Citations de Sur les cimes du désespoir, de Emil Cioran
10 Citations
La connaissance à petite dose enchante; à forte dose, elle déçoit. Plus on en sait, moins on veut en savoir. Car celui qui n'a pas souffert de la connaissance n'aura rien connu.
Par: Emil Cioran
Extrait de: Sur les cimes du désespoir (1934)
Ajoutée par Savinien le 04/10/2011
Pourquoi les hommes tiennent-ils absolument à réaliser quelque chose? Ne seraient-ils pas incomparablement mieux, immobiles sous le ciel, dans un calme serein? Qu'y a-t-il donc à accomplir? Pourquoi tant d'efforts et d'ambition? L'homme a perdu le sens du silence.
Par: Emil Cioran
Extrait de: Sur les cimes du désespoir (1934)
Ajoutée par Savinien le 04/10/2011
La tragédie de l'homme, animal exilé dans l'existence, tient à ce qu'il ne peut se satisfaire des données et des valeurs de la vie. Pour l'animal, la vie est tout; pour l'homme, elle est un point d'interrogation. Point d'interrogation définitif, car l'homme n'a jamais reçu ni ne recevra jamais de réponse à ses questions. Non seulement la vie n'a aucun sens, mais elle ne peut pas en avoir un.
Par: Emil Cioran
Extrait de: Sur les cimes du désespoir (1934)
Ajoutée par Savinien le 04/10/2011
Les hommes travaillent généralement trop pour pouvoir encore rester eux-mêmes. Le travail: une malédiction, que l'homme a transformée en volupté. Oeuvrer de toutes ses forces pour le seul amour du travail, tirer de la joie d'un effort qui ne mène qu'à des accomplissements sans valeur, estimer qu'on ne peut se réaliser autrement que par le labeur incessant - voilà une chose révoltante et incompréhensible. Le travail permanent et soutenu abruti, banalise et rend impersonnel.
Par: Emil Cioran
Extrait de: Sur les cimes du désespoir (1934)
Ajoutée par Savinien le 04/10/2011
Je suis de plus en plus certain que l'homme est un animal malheureux, abandonné dans le monde, condamné à se trouver une modalité de vie propre, telle que la nature n'en a jamais connu. Sa prétendue liberté le fait souffrir plus que n'importe quelle forme de vie captive dans la nature.
Par: Emil Cioran
Extrait de: Sur les cimes du désespoir (1934)
Ajoutée par Savinien le 04/10/2011
Une constatation que je peux vérifier, à mon grand regret, à chaque instant: seuls sont heureux ceux qui ne pensent jamais, autrement dit ceux qui ne pensent que le strict minimum nécessaire pour vivre. La vraie pensée ressemble, elle, à un démon qui trouble les sources de la vie, ou bien à une maladie qui en affecte les racines mêmes. Penser à tout moment, se poser des problèmes capitaux à tout bout de champ et éprouver un doute permanent quant à son destin; être fatigué de vivre, épuisé par ses pensées et par sa propre existence au-delà de toute limite; laisser derrière soi une traînée de sang et de fumée comme symbole du drame et de la mort de son être - c'est être malheureux au point que le problème de la pensée vous donne envie de vomir et que la réflexion vous apparaît comme une damnation.
Par: Emil Cioran
Extrait de: Sur les cimes du désespoir (1934)
Ajoutée par Savinien le 03/10/2011
Il est des expériences auxquelles on ne peut survivre. Des expériences à l'issue desquelles on sent que plus rien ne saurait avoir un sens. Après avoir atteint les limites de la vie, après avoir vécu avec exaspération tout le potentiel de ces dangereux confins, les actes et les gestes quotidiens perdent tout charme, toute séduction.
Par: Emil Cioran
Extrait de: Sur les cimes du désespoir (1934)
Ajoutée par Savinien le 03/10/2011
Seuls dans la vie, nous nous demandons si la solitude de l'agonie n'est pas le symbole même de l'existence humaine. Lamentable faiblesse que de vouloir vivre et mourir en société: y a-t-il une consolation possible à la dernière heure?
Par: Emil Cioran
Extrait de: Sur les cimes du désespoir (1934)
Ajoutée par Savinien le 03/10/2011
J'ignore totalement pourquoi il faut faire quelque chose ici-bas, pourquoi il nous faut avoir des amis et des aspirations, des espoirs et des rêves. Ne serait-il pas mille fois préférable de se retirer à l'écart du monde, loin de tout ce qui fait son tumulte et ses complications? Nous renoncerions ainsi à la culture et aux ambitions, nous perdrions tout sans rien obtenir en échange. Mais que peut-on obtenir en ce monde?
Par: Emil Cioran
Extrait de: Sur les cimes du désespoir (1934)
Ajoutée par Savinien le 03/10/2011
L'insomnie est une lucidité vertigineuse qui convertirait le paradis en un lieu de torture. Tout est préférable à cet éveil permanent, à cette absence criminelle de l'oubli.
Par: Emil Cioran
Extrait de: Sur les cimes du désespoir (1934)
Ajoutée par Savinien le 03/10/2011
