La recherche du bonheur

Ajoutée par le 28/05/2015

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Définition

Chaque homme aspire au bonheur, c'est peut être une des vérités fondamentales au centre de l'existence de chacun. Chaque homme cherche, par ses choix de vie, ses interactions avec autrui, ses actions - qu'elles soient constructrices ou destructrices pour lui ou les autres - à atteindre cet idéal de bonheur.

Mais le bonheur, qu'est-ce au final? Difficile de le définir puisqu'il touche au domaine des sensations et que chaque individu peut avoir son idée spécifique à ce sujet. On pourrait toutefois le définir au plus simple comme un état de satisfaction et de plénitude.

Ceci déterminé, rien n'est encore dit: en effet, à cette définition succincte s'ajoute plusieurs points à prendre en compte:

La qualité

Un bonheur total et complet est-il envisageable?

Peut-on instituer des graduations à l'état de bonheur? Un bonheur parfait existe-t-il? La perfection est-elle autre chose qu'une utopie? Il semble bien que non... Ce qui fait dire à Corneille dans Le Cid:

Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse:
Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse;
Toujours quelques soucis en ces événements
Troublent la pureté de nos contentements.

Et à Alfred de Musset dans la confession d'un enfant du siècle:

La perfection, ami, n'est pas plus faite pour nous que l'immensité. Il ne faut la chercher en rien, ne la demander à rien, ni à l'amour, ni à la beauté, ni au bonheur, ni à la vertu; mais il faut l'aimer pour être vertueux, beau et heureux autant que l'homme peut l'être.

La fugacité

Combien de temps peut durer cet état de bonheur?

La notion de bonheur est étroitement liée à la durée: une joie temporaire n'est pas le bonheur, de même qu'une succession de joies non plus. Le bonheur se définit donc dans la prolongation de son état dans le temps. Pour autant, une telle chose est-elle possible sur la durée? Il est difficile de le concevoir (et encore plus de l'expérimenter). Jean-Jacques Rousseau nous le rappelle:

Le bonheur est un état trop constant et l'homme un être trop muable pour que l'un convienne à l'autre.

Ainsi qu'Emil Cioran, dans une formulation un peu plus sombre:

Je n'ai pas connu une seule sensation de plénitude, de bonheur véritable, sans penser que c'était le moment ou jamais de m'effacer pour toujours.

Les éléments constituants

S'il est difficile de trouver une recette du bonheur, on peut tout à la fois reconnaitre certains éléments qui le favorisent, ainsi qu'au contraire d'autres qui lui nuisent.
L'universalité des ces éléments est bien sûr laissée à l'appréciation de chacun, car peut être en effet, au lieu d'une recette unique, il existe autant de recettes que d'individus.

Parmi ces éléments on peut par exemple retenir:

 

- La santé:
Prédisposition au bonheur, qui ne se rappelle à nous que lorsqu'on n'en dispose plus. Même si le bonheur n'est pas inaccessible à celui qui ne dispose plus de la santé, les peines ou la maladie sont un gros frein à cet état.
A ce sujet, Schopenhauer (dans ses aphorismes sur la sagesse et la vie) disait d'ailleurs:

En thèse générale, les neuf dixièmes de notre bonheur reposent exclusivement sur la santé [...] Il s'ensuit donc qu'il est de la plus insigne folie de sacrifier sa santé à quoi que ce soit, richesse, carrière, études, gloire et surtout à la volupté et aux jouissances fugitives. Au contraire, tout doit céder le pas à la santé.

 

- La liberté:
Même si on connaît l'exemple d'êtres exceptionnels à même de ressentir une certaine forme de bonheur après avoir été privés de leur liberté, la plupart des hommes ne sauraient connaître efficacement cet état une fois privés de leur liberté.

 

- Le travail ou l'occupation intellectuelle:
En bonne santé et dégagé des contraintes de l'existence, l'homme laissé à lui même est confronté à son propre néant - il est peu dans sa nature de pouvoir exister sans une motivation, une occupation qui le mette à l'abri de cet état - sinon l'ennui, l'horrible ennui, le guette...
On retrouve ce point, sous diverses formes, chez de nombreux auteurs - on citera à ce propos Pascal, dans ses pensées:

Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.

 

- La solitude:
Les moralisateurs vous le confirmeront: tous les malheurs du monde proviennent de la société. Si l'interaction avec les autres peut être source de bonheurs, il faut bien avouer qu'elle est également source de nombreux malheurs. La solitude, quand à elle, est une amie fidèle qui jamais ne change de visage - alors est-il préférable de la choisir (même si l'ennemi déjà cité, l'ennui peut parfois l'accompagner), chacun décidera.
Chamfort quand à lui a son idée, dans ses maximes et pensées, a son idée sur la question:

On est plus heureux dans la solitude que dans le monde. Cela ne viendrait-il pas de ce que, dans la solitude, on pense aux choses, et que, dans le monde, on est forcé de penser aux hommes?

Une recherche personnelle

On pourrait énumérer bien d'autres de ces éléments: le rapprochement à la nature, le retour à la simplicité, la religion, etc...
La question demeure (et demeurera certainement sans réponse) de savoir si le bonheur n'est pas qu'une illusion. A chacun donc de trouver les briques qui lui permettront de construire sa version du bonheur, aussi minimale fut-elle ou aussi vaine cette aspiration soit-elle.

Les outils pour y arriver (ou, à défaut, y réfléchir) sont nombreux et on trouvera dans les écrits de nombreux philosophes de quoi alimenter cette recherche. Des plus antiques aux plus actuels, des plus pessimistes aux plus optimistes, on peut estimer que le sujet a été parcouru et étudié dans tous les sens.
A vous donc de vous faire votre propre idée parmi ces pensées souvent pleines de sagesse.

Pour ma part, j'affectionne particulièrement ces mots de Florian, dans ses fables:

Laissons, laissons aller le monde
Comme il lui plaît, comme il l'entend;
Vivons caché, libre et content,
Dans une retraite profonde.
Là, que faut-il pour le bonheur?
La paix, la douce paix du coeur,
Le désir vrai qu'on nous oublie,
Le travail qui sait éloigner
Tous les fléaux de notre vie,
Assez de bien pour en donner,
Et pas assez pour faire envie.

 



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