories:

Le coup était si bref, si fort, si impératif, qu'il n'y avait pas moyen de ne pas ouvrir. Un autre coup pareil à celui là et la porte tombait en dedans. C'est ainsi que frappent les convives de marbre, les spectres qu'on ne peut chasser, tous les êtres fatals qui surviennent aux dénouements: la Vengeance avec son poignard, la Justice avec son glaive.


Par: Théophile Gautier

Extrait de: Militona (1847)

Ajoutée par Savinien le 18/03/2020

Catégories:

Cette fenêtre, c'était celle de la chambre de Militona. De la rue un observateur eût deviné tout de suite que ce nid était habité par un jeune oiseau; la jeunesse et la beauté exercent leur empire même sur les choses inanimées, et y posent involontairement leur cachet.


Par: Théophile Gautier

Extrait de: Militona (1847)

Ajoutée par Savinien le 18/03/2020

Catégories: