Citations de Théodore de Banville
16 Citations
La fleur de sang
Je suis le Dieu sanglant, je suis le Dieu farouche,
L'âpre ennemi, le fier chasseur ailé, vainqueur
Des monstres, le cruel archer que rien ne touche;
Je suis l'Amour; veux-tu me servir, faible coeur?
Je te ferai sentir la griffe des Chimères
Et je te verserai ma funeste liqueur.
Je prendrai les meilleurs des instants éphémères
Que doit durer ici ton corps matériel,
Et tu fuiras en vain les angoisses amères.
J'éteindrai tes beaux yeux qui reflètent le ciel,
Je flétrirai ta joue, et dans mes noirs calices
Tu trouveras un vin plus amer que du fiel.
Savoure sans repos mes atroces délices!
Car tu n'espères pas, tant que durent tes jours,
Épuiser ma colère, et lasser mes supplices.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les exilés (1867)
Ajoutée par Savinien le 18/08/2020
Les roses
Vierges de dix-huit ans, dénouez vos ceintures!
Versez, versez à flots vos larmes encor pures,
Penchez votre coeur plein et votre front si beau,
Dépouillez les rosiers pour orner un tombeau.
La plus belle de vous est maintenant une ombre.
C'était pour ruisseler dans la demeure sombre
Que ses doux cheveux d'or, pleins de zéphyrs tremblants,
Étaient devenus longs à cacher ses pieds blancs.
Quoi! C'était pour l'oubli, quoi! C'était pour la tombe
Qu'elle était fraîche et pure ainsi qu'une colombe!
Et c'était pour dormir, comme nous la voyons,
Qu'elle avait ses yeux noirs étoilés de rayons!
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Le sang de la coupe (1857)
Ajoutée par Savinien le 16/08/2020
Tristesse au jardin
Un jour, elle passait dans le jardin en feu
Baigné par les zéphyres,
Et des bassins d'azur son petit soulier bleu
Effleurait les porphyres.
Ses pieds polis, pareils dans le bas irisé
À la neige qui tombe,
Parmi le sable d'or avaient l'éclat rosé
Des ailes de colombe.
Elle glissait au bord de ces flots murmurants
Et baignés d'harmonie,
Et portait la lumière en ses doigts transparents,
Comme une Polymnie!
Comme en un lac dormant qui roule des trésors
Sous les rayons de lune,
Cent mille diamants s'allumaient dans les ors
De sa prunelle brune.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Le sang de la coupe (1857)
Ajoutée par Savinien le 16/08/2020
La nuit
A cette heure où les coeurs, d'amour rassasiés,
Flottent dans le sommeil comme de blanches voiles,
Entends-tu sur les bords de ce lac plein d'étoiles
Chanter les rossignols aux suaves gosiers?
Sans doute, soulevant les flots extasiés
De tes cheveux touffus et de tes derniers voiles,
Les coussins attiédis, les draps aux fines toiles
Baisent ton sein, fleuri comme un bois de rosiers?
Vois-tu, du fond de l'ombre où pleurent tes pensées,
Fuir les fantômes blancs des pâles délaissées,
Moins pâles de la mort que de leur désespoir?
Ou, peut-être, énervée, amoureuse et farouche,
Pieds nus sur le tapis, tu cours à ton miroir
Et des ruisseaux de pleurs coulent jusqu'à ta bouche.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Le sang de la coupe (1857)
Ajoutée par Savinien le 16/08/2020
Les souffrances de l'artiste
Dans les noires forêts, sur les monts de la Thrace,
Par les pleurs de ma lyre enchantant leur courroux,
J'ai fait bondir d'amour et courir sur ma trace
Le tigre et la panthère et les grands lions roux.
Et les gazons touffus étoilés de pervenches,
Les feuillages pendants, les profondeurs des bois,
Les antres, les rochers et les cascades blanches
Au tomber de la nuit s'enivraient de ma voix!
