Citations de François-René de Chateaubriand

129 Citations

La gloire d'un homme ne remonte pas; elle descend. Le Nil à sa source n'est connu que de quelque Ethiopien; à son embouchure, de quel peuple est-il ignoré?


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 09/09/2020

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On s'irrite moins en raison de l'offense reçue qu'en raison de l'idée que l'on s'est formée de soi.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 12/01/2019

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Quand je sortis de ce Léthé, je me trouvai entre deux femmes; les odalisques étaient revenues; elles n'avaient pas voulu me réveiller; elles s'étaient assises en silence à mes côtés; soit qu'elles feignissent le sommeil, soit qu'elles fussent réellement assoupies, leurs têtes étaient tombées sur mes épaules. Une brise traversa le bocage et nous inonda d'une pluie de roses de magnolia. Alors la plus jeune des Siminoles se mit à chanter: quiconque n'est pas sûr de sa vie se garde de l'exposer ainsi jamais! On ne peut savoir ce que c'est que la passion infiltrée avec la mélodie dans le sein d'un homme.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/01/2019

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Attachée à mes pas par ma pensée, Charlotte, gracieuse, attendrie, me suivait, en les purifiant, par les sentiers de la sylphide. Elle absorbait mes facultés; elle était le centre à travers lequel plongeait mon intelligence, de même que le sang passe par le coeur; elle me dégoûtait de tout, car j'en faisais un objet perpétuel de comparaison à son avantage. Une passion vraie et malheureuse est un levain empoisonné qui reste au fond de l'âme et qui gâterait le pain des anges.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/01/2019

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Celui qui s'est longtemps occupé des principes dont la race humaine jouit en communauté, a des amis, des frères et des soeurs dans toutes les familles: car si l'homme est ingrat, l'humanité est reconnaissante.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/01/2019

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Tout crime porte en soi une incapacité radicale et un germe de malheur: pratiquons donc le bien pour être heureux, et soyons justes pour être habiles.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/01/2019

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On pense tout excuser maintenant lorsqu'on s'est écrié: "Que voulez-vous? C'était ma nature, c'était l'infirmité humaine."
Quand on a tué son père, on répète: "Je suis fait comme cela!" Et la foule reste là bouche béante, et l'on examine le crâne de cette puissance et l'on reconnaît qu'elle était faite comme cela.
Et que m'importe que vous soyez fait comme cela! Dois-je subir votre façon d'être? Ce serait un beau chaos que le monde, si tous les hommes qui sont faits comme cela, venaient à vouloir s'imposer les uns aux autres. Lorsqu'on ne peut effacer ses erreurs, on les divinise; on fait un dogme de ses torts, on change en religion des sacrilèges, et l'on se croirait apostat de renoncer au culte de ses iniquités.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/01/2019

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Une faiblesse naturelle aux gens supérieurs et aux petites gens lorsqu'ils ont commis une faute, est de la vouloir faire passer pour l'oeuvre du génie, pour une vaste combinaison que le vulgaire ne peut comprendre. L'orgueil dit ces choses-là, et la sottise les croit.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/01/2019

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Si mes ouvrages me survivent, si je dois laisser un nom, peut-être un jour, guidé par ces Mémoires, quelque voyageur viendra visiter les lieux que j'ai peints. Il pourra reconnaître le château; mais il cherchera vainement le grand bois: le berceau de mes songes a disparu comme les songes. Demeuré seul debout sur son rocher l'antique donjon pleure les chênes, vieux compagnons qui l'environnaient et le protégeaient contre la tempête. Isolé comme lui, j'ai vu comme lui tomber autour de moi la famille qui embellissait mes jours et me prêtait son abri: heureusement ma vie n'est pas bâtie sur la terre aussi solidement que les tours où j'ai passé ma jeunesse et l'homme résiste moins aux orages que les monuments élevés par ses mains.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/10/2018

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Il y avait parmi l'équipage des matelots français; un d'entre eux, au défaut d'aumônier, entonna ce cantique à Notre-Dame de Bon-Secours, premier enseignement de mon enfance; je le répétai à la vue des côtes de la Bretagne, presque sous les yeux de ma mère. Les matelots américains protestants se joignaient de coeur aux chants de leurs camarades français catholiques: le danger apprend aux hommes leur faiblesse et unit leurs voeux.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/10/2018

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Nous tous qui prétendons vivre, nous sommes déjà morts: lit-on le nom de l'insecte, à la faible lueur qu'il traîne quelquefois après lui en rampant ?


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/10/2018

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Le succès d'Atala m'avait enchanté, parce que mon âme était encore neuve; celui du Génie du Christianisme me fut pénible: je fus obligé de sacrifier mon temps à des correspondances au moins inutiles et à des politesses étrangères.
Une admiration prétendue ne me dédommageait point des dégoûts qui attendent un homme dont la foule a retenu le nom. Quel bien peut remplacer la paix que vous avez perdue en introduisant le public dans votre intimité?
Joignez à cela les inquiétudes dont les muses se plaisent à affliger ceux qui s'attachent à leur culte, les embarras d'un caractère facile, l'inaptitude à la fortune, la perte des loisirs, une humeur inégale, des affections plus vives, des tristesses sans raison, des joies sans cause: qui voudrait, s'il en était le maître, acheter à de pareilles conditions les avantages incertains d'une réputation qu'on n'est pas sûr d'obtenir, qui vous sera contestée pendant votre vie, que la postérité ne confirmera pas, et à laquelle votre mort vous rendra à jamais étranger ?


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/10/2018

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Il faut de plus grands efforts de talent pour intéresser en restant dans l'ordre, que pour plaire en passant toute mesure; il est moins facile de régler le coeur que de le troubler.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 01/01/2018

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Dans notre vallée de larmes, ainsi qu'aux enfers, il est je ne sais quelle plainte éternelle, qui fait le fond où la note dominante des lamentations humaines; on l'entend sans cesse, et elle continuerait quand toutes les douleurs créées viendraient à se taire.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 29/12/2017

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L'intelligence courte croit tout voir, parce qu'elle reste les yeux ouverts; l'intelligence supérieure consent à fermer les yeux, parce qu'elle aperçoit tout en dedans.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 28/08/2016

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M. Monet, directeur des mines et sa jeune fille, envoyés par madame Ginguené, venaient quelquefois troubler ma sauvagerie: mademoiselle Monet se plaçait sur le devant de la loge; je m'asseyais moitié content, moitié grognant, derrière elle. Je ne sais si elle me plaisait, si je l'aimais, mais j'en avais bien peur. Quand elle était partie, je la regrettais, en étant plein de joie de ne la voir plus. Cependant j'allais quelquefois, à la sueur de mon front, la chercher chez elle, pour l'accompagner à la promenade: je lui donnais le bras, et je crois que je serrais un peu le sien.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 28/08/2016

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A mesure que ces Mémoires se remplissent de mes années écoulées, ils me représentent le globe inférieur d'un sablier constatant ce qu'il y a de poussière tombée de ma vie: quand tout le sable sera passé, je ne retournerais pas mon horloge de verre, Dieu m'en eût-il donné la puissance.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/06/2016

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Notre existence est d'une telle fuite, que si nous n'écrivons pas le soir l'événement du matin, le travail nous encombre et nous n'avons plus le temps de le mettre à jour. Cela ne nous empêche pas de gaspiller nos années, de jeter au vent ces heures qui sont pour l'homme les semences de l'éternité.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/06/2016

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En considérant l'être entier, en pesant le bien et le mal, on serait tenté de désirer tout accident qui porte à l'oubli, comme un moyen d'échapper à soi-même: un ivrogne joyeux est une créature heureuse. Religion à part, le bonheur est de s'ignorer et d'arriver à la mort sans avoir senti la vie.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/06/2016

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Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d'une grive perchée sur la plus haute branche d'un bouleau. A l'instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel. J'oubliai les catastrophes dont je venais d'être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j'entendis si souvent siffler la grive. Quand je l'écoutais alors, j'étais triste de même qu'aujourd'hui. Mais cette première tristesse était celle qui naît d'un désir vague de bonheur, lorsqu'on est sans expérience; la tristesse que j'éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l'oiseau dans les bois de Combourg m'entretenait d'une félicité que je croyais atteindre; le même chant dans le parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 22/04/2016

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Le livre précédent fut écrit sous la tyrannie expirante de Bonaparte et à la lueur des derniers éclairs de sa gloire: je commence le livre actuel sous le règne de Louis XVIII. J'ai vu de près les rois, et mes illusions politiques se sont évanouies, comme ces chimères plus douces dont je continue le récit. Disons d'abord ce qui me fait reprendre la plume: le coeur humain est le jouet de tout, et l'on ne saurait prévoir quelle circonstance frivole cause ses joies et ses douleurs. Montaigne l'a remarqué: "Il ne faut point de cause, dit-il, pour agiter notre âme: une resverie sans cause et sans subject la régente et l'agite."


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 22/04/2016

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Les mathématiques, le grec et le latin occupèrent tout mon hiver au collège. Ce qui n'était pas consacré à l'étude était donné à ces jeux du commencement de la vie, pareils en tous lieux. Le petit Anglais, le petit Allemand, le petit Italien, le petit Espagnol, le petit Iroquois, le petit Bédouin roulent le cerceau et lancent la balle. Frères d'une grande famille, les enfants ne perdent leurs traits de ressemblance qu'en perdant l'innocence, la même partout. Alors les passions modifiées par les climats, les gouvernements et les moeurs font les nations diverses ; le genre humain cesse de s'entendre et de parler le même langage: c'est la société qui est la véritable tour de Babel.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 22/04/2016

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J'étais presque mort quand je vins au jour. Le mugissement des vagues, soulevées par une bourrasque annonçant l'équinoxe d'automne, empêchait d'entendre mes cris: on m'a souvent conté ces détails; leur tristesse ne s'est jamais effacée de ma mémoire. Il n'y a pas de jour où, rêvant à ce que j'ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur lequel je suis né, la chambre où ma mère m'infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil, le frère infortuné qui me donna un nom que j'ai presque toujours traîné dans le malheur. Le Ciel sembla réunir ces diverses circonstances pour placer dans mon berceau une image de mes destinées.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 19/04/2016

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Je suis attaché à mes arbres; je leur ai adressé des élégies, des sonnets, des odes. Il n'y a pas un seul d'entre eux que je n'aie soigné de mes propres mains, que je n'aie délivré du ver attaché à sa racine, de la chenille collée à sa feuille; je les connais tous par leurs noms, comme mes enfants: c'est ma famille, je n'en ai pas d'autre, j'espère mourir au milieu d'elle.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 19/04/2016

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Je n'ai eu de repos que durant les neuf mois où j'ai dormi la vie dans le sein de ma mère: il est probable que je ne retrouverai ce repos avant-naître, que dans les entrailles de notre mère commune après-mourir.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 19/04/2016

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Du reste, rien de mon passé à Saint-Malo: dans le port, je cherchais en vain les navires aux cordes desquels je me jouais; ils étaient partis ou dépecés; dans la ville, l'hôtel où j'étais né avait été transformé en auberge. je touchais presque à mon berceau et déjà tout un monde s'était écoulé. Etranger aux lieux de mon enfance, en me rencontrant on demandait qui j'étais, par l'unique raison que ma tête s'élevait de quelques lignes de plus au-dessus du sol vers lequel elle s'inclinera de nouveau dans peu d'années. Combien rapidement et que de fois nous changeons d'existence et de chimère! Des amis nous quittent, d'autres leur succèdent; nos liaisons varient: il y a toujours un temps où nous ne possédions rien de ce que nous possédons, un temps où nous n'avons rien de ce que nous eûmes. L'homme n'a pas une seule et même vie; il en a plusieurs mises bout à bout, et c'est sa misère.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/06/2015

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Dans la plupart des villages des la Bretagne, c'est ordinairement à la pointe du jour que l'on sonne pour les trépassés. Cette sonnerie compose, de trois notes répétées, un petit air monotone, mélancolique et champêtre. Rien ne convenait mieux à mon âme malade et blessée, que d'être rendue aux tribulations de l'existence par la cloche qui en annonçait la fin. Je me représentais le pâtre expiré dans sa cabane inconnue, ensuite déposé dans un cimetière non moins ignoré. Qu'était-il venu faire sur la terre? Moi-même, que faisais-je dans ce monde? Puisqu'enfin je devais passer, ne valait-il pas mieux partir à la fraîcheur du matin, arriver de bonne heure que d'achever le voyage sous le poids et pendant la chaleur du jour? Le rouge du désir me montait au visage. L'idée de n'être plus me saisissait le coeur à la façon d'une joie subite. Au temps des erreurs de ma jeunesse, j'ai souvent souhaité ne pas survivre au bonheur: il y avait dans le premier succès un degré de félicité qui me faisait aspirer à la destruction.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/06/2015

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Je ne verrai plus le magnolia qui promettait sa rose à la tombe de ma Floridienne, le pin de Jérusalem et le cèdre du Liban consacrés à la mémoire de Jérôme, le laurier de Grenade, le platane de la Grèce, le chêne de l'Armorique, au pied desquels je peignis Blanca, chantai Cymodocée, inventai Velléda. Ces arbres naquirent et crûrent avec mes rêveries; elles en étaient les Hamadryades. Ils vont passer sous un autre empire: leur nouveau maître les aimera-t-il comme je les aimais? Il les laissera dépérir, il les abattra peut-être: je ne dois rien conserver sur la terre. C'est en disant adieu aux bois d'Aulnay que je vais rappeler l'adieu que je dis autrefois aux bois de Combourg: tous mes jours sont des adieux.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/06/2015

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Depuis que j'ai perdu cette personne, je n'ai cessé, en la pleurant, de me reprocher les inégalités dont j'ai pu affliger quelquefois des coeurs qui m'étaient dévoués. Veillons bien sur notre caractère! Songeons que nous pouvons, avec un attachement profond, n'en pas moins empoisonner des jours que nous rachèterions au prix de notre sang. Quand nos amis sont descendus dans la tombe, quel moyen avons-nous de réparer nos torts? Nos inutiles regrets, nos vains repentirs sont-ils un remède aux peines que nous leur avons faites? Ils auraient mieux aimé de nous un sourire pendant leur vie, que toutes nos larmes après leur mort.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 03/09/2014

 

J'ai frappé à la porte de l'ermitage pratiqué dans le cintre d'une loge; on ne m'a point répondu: l'ermite est mort. L'inclémence de la saison, l'absence du bon solitaire, des chagrins récents, ont redoublé pour moi la tristesse de ce lieu; j'ai cru voir les décombres d'un édifice que j'avais admiré quelques jours auparavant dans toute son intégrité et toute sa fraîcheur.
C'est ainsi, mon très cher ami, que nous sommes avertis à chaque pas de notre néant: l'homme cherche au dehors des raisons pour s'en convaincre; il va méditer sur les ruines des empires, il oublie qu'il est lui-même une ruine encore plus chancelante, et qu'il sera tombé avant ces débris. Ce qui achève de rendre notre vie le songe d'une ombre, c'est que nous ne pouvons pas même espérer de vivre longtemps dans le souvenir de nos amis, puisque leur coeur, où s'est gravée notre image, est, comme l'objet dont il retient les traits, une argile sujette à se dissoudre.
On m'a montré à Portici un morceau de cendres du Vésuve, friable au toucher, et qui conserve l'empreinte, chaque jour plus effacée, du sein et du bras d'une jeune femme ensevelie sous les ruines de Pompéi; c'est une image assez juste, bien qu'elle ne soit pas encore assez vaine, de la trace que notre mémoire laisse dans le coeur des hommes, cendre et poussière.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 04/07/2014

 

On peut faire ici des réflexions philosophiques et prendre en pitié les choses humaines. Qu'est-ce en effet que ces révolutions si fameuses des empires auprès des accidents de la nature qui changent la face de la terre et des mers? Heureux du moins si les hommes n'employaient pas à se tourmenter mutuellement le peu de jours qu'ils ont à passer ensemble! Le Vésuve n'a pas ouvert une seule fois ses abîmes pour dévorer les cités, que ses fureurs n'aient surpris les peuples au milieu du sang et des larmes. Quels sont les premiers signes de civilisation, les premières marques du passage des hommes que l'on a retrouvés sous les cendres éteintes du volcan? Des instruments de supplice, des squelettes enchaînés. Les temps varient, et les destinées humaines ont la même inconstance. La vie, dit la chanson grecque, fuit comme la roue d'un char.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 04/07/2014

 

Que dirait donc le critique, maintenant qu'il n'y a pas un de nous, long ou écourté qu'il soit, qui ne se pense assuré d'aller aux astres? Pour moi, tout épris que je puisse être de ma chétive personne, je sais bien que je ne dépasserai pas ma vie. On déterre dans des îles de Norvège quelques urnes gravées de caractères indéchiffrables. A qui appartiennent ces cendres? Les vents n'en savent rien.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 12/02/2013

 

Rompre avec les choses réelles, ce n'est rien; mais avec les souvenirs! Le coeur se brise à la séparation des songes; tant il y a peu de réalité dans l'homme.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 24/11/2012

 

Heureuse solitude,
Seule béatitude,
Que votre charme est doux!
De tous les biens du monde,
Dans ma grotte profonde,
Je ne veux plus que vous.

Qu'un vaste empire tombe,
Qu'est-ce au loin pour ma tombe,
Qu'un vain bruit qui se perd?
Et les rois qui s'assemblent,
Et leurs sceptres qui tremblent,
Que les joncs du désert?


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 24/11/2012

 

Il y a un silence qui plaît dans toutes ces affaires aujourd'hui si complètement ignorées: elles vous reportent dans le passé. Quand vous remueriez ces souvenirs qui s'en vont en poussière, qu'en retireriez-vous, sinon une nouvelle preuve du néant de l'homme? Ce sont des jeux finis que des fantômes retracent dans les cimetières avant la première heure du jour.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 24/11/2012

 

Epitaphe de Mme de Montbazon


Ci-gît Olympe, à ce qu'on dit:
S'il n'est pas vrai, comme on souhaite,
Son épitaphe est toujours faite:
On ne sait qui meurt, ni qui vit.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 11/11/2012

 

Sociétés depuis longtemps évanouies, combien d'autres vous ont succédé! Les danses s'établissent sur la poussière des morts, et les tombeaux poussent sous les pas de la joie. Nous rions et nous chantons sur les lieux arrosés du sang de nos amis. Où sont aujourd'hui les maux d'hier? Où seront demain les félicités d'aujourd'hui? Quelle importance pourrions-nous attacher aux choses de ce monde? L'amitié? Elle disparaît quand celui qui est aimé tombe dans le malheur, ou quand celui qui aime devient puissant. L'amour? Il est trompé, fugitif, ou coupable. La renommée? Vous la partagez avec la médiocrité ou le crime. La fortune? Pourrait-on compter comme un bien cette frivolité? Restent ces jours dits heureux qui coulent ignorés dans l'obscurité des soins domestiques, et qui ne laissent à l'homme ni l'envie de perdre ni de recommencer la vie.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 11/11/2012

 

Mon premier ouvrage a été fait à Londres, en 1797, mon dernier à Paris, en 1844. Entre ces deux dates, il n'y a pas moins de quarante-sept ans, trois fois l'espace que Tacite appelle une longue partie de la vie humaine: "quindecim annos, grande mortalis oevi spatium." Je ne serai lu de personne, excepté de quelques arrières-petites-nièces, habituées aux contes de leur vieil oncle. Le temps s'est écoulé; j'ai vu mourir Louis XVI et Bonaparte; c'est une dérision que de vivre après cela. Que fais-je dans le monde? Il n'est pas bon d'y demeurer lorsque les cheveux ne descendent plus assez bas pour essuyer les larmes qui tombent des yeux.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 11/11/2012

 

Les sauvages de la Floride racontent qu'il y a au milieu d'un lac une île où vivent les plus belles femmes du monde. Les Muscogulges ont voulu plusieurs fois tenter la conquête de l'île magique; mais les retraites élyséennes fuyant devant leurs canots, finissaient par disparaître: naturelle image du temps que nous perdons à la poursuite de nos chimères. Dans ce pays était aussi une fontaine de jouvence: qui voudrait rajeunir?


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 10/11/2012

 

Je suis tombé dans cette espèce de rêverie connue de tous les voyageurs: nul souvenir distinct de moi ne me restait; je me sentais vivre comme partie du grand tout, et végéter avec les arbres et les fleurs. C'est peut-être la disposition la plus douce pour l'homme, car alors même qu'il est heureux, il y a dans ses plaisirs un certain fond d'amertume, un je ne sais quoi qu'on pourrait appeler la tristesse du bonheur. La rêverie du voyageur est une sorte de plénitude de coeur et de vide de tête, qui vous laisse jouir en repos de votre existence: c'est par la pensée que nous troublons la félicité que Dieu nous donne: l'âme est paisible, l'esprit est inquiet.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 10/11/2012

 

Le soir, cette fleur commence à s'entrouvrir; elle s'épanouit pendant la nuit; l'aurore la trouve dans tout son éclat; vers la moitié du matin elle se fane; elle tombe à midi: elle ne vit que quelques heures, mais elle passe ces heures sous un ciel serein. Qu'importe alors la brièveté de sa vie?


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/11/2012

 

Pourquoi trouve-t-on tant de charme à la vie sauvage? Pourquoi l'homme le plus accoutumé à exercer sa pensée s'oublie-t-il joyeusement dans le tumulte d'une chasse? Courir dans les bois, poursuivre des bêtes sauvages, bâtir sa hutte, allumer son feu, apprêter soi-même son repas auprès d'une source, est certainement un très grand plaisir. Mille européens ont connu ce plaisir, et n'en ont plus voulu d'autre, tandis que l'indien meurt de regret si on l'enferme dans nos cités. Cela prouve que l'homme est plutôt un être actif, qu'un être contemplatif; que dans sa condition naturelle, il lui faut peu de chose, et que la simplicité de l'âme est une source inépuisable de bonheur.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/11/2012

 

De toutes les parties de la forêt, les chauve-souris accrochées aux feuilles élèvent leurs chants monotones: on croit ouïr des glas continus, ou le tintement funèbre d'une cloche. Tout nous ramène à quelque idée de la mort, parce que cette idée est au fond de la vie.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 06/11/2012

 

J'écoute: un calme formidable pèse sur ces forêts; on dirait que des silences succèdent à des silences. Je cherche vainement à entendre dans un tombeau universel quelque bruit qui décèle la vie. D'où vient ce soupir? D'un de mes compagnons: il se plaint, bien qu'il sommeille. Tu vis, donc tu souffres: voilà l'homme.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 03/11/2012

 

J'avais entrevu de nouveau une clarté et j'avais marché vers elle. Me voilà au point de lumière: triste champ plus mélancolique que les forêts qui l'environnent! Ce champ est un ancien cimetière indien. Que je me repose un instant dans cette double solitude de la mort et de la nature: est-il un asile où j'aimasse mieux dormir pour toujours?


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 03/11/2012

 

Courez vous enfermer dans vos cités, allez vous soumettre à vos petites lois; gagnez votre pain à la sueur de votre front, ou dévorez le pain du pauvre; égorgez-vous pour un mot, pour un maître; doutez de l'existence de Dieu, ou adorez-le sous des formes superstitieuses, moi j'irai errant dans mes solitudes; pas un seul battement de mon coeur ne sera comprimé, pas une seule de mes pensées ne sera enchaînée; je serai libre comme la nature, je ne connaîtrai de souverain que celui qui alluma la flamme des soleils, et qui, d'un seul coup de sa main, fit rouler tous les mondes.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 03/11/2012

 

L'indienne parut étonnée: je vis sur son visage jaune et attristé des signes d'attendrissement et presque de gratitude. Ces mystérieuses relations de l'infortune remplirent mes yeux de larmes: il y a de la douceur à pleurer sur des maux qui n'ont été pleurés de personne.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 02/11/2012

 

Je n'étais pas ému. La grandeur de l'âme ou celle de la fortune ne m'imposent point: j'admire la première sans en être écrasé; la seconde m'inspire plus de pitié que de respect. Visage d'homme ne me troublera jamais.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 02/11/2012

 

Si mes ouvrages me survivaient; si je devais laisser un nom, peut-être un jour, guidé par ces mémoires, le voyageur s'arrêterait un moment aux lieux que j'ai décrits. Il pourrait reconnaître le château, mais il chercherait en vain le grand mail ou le grand bois; il a été abattu: le berceau de mes songes a disparu comme ces songes. Demeuré seul debout sur son rocher, l'antique donjon semble regretter les chênes qui l'environnaient et le protégeaient contre les tempêtes. Isolé comme lui, j'ai vu comme lui tomber autour de moi la famille qui embellissait mes jours et me prêtait son abri: grâce au ciel, ma vie n'est pas bâtie sur la terre aussi solidement que les tours où j'ai passé ma jeunesse.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 02/11/2012

 

Tout se réduit souvent, pour le voyageur, à échanger dans la terre étrangère des illusions contre des souvenirs. L'homme entretient dans son sein un désir de bonheur qui ne se détruit, ni ne se réalise; il y a dans nos bois une plante dont la fleur se forme et ne s'épanouit jamais: c'est l'espérance.


Par: François-René de Chateaubriand

Extrait de: Les Natchez (1827)

Ajoutée par Savinien le 23/10/2012

 

Je n'ai jamais été serré dans les bras d'une femme avec cette plénitude d'abandon, ces doubles noeuds, cette ardeur de passion que j'ai cherchée et dont le charme vaudrait toute une vie.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 23/10/2012

 

Je ne suis plus qu'un vieux cerf blanchi par les hivers; mes ans le disputent à ceux de la corneille: eh bien, malgré tant de jours accumulés sur ma tête, malgré une si longue expérience de la vie, je n'ai point encore rencontré d'homme qui n'eût été trompé dans ses rêves de félicité, point de coeur qui n'entretînt une plaie cachée. Le coeur le plus serein en apparence ressemble au puits naturel de la savane Alachua: la surface en paraît calme et pure, mais quand vous regardez au fond du bassin, vous apercevez un large crocodile, que le puits nourrit dans ses eaux.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 05/12/2011

 

J'ai passé comme une fleur; j'ai séché comme l'herbe des champs.
Pourquoi la lumière a-t-elle été donnée à un misérable et la vie à ceux qui sont dans l'amertume du coeur?


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 05/12/2011

 

L'amour n'étend point son empire sur les vers du cercueil. Que dis-je! (ô vanité des vanités!) que parlé-je de la puissance des amitiés de la terre! Voulez-vous, ma chère fille, en connaître l'étendue? Si un homme revenait à la lumière quelques années après sa mort, je doute qu'il fût revu avec joie par ceux-là mêmes qui ont donné le plus de larmes à sa mémoire: tant on forme vite d'autres liaisons, tant on prend facilement d'autres habitudes, tant l'inconstance est naturelle à l'homme, tant notre vie est peu de chose, même dans le coeur de nos amis!


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 05/12/2011

 

Si l'homme, constant dans ses affections, pouvait sans-cesse fournir à un sentiment renouvelé sans-cesse, sans doute la solitude et l'amour l'égaleraient à Dieu même, car ce sont là les deux éternels plaisirs du grand Etre. Mais l'âme de l'homme se fatigue, et jamais elle n'aime longtemps le même objet avec plénitude. Il y a toujours quelques points par où deux coeurs ne se touchent pas, et ces points suffisent à la longue pour rendre la vie insupportable.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 04/12/2011

 

Les plus belles amours furent celles de cet homme et de cette femme sortis de la main du Créateur. Un paradis avait été formé pour eux, ils étaient innocents et immortels. Parfaits de l'âme et du corps, ils se convenaient en tout: Eve avait été créée pour Adam, et Adam pour Eve. S'ils n'ont pu toutefois se maintenir dans cet état de bonheur, quels couples le pourront après eux?


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 04/12/2011

 

Il est dans les extrêmes plaisirs un aiguillon qui nous éveille, comme pour nous avertir de profiter de ce moment rapide; dans les grandes douleurs, au contraire, je ne sais quoi de pesant nous endort: des yeux fatigués par les larmes cherchent naturellement à se fermer, et la bonté de la Providence se fait ainsi remarquer jusque dans nos infortunes.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 04/12/2011

 

S'il ne faut pas calomnier la nature humaine, il est aussi très inutile de la voir meilleure qu'elle ne l'est en effet.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 04/12/2011

 

On n'est point un grand écrivain parce qu'on met l'âme à la torture. Les vraies larmes sont celles que fait couler une belle poésie; il faut qu'il s'y mêle autant d'admiration que de douleur. [...] Voilà les seules larmes qui doivent mouiller les cordes de la lyre. Les muses sont des femmes célestes, qui ne défigurent point leurs traits par des grimaces; quand elles pleurent, c'est avec un secret dessein de s'embellir.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 04/12/2011

 

Les choses qui me sont échappées sur la terre, qui m'ont fui, que je regrette, me tueraient si je ne touchais à ma tombe; mais, si près de l'oubli éternel, vérités et songes sont également vains; au bout de la vie tout est jour perdu.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 11/11/2011

 

Le talent qui expire saisit d'avantage que l'individu qui meurt: c'est une désolation générale dont la société est frappée; chacun au même moment fait la même perte.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 11/11/2011

 

Il est des malheurs qui nous séparent pour toujours des hommes.


Par: François-René de Chateaubriand

Extrait de: René (1802)

Ajoutée par Savinien le 11/11/2011

 

Souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait; je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire: homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue; attend que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton coeur demande.


Par: François-René de Chateaubriand

Extrait de: René (1802)

Ajoutée par Savinien le 11/11/2011

 

J'enviais jusqu'au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l'humble feu de brousailles qu'il avait allumé au coin d'un bois. J'écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l'homme est triste, lors même qu'il exprime le bonheur. Notre coeur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.


Par: François-René de Chateaubriand

Extrait de: René (1802)

Ajoutée par Savinien le 11/11/2011

 

Les sons que rendent les passions dans le vide d'un coeur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d'un désert: on en jouit, mais on ne peut les peindre.


Par: François-René de Chateaubriand

Extrait de: René (1802)

Ajoutée par Savinien le 07/11/2011

 

Je sens que j'aime la monotonie des sentiments de la vie, et si j'avais encore la folie de croire au bonheur, je le chercherais dans l'habitude.


Par: François-René de Chateaubriand

Extrait de: René (1802)

Ajoutée par Savinien le 07/11/2011

 

J'aperçus une statue qui indiquait du doigt un lieu fameux par un sacrifice. Je fus frappé du silence de ces lieux; le vent seul gémissait autour du marbre tragique. Des manoeuvres étaient couchés avec indifférence au pied de la statue ou taillaient des pierres en sifflant. Je leur demandai ce que signifiait ce monument: les uns purent à peine me le dire, les autres ignoraient la catastrophe qu'il retraçait.
Rien ne m'a plus donné la juste mesure des événements de la vie et du peu que nous sommes. Que sont devenus ces personnages qui firent tant de bruit? Le temps a fait un pas, et la face de la terre a été renouvelée.


Par: François-René de Chateaubriand

Extrait de: René (1802)

Ajoutée par Savinien le 07/11/2011

 

Oh! Quel coeur si mal fait n'a tressailli au bruit des cloches de son lieu natal, de ces cloches qui frémirent de joie sur son berceau, qui annoncèrent son avènement à la vie, qui marquèrent le premier battement de son coeur, qui publièrent dans tous les lieux d'alentour la sainte allégresse de son père, les douleurs et les joies encore plus ineffables de sa mère! Tout se trouve dans les rêveries enchantées où nous plonge le bruit de la cloche natale: religion, famille, patrie, et le berceau et la tombe, et le passé et l'avenir.


Par: François-René de Chateaubriand

Extrait de: René (1802)

Ajoutée par Savinien le 07/11/2011

 

Jeune, je cultivais les Muses; il n'y a rien de plus poétique, dans la fraîcheur de ses passions, qu'un coeur de seize années. Le matin de la vie est comme le matin du jour, plein de pureté, d'images et d'harmonies.


Par: François-René de Chateaubriand

Extrait de: René (1802)

Ajoutée par Savinien le 07/11/2011

 

Le temps fait pour les hommes ce que l'espace fait pour les monuments; on ne juge bien des uns et des autres qu'à distance et au point de la perspective; trop près on ne les voit pas, trop loin on ne les voit plus.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 27/10/2011

 

Un moyen de succès auprès des hommes, c'est de sauver leur amour-propre, de leur fournir une raison de dégager leur parole et de sortir d'un mauvais pas avec honneur.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/10/2011

 

Les ennemis n'aiment aucune espèce de succès, même les plus misérables, et c'est les punir que de réussir dans un genre où ils se croient eux-mêmes sans égal.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/10/2011

 

Le passé ressemble à un musée d'antiques; on y visite les heures écoulées; chacun peut y reconnaître les siennes. Un jour, me promenant dans une église déserte, j'entendis des pas se traînant sur les dalles, comme ceux d'un vieillard qui cherchait sa tombe. Je regardai et n'aperçus personne; c'était moi qui m'était révélé à moi.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/10/2011

 

Il n'y avait pas de rossignol dans mon jardin, mais il y avait beaucoup de moineaux fringants, effrontés et querelleurs, que l'on trouve partout, à la campagne, à la ville, dans les palais, dans les prisons, et qui se perchent tout aussi gaiement sur l'instrument de mort que sur un rosier: à qui peut s'envoler, qu'importent les souffrances de la terre!


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/10/2011

 

Entrez dans un reliquaire, toutes les têtes de mort semblent ricaner, parce qu'elles découvrent les dents; c'est le rire. De quoi ricanent-elles? Du néant ou de la vie?


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/10/2011

 

Je lus à madame Récamier ma description du Saint-Gothard; elle me pria d'écrire quelque chose sur ses tablettes, déjà à demi remplies des détails de la mort de Jean-Jacques Rousseau. Au-dessous de ces dernières paroles de l'auteur d'Héloïse: "ma femme, ouvrez la fenêtre, que je voie encore le soleil," je traçai ces mots écrits au crayon: ce que je voulais sur le lac de Lucerne, je l'ai trouvé sur le lac de Constance, le charme et l'intelligence de la beauté. Je ne veux point mourir comme Rousseau; je veux encore voir longtemps le soleil, si c'est près de vous que je dois achever ma vie. Que mes jours expirent à vos pieds, comme ces vagues dont vous aimez le murmure.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 24/10/2011

 

Qu'ils sont doux, mais qu'ils sont rapides les moments que les frères et les soeurs passent dans leurs jeunes années, réunis sous l'aile de leurs vieux parents! La famille de l'homme n'est que d'un jour; le souffle de Dieu la disperse comme une fumée. A peine le fils connaît-il le père, le père le fils, le frère la soeur, la soeur le frère! Le chêne voit germer ses glands autour de lui, il n'en est pas ainsi des enfants des hommes.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 24/10/2011

 

L'imagination est riche, abondante, et merveilleuse; l'existence pauvre, sèche et désenchantée. On habite, avec un coeur plein, un monde vide; et, sans avoir usé de rien, on est désabusé de tout.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 17/09/2011

 

Les douleurs ne sont point éternelles: il faut tôt ou tard qu'elles finissent, parce que le coeur de l'homme est fini; c'est une de nos grandes misères: nous ne sommes pas mêmes capables d'être longtemps malheureux.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 15/09/2011

 

On se range du côté des succès; le moyen d'avoir des alliés, c'est de vaincre.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 04/07/2011

 

Les nuits passées au milieu des vagues, sur un vaisseau battu de la tempête, ne sont pas stériles; l'incertitude de notre avenir donne aux objets leur véritable prix: la terre, contemplée du milieu d'une mer orageuse, ressemble à la vie considérée par un homme qui va mourir.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 04/07/2011

 

Notre vie ressemble à ces bâtisses fragiles, étayées dans le ciel par des arc-boutants: ils ne s'écroulent pas à la foi, mais se détachent successivement; ils appuient encore quelques galeries, quand déjà ils manquent au sanctuaire ou au berceau de l'édifice.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 04/07/2011

 

Il est fâcheux d'être atteint d'un mal dont la foule n'a pas l'intelligence. Au reste, ce mal n'en est que plus vif: on ne l'affaiblit point en le confrontant avec d'autres maux, on n'est pas juge de la peine d'autrui; ce qui afflige l'un fait la joie de l'autre; les coeurs ont des secrets divers, incompréhensibles à d'autres coeurs.
Ne disputons à personnes ses souffrances; il en est des douleurs comme des patries, chacun a la sienne.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 29/06/2011

 

L'indigence de notre nature est si profonde, que dans nos infirmités volages, pour exprimer nos affections récentes, nous ne pouvons employer que des mots déjà usés par nous dans nos anciens attachements. Il est cependant des paroles qui ne devraient servir qu'une fois: on les profane en les répétant. Nos amitiés trahies et délaissées nous reprochent les nouvelles sociétés où nous sommes engagés; nos heures s'accusent: notre vie est une perpétuelle rougeur, parce qu'elle est une faute continuelle.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 29/06/2011

 

On n'a pas su ce que c'est que la désolation du coeur, quand on n'est point demeuré seul à errer dans les lieux naguère habités d'une personne qui avait agréé votre vie: on la cherche et on ne la trouve plus; elle vous parle, vous sourit, vous accompagne; tout ce qu'elle a porté ou touché reproduit son image; il n'y a entre elle et vous qu'un rideau transparent, mais si lourd que vous ne pouvez le lever.
Le souvenir du premier ami qui vous a laissé sur la route est cruel; car, si vos jours se sont prolongés, vous avez nécessairement fait d'autres pertes: ces morts qui se sont suivies se rattachent à la première, et vous pleurez à la fois dans une seule personne toutes celles que vous avez successivement perdues.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 29/06/2011

 

Nous ne sentons le prix de nos amis qu'au moment où nous sommes menacés de les perdre. Nous sommes même assez insensés, quand tout va bien, pour croire que nous pouvons impunément nous éloigner d'eux: le ciel nous en punit; il nous les enlève, et nous sommes épouvantés de la solitude qu'ils laissent autour de nous.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 29/06/2011

 

Dans la nature, hormis le ciel, l'océan et le soleil, ce ne sont pas les immenses objets dont je suis inspiré; ils me donnent seulement une sensation de grandeur, qui jette ma petitesse éperdue et non consolée aux pieds de Dieu.
Mais une fleur que je cueille, un courant d'eau qui se dérobe parmi des joncs, un oiseau qui va s'envolant et se reposant devant moi, m'entraînent à toutes sortes de rêves.
Ne vaut-il pas mieux s'attendrir sans savoir pourquoi, que de chercher dans la vie des intérêts émoussés, refroidis par leur répétition et leur multitude? Tout est usé aujourd'hui, même le malheur.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/06/2011

 

La nuit quand les fenêtres de notre salon champêtre étaient ouvertes, madame de Beaumont remarquait diverses constellations, en me disant que je me rappellerais un jour qu'elle m'avait appris à les connaître: depuis que je l'ai perdue, non loin de son tombeau, à Rome, j'ai plusieurs fois, du milieu de la campagne, cherché au firmament les étoiles qu'elle m'avait nommées; je les ai aperçues brillant au dessus des montagnes de la Sabine; le rayon prolongé de ces astres venait frapper la surface du Tibre. Le lieu où je les ai vues sur les bois de Savigny, et les lieux où je les revoyais, la mobilité de mes destinées, ce signe qu'une femme m'avait laissé dans le ciel pour me souvenir d'elle, tout cela brisait mon coeur.
Par quel miracle l'homme consent-il à faire ce qu'il fait sur cette terre, lui qui doit mourir?


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/06/2011

 

La vie nous oblige sans cesse à pleurer par anticipation ou par souvenir.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/06/2011

 

Qui ne s'est attendri au souvenir des jeux, des études, des amours de ses premières années? Mais peut-on leur rendre la vie? Les plaisirs de la jeunesse reproduits par la mémoire sont des ruines vues au flambeau.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/06/2011

 

La gloire est pour un vieil homme ce que sont les diamants pour une vieille femme; ils la parent et ne peuvent l'embellir.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/06/2011

 

Dans les liaisons qui ne se forment qu'au milieu de votre carrière, il entre quelque mélancolie; Y a-t-il disproportion d'âge, les inconvénients augmentent: le plus vieux a commencé la vie avant que le plus jeune fût au monde; le plus jeune est destiné à demeurer seul à son tour: l'un a marché dans une solitude en deçà du berceau, l'autre traversera une solitude au delà d'une tombe; le passé fut un désert pour le premier, l'avenir sera un désert pour le second.
Il est difficile d'aimer avec toutes les conditions de bonheur, jeunesse, beauté, temps opportun, harmonie de coeur, de goût, de caractère, de grâces et d'années.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 26/06/2011

 

Je me félicite aujourd'hui d'avoir essayé du naufrage, entrevu la guerre, partagé les souffrances des classes les plus humbles de la société, comme je m'applaudis d'avoir rencontré, dans les temps de prospérité, l'injustice et la calomnie. J'ai profité à ces leçons: la vie, sans les maux qui la rendent grave, est un hochet d'enfant.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 23/06/2011

 

Dans le coeur humain les plaisirs ne gardent pas entre eux les relations que les chagrins y conservent: les joies nouvelles ne rendent point le printemps aux anciennes joies, mais les douleurs récentes font reverdir les vieilles douleurs.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 23/06/2011

 

Mes regards affaiblis me permettaient à peine de distinguer les traits de mon frère; je croyais que ces ténèbres émanaient de moi, et c'étaient les ombres que l'Eternité répandait autour de lui: sans le savoir, nous nous voyions pour la dernière fois.
Tous, tant que nous sommes, nous n'avons à nous que la minute présente; celle qui la suit est à Dieu: il y a toujours deux chances pour ne pas retrouver l'ami que l'on quitte: notre mort ou la sienne. Combien d'hommes n'ont jamais remonté l'escalier qu'ils avaient descendu!


