Citations de Emile, ou de l'éducation, de Jean-Jacques Rousseau
39 Citations
Le seul qui fait sa volonté est celui qui n'a pas besoin, pour la faire, de mettre les bras d'un autre au bout des siens: d'où il suit que le premier de tous les biens n'est pas l'autorité, mais la liberté. L'homme vraiment libre ne veut que ce qu'il peut, et fait ce qu'il lui plaît.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 29/01/2012
La liberté n'est dans aucune forme de gouvernement, elle est dans le coeur de l'homme libre, il la porte partout avec lui. L'homme vil porte partout la servitude. L'un serait esclave à Genève, et l'autre libre à Paris.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 12/12/2010
Que m'importe ma condition sur la terre? Que m'importe où que je sois? Partout où il y a des hommes, je suis chez mes frères; partout où il n'y en a pas, je suis chez moi. Tant que je pourrai rester indépendant et riche, j'ai du bien pour vivre, et je vivrai. Quand mon bien m'assujettira, je l'abandonnerai sans peine: j'ai des bras pour travailler, et je vivrai. Quand mes bras me manqueront, je vivrai si l'on me nourrit, je mourrai si l'on m'abandonne; je mourrai bien aussi quoiqu'on ne m'abandonne pas; car la mort n'est pas une peine de la pauvreté, mais une loi de la nature. Dans quelque temps que la mort vienne, je la défie, elle ne me surprendra jamais faisant des préparatifs pour vivre; elle ne m'empêchera jamais d'avoir vécu.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 12/12/2010
Plus j'examine l'ouvrage des hommes dans leurs institutions, plus je vois qu'à force de vouloir être indépendants ils se font esclaves, et qu'il usent leur liberté même en vains efforts pour l'assurer. Pour ne pas céder au torrent des choses, ils se font mille attachements; puis, sitôt qu'ils veulent faire un pas, ils ne peuvent, et sont étonnés de tenir à tout. Il me semble que pour se rendre libre on n'a rien à faire; il suffit de ne pas vouloir cesser de l'être.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 12/12/2010
On ne sait jamais bien commander que ce qu'on sait exécuter soi-même.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 12/12/2010
On a du plaisir quand on veut en avoir: c'est l'opinion seule qui rend tout difficile, qui chasse le bonheur devant nous; et il est cent fois plus aisé d'être heureux que de le paraître. L'homme de goût et vraiment voluptueux n'a que faire de richesses; il lui suffit d'être libre et maître de lui. Quiconque jouit de la santé et ne manque pas du nécessaire, s'il arrache de son coeur les biens de l'opinion, est assez riche.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 12/12/2010
Le démon de la propriété infecte tout ce qu'il touche. Un riche veut être partout le maître et ne se trouve bien qu'où il n'est pas: il est forcé de se fuir toujours.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 12/12/2010
Les bienséances, les modes, les usages qui dérivent du luxe et du bon air, renferment le cours de la vie dans la plus maussade uniformité. Le plaisir qu'on veut avoir aux yeux des autres est perdu pour tout le monde: on ne l'a ni pour eux, ni pour soi.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 12/12/2010
On n'achète ni son ami, ni sa maîtresse, et vouloir obtenir l'amour autrement qu'avec de la figure, du mérite et des sentiments, c'est se couvrir à la fois de honte et de ridicule.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Je n'aurai ni galerie ni bibliothèque, surtout si j'aimais la lecture et que je me connusse en tableaux. Je saurais alors que de telles collections ne sont jamais complètes, et que le défaut de ce qui leur manque donne plus de chagrin que de n'avoir rien. En ceci l'abondance fait la misère; il n'y a pas un faiseur de collections qui ne l'ait éprouvé.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Si nul ne nous sert jamais si bien que nous-mêmes, fût-on plus puissant qu'Alexandre et plus riche que Crésus, on ne doit recevoir des autres que les services qu'on ne peut tirer de soi.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Couvrir sa cheminée au mois de janvier de végétations forcées, de fleurs pâles et sans odeur, c'est moins parer l'hiver que déparer le printemps: c'est s'ôter le plaisir d'aller dans les bois chercher la première violette, épier le premier bourgeon, et s'écrier dans un saisissement de joie: mortels, vous n'êtes pas abandonnés, la nature vit encore.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Le méchant se craint et se fuit; il s'égaye en se jetant hors de lui-même; il tourne autour de lui des yeux inquiets, et cherche un objet qui l'amuse; sans la satire amère, sans la raillerie insultante, il serait toujours triste; le ris moqueur est son seul plaisir. Au contraire, la sérénité du juste est intérieure; son ris n'est point de malignité, mais de joie: il en porte la source en lui-même; il est aussi gai seul qu'au milieu d'un cercle, il ne tire pas son contentement de ceux qui l'approchent, il le leur communique.