Citations de Adolphe, de Benjamin Constant

13 Citations

Une fureur insensée s'empara de nous : tout ménagement fut abjuré, toute délicatesse oubliée. On eût dit que nous étions poussés l'un contre l'autre par des furies. Tout ce que la haine la plus implacable avait inventé contre nous, nous nous l'appliquions mutuellement, et ces deux êtres malheureux qui seuls se connaissent sur la terre, qui seuls pouvaient se rendre justice, se comprendre et se consoler, semblaient deux ennemis irréconciliables, acharnés à se déchirer.


Par: Benjamin Constant

Extrait de: Adolphe (1816)

Ajoutée par Zazou le 15/08/2018

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Presque toujours, pour vivre en repos avec nous-mêmes, nous travestissons en calculs et en systèmes nos impuissances ou nos faiblesses : cela satisfait cette portion de nous qui est, pour ainsi dire, spectatrice de l'autre.


Par: Benjamin Constant

Extrait de: Adolphe (1816)

Ajoutée par Zazou le 15/08/2018

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Les circonstances sont bien peu de chose, le caractère est tout; c'est en vain qu'on brise avec les objets et les êtres extérieurs; on ne saurait briser avec soi-même. On change de situation, mais on transporte dans chacune le tourment dont on espérait se délivrer; et comme on ne se corrige pas en se déplaçant, l'on se trouve seulement avoir ajouté des remords aux regrets et des fautes aux souffrances.


Par: Benjamin Constant

Extrait de: Adolphe (1816)

Ajoutée par Savinien le 29/10/2012

 

Ma surprise n'est pas que l'homme ait besoin d'une religion; ce qui m'étonne, c'est qu'il se croie jamais assez fort pour oser en rejeter une: il devrait, ce me semble, être porté, dans sa faiblesse, à les invoquer toutes; dans la nuit épaisse qui nous entoure, est-il une lueur que nous puissions repousser? Au milieu du torrent qui nous entraîne, est-il une branche à laquelle nous osions refuser de nous retenir?


Par: Benjamin Constant

Extrait de: Adolphe (1816)

Ajoutée par Savinien le 28/10/2012

 

Qui que vous soyez, ne remettez jamais à un autre les intérêts de votre coeur; le coeur seul peut plaider sa cause: il sonde seul ses blessures; tout intermédiaire devient un juge; il analyse, il transige, il conçoit l'indifférence; il l'admet comme possible, il la reconnait pour inévitable; par là même il l'excuse, et l'indifférence se trouve ainsi, à sa grande surprise, légitime à ses propres yeux.


Par: Benjamin Constant

Extrait de: Adolphe (1816)

Ajoutée par Savinien le 28/10/2012

 

Il y a dans les liaisons qui se prolongent quelque chose de si profond! Elles deviennent à notre insu une partie si intime de notre existence! Nous formons de loin, avec calme, la résolution de les rompre; nous croyons attendre avec impatience l'époque de l'exécuter: mais quand ce moment arrive, il nous remplit de terreur; et telle est la bizarrerie de notre coeur misérable que nous quittons avec un déchirement horrible ceux près de qui nous demeurions sans plaisir.


Par: Benjamin Constant

Extrait de: Adolphe (1816)

Ajoutée par Savinien le 28/10/2012

 

C'est un affreux malheur de n'être pas aimé quand on aime; mais c'en est un bien grand d'être aimé avec passion quand on n'aime plus.


Par: Benjamin Constant

Extrait de: Adolphe (1816)

Ajoutée par Savinien le 27/10/2012

 

Dès qu'il existe un secret entre deux coeurs qui s'aiment, dès que l'un d'eux a pu se résoudre à cacher à l'autre une seule idée, le charme est rompu, le bonheur est détruit. L'emportement, l'injustice, la distraction même, se réparent; mais la dissimulation jette dans l'amour un élément étranger qui le dénature et le flétrit à ses propres yeux.


Par: Benjamin Constant

Extrait de: Adolphe (1816)

Ajoutée par Savinien le 27/10/2012

 

Nous avions prononcé tous deux des mots irréparables; nous pouvions nous taire, mais non les oublier. Il y a des choses qu'on est longtemps sans se dire, mais quand une fois elles sont dites, on ne cesse jamais de les répéter.


Par: Benjamin Constant

Extrait de: Adolphe (1816)

Ajoutée par Savinien le 27/10/2012

 

L'amour supplée aux longs souvenirs, par une sorte de magie. Toutes les autres affections ont besoin du passé: l'amour crée, comme par enchantement, un passé dont il nous entoure. Il nous donne pour ainsi dire, la conscience d'avoir vécu, durant des années, avec un être qui naguère nous était presque étranger. L'amour n'est qu'un point lumineux, et néanmoins il semble s'emparer du temps. Il y a peu de jours qu'il n'existait pas, bientôt il n'existera plus; mais, tant qu'il existe, il répand sa clarté sur l'époque qui l'a précédé, comme sur celle qui doit le suivre.


Par: Benjamin Constant

Extrait de: Adolphe (1816)

Ajoutée par Savinien le 25/10/2012

 

Les sentiments de l'homme sont confus et mélangés; ils se composent d'une multitude d'impressions variées qui échappent à l'observation; et la parole, toujours trop grossière et trop générale, peut bien servir à les désigner, mais ne sert jamais à les définir.


Par: Benjamin Constant

Extrait de: Adolphe (1816)

Ajoutée par Savinien le 25/10/2012

 

Je ne savais pas alors ce que c'était que la timidité, cette souffrance intérieure qui nous poursuit jusque dans l'âge le plus avancé, qui refoule sur notre coeur les impressions les plus profondes, qui glace nos paroles, qui dénature dans notre bouche tout ce que nous essayons de dire, et ne nous permet de nous exprimer que par des mots vagues ou une ironie plus ou moins amère, comme si nous voulions nous venger sur nos sentiments mêmes de la douleur que nous éprouvons à ne pouvoir les faire connaître.


Par: Benjamin Constant

Extrait de: Adolphe (1816)

Ajoutée par Savinien le 25/10/2012

 

La grande question dans la vie, c'est la douleur que l'on cause, et la métaphysique la plus ingénue ne justifie pas l'homme qui a déchiré le coeur qui l'aimait.


Par: Benjamin Constant

Extrait de: Adolphe (1816)

Ajoutée par Savinien le 15/09/2011