Citations de Paul Valéry
35 Citations
Il ne faut jamais oublier que les hommes ne savent ce qu'ils font, pas plus qu'ils ne savent ni ne peuvent savoir ce qu'ils sont, et qu'il suffit de regarder les développements de l'acte le plus réfléchi, et même le plus heureux, pour pouvoir et devoir le ranger parmi les productions du « hasard ».
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 24/01/2022
Quel joyau de la vie, quel moment de diamant vaudra jamais la douleur que peut causer sa perte?
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 24/01/2022
Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne l'est pas est inutilisable.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 24/01/2022
La plupart ignorent ce qui n'a pas de nom; et la plupart croient à l'existence de tout ce qui a un nom. Les choses les plus simples et les plus importantes n'ont pas toutes un nom. Quant à celles qui ne sont pas sensibles, une douzaine de mots vagues, comme idée, pensée, intelligence, nature, mémoire, hasard... nous servent comme ils peuvent: ils engendrent aussi, ou entretiennent, une autre douzaine de problèmes qui n'en sont pas.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 24/01/2022
La vie vole de corps en corps, traquée par leur faible durée, comme un oiseau traqué, qui fuit de branche en branche leur tremblante fragilité.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
La plupart des hommes se sont supprimés mille fois en imagination, et mille fois ils se sont exaltés et divinisés dans leur esprit. Ils ont mille fois détruit le monde, et mille fois ils l'ont recréé: il n'y a que cette alternative. Le zéro et l'infini sont deux produits ordinaires de la sensibilité.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Etre humain, c'est sentir vaguement qu'il y a de tous dans chacun, et de chacun dans tous. Rien ne me prouve que je ne serai jamais du parti ou de l'opinion adverse. Il y a de la victime dans le bourreau et du bourreau dans la victime, du croyant dans l'incroyant, et de l'incroyant dans le croyant. Il y a de quoi passer de l'un à l'autre; et c'est peut-être cette puissance de transformation qui est l'essence même du véritable Moi.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
L'être veut de la vie comme l'insecte veut la flamme; et si cruelle ou insipide lui soit-elle, il ne peut que tendre à durer. Il y a de la curiosité absurde dans cette force. DEMAIN est peut-être pour nous ce qu'est la fascination du feu brillant pour l'insecte.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Dans l'histoire, les personnages qui n'ont pas eu la tête coupée, et les personnages qui n'ont pas fait couper de têtes disparaissent sans laisser de traces. Il faut être victime ou bourreau, ou sans aucune importance.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Quel excellent exercice d'assouplissement que le pardon des injures! Quel bénéfice, - et d'ailleurs, quelle injure plus atroce! Il s'agit, bien entendu, d'un pardon aussi « sincère » que possible. « Je te pardonne », c'est-à-dire: je te comprends, je te circonscris, je t'ai digéré... Tu n'as pas le pouvoir de m'empêcher de te considérer selon la justice, et même avec bienveillance...
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Il est des personnes dont il est à souhaiter qu'elles pensent de nous tout le mal du monde. Car il est bon de paraître laid sur un miroir bossué.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Qui aime les louanges ne méprise pas l'homme. Qui redoute la critique s'en fait une idole effrayante. Critiques et louanges nous induisent à croire que quelqu'un puisse nous donner bien plus qu'il ne possède.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Le bonheur est la plus cruelle des armes aux mains du Temps. Les bons souvenirs sont des bijoux perdus.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
L'absolu de l'amour se connaît à l'inquiétude perpétuelle de celui qui aime. Rien ne l'apaise entièrement, car, au degré suprême, l'amour est une volonté de créer l'être qu'il a pris pour objet. C'est une œuvre de genre étrange et désespérée, dont cet être est un fragment, un moment, une ébauche, une idée; et qui se contente de cela ne sera jamais le grand artiste créateur de ce malheur insigne: un véritable amour.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Comme la main ne peut lâcher l'objet brûlant sur quoi sa peau fond et se colle, ainsi l'image, l'idée qui nous rend fous de douleur ne peut s'arracher de l'âme, et tous les efforts et écarts de l'esprit pour s'en défaire l'entraînent avec eux.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Le difficile est de repousser ce qui vous empêche d'être vous-même - sans repousser en même temps ce qui vous contraint à l'être.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Le besoin de nouveau est signe de fatigue ou de faiblesse de l'esprit, qui demande ce qui lui manque. Car il n'est rien qui ne soit nouveau.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Qui eût dit à Zola, à Daudet, que ce très petit homme si aimable et si bien parlant, Stéphane Mallarmé, aurait, par ses rares petits poèmes bizarres et obscurs, plus profonde et durable influence que leurs livres, leurs observations de la vie, le « vécu », le « rendu » de leurs romans? Un diamant dure plus qu'une capitale et qu'une civilisation. La volonté de perfection vise à se rendre indépendante des temps.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Un homme a de l'esprit quand il manifeste une certaine indépendance à l'égard de l'attente commune. Il produit une surprise; et une surprise qui le fait paraître sur le moment plus libre, plus rapide, plus perspicace que ses semblables. Ils demeurent étonnés et un peu scandalisés, comme le seraient une bande de quadrupèdes d'avoir vu s'envoler d'entre eux, et au-dessus des murs qu'ils croient les enfermer, l'un d'eux, qui était secrètement ailé.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
L'immense plupart de nos perceptions et pensées est sans conséquence. Celles qui comptent sont distinguées et tirées de l'ensemble ou par notre corps, ou par nos semblables. Notre rôle propre est des plus modestes.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Tremblez, humains, au sujet de n'importe quel sujet. Songez que vous avez des opinions, des convictions, des idées nettes, - Mais songez à tout ce à quoi vous n'avez jamais songé dans le domaine des choses mêmes auxquelles vous avez le plus réfléchi.
