Les alexandrins

Ajoutée par le 05/05/2015

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Le genre

Il semble que l'alexandrin soit apparu, en littérature française, au moyen age: la traduction des légendes du "Roman d'Alexandre" vit l'apparition des premiers poèmes sous forme de vers à douze syllabes, et prit le terme d'alexandrin.

L'alexandrin est articulé en deux parties (appelées hémistiches) séparées par la césure (l'endroit qui délimite ces deux parties), chaque partie faisant six syllabes chacune.

Rappelez-vous à ce sujet la formulation de Ragueneau, le pâtissier, dans Cyrano:

Vous avez mal placé la fente de ces miches:
Au milieu la césure, - entre les hémistiches!

Cette rythmique apporte à l'alexandrin une régularité rendant sa lecture presque chantante. Elle apporte également une contrainte à l'auteur, lui demandant d'articuler sa pensée autour de cette rythmique.

Variations

L'alexandrin peut être rythmé de façon différente, les principales étant:

  •     La forme binaire: chaque hémistiche fait deux fois trois syllabes. Exemple: "Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine (Arthur Rimbaud)"
  •     La forme tertiaire: l'alexandrin fait trois fois quatre syllabes. Exemple: "Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir (Corneille)".

On n'observe pas dans la forme tertiaire ce repos entre les deux hémistiches qu'on peut sentir dans la forme binaire, elle semble donc moins gracieuse à l'oreille, et c'est à juste titre que la forme la plus répandue est la forme binaire, autrement nommée forme classique.

Les tricheries

L'alexandrin étant un art difficile, on notera parfois de-ci de-là dans certains ouvrages des facilités ou raccourcis pris par les auteurs pour cadrer aux douzes syllabes par phrase. Dans certains cas, le décompte des syllabes joue allègrement sur la prise en compte ou non de syllabes muettes - c'est le jeu.

De même, et c'est surtout vrai dans le domaine du théâtre, où il est parfois particulièrement difficile de rendre un dialogue naturel sous forme d'alexandrins, l'auteur pourra jouer avec des alexandrins sur plusieurs lignes: l'alexandrin commençant dans les paroles d'un personnage et se terminant dans les paroles d'un autre, à la ligne suivante, comme par exemple, dans Cyrano de Bergerac:

- Un poète est un luxe, aujourd'hui, qu'on se donne.
 Voulez-vous être à moi ?
- Non, Monsieur, à personne.

En recomptant bien, on s'apercevra parfois qu'une syllabe ou deux peuvent même être adroitement oubliées pour satisfaire à la fluidité des dialogues.

Les champions de l'alexandrin

Même si le style est largement présent dans la littérature classique, on notera quelques champions toutes catégories de l'alexandrin:

Parmi ceux-ci, bien sûr, tous les dramaturges: Racine, Corneille, bien sûr
Ainsi que les auteurs de comédie: Molière en tête
Mais également nos poètes romantiques: Hugo, Lamartine, Musset, Vigny

Et bien d'autres encore, ceux-ci  n'étant que les plus connus (à juste titre, on peut même dire les plus adroits dans cet art).

En conclusion

A notre époque moderne, on suppose souvent que la poésie est un art en désuétude. C'est faux, on pourrait plus justement dire que peu de gens lisent encore de la poésie. Nos poètes modernes produisent toujours de la poésie (toutefois, il n'est plus vraiment de mise de produire de grandes pièces en alexandrins), même s'ils ont tendance à explorer des formes différentes de celles de l'alexandrin.

La poésie a également pris des formes plus populaires et des fois moins visibles:  tendez l'oreille, et vous retrouverez parfois dans les paroles de nos chansons modernes des alexandrins du plus bel effet, voire des reprises de poèmes classiques (Julien Clerc a ainsi déjà chanté du Marceline Desbordes-Valmore quasiment mot pour mot).



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