Citations de Louis Bouilhet

16 Citations

Acte IV, Scène 3


Seigneur, que par ma mort, ta volonté soit faite,
Car je ne suis qu'un lâche à pousser au tombeau.
Il fallait, il fallait, pour que cela fût beau,
Tandis que tout dormait encor dans la nuit sombre,
M'élancer d'un seul bond vers le château plein d'ombre,
Et franchir les fossés, et dans le granit dur
Planter mes dents, briser mes ongles sur le mur,
Monter, monter toujours jusqu'au balcon de pierre
Qui m'eût attiré l'âme à sa douce lumière,
Jusqu'au réduit charmant et de tous inconnu,
Où sur les blancs coussins palpitait son sein nu;
Et là, sanglant encor, pâle, meurtri, farouche,
Me dressant comme un spectre au chevet de sa couche,
Lui crier d'une voix qui la fasse pâlir:
« Reine, un baiser de toi, puisque je vais mourir! »


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Acte IV, Scène 2


Plus un mot! A son bonheur fidèle,
Si ce n'est pas pour vous, faites cela pour elle.
Oh! Vous l'aimez, monsieur, d'un amour large et fort!
Sauvez-la. Tout amant ose affronter la mort!
Mourir, donner son sang, c'est peu: donnez votre åme,
A l'honneur de la reine, au salut de la femme,
Et, pareil au soldat blessé, quoique vainqueur,
Gardez le calme au front avec la plaie au coeur.
Dieu qui lit dans notre âme au jour de sa justice
Epèlera du doigt la sainte cicatrice,
Et rien ne sera pur, éblouissant et beau,
Comme ce grand amour sorti de son tombeau!


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Acte III, Scène 10


Oui, c'est payer trop cher l'éclat d'une couronne,
Si dans son cercle d'or, mon âme, on t'emprisonne,
Et si le lourd manteau semé de fleurs de lys
Doit, comme un grand linceul, m'étouffer sous ses plis!
Qu'importe à cet État, mon Dieu, qu'importe au monde,
Qu'aux soupirs du malheur ma charité réponde?
Croyez-vous tout perdu pour un mot de pitié
Dont quelque valet ivre a saisi la moitié,
Et craignez-vous vraiment que la France se noie
S'il tombe de mes yeux une larme de joie?
Les froideurs de la cour ne me sauraient charmer.
Ah! Laissez-moi mourir, s'il ne faut plus l'aimer.


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Acte III, Scène 9


Ah! Madame!
Puisque j'ai tout perdu, vous connaîtrez mon âme;
Et ce coeur ignoré qui s'ouvre au dernier jour,
Goutte à goutte, à vos pieds, saignera son amour!
La fortune et le rang, tout s'enfuit, tout s'efface.
Je vous ai bien aimée, et vous le dis en face;
Ma passion profonde était digne de vous!
J'aurais passé ma vie, esclave à vos genoux,
Laissant errer mes yeux dans un charmant délire
De votre doux regard à votre doux sourire!


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Acte II, Scène 1


Oh! Parfois, il me prend comme un désir immense
De me plonger bien loin dans l'ombre et le silence,
Et de fuir à jamais vers quelque région
Plus haute que l'envie et que l'ambition!
Certe, ils ignorent tous, et ne voudraient pas croire
Ce qu'il faut de sanglots pour faire un peu de gloire,
Et sur combien d'autels mon bonheur s'immola!
Un jour toi qui le sais, tu leur diras cela!


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Acte I, Scène 3


Plus un mot... Sage ou fou, mon destin se décide,
Et ce n'est pas le fait d'un compagnon solide,
Lorsque l'ami se noie, au fossé du chemin,
De lui tendre un conseil en place de la main!


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Acte I, Scène 3


C'est là, mon d'Aubigné, loin des bruits de la cour,
Que je pourrai l'entendre et la voir chaque jour;
Entendre sa voix douce et voir par intervalle
L'amour comme un soleil monter à son front pâle!
Tu comprends, n'est-ce pas, qu'il me faut ce bonheur
De la sentir tout près, dût se rompre mon coeur!
Et que j'ai bien le droit, quand sous l'amour je tombe,
D'emporter, pour mourir, un regard dans ma tombe!


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Acte I, Scène 3


Oh! J'ai marché longtemps dans le doute et l'effroi,
Traînant ma passion comme une ombre après moi,
Et n'osant regarder au fond du gouffre immense
Où mon coeur éperdu tombait sans espérance!


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Amour double


Ami, tu disais toi-même:
- Et j'entends encor ta voix -
« Il ne se peut pas qu'on aime
Deux maîtresses à la fois! »

Tu m'as bien trompé!... Regarde
L'effet d'un mot hasardeux:
J'ai vécu sans prendre garde,
Voilà que j'en aime deux!

Je ne sais pas trop laquelle
Me cause moins de souci;
Car, si l'une est la plus belle,
L'autre est la plus belle aussi.

Où me fixer? Comment faire?
Le doute a gagné mes yeux.
C'est l'une que je préfère,
C'est l'autre que j'aime mieux.

Et mon pauvre coeur qui flotte
De l'une à l'autre beauté
Semble un vaisseau sans pilote
Par tous les vents emporté.