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Non seulement nous voulons être heureux, nous voulons aussi le bonheur d'autrui, et quand ce bonheur ne coûte rien au nôtre, il l'augmente. Enfin l'on a, malgré soi, pitié des infortunés; quand on est témoin de leur mal, on en souffre. Les plus pervers ne sauraient perdre tout à fait ce penchant; souvent il les met en contradiction avec eux-mêmes. Le voleur qui dépouille les passants couvre encore la nudité du pauvre; et le plus féroce assassin soutient un homme tombant en défaillance.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Tous les conquérants n'ont pas été tués; tous les usurpateurs n'ont pas échoué dans leurs entreprises, plusieurs paraîtront heureux aux esprits prévenus des opinions vulgaires: mais celui qui, sans s'arrêter aux apparences, ne juge du bonheur des hommes que par l'état de leurs coeurs, verra leurs misères dans leurs succès mêmes; il verra leurs désirs et leurs soucis rongeants s'étendre et s'accroître avec leur fortune; il les verra perdre haleine en avançant sans jamais parvenir à leurs termes: il les verra semblables à ces voyageurs inexpérimentés qui, s'engageant pour la première fois dans les alpes, pensent les franchir à chaque montagne et, quand ils sont au sommet, trouvent avec découragement de plus hautes montagnes au-devant d'eux.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Il n'y a que les méchants de célèbres, les bons sont oubliés. Le temps, dit Bacon, comme un grand fleuve, ne nous apporte que ce qui est de plus léger et moins solide: tout ce qui a le plus de poids va au fond et demeure englouti dans son vaste lit. Voilà comment l'histoire, ainsi que la philosophie, calomnie sans cesse le genre humain.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Les gouvernements qui se conduisent le mieux sont ceux dont on parle le moins.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Pour connaître les hommes il faut les voir agir. Dans le monde on les entend parler; ils montrent leurs discours et cachent leurs actions: mais dans l'histoire elles sont dévoilées, et on les juge sur les faits. Leurs propos même aident à les apprécier; car, comparant ce qu'ils font à ce qu'ils disent, on voit à la fois ce qu'ils sont et ce qu'ils veulent paraître: plus ils se déguisent, mieux on les connaît.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Je voudrais qu'on choisît tellement les sociétés d'un jeune homme, qu'il pensât bien de ceux qui vivent avec lui; et qu'on lui apprît à si bien connaître le monde, qu'il pensât mal de tout ce qui s'y fait. Qu'il sache que l'homme est naturellement bon, qu'il sente, qu'il juge de son prochain par lui-même; mais qu'il voie comment la société déprave et pervertit les hommes; qu'il trouve dans leurs préjugés la source de tous leurs vices; qu'il soit porté à estimer chaque individu, mais qu'il méprise la multitude; qu'il voie que tous les hommes portent à peu près le même masque, mais qu'il sache aussi qu'il y a des visages plus beaux que le masque qui les couvre.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Le spectacle du monde, disait Pythagore, ressemble à celui des jeux olympiques: les uns y tiennent boutique et ne songent qu'à leur profit; les autres y payent de leur personne et cherchent la gloire; d'autres se contentent de voir les jeux, et ceux-ci ne sont pas les pires.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
S'il ne s'agissait que de montrer aux jeunes gens l'homme par son masque, on n'aurait pas besoin de le leur montrer, ils le verraient toujours de reste; mais, puisque le masque n'est pas l'homme, et qu'il ne faut pas que son vernis les séduise, en leur peignant les hommes, peignez-les-leur tels qu'ils sont, non pas afin qu'ils les haïssent, mais afin qu'ils les plaignent et ne leur veuillent pas ressembler. C'est, à mon gré, le sentiment le mieux entendu que l'homme puisse avoir sur son espèce.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Toujours la multitude sera sacrifiée au petit nombre, et l'intérêt public à l'intérêt particulier; toujours ces noms spécieux de justice et de subordination serviront d'instruments à la violence et d'armes à l'iniquité: d'où il suit que les ordres distingués qui se prétendent utiles aux autres ne sont en effet utiles qu'à eux-mêmes aux dépens des autres.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
On ne plaint jamais dans autrui que les maux dont on ne se croit pas exempt soi-même.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Les hommes ne sont naturellement ni rois, ni grands, ni courtisans, ni riches; tous sont nés nus et pauvres, tous sujets aux misères de la vie, aux chagrins, aux maux, aux besoins, aux douleurs de toute espèce; enfin, tous sont condamnés à la mort. Voilà ce qui est vraiment de l'homme; voilà de quoi nul mortel n'est exempt.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
La pitié est douce, parce qu'en se mettant à la place de celui qui souffre on sent pourtant le plaisir de ne pas souffrir comme lui. L'envie est amère, en ce que l'aspect d'un homme heureux, loin de mettre l'envieux à sa place, lui donne le regret de ne pas y être. Il semble que l'un nous exempte des maux qu'il souffre, et que l'autre nous ôte les biens dont il jouit.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Un être vraiment heureux est un être solitaire; Dieu seul jouit d'un bonheur absolu;
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
C'est la faiblesse de l'homme qui le rend sociable; ce sont nos misères communes qui portent nos coeurs à l'humanité: nous ne lui devrions rien si nous n'étions pas hommes.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Vivre libre et peu tenir aux choses humaines, est le meilleur moyen d'apprendre à mourir.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Il n'est point juste que ce qu'un homme a fait pour la société en décharge un autre de ce qu'il lui doit; car chacun, se devant tout entier, ne peut payer que pour lui, et nul père ne peut transmettre à son fils le droit d'être inutile à ses semblables: or, c'est pourtant ce qu'il fait, selon vous, en lui transmettant ses richesses, qui sont la preuve et le prix du travail. Celui qui mange dans l'oisiveté ce qu'il n'a pas gagné lui-même le vole; et un rentier que l'état paye pour ne rien faire ne diffère guère, à mes yeux, d'un brigand qui vit aux dépens des passants.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 09/12/2010
Tout le monde fait du bien, peu de gens ne font jamais de mal; ces derniers seuls sont vraiment vertueux.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 02/12/2010
Si le physique va trop bien, le moral se corrompt. L'homme qui ne connaîtrait pas la douleur ne connaîtrait ni l'attendrissement de l'humanité ni la douceur de la commisération; son coeur ne serait ému de rien, il ne serait pas sociable, il serait un monstre parmi ses semblables.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 02/12/2010
Nous ne savons pas ce qu'est le bonheur ou le malheur en soit; mais c'est la disproportion de nos désirs et de notre pouvoir qui crée notre misère. L'imagination qui amplifie nos désirs est très dangereuse. L'homme, pour être heureux, doit resserrer son existence en lui, exercer sa volonté et sa liberté dans les limites de sa puissance.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 02/12/2010
Celui qui ne peut remplir les devoirs de père n'a point droit de le devenir. Il n'y a ni pauvreté, ni travaux, ni respect humain, qui le dispensent de nourrir ses enfants et de les élever lui-même. Lecteur, vous pouvez m'en croire. Je prédis à quiconque a des entrailles et néglige de si saints devoirs, qu'il versera longtemps sur sa faute des larmes amères, et n'en sera jamais consolé.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 30/11/2010
Le sort de l'homme est de souffrir dans tous les temps. Le soin même de sa conservation est attaché à la peine. Heureux de ne connaître dans son enfance que les maux physiques, maux bien moins cruels, bien moins douloureux que les autres, et qui bien plus rarement qu'eux nous font renoncer à la vie! On ne se tue point pour les douleurs de la goutte; Il n'y a guère que celles de l'âme qui provoquent le désespoir. Nous plaignons le sort de l'enfance, et c'est le nôtre qu'il faudrait plaindre. Nos plus grands maux nous viennent de nous.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 30/11/2010
L'homme qui a le plus vécu n'est pas celui qui a compté le plus d'années, mais celui qui a le plus senti la vie.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 30/11/2010
Celui d'entre nous qui sait le mieux supporter les biens et les maux de cette vie est à mon gré le mieux élevé.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 30/11/2010
Dans l'ordre naturel, les hommes étant tous égaux, leur vocation commune est l'état d'homme; et quiconque est bien élevé pour celui-là ne peut mal remplir ceux qui s'y rapportent.
Qu'on destine mon élève à l'épée, à l'église, au barreau, peu m'importe. Avant la vocation des parents, la nature l'appelle à la vie humaine. Vivre est le métier que je veux lui apprendre. En sortant de mes mains, il ne sera, j'en conviens, ni magistrat, ni soldat, ni prêtre; il sera premièrement homme: tout ce qu'un homme doit être, il saura l'être au besoin tout aussi bien que qui que ce soit; et la fortune aura beau le faire changer de place, il sera toujours à la sienne.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 30/11/2010
L'essentiel est d'être bon aux gens avec qui l'on vit. Au dehors, le Spartiate était ambitieux, avare, inique; mais le désintéressement, l'équité, la concorde régnaient dans ses murs. Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d'aimer ses voisins.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 30/11/2010
Tout est bien sortant des mains de l'Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l'homme.
Extrait de: Emile, ou de l'éducation (1762)
Ajoutée par Savinien le 30/11/2010