Ô foule! J'ai bravé l'horreur des flots funèbres
Sur la fragile barque, et, divin ouvrier,
J'ai navigué vers l'ombre et les pâles ténèbres,
En tenant dans mes mains un rameau de laurier!
Dans les cercles de flamme où frémissent leurs ailes,
Les âmes gémissaient d'avoir perdu l'amour,
Et, saisi de pitié pour leurs douleurs mortelles,
J'ai pleuré de tristesse en remontant au jour !
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Le sang de la coupe (1857)
Ajoutée par Savinien le 16/08/2020
Chanson d'amour
Un frisson glisse sur mon col,
Et glace ma lèvre déclose. -
Si je le dis au rossignol,
Il ira le dire à la rose.
Qui donc saura le supplier
De finir mes peines mortelles? -
Si je le dis au blanc ramier,
Il l'ira dire aux tourterelles.
Je me ploie ainsi qu'un roseau
Et ma beauté penche flétrie. -
Si je le dis au bleu ruisseau,
Il l'ira dire à la prairie.
Vous qui voyez mon désespoir,
Flots, ailes, brises des montagnes! -
Si je le dis à mon miroir,
Il l'ira dire à mes compagnes.
Parce que je languis d'amour,
Vous qui voyez que je me pâme, -
Allez, allez de ce séjour
Vers le bien-aimé de mon âme!
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les stalactites (1846)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
La femme aux roses
Son corps souple et superbe était jonché de roses.
Et ses lèvres de flamme, et les fleurs de son sein,
Sur ces coteaux neigeux qu'elle montre à dessein,
Semblaient, aux yeux séduits par de douces chimères,
Les boutons rougissants de ces fleurs éphémères.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les stalactites (1846)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Viens. Sur tes cheveux noirs
Viens. Sur tes cheveux noirs jette un chapeau de paille.
Avant l'heure du bruit, l'heure où chacun travaille,
Allons voir le matin se lever sur les monts
Et cueillir par les prés les fleurs que nous aimons.
Sur les bords de la source aux moires assouplies,
Les nénufars dorés penchent des fleurs pâlies,
Il reste dans les champs et dans les grands vergers
Comme un écho lointain des chansons des bergers,
Et, secouant pour nous leurs ailes odorantes,
Les brises du matin, comme des soeurs errantes,
Jettent déjà vers toi, tandis que tu souris,
L'odeur du pêcher rose et des pommiers fleuris.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les stalactites (1846)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Oh: Quand la Mort
Oh! Quand la Mort, que rien ne saurait apaiser,
Nous prendra tous les deux dans un dernier baiser
Et jettera sur nous le manteau de ses ailes,
Puissions-nous reposer sous deux pierres jumelles!
Puissent les fleurs de rose aux parfums embaumés
Sortir de nos deux corps qui se sont tant aimés,
Et nos âmes fleurir ensemble, et sur nos tombes
Se becqueter longtemps d'amoureuses colombes!
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les stalactites (1846)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Nous n'irons plus aux bois
Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.
Les Amours des bassins, les Naïades en groupe
Voient reluire au soleil en cristaux découpés
Les flots silencieux qui coulaient de leur coupe.
Les lauriers sont coupés, et le cerf aux abois
Tressaille au son du cor; nous n'irons plus au bois,
Où des enfants charmants riait la folle troupe
Sous les regards des lys aux pleurs du ciel trempés,
Voici l'herbe qu'on fauche et les lauriers qu'on coupe.
Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les stalactites (1846)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Décor
Dans les grottes sans fin brillent les Stalactites.
Du cyprès gigantesque aux fleurs les plus petites,
Un clair jardin s'accroche au rocher spongieux,
Lys de glace, roseaux, lianes, clématites.
Des thyrses pâlissants, bouquets prestigieux,
Naissent, et leur éclat mystique divinise
Des villes de féerie au vol prodigieux.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les stalactites (1846)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Conseil
Eh bien! Mêle ta vie à la verte forêt!