- Amour, qui me dois connaître,
Pourquoi doubler mes douleurs?
Il suffisait d'une, ô maître,
Pour me coûter bien des pleurs!...


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Jasmin


J'ai cueilli pour vous seule, à sa branche flétrie,
Ce jasmin par l'hiver oublié dans la tour.
J'ai baisé sa corolle, et mon âme attendrie
Dans la dernière fleur met son dernier amour.


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Sérénade


J'ai dans mon coeur une belle
Que j'adore nuit et jour;
Une lampe est devant elle,
La lampe de mon amour!

Dans cette chapelle austère
Que desservent mes douleurs,
Tous mes rêves sont à terre,
Effeuillés comme des fleurs.

La détresse, en cape noire,
Tient, goutte à goutte amassés
Dans un bénitier d'ivoire,
Tous les pleurs que j'ai versés!

Le seul encensoir qui fume
A l'autel silencieux,
C'est mon âme qui s'allume
Sous le rayon de tes yeux.

Apaise enfin ta colère,
Toi que Dieu fit pour charmer;
Va, c'est un crime de plaire
Quand on ne veut pas aimer!


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Confiance


Quoi! Sans te soucier de l'océan qui gronde,
Tu veux ta place à bord, sur mon vaisseau perdu;
Et pour dire à Colomb qu'il a trouvé son monde,
Tu n'attends pas, enfant, qu'il en soit revenu!

Dans tes bras frémissants j'ai mis ma tête blonde.
J'ai bu ton souffle en feu, dans mon sein répandu;
Et, comme le pêcheur voit la perle sous l'onde,
Dans ton regard charmant j'ai vu ton coeur à nu.

Sois bénie, à jamais, pour cette foi sublime!
Sans redouter les flots je braverai l'abîme,
Puisque j'ai ton amour, comme une étoile, aux cieux.

Et mon nom restera, triomphant et sonore,
Afin que, dans mille ans, la terre sache encore,
Ô mon ange adoré, la couleur de tes yeux!


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Vestigia Flammæ


Où donc es-tu partie, ô belle jeune fille?
Toi dont le doux regard et dont la voix, un jour,
Comme un oiseau qu'éveille un bruit sous la charmille,
A l'ombre de mon coeur ont fait chanter l'amour.

Ange, te souvient-il que je t'aimai sur terre?
Que j'aurais tout donné pour un baiser de toi!
Lorsqu'au fond de ton coeur tu descends solitaire,
N'est-il aucun écho qui te parle de moi?

Que fais-tu, maintenant que je suis seul dans l'ombre,
Quand dix ans sont passés depuis ton tendre aveu,
Et que, sur mes deux mains inclinant mon front sombre,
Je regarde briller, comme des yeux sans nombre,
Les étincelles de mon feu!


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Portrait


Je ne sais pas ton nom, comtesse ou bien marquise,
Dont le portrait charmant rit dans ce cadre d'or;
Mais nulle, en sa beauté, n'eut plus de grâce exquise,
Au temps qu'on était jeune et qu'on aimait encor.

Tes cheveux à frimas, où le zéphyr se joue,
Effleurent mollement ton visage vermeil,
Car le pastel du maître a semé sur ta joue
L'incarnat velouté d'une pèche au soleil.

Mille amours sont nichés sous tes narines roses,
Mille autres sont blottis dans tes yeux irisés,
Tandis que Cupidon, sur tes lèvres mi-closes,
Appelle au pâturage un troupeau de baisers.

Et le ruban bleu-ciel, dont ta robe est fermée,
Semble, au long du corsage, étaler à plaisir,
De ta taille divine à ta gorge embaumée,
Une échelle d'azur où monte le désir !...


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

A une femme


Ta lampe n'a brûlé qu'en empruntant ma flamme.
Comme le grand convive aux noces de Cana,
Je changeais en vin pur les fadeurs de ton âme,
Et ce fut un festin dont plus d'un s'étonna.

Tu n'as jamais été, dans tes jours les plus rares,
Qu'un banal instrument sous mon archet vainqueur,
Et, comme un air qui sonne, au bois creux des guitares,
J'ai fait chanter mon rêve au vide de ton coeur.

S'il fut sublime et doux, ce n'est point ton affaire.
Je peux le dire au monde et ne te pas nommer;
Pour tirer du néant sa splendeur éphémère,
Il m'a suffi de croire. Il m'a suffi d'aimer.


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories:

Printemps


Du côté des lilas aux touffes violettes,
Mouches et papillons bruissent à la fois;
Et le muguet sauvage, ébranlant ses clochettes,
A réveillé l'amour endormi dans les bois.

Puisque avril a semé ses marguerites blanches,
Laisse ta mante lourde et ton manchon frileux;
Déjà l'oiseau t'appelle, et tes soeurs les pervenches
Te souriront dans l'herbe en voyant tes yeux bleus.

Viens, partons! Au matin, la source est plus limpide;
N'attendons pas du jour les brûlantes chaleurs;
Je veux mouiller mes pieds dans la rosée humide,
Et te parler d'amour sous les poiriers en fleurs!


Par: Louis Bouilhet

Ajoutée par Savinien le 27/01/2022

Catégories: