Citations de Jean Cocteau

18 Citations

L'espace d'un éclair, nous voyons un chien, un fiacre, une maison pour la première fois. Tout ce qu'ils présentent de spécial, de fou, de ridicule, de beau nous accable. Immédiatement après, l'habitude frotte cette image puissante avec sa gomme. Nous caressons le chien, nous arrêtons le fiacre, nous habitons la maison. Nous ne les voyons plus.
Voilà le rôle de la poésie. Elle dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

Catégories:

Jusqu'à la mort des poètes les critiques en attendent une oeuvre. Ils peuvent attendre. Outre que ce mot oeuvre que nous sommes forcés d'employer est devenu souverainement déplaisant, rien ne me semble plus triste qu'un poète qui tient ses promesses. La vie d'un poète qui tient ses promesses est un automne. Or chaque année d'un poète doit avoir son automne, et chaque fois ses fruits verts doivent faire faire la grimace et rendre malades ceux qui croyaient n'avoir plus jamais qu'à mordre dans ses fruits mûrs.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

Catégories:

Apprenez qu'un bon livre ne donne jamais ce qu'on en peut attendre. Il ne saurait être une réponse à votre attente. Il doit vous hérisser de points d'interrogation.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

Catégories:

Écrire, surtout des poèmes, égale transpirer. L'oeuvre est une sueur.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

Catégories:

Il est difficile de s'entendre sur le sens de la réalité. Presque toujours ceux qui ne le possèdent pas attaquent en son nom ceux qui le possèdent.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

 

Vivre seul, surtout au bord de la mer, c'est rendre à l'esprit quelque chose de primitif, d'enfantin.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

Catégories:

Le cinématographe, la mauvaise musique, un feuilleton, lui tiraient des larmes. Il ne confondait pas ces fausses preuves du coeur avec les larmes profondes. Celles-là paraissent couler sans motif.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

Catégories:

Arriver. Jacques se demande à quoi on arrive. Bonaparte arrive-t-il au Sacre ou à Sainte-Hélène? Un train qui fait parler de lui en déraillant et en tuant ses voyageurs arrive-t-il? Arrive-t-il plus s'il arrive en gare?


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

Catégories:

Nous sommes pleins de choses qui nous jettent à la porte de nous-mêmes.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

Catégories:

La carte de notre vie est pliée de telle sorte que nous ne voyons pas une seule grande route qui la traverse, mais au fur et à mesure qu'elle s'ouvre, toujours une petite route neuve. Nous croyons choisir et nous n'avons pas le choix.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

Catégories:

Le coeur vit enfermé. De là viennent ses sombres élans et ses grands désespoirs. Toujours prêt à fournir ses richesses, il est à la merci de son enveloppe.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

Catégories:

Il s'excusa, ne dîna pas, se coucha. Il espérait la trêve du sommeil. Le sommeil n'est pas à nos ordres. C'est un poisson aveugle qui monte des profondeurs, un oiseau qui s'abat sur nous. Il sentait nager le poisson en cercle, hors des limites. L'oiseau fermait ses ailes, se posait au bord de l'insomnie, tournait le cou, se lissait les plumes, piétinait, n'entrait pas.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

 

Au réveil, c'est en nous l'animal, la plante qui pensent. Pensée primitive sans le moindre fard. Nous voyons un univers terrible, parce que nous voyons juste. Peu après l'intelligence nous encombre d'artifices. Elle apporte les petits jouets que l'homme invente pour cacher le vide. C'est alors que nous croyons voir juste. Nous mettons notre malaise sur le compte des miasmes du cerveau qui passe du rêve à la réalité.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

Catégories:

Malgré la différence des classes, la vie nous emporte tous ensemble, à grande vitesse, dans un seul train, vers la mort. La sagesse serait de dormir jusqu'à cette gare terminus. Mais, hélas, le trajet nous enchante, et nous prenons un intérêt si démesuré à ce qui ne devrait nous servir que de passe-temps qu'il est dur, le dernier jour, de boucler nos valises.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par Savinien le 20/10/2020

Catégories:

De tous les problèmes qui nous embrouillent, celui du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi? la chose est écrite à l'avance et nous pouvons l'écrire, nous pouvons en changer la fin? La vérité est différente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure. Ce que nous croyons exécuter à la suite, s'exécute d'un bloc. Le temps nous le dévide. Notre oeuvre est déjà faite. Il ne nous reste pas moins à la découvrir. C'est cette participation passive qui étonne. Et il y a de quoi. Elle laisse le public incrédule. Je décide et je ne décide pas. J'obéis et je dirige. C'est un grand mystère.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par jlm le 13/11/2013

 

Excellente est l'attitude de celui qui a bien employé le temps qu'on lui octroie et ne s'est pas mêlé d'être son propre juge. La durée humaine n'appartient qu'à ceux qui pétrissent la minute, la sculptent et ne se préoccupent pas du verdict.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par jlm le 15/05/2013

 

J'ai la peau de l'âme trop sensible. Il faudrait apprendre à son âme à marcher pieds nus. S'y faire une corne. Se répéter la sentence chinoise: « Rétrécis ton coeur. »


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par jlm le 03/06/2013

 

La source désapprouve presque toujours l'itinéraire du fleuve.


Par: Jean Cocteau

Ajoutée par jlm le 10/12/2012