Escalade la roche aux nobles altitudes.
Respire, et libre enfin des vieilles servitudes,
Fuis les regrets amers que ton coeur savourait.
Dès l'heure éblouissante où le matin paraît,
Marche au hasard; gravis les sentiers les plus rudes.
Va devant toi, baisé par l'air des solitudes,
Comme une biche en pleurs qu'on effaroucherait.
Cueille la fleur agreste au bord du précipice.
Regarde l'antre affreux que le lierre tapisse
Et le vol des oiseaux dans les chênes touffus.
Marche et prête l'oreille en tes sauvages courses;
Car tout le bois frémit, plein de rythmes confus,
Et la Muse aux beaux yeux chante dans l'eau des sources.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les cariatides (1843)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Songe d'hiver
Oh! Ne l'écoute pas, viens à moi, me dit-elle,
Pour t'emporter ce soir j'ai veillé bien des jours;
Vois, mon coeur ne bat plus, ma joue en pleurs ruisselle,
Mes cheveux déroulés m'inondent; je suis celle
Dont les bras s'ouvrent pour toujours!
Mon amour éternel est chaste, calme et tendre;
Loin du monde aux longs bruits tristes comme un tocsin,
Dans mon beau lit de marbre, où tu pourras t'étendre,
Tu dormiras longtemps sans jamais rien entendre,
La tête appuyée à mon sein.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les cariatides (1843)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Amours d'Elise
Le soleil souriait à la jeune nature,
L'hiver avait séché ses pleurs,
Et la brise entr'ouvrait de son haleine pure
L'humide corolle des fleurs.
Le saule aux rameaux verts penchait sa rêverie
Sur les flots au reflet doré;
Le ruisseau murmurant dans la verte prairie
Souriait au ciel azuré.
Or, nous étions tous deux sous les tremblantes roses
Qu'épanouissait le printemps,
Si que sans y penser nos amours sont écloses,
Comme elles, presque en même temps.
Le rossignol disait sa plainte enchanteresse,
Nous disions des serments jaloux;
Et tout en nous était joie, extase, tendresse...
Hélas! Vous le rappelez-vous?
L'arbre pensif s'incline encor, l'insecte rôde,
L'églantier semble rajeunir,
Le vent a son parfum, l'herbe son émeraude;
Notre amour est un souvenir!
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les cariatides (1843)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Amours d'Elise
Le zéphyr à la douce haleine
Entr'ouvre la rose des bois,
Et sur les monts et dans la plaine
Il féconde tout à la fois.
Le lys et la rouge verveine
S'échappent fleuris de ses doigts,
Tout s'enivre à sa coupe pleine
Et chacun tressaille à sa voix.
Mais il est une frêle plante
Qui se retire et fuit, tremblante,
Le baiser qui va la meurtrir.
Or, je sais des âmes plaintives
Qui sont comme les sensitives
Et que le bonheur fait mourir.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les cariatides (1843)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
Amours d'Elise
D'où vient-il, ce lointain frisson d'épithalame?
Quels cieux ont déroulé leurs nappes de saphir?
Quel espoir inconnu m'anime? Quel zéphyr
A jeté dans ma vie errante un nom de femme?
Quel oiseau près de moi chante sa folle gamme?
Quel éblouissement s'enfuit, pour me ravir,
Comme le corail rose ou la perle d'Ophir
Que poursuit le plongeur bercé par une lame?
En vain de ma pensée effarouchant l'essor,
Je veux loin de vos yeux pleins d'étincelles d'or
L'entraîner, sur vos pas la rêveuse s'envole,
Et, pour que mon tourment renaisse, ardent phénix,
J'emporte dans mon coeur votre chère parole,
Comme un parfum subtil dans un vase d'onyx.
Par: Théodore de Banville
Extrait de: Les cariatides (1843)
Ajoutée par Savinien le 15/08/2020