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 23/06/2011

 

Jean Roseau, bourreau de Paris sous la ligue, pendu pour avoir prêté son ministère aux assassins du président Brisson, ne se pouvait résoudre à la corde. Il paraît qu'on n'apprend pas à mourir en tuant les autres.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 23/06/2011

 

La menace du plus fort me fait toujours passer du côté du plus faible: l'orgueil de la victoire m'est insupportable.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 23/06/2011

 

Je ne sais profiter d'aucune fortune; je ne m'intéresse à quoi que ce soit qui intéresse les autres. Hors en religion, je n'ai aucune croyance. Pasteur ou roi, qu'aurais-je fait de mon sceptre ou de ma houlette? Je me serais également fatigué de la gloire et du génie, du travail et du loisir, de la propriété et de l'infortune. Tout me lasse: je remorque avec peine mon ennui avec mes jours, et je vais partout bâillant ma vie.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 18/06/2011

 

Je n'avais rien à offrir à cette créature de Dieu. Nous nous quittâmes, mon hôtesse me dit beaucoup de choses que je ne compris point; c'étaient sans doute des souhaits de prospérité; s'ils n'ont pas été entendus du ciel, ce n'est pas la faute de celle qui priait, mais l'infirmité de celui pour qui la prière était offerte.
Toutes les âmes n'ont pas une égale aptitude au bonheur, comme toutes les terres ne portent pas également des moissons.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 18/06/2011

Catégories:

Combien d'autres amis je ne rencontrerai plus! L'homme, chaque soir en se couchant, peut compter ses pertes: il n'y a que ses ans qui ne le quittent point, bien qu'ils passent; lorsqu'il en fait la revue et qu'il les nomme, ils répondent: "Présents!". Aucun ne manque à l'appel.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 18/06/2011

Catégories:

Si nous en croyons les voyageurs, il est un charme à ces régions: le soir, le soleil, touchant la terre semble rester immobile, et remonte ensuite dans le ciel au lieu de descendre sous l'horizon. Les monts revêtus de neige, les vallées tapissées de la mousse blanche que broutent les rennes, les mers couvertes de baleines et semées de glaces flottantes, toute cette scène brille, éclairée comme à la fois par les feux du couchant et la lumière de l'aurore: on ne sait si l'on assiste à la création ou à la fin du monde.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 18/06/2011

Catégories:

Le vaisseau roulait au gré des larmes sourdes et lentes, tandis que des étincelles de feu couraient avec une blanche écume le long de ses flancs. Des milliers d'étoiles rayonnant dans le sombre azur du dôme céleste, une mer sans rivage, l'infini dans le ciel et sur les flots!
Jamais Dieu ne m'a plus troublé de sa grandeur que dans ces nuits où j'avais l'immensité sur ma tête et l'immensité sous mes pieds.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 18/06/2011

Catégories:

Le temps emporte et sépare les voyageurs sur la terre, plus promptement encore que le vent ne les emporte et ne les sépare sur l'océan; on se fait un signe de loin: à Dieu, va! Le port commun est l'Eternité.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 16/06/2011

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Il est difficile aux personnes qui n'ont jamais navigué de se faire une idée des sentiments qu'on éprouve, lorsque du bord d'un vaisseau on n'aperçoit de toutes parts que la face sérieuse de l'abîme.
Il y a dans la vie périlleuse du marin une indépendance qui tient de l'absence de la terre: on laisse sur le rivage les passions des hommes; entre le monde que l'on quitte et celui que l'on cherche, on n'a pour amour et pour patrie que l'élément sur lequel on est porté.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 16/06/2011

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Epitaphe


Au ciel elle a rendu sa vie,
Et doucement s'est rendormie,
Sans murmurer contre ses lois:
Ainsi le sourire s'efface,
Ainsi meurt sans laisser de trace
Le chant d'un oiseau dans les bois.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 16/06/2011

Catégories:

Il y a un plaisir triste à rencontrer des personnes que l'on a connues à diverses époques de la vie, et à considérer le changement opéré dans leur existence et dans la nôtre. Comme des jalons laissés en arrière, ils nous tracent le chemin que nous avons suivi dans le désert du passé.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 16/06/2011

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Rien ne remplace l'attachement, la délicatesse et le dévouement d'une femme; on est oublié de ses frères et de ses amis; on est méconnu de ses compagnons: on ne l'est jamais de sa mère, de sa soeur ou de sa femme.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 16/06/2011

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Une seule chose a attiré mon attention: l'aiguille d'une pendule fixée sur la minute où Frédéric expira; j'étais trompé par l'immobilité de l'image: les heures ne suspendent point leur fuite; ce n'est pas l'homme qui arrête le temps, c'est le temps qui arrête l'homme.
Au surplus, peu importe le rôle que nous avons joué dans la vie; l'éclat ou l'obscurité de nos doctrines, nos richesses ou nos misères, nos joies ou nos douleurs, ne changent rien à la mesure de nos jours. Que l'aiguille circule sur un cadran d'or ou de bois, que le cadran plus ou moins large remplisse le chaton d'une bague ou la rosace d'une basilique, l'heure n'a que la même durée.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 14/06/2011

Catégories:

Plus la saison était triste, plus elle était en rapport avec moi; le temps des frimas, en rendant les communications moins faciles, isole les habitants des campagnes: on se sent mieux à l'abri des hommes.
Un caractère moral s'attache aux scènes de l'automne: ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s'affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 14/06/2011

Catégories:

A qui ne les compte pas, peu importent les événements; quelques années échappées des mains de l'Eternel feront justice de tous ces bruits par un silence sans fin.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 14/06/2011

Catégories:

On voit comment mon caractère se formait, quel tour prenaient mes idées, quelles furent les premières atteintes de mon génie, car j'en puis parler comme d'un mal, quel qu'ait été ce génie, rare ou vulgaire, méritant ou ne méritant pas le nom que je lui donne, faute d'un autre mot pour m'exprimer.
Plus semblable au reste des hommes, j'eusse été plus heureux: celui qui, sans m'ôter l'esprit, fût parvenu à tuer ce qu'on appelle mon talent, m'aurait traité en ami.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 14/06/2011

Catégories:

J'aime à rappeler ces félicités qui précédèrent de peu d'instants dans mon âme les tribulations du monde. En comparant ces ardeurs aux transports que je vais peindre; en voyant le même coeur éprouver, dans l'intervalle de trois ou quatre années, tout ce que l'innocence et la religion ont de plus doux et de plus salutaire, et tout ce que les passions ont de plus séduisant et de plus funeste, on choisira des deux joies; on verra de quel côté il faut chercher le bonheur et surtout le repos.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 14/06/2011

Catégories:

Toute notre vie se passe à errer autour de notre tombe; nos diverses maladies sont des souffles qui nous approchent plus ou moins du port.
Le premier mort que j'aie vu était un chanoine de Saint-Malo; il gisait expiré sur son lit, le visage distors par les dernières convulsions.
La mort est belle, elle est notre amie: néanmoins, nous ne la reconnaissons pas, parce qu'elle se présente à nous masquée et que son masque nous épouvante.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 13/06/2011

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Une chose m'humilie: la mémoire est souvent la qualité de la sottise; elle appartient généralement aux esprits lourds, qu'elle rend plus pesants par le bagage dont elle les surcharge.
Et néanmoins, sans la mémoire, que serions-nous? Nous oublierions nos amitiés, nos amours, nos plaisirs, nos affaires; le génie ne pourrait rassembler ses idées; le coeur le plus affectueux perdrait sa tendresse s'il ne se souvenait plus; notre existence se réduirait aux moments successifs d'un présent qui s'écoule sans-cesse: il n'y aurait plus de passé.
O misère de nous! Notre vie est si vaine qu'elle n'est qu'un reflet de notre mémoire.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 13/06/2011

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Etablie par Dieu gouvernante de l'abîme, la lune a ses nuages, ses vapeurs, ses rayons, ses ombres portées comme le soleil; mais comme lui elle ne se retire pas solitaire: un cortège d'étoiles l'accompagne.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 13/06/2011