Craignez ce à quoi vous auriez pu penser, à quoi vous allez peut-être penser, et n'avez jamais pensé, et qui peut illuminer par le travers l'idée dont vous êtes captif, qui vous semble la seule et la bonne, et qui va se trouver naïve dans l'instant même.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Juge les esprits en observant où ils tendent. Certains qui se donnent pour grands ne conduisent leur homme qu'au vide. Si leurs pensées se développaient, elles se mourraient d'inanition.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
La pensée n'est peut-être qu'une bizarrerie de la nature offerte à une espèce, comme elle fait ces bois de ruminants rares ou disparus que l'on voit dans les muséums: armes ou parures si curieusement étendues, bouclées ou spiralées, ou si rameuses qu'elles sont plus nuisibles encore qu'inutiles à l'animal qu'elles couronnent.
Pourquoi pas? Pourquoi non? Notre tête est chargée de questions et d'idées qui se prennent dans l'enchevêtrement de la forêt des faits, et nous retient embarrassés, orgueilleux de l'être, condamnés à bramer des poèmes et des hypothèses, - fiers et désespérés.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Mauvaises pensées et autres (1942)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Mais quand on n'est pas un danseur; quand on serait bien en peine non seulement de danser, mais d'expliquer le moindre pas; quand on ne possède, pour traiter des prodiges que font les jambes, que les ressources d'une tête, on n'a de salut que dans quelque philosophie, - c'est-à-dire que l'on reprend les choses de fort loin avec l'espoir de faire évanouir les difficultés par la distance. Il et beaucoup plus simple de construire un univers que d'expliquer comment un homme tient sur ses pieds. Demandez à Aristote, à Descartes, à Leibniz et à quelques autres.
Par: Paul Valéry
Extrait de: La philosophie de la danse (1936)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
L'art comme la science, chacun selon ses voies, tendent à faire une sorte d'utile avec de l'inutile, une sorte de nécessaire avec de l'arbitraire. Ainsi, la création artistique n'est pas tant une création d'oeuvres qu'une création du besoin des oeuvres ; car les oeuvres sont des produits, des offres, qui supposent des demandes, des besoins.
Par: Paul Valéry
Extrait de: La philosophie de la danse (1936)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
L'homme est cet animal singulier qui se regarde vivre, qui se donne une valeur, et qui place toute cette valeur qu'il lui plaît de se donner dans l'importance qu'il attache à des perceptions inutiles et à des actes sans conséquence physique vitale.
Par: Paul Valéry
Extrait de: La philosophie de la danse (1936)
Ajoutée par Savinien le 22/03/2020
Ultima Verba
Arrête! Arrête-toi! Vainqueur, sur ce moment si haut de la victoire. Prends un temps de silence et te demande ce qu'il te faut penser sur ce sommet, ce qu'il te faut penser qui ne soit pas sans conséquence.
C'est un voeu, un serment, un acte sans retour, un monument de l'âme, et comme une prière solennelle, que tu dois, sur les morts et sur les vivants, prononcer et instituer, afin que ce moment silencieux si beau ne périsse pas comme un autre.
Déclare en toi et grave dans ton coeur: que le jour ne luise jamais où le souvenir de ce jour de victoire puisse apporter une amertume et un retour funeste vers la présente joie; que jamais revivant ce qui est aujourd'hui ne te vienne à l'esprit cette lourde parole: à quoi bon?
Par: Paul Valéry
Extrait de: Regards sur le monde actuel (1931)
Ajoutée par Savinien le 02/01/2015
L'homme qui a un emploi, l'homme qui gagne sa vie et qui peut consacrer une heure par jour à la lecture, qu'il la fasse chez lui, ou dans le tramway, ou dans le métro, cette heure est dévorée par les affaires criminelles, les niaiseries incohérentes, les ragots et les faits moins divers, dont le pêle-mêle et l'abondance semblent faits pour ahurir et simplifier grossièrement les esprits. Notre homme est perdu pour le livre... Ceci est fatal et nous n'y pouvons rien.