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A peine étais-je né, que j'ouïs parler de mourir: le soir, un homme allait avec une sonnette de rue en rue, avertissant les chrétiens de prier pour un de leurs frères décédé. Presque tous les ans, des vaisseaux se perdaient sous mes yeux, et, lorsque je m'ébattais le long des grèves, la mer roulait à mes pieds les cadavres d'hommes étrangers, expirés loin de leur patrie.
Madame de Chateaubriand me disait, comme sainte Monique disait à son fils: nihil longe est a Deo: "rien n'est loin de Dieu." On avait confié mon éducation à la Providence: elle ne m'épargnait pas les leçons.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 13/06/2011

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Je suis peut-être le seul homme au monde qui sache que ces personnes ont existé. Vingt fois depuis cette époque, j'ai fait la même observation; vingt fois des sociétés se sont formées et dissoutes autour de moi. Cette impossibilité de durée et de longueur dans les liaisons humaines, cet oubli profond qui nous suit, cet invincible silence qui s'empare de notre tombe et s'étend de là sur notre maison, me ramènent sans-cesse à la nécessité de l'isolement.
Toute main est bonne pour nous donner le verre d'eau dont nous pouvons avoir besoin dans la fièvre de la mort. Ah! Qu'elle ne nous soit pas trop chère! Car comment abandonner sans désespoir la main que l'on a couverte de baisers et que l'on voudrait tenir éternellement sur son coeur?


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 13/06/2011

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Ma grand-mère se reposait sur sa soeur des soins de la maison. Elle dînait à onze heures du matin, faisait la sieste; à une heure elle se réveillait; on la portait au bas des terrasses du jardin, sous les saules de la fontaine, où elle tricotait, entourée de sa soeur, de ses enfants et petits-enfants. En ce temps-là, la vieillesses était une dignité; aujourd'hui elle est une charge.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 11/06/2011

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Je reposerai donc au bord de la mer que j'ai tant aimée. Si je décède hors de France, je souhaite que mon corps ne soit rapporté dans ma patrie qu'après cinquante ans révolus d'une première inhumation. Qu'on sauve mes restes d'une sacrilège autopsie: qu'on s'épargne le soin de chercher dans mon cerveau glacé et dans mon coeur éteint le mystère de mon être. La mort ne révèle point le secret de la vie. Un cadavre courant la poste me fait horreur; des os blanchis et légers se transportent facilement: ils seront moins fatigués dans ce dernier voyage que quand je les traînais çà et là chargés de mes ennuis.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 11/06/2011

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On m'a pressé de faire paraître de mon vivant quelques morceaux de ces Mémoires; je préfère parler du fond de mon cercueil; ma narration sera alors accompagnée des ces voix qui ont quelque chose de sacré, parce qu'elles sortent du sépulcre. Si j'ai assez souffert en ce monde pour être dans l'autre une ombre heureuse, un rayon échappé des Champs-Elysées répandra sur mes derniers tableaux une lumière protectrice: la vie me sied mal; la mort m'ira peut-être mieux.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 11/06/2011

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Elles pleuraient, ma mère pleurait; je fus étonné de cette douleur: je la comprends aujourd'hui. Je n'assiste pas à un baptême ou à un mariage sans sourire amèrement ou sans éprouver un serrement de coeur. Après le malheur de naître, je n'en connais pas de plus grand que celui de donner le jour à un homme.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 27/10/2010

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Notre vanité met trop d'importance au rôle que nous jouons dans le monde. Le bourgeois de Paris rit du bourgeois d'une petite ville; le noble de cour se moque du noble de province; l'homme connu dédaigne l'homme ignoré, sans songer que le temps fait également justice de leurs prétentions, et qu'ils sont tous également ridicules ou indifférents aux yeux des générations qui se succèdent.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 27/10/2010

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Le vrai bonheur coûte peu; s'il est cher, il n'est pas d'une bonne espèce.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 27/10/2010

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Aurait-on mieux développé mon intelligence en me jetant plus tôt dans l'étude? J'en doute: ces flots, ces vents, cette solitude qui furent mes premiers maîtres, convenaient peut-être mieux à mes dispositions natives; peut-être dois-je à ces instituteurs sauvages quelques vertus que j'aurais ignorées. La vérité est qu'aucun système d'éducation n'est en soi préférable à un autre système: les enfants aiment-ils mieux leurs parents aujourd'hui qu'ils les tutoient et ne les craignent plus? Gesril était gâté dans la maison où j'étais gourmand: nous avons été tous deux d'honnêtes gens et des fils tendres et respectueux. Telle chose que vous croyez mauvaise, met en valeur les talents de votre enfant; telle chose qui vous semble bonne, étoufferait ces mêmes talents. Dieu fait bien ce qu'il fait: c'est la Providence qui nous dirige, lorsqu'elle nous destine à jouer un rôle sur la scène du monde.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 27/10/2010

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C'est sur la grève de la pleine mer, entre le château et le Fort-Royal, que se rassemblent les enfants; c'est là que j'ai été élevé, compagnon des flots et des vents. Un des premiers plaisirs que j'aie goûtés était de lutter contre les orages, de me jouer avec les vagues qui se retiraient devant moi, ou couraient après moi sur la rive. Un autre divertissement était de construire, avec l'arène de la plage, des monuments que mes camarades appelaient des tours. Depuis cette époque, j'ai souvent vu bâtir pour l'éternité des châteaux plus vite écroulés que mes palais de sable.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 27/10/2010

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Je suis né gentilhomme. Selon moi, j'ai profité du hasard de mon berceau, j'ai gardé cet amour plus ferme de la liberté qui appartient principalement à l'aristocratie dont la dernière heure est sonnée. L'aristocratie a trois âges successifs: l'âge des supériorités, l'âge des privilèges, l'âge des vanités; sortie du premier, elle dégénère dans le second et s'éteint dans le dernier.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 27/10/2010

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Quelquefois on oublie un moment ses douleurs; puis on les reprend comme un fardeau qu'on aurait déposé un moment pour se délasser.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 27/10/2010

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La vie, le bonheur, l'infortune, tiennent à un souffle. Vous mourez: deux heures après on ne pense plus à vous. Vous vivez, on n'y pense pas davantage. Qu'importent vos joies, vos peines, votre existence, non seulement à votre voisin qui ne vous a jamais vu, mais encore à cette tourbe qu'on appelle vos amis? Pourquoi donc se faire une affaire de la vie? Elle ne mérite pas la moindre attention.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 27/10/2010

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On s'étonne du succès de la médiocrité; on a tort. La médiocrité n'est pas forte par ce qu'elle est en elle-même, mais par les médiocrités qu'elle représente; et dans ce sens sa puissance est formidable. Plus l'homme en pouvoir est petit, plus il convient à toutes les petitesses. Chacun en se comparant à lui se dit : "Pourquoi n'arriverais-je pas à mon tour?" Il n'excite aucune jalousie: les courtisans le préfèrent, parce qu'ils peuvent le mépriser; les rois le gardent comme une manifestation de leur toute-puissance. Non seulement la médiocrité a tous ces avantages pour rester en place, mais elle a encore un bien plus grand mérite: elle exclut du pouvoir la capacité. Le député des sots et des imbéciles au ministère caresse deux passions du cœur humain, l'ambition et l'envie.


Par: François-René de Chateaubriand

Ajoutée par Savinien le 27/10/2010

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