Tout ceci a pour conséquences une diminution réelle de la culture; et, en second lieu, une diminution réelle de la véritable liberté de l'esprit, car cette liberté exige au contraire un détachement, un refus de toutes ces sensations incohérentes ou violentes que nous recevons de la vie moderne, à chaque instant.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Regards sur le monde actuel (1931)
Ajoutée par Savinien le 02/01/2015
Peut-être faut-il déplorer aujourd'hui l'intervention de diverses causes de corruption de nos moeurs littéraires et de confusion des valeurs. Une littérature vaut ce que vaut le lecteur: tout ce qui diminue celui-ci en tant que sensible à la qualité du langage, capable d'attention soutenue, sceptique à l'égard des jugements qu'on lui veut imposer tout formés, est funeste à la belle tenue des lettres. C'est dire que la publicité commerciale, la facilité et la rapidité des spectacles composés d'images directes, l'institution des prix littéraires, le désir de faire impression par la seule surprise, d'agir par le neuf à tout coup, par les chocs des termes et les rapprochements abrupts, enfin la multiplication des ouvrages, ne sont pas des conditions toutes favorables à la formation du public le plus sensible aux délicatesses et aux profondeurs de l'art. L'époque ne sait plus prendre la peine de jouir.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Regards sur le monde actuel (1931)
Ajoutée par Savinien le 02/01/2015
Oserai-je avouer que le mot PHILOSOPHIE me semble magique, si je l'entends en ignorant, et très loin de songer aux écoles? Je lui trouve en lui-même un charme: celui d'une personne très belle et très calme, qui change l'amour en sagesse, ou bien la sagesse en amour.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Regards sur le monde actuel (1931)
Ajoutée par Savinien le 31/12/2014
L'homme moderne est l'esclave de la modernité: il n'est point de progrès qui ne tourne à sa plus complète servitude. Le confort nous enchaîne. La liberté de la presse et les moyens trop puissants dont elle dispose nous assassinent de clameurs imprimées, nous percent de nouvelles à sensations. La publicité, un des plus grands fléaux de ce temps, insulte nos regards, falsifie toutes les épithètes, gâte les paysages, corrompt toute qualité et toute critique, exploite l'arbre, le roc, le monument et confond sur les pages que vomissent les machines, l'assassin, la victime, le héros, le centenaire du jour et l'enfant martyr.
Il y a aussi la tyrannie des horaires.
Tout ceci nous vise au cerveau. Il faudra bientôt construire des cloîtres rigoureusement isolés, où ni les ondes, ni les feuilles n'entreront; dans lesquels l'ignorance de toute politique sera préservée et cultivée. On y méprisera la vitesse, le nombre, les effets de masse, de surprise, de contraste, de répétitions, de nouveauté et de crédulité. C'est là qu'à certains jours on ira, à travers les grilles, considérer quelques spécimens d'hommes libres.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Regards sur le monde actuel (1931)
Ajoutée par Savinien le 31/12/2014
Les grandes choses sont accomplies par des hommes qui ne sentent pas l'impuissance de l'homme. Cette insensibilité est précieuse.
Mais il faut bien avouer que les criminels ne sont pas sans ressembler sous ce rapport à nos héros.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Regards sur le monde actuel (1931)
Ajoutée par Savinien le 31/12/2014
La paix est une victoire virtuelle, muette, continue, des forces possibles contre les convoitises probables.
Il n'y aurait de paix véritable que si tout le monde était satisfait. C'est à dire qu'il n'y a pas souvent de paix véritable. Il n'y a que des paix réelles, qui ne sont comme les guerres que des expédients.
Les seuls traités qui compteraient sont ceux qui concluraient entre les arrière-pensées.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Regards sur le monde actuel (1931)
Ajoutée par Savinien le 30/12/2014
Supposez quelquefois que l'on vous remette le pouvoir sans réserves. Vous êtes honnête homme, et votre ferme propos est de faire de votre mieux. Votre tête est solide; votre esprit peut contempler distinctement les choses, se les présenter dans leurs rapports; et enfin vous êtes détaché de vous-même, vous êtes placé dans une situation si élevée et si puissamment intéressante que les propres intérêts de votre personne en sont nuls ou insipides au prix de ce qui est devant vous et du possible qui est à vous. Même, vous n'êtes pas troublé par ce qui troublerait tout autre, par l'idée de l'attente qui est dans tous, et vous n'êtes intimidé ni accablé par l'espoir que l'on met en vous.
Eh bien! Qu'allez-vous faire? Qu'allez vous faire AUJOURD'HUI?
Par: Paul Valéry
Extrait de: Regards sur le monde actuel (1931)
Ajoutée par Savinien le 30/12/2014
Toute la terre habitable a été de nos jours reconnue, relevée, partagée entre des nations. L'ère des terrains vagues, des territoires libres, des lieux qui ne sont à personne, donc l'ère de libre expansion est close. Plus de roc qui ne porte un drapeau; plus de vides sur la carte; plus de région hors des douanes et hors des lois; plus une tribu dont les affaires n'engendrent quelque dossier et ne dépendent, par les maléfices de l'écriture, de divers humanistes lointains dans leurs bureaux. Le temps du monde fini commence.
Par: Paul Valéry
Extrait de: Regards sur le monde actuel (1931)
Ajoutée par Savinien le 30/12/2014
